ENVIRONS DE MONS, VUE PRISE DES JARDINS DU CHATEAU
Entrée au pays wallon. — Une race nouvelle. — Les combats de la terre et de l'homme. — Les héros tranquilles.
Antithèses. — L'unité dans la diversité
En ce doux et placide pays des Flandres, nous avons vu alterner les silences du batelage avec les activités des besognes agraires et le mouvement de la grande industrie du lin; et cette vie flamande, successivement accélérée ou alentie suivant les centres où elle se déploie, nous lavons vue ensuite graduellement s'éteindre aux humides sables de la région maritime, parmi les palpitations diminuées d'une humanité frappée du mal sourd des décadences.
Une autre race va entrer en scène, remuante et brusque, aux allures décidées, et qui, jetée sur un théâtre sinon moins profondément labouré par le travail des siècles, peut-être plus déblayé des troublants souvenirs que les siècles laissent après eux, n'a pas fléchi sous l'accablement des retours de fortune, cette pierre plus lourde que celle des tombes et dont le passé opprime les épaules des peuples vieillis.
Au poison des contemplations rétrospectives, lentement infiltré dans les veines comme un élément morbifère qui finit par étouffer jusqu'aux dernières résistances de l'esprit d'initiative, se substituent, chez ces hommes de sang plus allègre, la chaleur et l'élan d'un labeur qui ne laisse pas de place aux sujétions désagrégeantes de la tradition, et, sous le coup de fouet des progrès industriels et scientifiques, s'active avec une sorte de fiévreuse alacrité. Tandis que le songe semble incliner les anciennes Flandres à l'obsession des choses évolues, l'action enflamme ici les cerveaux et communique à l'œuvre commune quelque chose de l'entrain des batailles.
Ce sont, en effet, en ce perpétuel corps à corps de la nature et de l'homme, qui transforme les pays miniers en une émouvante et souvent meurtrière arène, d'éternelles rencontres des forces indéfectibles de la primitive genèse avec des milices armées de pioches, de pics, de béliers et de mille autres engins de destruction. Sans trêve elles s'avancent à des conquêtes nouvelles dans les noires cavités de la terre, en ces régions de mort et de ténèbres où, comme en des catacombes, s'immobilisent les cadavres des siècles sur lesquels la civilisât ion moderne a érigé ses cités. Mais a chaque pas la lutte recommence; mieux que du plus formidable bouclier, la vieille ennemie se cuirasse de ses impénétrables obstacles, se défend à l'abri de ses remparts de mystère, et, tout au fond de ses tours sombres comme la nuit et solides comme l'inconnu, où il faut aller l'attaquer, se recule et multiplie les ruses et les hostilités.
Combats sans merci! Pareille aux hydres poussant par la fente de leurs cavernes des meuglements qui faisaient pâlir les Thésée, elle gronde, rugit, halelte à chaque coup qui entame ses flancs, se vengeant par d'innombrables hécatombes dont l'horreur se prolonge parmi les tourbillons de flammes et de fumées qu'elle vomit de ses centuples gueules. Et pourtant, si horrifique que soit le monstre et si ténébreuses que soient ses machinations, parcelle par parcelle les armées conquièrent son domaine et toujours plus avant descendent aux abîmes d'éternité qui sont ses retraites, et sans cesse l'y poursuivent avec ce visage impavide des premiers navigateurs violentant la virginité redoutable des mers.
On comprend ce qu'une pareille prédestination peut faire d'une race d'hommes opiniâtre, résolue, téméraire, rebelle aux défaillances et douée de l'énergie qui recule les bornes de l'activité humaine. Il faut avoir vu le permanent miracle de celte grande industrie du charbon, allant fouiller, par le moyen des énormes puits, qui à eux seuls tiennent déjà du prodige, les entrailles les plus secrètes du sol; être descendu aux vertigineuses profondeurs où vit un peuple de kobolds, toujours à un doigt d'être précipités dans l'immensité béante du gouffre, broyés sous des avalanches de schistes et de psammites, ou foudroyés par l'artillerie du grisou ; puis encore, avoir assisté à ces désastreux lendemains de cataclysmes, quand la bure volée en éclats s'est de haut en bas éclaboussée de la moelle jaillie des cervelles, et que des villages entiers pleurent des pères, des frères, des époux, les assises écroulées du foyer domestique; il faut enfin avoir observé, après la stupeur et la consternation de ces grandes calamités publiques, le courage solide, le dédain et l'insouci de la mort, la passive soumission à la consigne qui, à peine la dernière bière coulée en terre, ramènent, aux sinistres cavernes où les leurs trépassèrent, ces invulnérables soldats du devoir, pour sentir quel concours de semblables hommes apportent à la prospérité d'une nation.
Il n'y a pas d'exemple que, à la suite d'un de ces horribles drames qui s'accomplissent presque aux limites de l'organisme terrestre, avec les Furies exterminatrices de la création pour acteurs, un de ceux qui ont échappé à la catastrophe déserte le poste où, face à face, il a vu un instant le funèbre rictus de la Camarade lui apparaître à travers les sanglantes apothéoses des ténèbres soudainement incendiées. Et ces renaissants périls, cet héroïsme
LE H AIN Al T.
qui s'ignore, cette sorte d'impassibilité devant les destins inexorables, ont graduellement composé une humanité éprouvée, capable de résister à toutes les épreuves.
Nous verrons tout à l'heure que la même force tranquille qu'elle oppose aux révoltes de la genèse outragée, elle l'apporte aussi, en vrai dompteur d'éléments qu'elle est, dans ses luttes contre le feu, aux brasiers de ses laminoirs et de ses verreries. Ainsi s'achèvera pour nous, à travers le fer et la houille, la connaissance de cette complexe physionomie de la Patrie belge, commencée naguère par la terre et par l'eau.
Il semble, au surplus, qu'en fondant ensemble le faisceau des provinces flamandes et wallonnes, les politiques aient voulu réserver à l'observateur la surprise des plus saisissants contrastes. De même qu'entre la grande plaine des Flandres, reculant les horizons sous l'interminable déroulement des pâturages, et le cabossement de la vallée de la Meuse, tout hérissée de monts et crevassée de ravins, les dissemblances géologiques suffiraient à caractériser deux contrées parfaitement distinctes ; ainsi les races qui y ont assis leur lit, unies à la surface par l'attachement à l'œuvre collective, semblent se séparer sur tous les autres points. Autant l'un, dans l'accomplissement du labeur quotidien, est grave, taciturne, concentré, froidement tenace, résistant jusqu'à l'héroïsme, sans expansion bruyante ; autant l'autre se laisse aller aux manifestations extérieures, impulsionne de sa gaîté l'élan de son travail, prodigue la dépense nerveuse. Et, ainsi divisés par le sang, la coutume de la vie, la nature môme du sol, on comprend à quels inextinguibles ferments devaient s'alimenter entre les anciennes Flandres et l'ancienne Wallonie les immémoriales rancunes qui toujours, à la suite de la chevalerie du Lys, ameutèrent les milices descendues des monts contre la révolutionnaire indépendance des farouches communiers de la plaine.
Le temps a fini par avoir raison de ces antagonismes, mais sans faire disparaître les différences essentielles qui régnent dans le caractère et les mœurs ; et l'on admire qu'un tel accord ait pu graduellement niveler les primitives résistances, en un pays où les configurations du sol tout à la fois et les penchants des aborigènes semblaient marquer les intransgressibles limites de deux peuples incompatibles.
Ce n'est pas là le moins curieux spectacle de cette attachante Belgique ; groupée sur des étendues de pays successivement maritimes, agricoles, • forestières et minières, avec une mer, des fleuves, une infinité de cours d'eau, des industries souterraines, des défilés de montagnes, le tout si étroitement juxtaposé que, en quelques heures, on passe de la contrée des grandes eaux à la contrée des grands rochers, elle a su concilier à la longue les antinomies spirituelles qui semblaient devoir barrer d'une éternelle ligne de démarcation ses fédérations politiques et sociales.
Aspect du Boi'inage. — Vue de la contrée du haut des terrasses du Château de Mous. — Galifornies souterraines. — Impressions et paysages. — Les terris. — Le Moloch. — Condition de l'homme, de la femme et de l'enfant au Borinage. — Les sacriDces humains.
Pour bien juger ce peuple wallon, il faut le voir à l'œuvre dans les fumées de ses charbonnages et les tonnerres de ses usines. Toute une partie du pays hennuyer, où nous allons pénétrer, a l'animation et le retentissement d'une prodigieuse forge ; et le noir labeur de la houille et du fer a fini par changer le pays même et lui donner une physionomie
farouche, comme ces cercles dantesques brûlés par la foudre et qu'aucune floraison n étoile plus.
De la terrasse du château de Mons, on voit se dérouler des campagnes dévastées et rabougries qu'une suie éternellement projetée des hautes cheminées recouvre d'un linceul chaque jour épaissi. Sur ce lent et incessant déluge de charbon, l'air s'estompe de teintes fuligineuses qui décolorent jusqu'à la clarté du jour ; le soleil lui-même y sombre aux vagues de l'universelle fumée comme un navire battu par une mer d'encre. Pour nous, qui venons de quitter les vertes idylles de la terre flamande, ce tranquille paradis de patres et de bestiaux, la sensation est forte de nous trouver brusquement jetés sur ce sol de cataclysmes, dans les noires tristesses d'un horizon calciné, au bas duquel s'étagent en tous sens des buttes sombres, affreusement pelées. L'aurore n'y distille pas, comme ailleurs, ses rosées de topazes, de rubis et de saphirs, mais, comme un blessé roulé dans des linges souillés, elle met au ciel une large plaie rouge dont les larmes sont bues rapidement par les poussières montées de la terre.
C'est la contrée désolée aux rives de laquelle expirent les gaîtés de la création, la terre de feu où bout dans les profondeurs la chaudière des sorcières de Macbeth, le « Finis terra? » des églogues et des bucoliques. De grandes flammes souterraines la dévorent constamment, pareilles à une meule de chiens roux, et elle profile sous le ciel de sèches vertèbres auxquelles la glèbe ne pend plus que comme des écharnures aux os d'un squelette. Partout l'œil est offensé par de raides et géométriques carcasses dont les enchevêtrements, découpés en grosses barres noires sur le noir de l'air, ressemblent à d'énormes ossatures de squales échouées sur le rivage. Ainsi, du moins, nous apparaissent, dans l'énigmatique crépuscule de ces troubles atmosphères, les complications de charpentes, de poutrelles et de cheminées qui revêtent extérieurement les charbonnages et font à la terre comme une vaste chape de fer et de bois.
Ce qu'on aperçoit du château de Mons, c'est le cœur même du pays charbonnier. Plus loin, du côté de Charlerôi, dans cet autre cratère toujours en éruption et qui vomit du charbon, du fer, un fleuve igné de matières incandescentes, l'industrie houillère s'entremêle aux verreries et aux laminoirs ; mais ici, elle est seule et règne en maîtresse absolue sur toule la contrée qui s'appelle le Borinage.
Aucune diversion au grand œuvre ténébreux de l'extraction du charbon : toutes les activités, toutes les intelligences, tous les capitaux, penchés sur le gouffre où, de minute en minute, s'engloutissent les petites cages chargées de wagons, comme de la vie qui s'enfoncerait dans les ondes d'un monstrueux Érèbe, regardent remonter l'or noir arraché par l'infatigable pic des mineurs aux caverneuses Californies enfouies dans l'empire même des limbes. Les coups de piston de la machine qui stimule cet incessant va-et-vient des cages montantes et descendantes, rauque symphonie qu'on n'oublie plus une fois qu'elle vous a déchiré l'oreille, ont l'air d'haleines furieuses rythmant la palpitation de cette vie du fond. Par moments, un beuglement d'aurochs blessé monte des entrailles du sol, comme le cri de douleur et d'agonie de la terre violée. Et tous ces bruits auxquels s'ajoutent encore le tonnerre des wagons poussés à toute volée sur les plates-formes, les sonneries qui signalent le départ et l'arrivée des cages, le ronflement des volants tourbillonnant comme de gigantesques meules, et, au fond des galeries, le roulement des berlaines cahotées sur des rails par des genêts d'Espagne ou précipitées le long des plans inclinés, multiplient dans l'air une prodigieuse clameur, ce pendant que, des cheminées béantes comme les gueules qu'ouvriraient une légion de pythons, jaillissent des tourbillons de fumée et de feu.
Partout ici l'horizon est cabossé de grandes buttes, ampoules poussées à la surface du sol sur la fermentation souterraine : ce sont les « terris ». Chaque jour les augmente du tassement des schistes qu'on enlève de la bure et des escarbilles crachées par les foyers.
Quelques-unes atteignent la hauteur tic petits monts à cônes brisés, avec des flancs demi-éboulés et ravinés de profondes écorchures. Un feu sourd bout constamment sous leurs rugueuses parois, braséant en vols d'étincelles qui, la nuit, piquent de points rouges ces espèces de grandes taupinières obscures, comme les pétillements dansant aux cendres d'un papier carbonisé.
A la longue cependant, la nature reprend possession de leurs bosses chauves, prodiguant alors les semailles de graminées dans les creux, accrochant des racines d'arbres entre les pierres, finissant par jeter sur la nudité brûlée des pentes le verdoiement d'une forêt toute vive qui se balance, ondule et flotte en longues chevelures dans l'immobilité vide et noire de la contrée.
Si loin que va le regard, il ne rencontre qu'une plaine hérissée d'installations industrielles dressant des bras, des roues, des tubes, un outillage compliqué qui est comme l'anatomic
BERLA1NE ROULANT DANS L'INTÉRIEUR d'une GALERIE.
extérieure de ce grand organisme quasi animal de la bure. N'a-t-il pas un estomac, sa dévorante chaudière, des poumons, ses hautes cheminées rejetant des haleines enflammées, des intestins, ses galeries creusées dans l'anthracite et ramifiées en tous les sens, une respiration sensible, celle que font passer dans son énorme larynx les coups de vent furieux de ses volants ?
Bien plus encore que la fabrique gantoise, cette autre bête apocalyptique, l'appareil du charbonnage incite à la conjecture d'une vie organique et régulière, coulée dans le moule de quelque animalité monstrueuse. Et celle similitude devient surtout saisissante quand, descendu dans sa vaste circulation intérieure, on a sur la chair le soufflet de ses^ moulettes et dans les oreilles le ronflement de ses machines.
Tout au fond du gouffre, le colosse renâcle, anhèle, s'époumone, mugit, éructant à l'orifice ses houilles et ses cailloux. Dans d'éternelles ténèbres, que déchirent seulement les
éclairs bleus du grisou, il accomplit sans trêve, en un ahan qui ne s'interrompt jamais, sa mystérieuse besogne de Danaïdes, mais de Danaïdes qui, au lieu de remplir le tonneau, seraient condamnées au conlraircà l'étancher. Et le tonneau ici est un abîme qui se vide à pleines panses de ebariots en guise de seaux ; — à mesure qu'ils montent au jour, emplis des eaux solides du fond, de nouvelles veines s'ouvrent et dégorgent des afflux toujours nouveaux.
Tout le Borinage n'est pas autre ebose. On a la perception d'une race d'hommes que les fatalités condamnent à l'implacable labeur d'une mer de nuit à vider et qui, loin du soleil et des étoiles, consument leurs jours en d'extravagantes ardeurs pour arriver au bout de leur tâcbe. Point de répit, ni d'une beure ni d'une seconde ; quand ils succombent, d'autres arrivent qui les remplacent.
Incessamment le trou des fosses requiert, comme un tribut de ebair, non seulement la virilité des bommes, mais les membres grêles des petits et jusqu'au giron de la femelle. A l'âge où l'enfant s'essaye à la vie par des rires et des chants, il est plongé vivant dans ces géhennes ; la jeune fille, comme l'enfant, s'y engloutit à son tour ; et la mère elle-même, la matrone (pie déviait retenir au nid le soin de la couvée, y est jetée avec toutes les autres épaves et y attelle aux bcrlaincs, comme une bête de trait, sa poitrine faite pour les petites lèvres et les petites mains du nouveau-né.
Le gouffre veut tout ; il lui faut cette sève humaine de laquelle son glouton appétit fait le chyle de ses activités ; ni l'âge ni le sexe n'ont raison de ses exigences inapilovées ; et femmes, hommes, éphèbes vont se fondre à son gésier, comme le ebarbon aux gueules de ses fours.
A trente ans, l'être aimant et sensible n'est plus, en cet âpre servage de la houillère qui la fait l'esclave d'un rebutant travail et aussi l'esclave des bommes, qu'une maugrabine décrépite et voûtée, dont les formes se coupent à angles brusques et qui fume, se grise, sacre et rognonne comme les tristes mâles auxquels son métier l'accouple.
Heureux encore quand le minotaure les laisse sortir de ses crocs, les uns et les autres hâves, rabougris, tordus, plus semblables à des bêles qu'à des créatures humaines ! Mais, trop souvent, tout ce troupeau d'êtres vivants ne sert qu'à des hécatombes et, comme de la viande de boucherie, s'en va alimenter les ebarniers de la bure.
Comme en Crète on élevait pour le sacrifice un peuple de victimes, la graine boraine fructifie pour le charbonnage. Au lendemain d'un des plus effroyables désastres qui aient ravagé la contrée, une mère me disait, avec un rire grièche qui sonna à mes oreilles comme un glas, en me montrant l'enfant qu'elle allaitait : « C'est pour l'Agrappe ! »
Or cet A grappe, dont le nom, maintes fois, lit passer par le inonde entier un frisson d'épouvante et d'horreur, et quand il me fut jeté par cette femme, évoqua tout à coup en moi le funèbre souvenir d'une multitude d'hommes engloutis par un coup de grisou, était précisément le charbonnage qui emporta presque la moitié de Framcries.
Celle brutalité terrible d'une parole maternelle, jaillic comme une lave des rancunes d'un cœur qui pressentait l'inexorabilité de la destinée, trouvait sans le chercher le mot vrai ! Toute chair, en ce pays d'alchimie houillère, qu'elle soil de lille ou de garçon, est prédestinée à se muer au laboratoire plutonien en bel or sonnant d'escarcelle. Telle est cependant la force des routines, tel est aussi l'héroïsme de celte rude population que, pour un cri de mère qui éclate çà et là, presque universellement l'oubli de la mort, l'indifférence du danger el, qui sait, peut-être aussi l'illusion de conjurer le sort s'invétèrent dans les esprits. Ainsi le marin s'embarque le cœur léger et ne pense pas à la tombe que lui creuseront les flots.
LE H AIN AU T. IS7 Il y a d'ailleurs, entre la vie de l'homme des mines el celle de l'homme des mers, de cruelles analogies. L'un, en s'enfonçant dans les spirales d'ombre du puits, sur son frêle plancher qui a l'air d'une barque, l'autre, en plongeant aux tourbillons des grandes eaux sur son mouvant esquif que chaque tourmente semble devoir emporter, affrontent également l'inconnu. Quand ils mettent le pied sur les ais de cette nacelle qui doit précipiter le mineur avec
DESCENTE d'un TU AIN DE MINEURS.
la rapidité de la foudre au plus noir du gouffre terrestre et balancer le matelot sur l'horreur des abîmes marins, nul ne peut dire si, au bout de cette corde qui se dévide et laisse couler à fond la petite cage à claire-voie, et si au bout de ce large coup d'aile des voiles claquant allègrement au vent du départ, une mort tragique ne les attend tous deux. Sous eux oscille un plafond de ténèbres qu'aucun phare, aucune lampe ne percera jamais ; la mer n'est pas plus incertaine aux pieds du marin que cette profondeur du puits où descend le bouilleur ; et, une fois engagés dans leur sombre aventure, parmi les roulis et les vertiges de l'espace, l'un et l'autre sont aux mains des mystérieuses Providences.
m LA BELGIQUE.
N'est-ce pas encore la môme mort qui les attend, celui-ci dans le bouleversement et le fracas d'un volcan d'eau, celui-là dans les cbocs et les soulèvemcnls d'une trombe de rocs et de pierres? Ainsi se vérifie jusqu'au bout, en cette double existence également ballottée et qui tient à un lil (le câble auquel pend la cage du mineur et les cordages qui retiennent les voilures du marin ne sont, en effet, qu'un fil toujours sur le point de se rompre aux coups