Michelet. L'oiseau, première partie, les rapaces
^k52 LA BEAUTi morale' .
notre admiration pour les organismes adaptés à Fexistence pacifictue. L'animal de proie peut être merveilleusement adapté à ses fins, mais ces fins sont. en conflit avec d'autres fins aussi légitimes. Pour qu'il vive, il faut qu'il sacrifie quantité d'autres créatures qui le valent bien. 11 vaudrait mieux en somme qu'il n'existât pas. Son organisation est viciée dans son essence même : elle peut être parfaite en son genre, notre intelligence n'y trouve rien à reprendre, mais il y a dans notre cœur quelque chose qui se refuse à l'admirer. Si l'on prend vraiment au sérieux les idées du bien et du mal, si l'on ne cède pas à ce préjugé absurde qui restreint leur champ d'application à l'espèce humaine, on n'hésitera pas à appliquer aux animaux eux-mêmes ce principe, que dans le jugement que nous portons sur la beauté d'un être animé, nous devons faire entrer une appréciation morale.
Il y aura, cela est fatal, de grandes divergences de goût dans ces appréciations. Chacun admirera dans les êtres l'expression réelle ou symbolique des qualités qu'il estimé le plus. Pour arriver à s'entendre sur l'idéal de l'expression, il faudrait donc commencer par s'entendre sur l'idéal psychique. Mais au moins la question est nettement circonscrite ; ici la question d'esthétique est d'ordre exclusivement moral.
§ 2. — La beauté d'expression dans l'homme
Quand il s'agit de l'homme, le principe est communément admis. Nous aurons seulement à en suivre les conséquences, un peu plus loin que ne le fait le sens commun.
Comparé à l'animal, l'homme nous apparaîtra comme doué d'une beauté supérieure, parce qu'il a une expression morale plus élevée.
Il peut y avoir des exceptions individuelles. Si l'espèce, prise dans son ensemble, est incomparablement plus belle que les espèces animales les plus élevées, nous ne pouvons conclure qu'un homme quelconque sera plus beau qu'un animal quelconque, autrement dit que l'homme le plus laid