‹ La BelgiqueChapitre 38 sur 187 · LE JUBÉ DE L ÉGLISE I) AERSC.HOT · texte numérisé non relu

LE JUBÉ DE L ÉGLISE I) AERSC.HOT

de sapins dont le noir feuillage troue durement la monotonie de la plaine. La Campine se révèle déjà dans cette aridité; la charrue a beau défoncer la terre, celle-ci ne produit

qu'une récolte avare, et ce maigre rapport va s'éelaircissant encore, à mesure qu'on s'écarte du potager verdoyant qu'on a laissé derrière soi. Nous sommes dans le llageland.

Des souvenirs se réveillent à ce nom : on pense aux farouches paysans révoltés qui choisirent cet endroit désolé pour refuge, dans leur lutte contre les soldats de la République française. Avant eux, les drapiers, proscrits par Wenccslas, avaient également habité ces tourbières et de là ravageaient tout le pays voisin.

Arrêtez-vous à Aerschot , le temps d'examiner l'église, d'un beau style ogival primaire à sa partie antérieure, et le remarquable jubé archifouillé qu'elle renferme, ensuite la fameuse tour d'Aurélien, qui défendait autrefois les remparts de la ville, puis encore les restes d'une halle témoignant d'une prospérité ancienne, enfin le pittoresque vile, dit les Grands-Moulins : vous aurez tout vu. C'est l'irrémédiable décadence d'une petite cité que les luttes religieuses du seizième siècle ont dépossédée de ses énergies. Telle autre n'existe plus qu'à l'état d'humble village, Sichem , par

exemple, la plus vieille ville du Brabant, selon le dire populaire, et qui n'a plus, pour échapper à l'oubli définitif, qu'une tour isolée, vestige de ses anciens remparts, jadis haute de trois élages, avec

des salles à chacune d'elles ; une seule, encore visible, développe une voûte en ogive, ornée, à la retombée des nervures, de consoles sculptées à figures d'anges.

C'est la première étape vers cet autre « pardon » célèbre, le pèlerinage de Montaigu. liai et Montaigu, lieux d'humanité souffrante et de loi dardée vers les glaives dont fut transpercé le cœur de Marie! Quand, à Montaigu, dans le soir, sous sa tour pareille à la tiare pontificale, s'embrase, à l'incendie des cierges et des lampes, le sanctuaire de la mère divine, la sccourable et propitiatoire église vers laquelle convergent toutes les douleurs de la contrée, il semble, au branle des multitudes processionnaires gravissant la butte sacrée et s'enfournant sous les porches ardents, que se soient soudain ouverts, par-dessus l'effrayant remous des afflictions terrestres, les seuils lumineux de l'espoir des résurrections. Montaigu est la piscine miraculeuse dont les eaux vives stimulent les forces déclinantes de la créature. Du fond des horizons elles accourent, les humbles âmes menacées de sombrer aux naufrages

ÉGLISE SAINT-SULl'ICE.

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