‹ La beauté du diableChapitre 8 sur 8 · SUR LE QUI-VIVE · texte numérisé non relu

SUR LE QUI-VIVE

Ce fut vers sept heures seulement, en cette même soirée si pleine d'événements dramatiques, que Nathalie pensa de nouveau à son frère et se dirigea, pour la seconde fois, \ers le petit logement de celui qui avait été tout-puissant dans Mon- Rovaumc. , , ^. .,

Nathalie était heureuse, marcliait, soulagée dun grana fardeau. ^ ; , \,- -».

A cette même heure, là-bas, dans les mystères et les ténèbres des bois d'Hérival, le crime s'accomplissait contre Rose- Lison. ....

Le dernier obstacle dressé sur sa route victorieuse disparaissait.

En approchant de la chambre où elle avait laissé Croix-Vitré endormi, «lie ralentit le pas et ne s'avança qu'avec précaution. . , , , .,,

Peut-être dort-il toujours... et il est inutil* de le réveiller...

Si Lison ne revenait jamais, comment, le lendemain et les jours suivants, expliqueruii-on son absence ?... Cette idée ne ranèta pas longtemps... Est-ce que le malade était capable d'une manifestation quelconque ? Dès lors, qu'importait son désespoir intime, puisqu'il ne pouvait l'exprimer?

La porte était ouverte, et cette première remarque frappa soudain la veuve, car elle se rappela qu'elle l'avait refermée.

Qui donc était venu î

Serait-ce Lison ? Elle aurait donc conçu des soupçons 7... Elle aurait eu peur?... Elle aurait refusé d'aller vers l'auberge maudite ?

La chambre du comte qui donnait de plain-pied dans la cour des communs, était plongée dai.., ka ténèbres.

Sur le seuil, elle pencha la tète et essaya de voir, mais lobscuriié régnait. Elle écouta, mais c'était un silence absolu.

Elle entra, et tâta ces ténèbres jusque vers le fauteuil du paralytiqiie.

Le fauteuil était vide. , ^ v, -, ■,„

Comme si elle avait touché quelque arme redoutable, dans le sentiment d'une terreur involontaire et étrange, elle retira sa main brusquement.

Et, sans songer qu'il ne pouvait repondre, elle appela :

— Mon frère! Mon frère ! I Ete.s-vous déjà couclie?

Elle promena ses mains sur le lit. Le lit était vide comme le fauteuil. Elle alluma une bougie... Personne, dans les deux chambres... Elle tressaillit... Elle revint dans la cour, elle la

parcourut... La lune commençait à monter dans le ciel. Croix- Vitx'é n'était pas dans la cour... Elle fit le tour des terrasses, des pelouses, des massifs où le pauvre homme, dans quelque effort mortel, était allé s'abattre sans doute, et restait étendu, sans mouvement.

Elle ne vit rien, remonta au château et donna l'alarme...

Croix- Vitré avait disparu !...

Les deux frères comprirent tout de suite la gravité d'un pareil événement. Si le comte avait pu sortir, seul, c'est donc qu'il se guérissait?... Mais sa guérison c'était un danger menaçant, le plus terrible de tous, la ruine de leurs projets, l'effondrement de leurs criminelles ambitions, la misère...

Les flls et la mère se regardèrent longtemps, sans un mot, éperdus.

— Avant tout, il faut savoir ce qui s'est passé... dit Laurent. Et ils se mirent à la poursuite du comte, au hasard.

Il ne leur fut pas difficile d'obtenir les premiers renseignements. Les paysans qui, de loin, avaient aperçu Croix-Vitré se traîner au long de la route, regagnaient les fermes, avec leurs outils sur l'épaule, ou montés sur leui's chevaux.

— Mais oui, monsieur Laurent, on l'a vu qui se débattait d'arbre en arbre, en faisant des efforts pour marcher... Et c'était vraiment une pitié de le voir ainsi, lui qu'on a connu, pourtant, si brave et si leste... Il avait son idée... Ça se devinait... et n'eût été le respect qu'on lui doit, on se serait bien offert pour le porter où il voulait...

— Ensuite ?

— • Ensuite, c'est tout... Il commençait à faire noir... on n'a plus rien vu...

Mais cinq minutes après, Laurent recueillait d'autres renseignements.

— Oui... c'était le comte .. Il était en robe de chambre... Il avait l'air d'un fou... Et même il a failli être écrasé par la voiture du docteur... Et ce qu'on a remarqué, c'est que la voiture ne le ramenait pas vers le château comme ou s'y attendait...

— Où donc l'a-t-elle conduit ?

Vers les bois d'Hérival..

Plus de doute, pour Laurent. Il se rappela aussitôt que le comte avait assisté aux confidences de Trompeloup, le braconnier.

Non seulement, il pouvait marcher, mais il pouvait s'exprimer, puisqu'il avait dû faire comprendre à Fontenailles ses angoisses et le péril où courait Rose-Lison...

Inutile de poursuivre plus loin son enquête. Laurent revint au château.

Michel, de son côté, avait recueilli les mêmes détails. Ils n'avaient plus qu'à attendre. Mais, à leurs yeux sinistres, à leur front plissé, à leur pâleur, il était facile de deviner les redoutables pensées qui s'agitaient en tumulte dans ces cœurs.

Une partie de la soirée s'écoula sans qu'on eût des nouvelles.

Ils se reprirent à espérer.

Il était possible, après tout, que le comte n'eût point pu s'exprimer clairement et que, mi^me s'il avait réussi à se faira comprendre, lui et Fontenailles fussent arrivés trop tard pouç sauver la jeune fille.

?Âi r.A BEAUTfi nn diable

Vers neuf heures et demie, comme ils restaient aux aguets sur la terrasse, ils entendirent le grincement d'une voiture qui montait la côte assez pénible de Royaumont. Ce bruit était connu des deux frères. Ils ne pouvaient s'y méprendre.

— La voiture de Fontenailles 1 murmura Michel.

Ils se levèrent, le cœur battant, ayant tous trois la même pensée.

Fontenailles ramenait le comte de Croix-Vitré?... Et qui sait?... Rose-Lison aussi?... Mais en quel état?...

Etaient-ils sauvés tous les deux ou tous les deux perdus?

Ils coururent au-devant de la voiture. Celle-ci venait d'entrer dan.s la cour. Ce fut Rose-Lison qui descendit la première.

Puis Fontenailles.

Et le docteur enleva dans ses bras robustes, une sorte de cadavre qin gisait au fond de la carriole...

Le corps de Croix-Vitré.

— Mort ? s'écria Nathalie

Et elle eut l'art d'éclater en sanglots en s'élançant vers son frère.

— Non, madame... dit Christian... consolez-vous. Il vit.

Il fallait l'affirmation du docteur pour le croire, car le malade n'avait pas un mouvement et s abandonnait dans les bras du médecin. Celui-ci le porta dans le lit où il retendit doucement.

— ■ Non, il n'est pas mort... mais sa vie résistera-t-elle à une pareille commotion ?

— Que s'est-il donc passé ? Comment a-t-il pu s'enfuir d'ici, marcher, se traîner sur la route ?

— C'est un problème que je ne me charge pas de résoudre, répliqua froidement le médecin... Je resterai auprès de M. de Croix-Vitré toute la nuit... Car je redoute un malheur... veuillez nous laisser... Pour les soins dont il peut avoir besoin, Rose- Lison et moi nous suffirons.

Nathalie attacha sur le docteur son regard sombre.

Elle soupçonnait dans cet homme un ennemi.

Jusqu'à quel point était-il renseigné ? Et fallait-il le craindre 7

Elle le saurait.

Ce soir-là, et devant ce malade, la veuve n'avait qu'à obéir. Vouloir rester, c'eût été montrer du dévouement, en effet, mais aussi de la défiance envers Fontenailles et il entrait clans les vues de Nathalie de dissimuler sans cesse.

Elle se retira donc.

Rose et Christian demeurèrent au chevet du vieillard. Lison avait allumé des lampes et leur lumière éclairait le visage jaune et amaigri du pauvre homme. Christian s'approcha, lui prit la main.

— Le pouls est régulier... dit-il... je suis surpris... Vraiment, Rose, il me semble que nous ne devons avoir aucune crainte de complication immédiate. Pourtant, cette nuit a dû être terrible... Comment a-t-il pu résister, en un pareil état de faiblesse ?

Tout à coup, Lison lui dit :

— Voyez... il revient à lui... il nous regarde...

Ils accoururent auprès du lit. Le comte ouvrait les yeux et leur souriait.

— CôffidJent vous trouvez-vous ? demanda ChTlstian.

f,A BKAUTfi DTT niABI.E 24S

Mais il n'obtint aucune réponse. Croix-Vitré avait vu le ieune docteur, il avait vu Lison, il venait de se rappeler, sans doute, les événements auxquels il avait été mêlé, l'odieux piège que son intervention avait déjoué. Croix-Vitré venait de se sentir heureux devant sa fille qu'il avait sauvée, la paix, était descendue dans son âme.

Il avait refermé les yeux. Sa respiration était régulière. Et sur ses traits immobiles, on eût dit que restait gravée l'expression du bonheur immense qu'il éprouvait...

Croix-Vitré s'était endormi avec la certitude que, pour le moment du moins, Rose-Lison n'avait plus rien à redouter.

— Il est sauvé, murmura Christian... Et maintenant me vient une espérance... N'est-il pas possible que cette commotion, puisqu'elle ne l'a pas tué, contribue à hâter sa guérison ?...

Il voulut attendre le réveil du malade.

Le sommeil réparateur dura jusqu'au lendemain. Une seule fois le vieillard s'éveilla, la mémoire aussitôt présente, chercha Lison, chercha Fontenailles, les aperçut, et instantanément se rendormit.

Au matin, Croix-Vitré rouvrit les yeux. Cette fois, le réveil était complet. Et son regard semblait appeler les deux jeunes gens qui avaient veillé sur son sommeil. Christian l'ausculta. Le cœur ne manifestait aucune dépression. Le pouls continuait de battre avec régularilé. Vraiment la vie revenait dans ce pauvre corps.

— Poitvez-vous me répondre ? faire comprendre votre pensée?...

— Oui...

— Je craignais pour vous, après la soirée d'hier... et l'on dirait, au contraire, que vous êtes plus vaillant, et que les soubresauts de cette nuit ont déterminé un état nouveati duquel nous avons le droit de tout espérer... Est-ce que je me trompe ?...

— Non.

— Vous êtes mieux?... Votre pensée est plus rapide?... Vous pouvez prendre part aux moindres incidents de votre vie?...

— Oui...

— Vos lèvres sont moins lourdes... Dites-moi quelque chose... Parlez-moi, le plus longtemps que vous potirrez...

— Je vous remercie... pour votre secours... d'hier soir... Mon affection... et ma reconnaissance... vous sont acquises... pour toujours...

Rose-Lison, en larmes, mais des larmes de joie, venait de s'agenouiller au chevet de son père. Elle lui avait pris la main, et cette main elle la couvrait de baisers, de baisers ardents.

— Guéri 1 guéri ! dit-elle.

— Non... mais... mieux I...

Et parce que l'effort pour parler avait été trop long et trop violent, une pâleur terreuse s'épandit sur son visage. L'Immobilité redevint absolue. Les yeux vitreux, les lèvres ouvertes, présentaient le masque de la mort... Ils eurent peur... Ce fut une syncope (jui dura une heure...

Quand la vie reparut, il balbutia :

— Très... très fatigué... besoin de repos...

Avant de s'éloigner, le docteur hésita. On eût dit qu'il avait une question à adresser au comte, mais qu'il n'osait. Or, 1« comtô lui en épargna la peine, car t«ut à ceuo :

— Docteur... silence 1 silence absolu I

Que voulait-il dire?... Voulait-il dire qu'il désirait, pour soa repos, un silence complet autour de son lit?... Avait-il une autre pensée ?

— C'est à vous, Lison, que cette recommaudation s'adresse,,.

— Non, non, fit le malade qui s'agita et qui paraissait craindre de ne pas être compris.

— Est-ce donc à moi? demanda Cliristian.

— Oui.

— Vous désirez que je me taise sur ce qui s'est passé cette nuit?...

— Dabord...

— Il y a encore autre chose?

— Le silence... le silence absolu, pour tout... le.,, monde... Rose-Lison s'avança :

— Je crois deviner la pensée de M. de Croix-Vitré, fit-elle... Si je me trompe, il saura bien nous le dire... Il exige que vous gardiez le silence le plus absolu sur les événements de la soirée, mais que vous ne confiez à personne au monde, l'espoir que vous avez peut-être de sa guérison possible... Déjà, une fois, il m'a lait cette recommandation et a exigé de moi cette promesse...

Et se tournant vers son père :

— Est-ce bien cela?

— Ai-je bien rendu votre pensée î

— Oui.

— Je vous le promets, monsieur, dit Christian... bien que j^ ne devine pas le motif du silence que vous exigez de moi...

— Plus... plus... dit le malade... qui paraissait inquiet. Christian interrogea Lisou :

— Vous qui le comprenez sibien, dites-moi ce qu'il désire...

— Il désire que vous vous engagiez envers lui autrement que par une simple et vague promesse....

— C'est... celai...

— Vous avez ma parole, monsieur, dit le jeune docteur... Je vous jure de ne rien révéler de votre guérison, si nous avons le bonheur de vous guérir, que si vous m'y autorisez...

— Bien I Bien \ fit le comte par deux fois.

Au moment où il allait se retirer, Nathalie et ses fils entrèrent. Ils n'étaient pas seuls. La fugue étrange du paralytique avait été vite connue dans le château et le personnel de Royoumont s'amassait dans la cour pour savoir des nouvelles de la santé du comte. Il se trouvait là, également, deux ou trois des paysans qui. la veille, avaient aperçu le vieillard sur la route. Devinant que la parente pauvre ne manquerait pas de lui adresser certaines questions, Christian ne voulut pas s'éloigner.

Et en effet, ce fut vers lui qu'elle se dirigea. Elle lui fit signe. Ils s'écartèrent afin que le malade ne pût rien entendre de ce qui pouvait se dire. Mais ce qui fut dit, à ce moment, les domestiques et les paysans l'écoutèrent.

— Je vous remercie, docteur, du dévouement que vous nous montrez. Qn'allez-vous nous apprendre, maintenant ? Devonsnous couici ver quelque espérance ou bien l'imprudence commise hier au soir ne va-t-elle pas, au contraire, précipiter l'issue fatale que nous redoutons?

LA BLiAUÎÉ DU DIABLi:; £4?

— II m'est impossible de vous rassurer complètement, madame, et pourtant, je ne puis vous enlever tout espoir...

Mais l'espoir que je vous laisse, s'il en est un, est bien faible.

— Mon frère est-il donc perdu ?

— Certains symptômes me faisaient prévoir, il y a quelque temps, une certaine amélioration dans son état. Ce n'eût pas été la guérison complète... je crois que nous ne devons pas nous faire d'illusions, m.ais le comte eût repris de l'intérêt à la vie... se fût mêlé à la vôtre plus activement... Ce n'eût plus été cbez lui l'immobilité et le silence... Il eût exprimé sa pensée... et son âme n'eût pas continué d'être fei'mée...

— C'eût été une bien grande joie! dit la veuve avec élan. Puis, comme suspendue aux lèvres de Fontenaillcs I

— Faut-il donc renoncer...

— Hélas I madame, je le crains... Le comte est rentré hier suir dans un état de faiblesse telle que je suis surpris qu'il soit vivant ce matin. Mais, du moment qu'il vit, l'espoir nous reste de pouvoir prolonger encore sa chère existence... Voilà l'espérance que je disais pouvoir vous laisser, madame... Mais je me trompe peut-être... La vie du vieillard est fragile... Il faudra les plus grands soins, plus grands que jadis, la prudence la plus extrême... A ce compte, vous le garderez sans doute auprès de vous...

— Mais sa pensée ? Sa volonté ? Sa parole ?

— Ah ! madame, le comte ne vivra plus jamais comme 11 a vécu. .

— A-t-il encore une pensée ? Une volonté ?

— Je l'ignore...

~ En tout cas, il n'a plus le moyen de les formuler 7 Elle insistait d'une façon étrange et Christian le remarqua.

— Non.

— Et l'imprudence qu'il a commise hier ?

— Je doute qu'il ait jamais la force de la recommencer... et il faudrait, dans tous les cas, l'en empêcher à tout prix...

— Parce que ce serait la mort, n'est-ce pas ?

— Ce serait la mort?

— En résumé, guérison impossible ?

— J'en ai i)cur.

Nathalie avait prononcé toutes ces paroles à très haute voix, comme s'il lui était utile que ces paroles, de même que les réponses du docteur, fussent entendues par ceux qui les entouraient, distinctement En agissant ainsi, Nathalie avait un but caché que l'on con.irîtra bientôt.

— C'est bien, docteur, je vous remercie ! murmura-t-elle la voix brisée.

Et, pendant que le jeune homme remontait dans sa voiture, qu'on venait d'avancer, la veuve tiiit longtemps son mouchoir sur ses yeux, et son corsage, secoué, trahissait les sanglots qu'elle essayait vainement de réprimer...

— Perdu ! mon pauvre frère est perdu !

Puis, se tournant vers les paysans, elle leur demanda tout à coup :

— Vous avez entendu tout ce qu'a dit le docteur?

— Oui, madame.

— C'est bien, mes amis...

Et elle ne leur dit rien de plus... Domesliques et paysans S8

2^ LA BLALiïÉ DU DIABLE

dispersèrent... La cour se vida... Nathalie eatra daiis la chambre du paralytique où Rose-Lison, seule, se trouvait, assise comme d'habitude, près du ht de son père.

Nathalie vint prendre place auprès d'elle.

Croix-Vitré avait les yeux fermés. Elle crut qu'il dormait. Elle ne voulut pas le réveiller et elle attendit, patiente, qu'un mouvement du malade manifestât qu'on pouvait désormais lui parler.

Silencieux, aussi, et sombres et menaçants, Laurent et Michel avaient pénétré dans le petit logement et se tenaient debout.

Ils n'avaient même songé à se découvrir et gardaient leurs chapeaux.

Rose-Lison s'en aperçut.

Elle dit doucement, avec un sourire timide :

— Si M. le comte s'éveille, il souffrira de vous voir ainsi couverts devant lui... Il ne croira pas à un oubli de votre part... 11 s'imaginera que c'est un parii pris... Ayez pitié de sa faiblesse et de Sun impuissance à manifester ce qu'il souffre...

Ils olwirent, pâles, avec un regard plein de haine pour la jolie lille.

Sous les paupières fermées du comte, Nathalie zie pouvait deviner que la pensée veillait ; en effet, Croix-Vitré ne dormait plus depuis longtemps et savait fort bien ce qui se passait autour de lui.

Et il avait tremblé de joie, lorsqu'il avait entendu Rose-Lison, de sa voix douce et ferme, rappeler Laurent et Michel au respect qu'ils devaient au vieillard.

Pourtant, quand ses paupières se relevèrent, le regard qui lojnba sur la veuve était trouble, sans intelligence, et ne Ja recoimut pas.

Elle s'approclia vivement :

— Mon frère !... Mon frère ! !...

Il parut que cet appel n'arrivait pas jusqu'à lui. Entre lui et elle, on ctît dit qu'il y avait une mura'ille épaisse, infranchissable.

— \ ous ne m'entendez pas ? Vous ne me voyez pas ?

Elle lui prit les mains. Elle les serra avec tendesse. Elle ne sentit rien, aucun frémissement pour répondre à son étreinte, aucune agitation qui prouvât que la vie revenait dans ces pauvres doigts rigides.

Longtemps, elle demeura auprès du lit. Elle s'efforça d'éveiJlor €n lui quelques souvenirs de leur vie commune, afin de s'assurer qu'un peu d'intelligence existait encore au fond de ce cerveau.

Ce fut vainement. Elle y renonça. En dépit de ses efforts pour dissiumler, une joie diabolique brillait dans ses yeux.

Elle lit signe à ses fils de la srrtvre.

Et tous trois disparurent silencieusement.

Le malade parut attendre qu'ils se fussent éloignes, alin de n'avoir plus rien à redouter d'un retour subit.

Alors, ses yeux se rouvrirent...

Des yeux ""de vie, non de mort, des yeux d'intelligence, et non de folie, des yeux de malice et de ruse réfléchies, et non des yeux de victime résignée. Ce regard étrange vivant, lumineux, sembla suivre au loin, de l'autre côté des bâtiments de service, cette femme et ses deux hommes.

Puis, il se porta sur sa fille, tout chargé de tendresses. ~ Ma fille I

— Mon père I Oh I mon père !...

— Va, j'ai assez de forces, à présent... si rien ne trahit ma guérison possible... j'ai assez de forces pour accomplir les deux... les deux missions... que... je me suis données, avant de mourir...

Il releva, lourdement, les bras dans la direction qu'avaient prise Nathalie et ses fils, il s'était dressé dans son lit, transfl guré...

— Oui, deux missions... deux devoirs... te protéger, te sauver, assurer ton bonheur... ma Rose... et nous venger de ces... misérables... ah 1 nous venger, toi. moi, et la pauvre femme qui n'est plus... et qui t'aimait si fort...

Il retomba, aconhlf^ pnr i^et effort imrnpn'^e, pris di^ syncope...

LA Fu.îE nr: ^rAnnPROTTX

Il y eut, à partir de ce jour, quelques semaines d'accalmie pendant lesquelles on eût dit que les personnages de cette histoire se recueillaient et réfléchissaient.

Et cela était vrai; ils réfléchissaient; les uns préparaient pour plus tard les intrigues suprêmes qui devaient les faire triompher ; les autres clierchaient à deviner ces pièges, afin de les déjouer.

Avnnt de poursuivre le récit du drame qui va suivre, il est nécessaire de résumer brièvement la situation.

Nathalie et ses fils, trompés malgré leur sagacité par le vieillard et rassurés sur les chances d'une guérison devenue impossible, sentaient que désormais leur position était inattaquabl^e. Rose-Lison était seule à craindre, mais Rose-Lison n'était à craindre qu'autant que le comte de Croix-Vitré lui viendrait en aide. Du moment que Croix-Vitré était, au dire du médecin, réduit à l'impuissance, le danger disparaissait.

J,a parente pauvre, qui jusque-là avait montré une vigilance Inlassable, fut dès lors moins inquiète et commença de s'endormir dans sa victoire si laborieusement conquise.

Laurent et Michel s'étaient laissés conduire par leur mère en toute cette intrigue et du moment que Nathalie ne paraissait plus redouter de fâcheux événements, ils se tranquillisèrent, eux aussi.

Chez le comte, ce fut la même existence retirée et pour ainsi dire muette. D'un commun accoi'd, et afin de mieux tromper un espionnage possible, ils ne parlaient plus qu'à voix basse. Du denors, on n'entendait jamais chez eux aucun bruit, on eût dit que le logement n'était plus habité. Et c'était la nuit, maintenant, quand ils étaient sûrs que tout dormait dans Royaumont, qu'ils s'abandonnaient aux effusions de leur tendresse.

Parfois, Lison voyait Je comte, les yeux sombres, nlongé dans

2jO u beauté du diable

une rêverie profonde. Craignant qu'il ne souffrît davantage, elle l'interrogeait, mais il sp. contentait chaque fois de répondre :

— Patience I... Laisse-moi rêver! I... J'attends !...

Que prévoyait-il et qu'attendait-il 7

Christian, d'autre part, se voyait mêlé à des événements de tragédie intime où peut-être il était destiné à jouei^ un rôle important.

Il était prêt à faire son devoir jusqu'au bout. Mais, au fond de sa chambre close, où elle venait d'être malade et près de la folie, sur le bord de la jolie rivière de la Combeauté, au tic tac de son joli moulin, une jeune femme amaigrie, belle toujours, mais dont la beauté avait quelque chose de menaçant et de funeste, Germaine Marberoux rêvait ainsi que rêvait le vieillard.

Oui, elle avait failli mourir. Et quand on fut certain qu'elle vivrait, on craignit qu'elle ne reprit jamais sa raison.

Puis, la jeunesse eut le dessus ; les désordres de ce cerveau se calmèrent.

Pendant de longues heures encore, elle resta dans une immobilité étrange, dans une sorte de coma. Elle vivait, on le voyait à ses grands yeux et c'était le seul signe de vie qu'elle donnât. Pas un geste.

Enfin, elle se leva, fit quelques pas, s'accouda à sa fenêtre, devant la rivière qui coulait à ses pieds et tombait en cascades sur les roues du moulin.

Ce fut la Dlace favorite où elle vint chercher, non pas l'oubli de ce qui s'était passé, elle ne voulait pas l'oublier, mais le moyen de châtier ceux qui, en se défendant, avaient retourné contre elle sa propre vengeance...

Et les deux images revenaient sans cesse dans ses rêves farouches.

L'image de Rose-Lison, la détestée...

L'image du comte de Croix-Vitré...

Dans .son rêve, ces deux images n'en faisaient plus qu'une. C'était le comte qui avfiit sauvé Lison, amené Christian... à l'auberge maudite... et devant Lison et devant Christian, comment n'éiait-elle pas morte de honte, elle, l'orgueilleuse Germaine, tombée tout à coup dans cet abîme d'horreur?...

Si elle avait eu l'esprit porté au repentir, elle eût pu redouter une manifestation nouvelle de cette justice mystérieuse qui avait dirigé le châtiment, en la frappant sans pitié avec une soudaineté formidable !...

Si elle voulait se venger encore, la même justice et le même hasard impitoyable ne frapperaient-ils pas de nouveau ?

Mais Germaine ne connaissait pas le remords.

Elle était bien la fille de ce Marberoux qui avait nourri pendant de si longues années sa vengeance.

Et qui, après avoir frappé, en était mort !...

Lorsqu'elle fut à peu près rétablie, mais se sentant encore faible, et comme la belle saison était venue, elle partit pour la Suisse.

Après avoir voyagé pendant une quinzaine de jours dans les principales stations des Alpes, elle finit par s'installer à. Zerraatt, et bientôt même, ne se trouvant pas à l'aise au milieu des alpinistes, français et étrangers, qui remplissaient les hôtels^

LA BEAt3ÏÉ 00 QtABLE S&l

elle se fit mouler à trois mille mètres d'allitude. à l'hôlul installé sur le Gornergraat, en face des immenses glaciers qui contournent les bases gigantesques du mont Rose et du mont Cervin. Là, elle put s'isoler plus facilement, en cette solitude splendide et triste. Il n'y avait guère que des Anglais au moment où elle arriva et pendant les huit première jours, les touristes qui s'y renouvelèrent furent tous, également, des Anglais

Le dixième jour, vers quatre heures du soir, elle s'enveloppia d'un manteau plus chaud, car, bien qu'on fût en plein été, l'air était très vit et presque froid.

Et elle alla s'asseoir, sur un fauteuil de rotin, près de l'hôtel, en face du paysage grandiose qui s'étalait devant elle, à sa droite, à sa gauche, tout autour, en une succession de cimes neigeuses variées à l'infini.

Mais elle ne regardait pas autour d'elle.

Elle regardait, en dedans et tout au fond d'elle-même, toutes ces ruines qui s'y étaient amoncelées, et le calme de cette nature où pas un cri ne s'entendait, où pas un oiseau ne se voyait, ce calme et ce silence de tombe n'apportaient pas de repos à son âme

Sa haine veillait, là comme au Moulin-Joli, sur la Combeauté, et cette haine grandissait et prenait de la force, au fur et à mesure que revenait la santé et que la fille de Marberoux se sentait revivre.

EUle était là depuis une demi-heure à peine, lorsqu'il lui sembla que les deux hommes, qui venaient de passer devant elle, l'avaient saluée.

Elle crut s'être trompée. Elle ne releva même point la tête et resta absorbée dans sa rêverie, les yeux demi-clos, et comme fatigués par le reflet brillant que le soleil mettait, sur les neiges éternelles, en face.

Quelques minutes après, les deux hommes repassèrent.

Ils marchaient très lentement et, tout près, ralentirent encore leur allure.

Ils saluèrent pour la seconde fois et, cette fois, elle releva les yeux.

Elles les reconnut et répondit à leur salut.

Ces deux hommes étaient Laurent et Michel Bouriane. Installés depuis la veille à Zermatt, ils étaient venus le matin au Gornergraat, y avaient déjeuné et passé l'après-midi. Leur intention était de redescendre dans le courant de la soirée.

Pourquoi, au lieu de redescendre, retinrent-ils aussitôt deux chambres à l'hôtel et envoyèrent-ils chercher en bas leurs bagages ?

Les drames soudains qui naissent et se développent dans les cœurs sont souvent inexplicables : ces deux hommes, méchants, brutaux et passionnés, n'étaient pas sans avoir entendu parler de Germaine Marberoux et n'étaient pas, non plus, sans 1 avoir parfois recontrée.

Jadis, malgré sa beauté, ils n'avaient point fait attention h elle.

Et voilà que brusquement, par un revirement singulier, parce qu'ils rencontraient cette jeune fille, sombre, triste, en cette solitude dont l'âpreté semblait augmenter encore ce que cette beauté avait de fatal et de redoutable, ils essayaient de se rapprocher d'elle.

Ils n'échangèrent pas leurs impressions. Chacun garda pour

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lui ce qu'il pensait. 1 ' serait assez difficile da faire comprendre quel genre d'affection Unit les deux frères l'un à l'autre. Avec le caractère que nous leur connaissons, une tendresse fraternelle était impossible entre eux. Pourtant, ils étaient incapables d'une mauvaise action l'un envers l'autre. L'habitude de vivre ensemble, sous le joug de la mère, et de partager, avec la mère, son ambition, l'habitude d'une idée fixe, et cette idée avait été Royaumont, depuis le jour ds leur arrivée au château, avait créé chez eux une même manière de voir, de comprendre, de sentir. Leurs intérêts avaient été, de tous temps, les mêmes, et comme Nathalie avait pour eux le même amour, elle avait, entre eux, toujours et jusqu'au bout, tenu la balance égale. Enfin, les crimes qu'ils avaient tentés, ou qu'ils se préparaient à commettre, établissaient chez eux une complicité qui rendait plus étroite encore leur liaison. En somme, ils s'aimaient, bien que, pour deux êtres de cette nature, ce soit une sorte de sacrilège que d'employer une expression pareille, et si douce, pour expliquer le sentiment qui les unissait.

Le soir de la première rencontre avec Germaine, Michel dit seulement à Laurent :

— Elle est bien belle 1 Comment se fait-il que ce soit la première fois que nous nous en apercevions ?

— C'est inconcevable... Car, en effet, elle est bien belle... étrangement troublante...

Et Laurent soupira. Il n'y eut rien de plus entre eux, pour l'instant, mais chaque minute de leur vie, depuis cette rencontre, fut marquée par le soin qu'ils avaient de se faire remarquer par Germaine. Ils ne se cachaient pas l'un de l'autre. Ils semblaient agir de concert, et dans un but commun.

Or, dans l'état d'esprit où était Germaine, cette rencontre ne pouvait passer inaperçue, et elle devait emprunter, au contraire, une Importance singulière aux événements récents qui s'étaient déroulés à Royaumont.

Cette première nuit, après cette rencontre, Germaine ne dormit pas.

En ce cerveau ardent et surexcité, des idées nouvelles surgissaient soudainement. Et ce fut sans doute parce que cela répondait à ces idées qu'elle n'opposa nulle froideur aux avances des deux frères.

Ce qui fut, chez eux, entraînement naturel, fut chez elle un calcul. Toutes les neiges amassées sur les cimes des gigantesques monts, autour d'elle, toutes les glaces accumulées par les siècles dans ces réservoirs immenses des glaciers qui font au Gornergraat, une ceinture si grandiose que l'admiration même y est déconcertée, neiges et glaces avaient fondu dans ce cœur.

Elle rapportait tout à elle, et tout à sa haine.

Et deux jours après, comme ils exrursionnaient ensemble vers le Cervin, ce fut calcul chez Germaine, lorsqu'un faux pas, détachant une roche qui s'en alla rebondir dans un abîme, fit chanceler la jeune fille qui tomba, les doigts crispés autour d'une pierre et les jambes dans le vide.

Ils se jetèrent à plat ventre, rampèrent jusqu'à elle, se penchèrent à mi -corps au-dessus du précipice, la saisirent chacun Îiar un bras, l'enlevèrent doucement, sans secousses, en fermant es yeux pour éviter le vertige et la déposèrent au bord de 1^ crevasse où elle avait failli trouver la mort.

LÀ BEAUIÉ Dt) DIABLE 253

Car c» fut vraimeiit, pour elle, péril de uiort.

Mais «Ile avait gardé sa présence d'esprit Jusqu'au bout. Jusqu'au bout, elle s'était dit qu'ils la sauveraient. Et quand ■elle fit semblant de revenir de son évanouissement et qu'elle les vit, pâles d'émotion, si près de son visage que leurs lèvres semblaieut chercher, déjà, ces lèvres de femme, elle pensa :

— Maintenant, ils sont à moi, tous les deux !...

Et Germaine ne se trompait pas. Ils étaient bien à elle I... Elle avait voulu rester au Gornergraat pendant quinze jours seulement. Eux autres y étaient de passage et pour une seule journée. Ces plans et ces projets changèrent.

Six semaines après, Germaine et les fils de Nathalie s'y trouvaient encore, et, pendant ces six semaines, tous trois s'étalent vus à peu près tous les jours. La vie d'hôtel crée, pour tous, les mêmes habitudes de rencontres régulières. Et même si les deux frères et Germaine avaient été séparés par des difficultés et des obstacles, elle eût prêté les mains à les aplanir. Car tel était son but et telle était sa volonté. Elle voulut qu'ils fussent amoureux d'elle, à la folie. Et ils le furent. Elle voulut qu'ils n'eussent plus d'autre but à leur vie que celui de fair«, pour l'un des deux, cette conquête. Et, en effet, ils n'eurent plus que ce but. Elle-même se donna pour ambition suprême, et comme une réparation de ce forfait dont elle avait été victime, d'être la femme d'un de ces deux hommes.

Elle avait entrevu ceci dans ses rêves : - Se venger du comte de Croix-Vitré en devenant maîtresse dans le riche domaine et y gouverner à sa guise.

Elle y gouvernerait, elle, que le comte avait pu contempler, abîmée dans une honte ignoble, dans tant d'ignominie et d'horreur qu'elle avait pu espérer, et non pas craindre, que sa raison, ou sa vie, y sombrerait, , C'était, cela, contre le comte, une vengeance raffinée.

Ils restèrent là-haut, en cet hôtel ouvert durant trois mois à peine, jusqu'à ce que la saison d'été fût terminée.

On ferma l'hôtel, le froid devenait trop dur et les touristes avaient disparu, et ils se séparèrent, non sans échanger les promesses de se revoir. N'étaient-ils pas voisins et n'habitaientils pas le même pays ?

Les deux fils de la veuve, lorsqu'ils se retrouvèrent en face de leurs souvenirs, ne purent s'avouer qu'ils avaient fait la conquête de cette fille.

Elle seule put se dire qu'elle les avait comme esclaves.

Le lendemain du jour où cette séparation avait eu lieu, les frères échangeaient quelques mots à propos de Germaine.

Ils étaient seuls, dans un compartiment de première classe d'un train qui les emmenait, cahin-caha, vers Martigny.

Longtemps, ils restèrent silencieux, chacun des deux suivant sa pensée, et leurs pensées, à tous deux, les reportant vers pelle dont ils étaient séparés.

Ce fut Michel qui, le premier, rompit le silence.

Il dit, et son émotion intime rendait sa voix incertaine et assourdie :

— C'est à elle que tu rêves ?

Laurent tressaillit, conujic si on venait de 1© réveiller brus^ quement.

• — Et toi ?

,— Moi aussi,

„î , U BEAUÎÉ BU DUBLR

Tu l'aîmes 1 — Et loi ?

^"1 Sol'rêSTayé ae retour et «lu'elle fairao ou qu'elle ''l"ï;S'ie le crois... Et toit

- iVsVr^uofsmTèis InSlces. ou sur <n>gl«^Pr>«=' ""

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lousie ne perça, t """"Polaire Haquêe le hasard les avait Sf S^âm^ sTnïSllerîpSéîre, înais réel.

îl''^S'.Til maices, Veux-t^^^ S!f JS^agnle . la tienne., Il m'a paru qu'elle preîe r au m.i lu y ^ ^^ ^p.

je rai vue Vl^l^fJ^^i^^^^ % âCpatilnïe lorsque tu survenais \IT^ conrTorT^e'To.^ ino en causerie mUme... j^ai fait ces mêmes remarques...

__ Tu vois? Alors... . mncerne dit Michel...

Les mêmes remarques en ce qmmo concerne^. ^^^ ce n'est donc pas concluant enta ia\ LUI... i; milieu d'une

-combien som;ent a^-je vue ^.S^f^^lait trop^ loix. ^

J^ninatiXniésitat.on.delatendr^^^

ses auxquelles on ne P^ut se tromper.^^^i ^^^^ ^ ^o,,r.

parlant.^, baissant les ^^ux I^lissaiit ot ro^^^^ lorsque.. par

— C'est bien ainsi quelle était aupitbuc. ^^ ^j.

haTafd? nous nous trovivions seuls.^^^t son^^ ^^

suTle que nous en étions emban as es lu ^^^^ ^^^

nous Se trouvions plus nen a nous clae^^^ ^ Prenais douceîïfnfîa'malnTque ^ "a'gaiais'd^ans la mie.^e... Elle ne '"i'Eu'e'V^'fa- retirait pas non plus quand je saisissais sa ^^ÏR^pdait-elle à ton étreinte 7... Car l'amour se trans-

^is^^-V vnmo^sPs 7 E=t-ce qu'elle fa fait des promesses T

j'aime! »

— Voilà bien, à moi aussi, ce que me disaient ses regartls charges de tendresses. Ils me disaient : « Je t'aime I »

— Et ce n'était pas seulement quand j'étais, avec elle, loin de toi...

— Non... c'était, bien #ouvent, qtiiBiJ*-*^. étais là... A ses grands yeux somt)res, je comprenais qlB c'était à cause de moi qu'elle était heureuse...

— De même que je comprenais clairement que c'était à cause de moi...

— Ainsi, indices, paroles, promesses, d'elle à nous, tout cela t commun ! ..

— Peut-être parce qu'elle hésite ei*k-e Houa^f

— Et que son cœur hésite à se prononcer 7

— Et voilà pourquoi, sans doute, 'elle n'-in= .Mi:M.,;f ,.,• in.iéci'^a .et si triste ?

— Sans doute I...

— Que faire ?

k — Continuer de l'aimer jusqu'à ce qu'elle ait choisi l'un de

#ous...

f — Sans jalousie et sans haine, frère 7

& — Sans haine, du moins, sinou sans jalousie...

fr — Et la même franchise entre nous ?

fK — La même I

Et après ces confidences étranges, ils se serrèrent la main. Puis, leur rêverie recommença, et chacun des deux continua d'évoquer l'image provocante qui s'enveloppait pour eux d'énigiue et de mystère...

Il ne leur vînt même pas à l'esprit qu'ils pouvaient être les victimes d'une machination ourdie par cette femme Ils étaient frustes et orgueilleux. La force physique, la vigueur à dépenser l'emportaient chez eux sur la finesse de l'intelligence. Contre Germaine, la lutte était inégale.

Ils rentrèrent à Royaumont. La saison des chasses approchait. D'autre part, des lettres pressantes de Nathalie les rappelaient. De grosses échéances arrivaient à terme, pour les deux frères ; des difficultés avaient été soulevées par les plus riches fermiers lors du renouvellement des baux. Les récoltes étaient mauvaises. Une grève avait interrompu les travaux de la forge et la plupart des ouvriers s'étaient disséminés dans les f abrian, s voisines, où ils trouvaient des conditions meilleures Pen- ' que Michel et Laurent négligeaient leurs affaires, une âpre . ..Ile s'engageait contre eux dont ils subissaient déjà les fà-

ieux contre-coups. Ils allaient être obligés, pour faire face à

e nouvel état de choses et faire honneur aux. échéances pré-

ues, suite d'achat d'hôtel à Paris, et de reconstruction de la Louviere, de vendre des parcelles du domaine, et il fallait prévoix^ que ces ventes, étant donné leur besoin d'argent immédiat, auraient lieu dans de mauvaises conditions. Des fermiers déjà, offraient de racheter leurs fermes, il est vrai, mais à moi- ■ ié prix de leur valeur.

Ce n'était pas tout.

Une lettre de Nathalie ajoutait :

« Le danger pour nous est plus grand que jamais. Vous savez de qm et de quoi je veux parler. J'ai hâte oue vous soyez orej dç moî... j . ' '

25C lA BEAUTÉ DU DIABLE

Or, lorsqu'ils avaient quitté Royaumont, des semaines aup; ravant, ils avaient laissé la veuve dans jne quiétude absolue.

Elle paraissait ne plus prévoir aucun péril, de quelque natuj que ce fût.

Que s'était-il ,dcaic ïjMpé de si gra^e, en leur absence, pou provoquer une parcille^ayeur, et une lettre aussi alarmée ?

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