WATERLOO. LA HAYE-SAINTE
de l'endroit.... Puis Hougomont, ces arbres noirs, là-bas où l'action commença.... Et
maintenant, comprenez bien Le 17 juin, les Anglais et les Hollandais, après s'être
battus aux Quatre-Bras contre les Fiançais, passent à Genappe ; et, un peu après eux,
l'armée de l'empereur passe à son tour, trempée jusqu'aux os par une pluie abominable
Les Anglais et les Hollandais viennent se mettre ici, droit dans la direction de mon bâton, au nord-ouest ; et les Français bivouaquent là, à la hauteur de la Sainte-Alliance,... à vingt minutes de dislance, el comme qui dirait les Français à la tête du Lion el les
Anglais à la queue Napoléon, lui, pendant ce temps, établissait, dans la soirée du 17,
son quartier général à la ferme du Caillou, après avoir reconnu le champ de bataille
avec ses généraux // dormait encore quand on l'éveilla, le IX au malin El il alla
s'établir au bout de mon bâton, là où vous ne voyez pas, mais où je vous ai montré la
ferme de Rossomme Tout à coup, à midi, il aperçoit des troupes qui s'avancent sur
la Chapelle Sâint-Lambert, à six kilomètres de Plancenoit : c'était l'avant garde prussienne. Pendant ce temps Grouchv, qui avait été envoyé à la recherche des Prussiens, était à déjeuner à la tête de ses trente mille hommes, chez le notaire Hollaert, d'où il entendait le bruit de la canonnade Même que Gérard lui dit : « marchons, brave ami ! »
» Une supposition : si l'empereur, au lieu d'envoyer promener Grouchy et ses trente
mille hommes, les avait eus sous la main, il gagnait la bataille Mais cet homme gênait
Dieu Et alors donc, les Français étant au nombre de septante-deux mille, quinze mille
chevaux et deux cent quarante canons, les autres ayant cent cinquante-neuf canons et treize mille cavaliers, en tout, pour leur part, septante mille hommes, sans compter l'arrière- garde de Blùcher, les trente mille Prussiens de Bulow qui attendaient le moment de prendre en flanc l'armée française, à onze heures trente-cinq minutes le signal est donné.... Les lignes se replient sur le château de Hougomont, d'oii les Français tirent par des trous faits dans le mur — À une heure, l'artillerie française commence son attaque
sur le centre A une heure trente minutes, le général d'Erlon marche sur la
Haye-Sainte, occupée par les alliés, mais c'est à trois heures seulement que le maréchal Ney s'en rend maître.
» A quatre heures, les cuirassiers de Militant font une charge, qui est repoussée ; et,
à cinq, une nouvelle charge dure pendant deux heures Jamais on n'avait vu rien de
pareil ; mais les alliés tenaient bon, et à cinq heures et
demie les Français pliaient déjà partout Plancenoit est
pris alors par les Prussiens, Grouchy n'arrive pas, et tout à coup, la garde, commandée par Ney, forme le carré. L'ennemi l'entoure de toutes parts; on lui crie de se rendre, mais elle refuse, et le général s'écrie : « La garde meurt et ne se rend pas! » A huit heures, le duc de Wellington, qui était resté tout le temps de la bataille sous son orme, s'ébranle enfin.
» Napoléon est perdu : l'armée française fuit dans toutes les directions, repasse par Genappe, bouscule l'empereur, qui fuit avec ses soldats. 11 en tomba trente et un mille; les alliés, eux, avaient perdu vingt-deux mille hommes. » La lamentable antienne terminée, il ne reste plus qu'à s'isoler, en se retraçant à soi-même, dans le silence de la pensée, le tableau de la bataille et de la déroute qui s'en suivit.
La plaine se charge de l'amoncellement immobile des fumées déchirées par les paraboles des boulets. On revoit les grenadiers, hautes statures lentes, resserrer leur mur entamé de larges brèches béantes, tandis que les cuirassiers, pareils à une trombe, s'enfoncent dans les lignes ennemies, bousculées par le poitrail des chevaux et éventrées par la pointe des salues. Un tourbillon emmêle les régiments entiers, hachés, décimés, pantelants, ils ne (arment bientôt plus, sous la mitraille, que des tronçons secoués de trépidations furieuses, jusqu'au moment où ces tronçons eux-mêmes, foudroyés par les décharges, disparaissent dans le naufrage de la mêlée. La chair vivante saignant comme de la viande d'abattoir ; les agonies en tas sous le galop éperdu des escadrons ; là bas, La Haye-Sainte, Hougomont, Belle-Alliance, Plancenoit, ressemblant à des ilôts submergés, où pourtant le massacre et l'extermination continuent ; chaque pierre abritant un fusil qui crépite sans relâche et quand elle s'émictte, fracassée sous la volée des balles, une tête de soldat se vidant de ses moelles du même coup ; tous ces souvenirs reviennent et l'impression est écrasante. Elle redouble quand, descendu de la butte, on suit pas à pas, à travers le charnier aujourd'hui bouleversé par l'affouillement des charrues, les phases de la bataille, comme les stations d'un pèlerinage tragique marqué d'un sang de héros.
Je n'ai jamais longé le petit sentier, filant parmi les cultures et qui mène aux terribles