KTANG DU JARDIN BOTANIQUE
Le palais de la Bourse dit bien son penchant à l'architecture bruyante : on ne peut imaginer un fouillis plus encombrant de statues et de cariatides, allégories géographiques, attributs, mythologies, lions couchés et débout. Et en plus d'un endroit les nouveaux boulevards s'apparient à à cette lourde débauche de carton-pierre.
Combien plus charmante la vieille promenade circulaire qui se prolonge le long des anciens remparts, les tranquilles et nobles boulevards extérieurs avec leurs longues avenues d'arbres parallèles. Autrefois des hôtels bordés de jardins y ménageaient des nids de verdure et de fleurs. Tout n'est pas détruit : une impression de rusticité urbaine subsiste : ici, le Jardin botanique avec son lac, ses fontaines, ses pari erres diaprés de plantes officinales, ses galeries vitrées rattachées à une rotonde coiffée d'une coupole de cuivre ; là, dans une
large échancrure, l'aérienne splendeur des lointains, rayée par le grêle élancement de la colonne du Congrès ; ailleurs, se détachant sur un rideau de vieux arbres, la Porte de liai, utilisée aujourd'hui pour les collections d'armures et d'antiquités, une masse de pierre hémisphérique, dentelée de créneaux et accostée de tours, avec escaliers colimaçonnant, barbacanes, mâchccoulis, grandes salles ajourées de hautes fenêtres ogivales sous la lumière desquelles luisarnent les cuirasses, les oriflammes, les cottes de mailles, les vitrines remplies d'objets rares, les antiques retables dorés ; au cœur même de la ville, les girandes, les quinconces et les hauts végétaux du Parc, échancrant une percée où, derrière un général Belliard en marbre, s'aiguise la flèche de l'Hôtel de Ville. Là bas, proche des ombrages du canal, les longues façades de l'Entrepôt émergent d'un amas de petites maisons à
LES lîASSINS DU CANAL.
pignons, parmi l'encombrement des bassins; plus loin, tourbillonnent les fumées des quartiers industriels, Anderlecht, Cureghem et Molenbeek-Saint-Jean.
L'ensemble, vu d'un point élevé, de la lanterne qui couronne le Palais des musées, par exemple, déroule un tableau mouvementé et fourmillant. A l'ouest, une bousculade de toits en escaliers, imbriqués de tuiles et d'ardoises, coiffés de cheminées, capuchonnés de lucarnes, se prolonge, dégringolant les pentes, s'enfoncant comme en des entonnoirs, brusquement haussée aux montées, amas de constructions en tous sens sillonné de rais qui se croisent et sont les rues, ici hérisé de pointes de clochers et de grêles aiguilles, là barré de lourds chevets d'église, avec des espacements de verdures claires qui tranchent sur l'échiquier des maçonneries grises et brunes, et toujours le chevauchement ininterrompu des petits pignons penchés, rechignes, emboîtés sous leurs rouges calottes de guingois. Émergeant du tas, Notre-Dame du Sablon, la Chapelle, les Minimes, Notre-Dame de Bon- Secours, les Biches-Claires, Saint-Nicolas, le Finistère s'asseyent dans leurs robes de pierres au milieu de leurs paroisses respectives. Plus à droite, la cathédrale élance ses deux tours jumelles, comme des bras tendus vers le ciel, parallèlement à cet autre élancement
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vertigineux, l'aiguille de l'Hôtel de Ville. Sur la même ligne, au loin, Sainte-Marie, échouée dans la perspective, arrondit ses dômes.
Puis encore, s'espaçant en diverses directions, c'est la nouvelle Sainte-Catherine, toute blanche, en regard de l'ancienne, vieil édifice aux sculptures trustes ; Saint-Jean-Baptiste du Béguinage, avec sa façade criblée de saints et son ornementation tarabiscotée ; Nôtre-Dame de Laeken, aux arcs-boutants découpés sur l'horizon comme de gigantesques vertèbres ; Saint-Jacques de Caudenberg, dont le dôme lamé de cuivre vert bombe au-dessus d'un fronton peint à fresque. Proche des massifs de l'ancien Jardin zoologique, Saint-Joseph dresse La pointe de ses tourelles en pierres bleues ; et tout à coup l'œil aperçoit une croupe