RUINES DU CHATEAU DE BEEUSEL
Le pays garde à peu près partout, autour de Bruxelles, les mêmes aspects. Quand on a dépassé les installations industrielles de Molenbeek-Saint-Jean, le remuant faubourg dont , les fumées font au nord de la ville un perpétuel
nuage immobile, par dessus le grondement des usines emplies d'une multitude pâle, on entre dans une belle campagne unie, divisée en prairies sillonnées par de petits cours d'eau et bordées de longues files d'arbres, au milieu desquelles, pressés et se touchant presque, se groupent des villages riants. Toujours l'excursionniste est récompensé par la découverte d'un coin pittoresque, sur lequel s'exerce l'action très particulière de la lumière. Elle est la magicienne, en effet, de ces grandes étendues planes qui n'ont pas le pittoresque farouche des contrées rocheuses et tirent leur charme de la mobilité et de la succession des impressions lumineuses. 11 faut avoir vu l'ascension lente d'une aube de printemps sur l'humide vert reluisant des pâturages brabançons, l'étineellement de toutes les herbes em perlées d'aiguail sous les flèches d'or rougeâtre du soleil, les scintillements profonds des canaux encaissés entre les floraisons des berges, pour se faire une idée de la clarté partout réfractée et lissant entre ciel et terre comme une immense guipure couleur d'arc-en-ciel. Les dégradations du ton, dans cette mer de verdures prolongée jusqu'aux horizons, s'effectuent par transitions insensibles, à travers des couches d'air moite où les premiers plans se colorent de teintes appuyées et lentement se fondent dans l'irisation des lointains. L'hiver lui-même, avec ses fines blancheurs diamantées et ses congélations transformant les hauts peupliers en orfèvreries, garde ici comme l'enchantement d'une féerie.
CHATEAU DE GAESUKEK.
ÈÊM
Les traditions et les particularités abondent, au surplus, dans cette partie du pays. Chaque lundi de Pâques, comme autour de liai, vous verrez s'emplir les routes d'une population dolente, les hommes et les femmes chargés de pâles enfants débiles, aux petites têtes oscillantes. 11 ne faut pas oublier que nous sommes en terre flamande, terre de foi et de grande dévotion. Toute cette foule se dirige vers le village de Dieghem, dont la gothique église se coiffe d'une haute tour bizarre à quatre étages décroissant vers le sommet, avec des airs vagues de pagode. C'est le grand pèlerinage de Saint-Corneille, guérisseur de convulsions,
qu'on voit à l'intérieur représenté en un tableau du peintre C rayer; et, l'un après l'autre, les pèlerins apportent des offrandes en nature, chacun selon sa condition, grasses oies charnues, moutons bêlants, canes cacardantes, qui, à l'issue des offices, sont vendus au
ÉGLISE DE SAVENTHF.M.
LE BRABANT
bénéfice de l'église, dans une criée bruyante où les voix humaines sont étouffées par la clameur apeurée des bêtes.
Autour de Dieghem, le paysage s'anime d'une succession de petites échappées changeantes, variant selon le caprice et les fuites d'un joli ruisseau jaseur, la Woluwe, sur les bords duquel l'idylle a élu domicile et qui donne son nom à tous les villages au milieu desquels elle circule. Saventhem se rencontre bientôt, évoquant les amours du galant cavalier, Antoine Van Dyck et de la belle Anna van Ophem, cette patricienne de laquelle s'éprit, dit-on, le peintre et dont le gracieux souvenir demeure attaché à un tableau célèbre, le « Saint- .Martin donnant aux pauvres la moitié de son manteau. » Un jour, les fabricicns de l'église, cédant
Dessin de Putiacrt.