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EGLISE DE MONTAIGU

LE BRABANT. 117

de la vie : en files innombrables, gémissantes et priantes, elles s'avancent, tenant à la main des luminaires qui sont comme le symbole de leur foi et dont letoilement constelle le calvaire par lequel elles accèdent vers le sanctuaire transformé en brasier et épandant, telles des laves vermeilles, le ruissellement de ses flammes jusqu'aux altitudes des voûtes.

Diest s'offre ensuite à vous. Une entrée mesquine et pauvre ; par delà les fortifications, une rue étroite et qui finit par s'étrangler en un mince passage, avant d'aboutir sur la place ; une rivière longeant de liantes maçonneries où ronflent les brasseries ; quelques carrefours spacieux; deux belles églises, Saint-Sulpiee et Notre-Dame; au pied de Saint-Sulpice, la grand'garde ; et, si c'est le dimanche, les ménagères installées sur le pas des portes,

Dessin de E. Puiiatrt.

LE CIMETIÈRE DE ItlIÎST.

les étalages avancés jusqu'au milieu du pavé, des aises de grosse vie provinciale. Des bandes de militaires battent les trottoirs minuscules, mêlées à la flânerie des bourgeois qui vont prendre le fiais sur les remparts.

L'antiquité de la cité diesloise ne s'apprécie plus que par des vestiges peu nombreux : on sait (pie c'est là qu'il faut chercher le Dispargum de saint Grégoire de Tour ; mais rien ne subsiste plus du berceau des rois francs, à part un tradition perpétuée jusqu'à nos jours, le mot salufuc approprié à des parcelles de terre. Même les souvenirs rapprochés de nous se sont petit à petit effacés sous l'action du temps et des hommes. La vieille industrie de la laine, florissante au quatorzième siècle, a laissé debout une balle délabrée, où se détaille aujourd'hui la boucherie, et qui n'atteste plus que lointainement la prospérité de la ruche autrefois bourdonnante, à présent délaissée par ses abeilles. Toute cette gloire du passé semble dormir à l'ombre d'une abside en ruine, merveilleusement

LIS HA!. LI S Dh DIEST.

enchevêtrée de lierres touffus comme des lianes, dans letonnant cimetière qui, aux limites de la ville, s'ouvre par une massive arcade ogivale, d'un aspect tragique et monumental.

Une vieille fe le que nous vîmes là, agenouillée devant un calvaire et les bras en croix,

ressemblait, dans le silence de cet endroit funèbre, aux figures de marbre qui, sur les sarcophages, matérialisent le regret des choses disparues.

Tirlemont, ville proprette et endormie, d'ailleurs, comme la plupart des villes flamandes, avec des rues accidentées, une place perchée sur une bosse, des rangées de vieilles maisons à pignons en gradins, et, quand on s'écarte un peu du centre, des échappées de verdure, un empiétement de la campagne sur le noyau urbain. lTne énorme église domine les toits élagés sur les pentes de la butte : c'est Saint-Germain, tour et piliers romans, les fenêtres et le chœur en gothique primaire. Ailleurs, devant l'Hôtel de Ville, l'église de Notre-Dame du Lac, inachevée, dresse une belle tour appuyée sur quatre piliers qui primitivement Ibrmaient le centre de l'édifice. Et toujours une profusion d'ornements ruisselant le long des murs et dans le fond des chapelles. On n'en finirait pas s'il fallait détailler toutes ces richesses : la piété publique partout a prodigué la dorure, le tableau peint, la décoration en couleur, les sculptures pittoresques; et naturellement beaucoup de mauvais goût se mêle aux délicatesses de l'art pur. A Saint-Germain, par exemple, un christ repose dans une espèce de loge grillée, sous des draps festonnés de dentelle et recouverts d'un velours broché d'argent; non loin, un vaste panneau en bois sculpté représente un paysage d'arbres et de fabriques d'où se projettent trois croix, avec deux gros anges figurés en ronde bosse, l'un faisant un geste de désespoir, l'autre, placide, le bras passé dans une échelle. Juste en face, un autre christ pend au mur, vêtu d'une longue robe rose fanée, brodée d'argent ; et le tout s'aperçoit près d'un autel hérissé de flammes pourpre et or, au-dessus desquelles un christ colorié prend son vol. A l'heure des offices, la procession des femmes traîne le long de ces pieuses images, et des soupirs de ferveur se mêlent au murmure des prières. Les adorations, dans le pays flamand, vont de préférence aux effigies matérielles ex pressées; la religion ici s'enveloppe de réalités tangibles qui semblent inciter à les palper.

(les imaginations souvent lourdes n'atteignent pas la beauté des églises qui, comme celle de Saint-Léonard, à Léau , ressuscitent les apparences de l'ancien culte.

L'impression est forte de rencontrer, dans ce petit village perdu au milieu des campagnes, un musée littéralement peuplé de reliques archéologiques. L'église de Léau n'est pas autre chose. De loin s'annonce la tour, avec ses fenêtres lancéolées à lancettes accouplées, surmontées d'un trèfle ; on passe dans des rues étroites, bordées de maisons rustiques, et tout à coup la

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