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MAISONS DU QUAI AUX AVOINES

l'habitation. Deux figures, un guerrier casqué dont les moustaches décrivent une parabole hardie, et une femme, à demi nue, tenant l'un et l'autre une banderole, de chaque côté d'un cartouche, se silhouettent dans le tympan, au-dessus de la porte d'entrée.

L'intérêt du vieux Malines n'est pas circonscrit ;i ces seules demeures : il faudrait en citer vingt autres. A peu de dislance du Palais de Justice, restauré d'après les [dans de l'ancien palais de la régente, avec ses grandes salles lambrissées de chêne, ses escaliers à rampes évidées, ses balcons en saillie sur la rue, ses tourelles en poivrière, ses fenêtres à croisillons fermées de serrureries compliquées, l'Académie de Musique occupe les bâtiments du vieil hôtel Busleyden, superposant ses galeries découpées en arcades ogivales et reliées à un corps de logis dont le pignon s'étage en gradins. Çà et là, des souvenirs plus vénérables encore retiennent l'attention : témoin la Porte de Bruxelles <c Overste Poort »,

avec ses deux tours ventrues et son bloc de lourdes maçonneries, derniers restes des fortifications de la ville au quatorzième siècle.

Des quartiers entiers sont bordés de longues façades, percées d'une infinité de fenêtres hautes, sans rideaux, les carreaux dépolis. Des saints de pierre s'aperçoivent au fond des niches. Ce sont les séminaires et les couvents. La solitude qui est le caractère essentiel de la ville, se fait là plus profonde encore, comme pour laisser toute leur force aux récollections et à la prière. Par intervalles réguliers, cependant, l'heure sonne au campanile des chapelles, et ce rappel du temps, avec les occupations qu'il amène, fait conjecturer, derrière les

hautes verrières obscures, des vivants comme nous accoutumés au partage mesuré des soirs et des malins. De temps en temps une pauvre femme en manteau usé par les lessives et le temps, le capuchon rabattu sur la tète, ou bien un vieux mendiant à la marche ployée allongent les doigts vers la tringle rouillée pendue à l'entrée. La massive porte alors entr'ouvre un de ses vantaux, derrière lequel s'efface une silhouette, sœur lourière ou frère portier, en coiffe blanche ou longue soutane. Pendant ce court instant, les yeux se sont projetés sur une échappée de cours et de jardins, à peine animés, aux heures de la promenade, par la marche lente d'un groupe d'hommes et de femmes.

La physionomie de la cité s'accommode de ce fond d'ombre monacale ; il semble, aux minutes crépusculaires, qu'un bourdonnement pieux traîne le long des maisons religieuses, et l'oreille croit discerner les rythmes prolongés des cantiques. Ce n'est point toujours une illusion. Je me souviens d'une nuit claire d'hiver où, attardé par les rues mortes, sous les blêmes réverbères, j'entendis s'élever un concert de voix à l'unisson ; elles s'échappaient, voilées et profondes, d'une vaste construction dont les fenêtres brillaient dans la perspective; l'éloignement leur prêtait les sourdines d'un chant qui serait descendu du ciel. A mes pieds clapotait une eau noire qui, sous les murs de la sainte demeure, s'allumait du reflet des lampes. Longtemps j'écoulai, appuyé sur la rampe du pont; puis les voix moururent, les lumières une à une s'éteignirent : il me parut avoir vécu dans ce bref instant toute l'âme mystique de la ville.

Dans les rues, de pâles figures, coiffées d'un béguin empesé, dont les ailes blanches retombent sur des épaules couvertes d'une étoffe grossière, furtivement glissent à ras des maisons, dans un bruit de chapelets cnlre-choqués ; la claustration a flétri sur leurs joues les roses de la vie ; elles marchent d'un pas rapide, se prenant les jambes dans buis robes qui tombent à plis droits. D'autres figures, en soutanes, celles-là, vieux prêtres ou jeunes léviles, les croisent en chemin, échangeant avec elles un salut respectueux. C'est

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