ACADEMIE DE MUSIQUE
Et maintenant que vous avez touché le cœur de la ville, éparpillez-vous : à droite, à gauche, des rues tortueuses s'enfoncent entre des rangs pressés de maisons, aux styles souvent indécis, et du milieu desquelles surgit', par places, une vieille façade en bois, demi-vermoulue, aux étages surplombant sous un faîte en saillie. Les escaliers y craquent sous le pied, la brique des murs intérieurs s'effrite, des lézardes
fendillent les planchers ; mais l'ensemble est demeuré debout, semblable à une relique précieusement conservée. J'en ai vu de ces maisons, rapiécetées comme des babils de travail : des planchettes bouchaient partout les Irons, formant une chape de losanges et imitant de laborieuses reprises; des clous, en grand nombre, comme des points d'aiguille, (cillaient de conjurer la dislocation finale. Quelquefois la masure était surmontée d'un toit qui, au printemps, se changeait en jardin, sous le verdoiement des floraisons sauvages et le pépiement des jeunes couvées.
Il en est, parmi ces vieilles demeures, qui onl mieux résisté au temps : on vous montrera, en un retour de la place, un pignon à tourelles approprié en musée; ailleurs, quai aux Avoines, un groupe de trois maisons épaulées l'une à l'autre et dont l'architecture est bien faite pour amuser les yeux. Celle du milieu, en pierre et en bois, ligure une série d'étages séparés par des poutrelles horizontales ; chaque étage à son tour se subdivise en compartiments où s'intercalent les fenêtres, quadrillées de vitres à meneaux de plomb. Trois cariatides satyriques se campent, audessus de la porte, en postures correspondantes au nom de la maison : « Duyvelsgevel » ou Maison du Diable ; d'autres figures sculptées, d'une tournure cynique et grotesque,
s'accrochent encore aux angles de l'entablement par delà lequel s'aiguise le toit. A gauche, un pignon anguleux coiffe une construction formée de deux arcades superposées, l'une et l'autre festonnées de guirlandes et de rinceaux sous lesquels des hauts reliefs, hardiment façonnés cl bariolés de peinluragcs crus, font bosser en modelés mafflus un « Adam cl ftvc au paradis » formant pendant à un « Adam et Eve chassés du paradis ». La troisième maison, celle qu'on désigne sous le nom d' « Hôtel de l'Enfant prodigue », très ornementée à sa partie supérieure, masse ses oves, ses entrelacs et ses pilastres par-dessus les encorbellements d'un rez-de-chaussée agrémenté de figurines dans les tympans. Visiblement l'enseigne et les sculptures se rapportaient à la destination intérieure; les béatitudes d'Adam et Ève au paradis symbolisaient les joies grasses et l'accueillante hospitalité qui attendaient le passant de l'autre côté du mur.
Quai au Sel, la maison du Saumon « In den grooten Zalm » se reconnaît à l'énorme poisson d'or banderolé qui s'allonge au-dessus du seuil. L'habitation est fastueuse, d'une ordonnance régulière et riche qui trahit la renaissance italienne. De grands pilastres, appuyant la retombée des encorbellements, encadrent les hautes baies carrées des fenêtres ; et des