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LA VIERGE AU PERROQUET, DAPRÈS LE TABLEAU DE RUBENS AU MUSÉE DANVERS

formes, subissant toutes les métamorphoses, touffue et simple comme la nature. Il improvise dans une sorte de fureur sacrée ; il fait servir la terre, le ciel, la mer à ses inventions ; il prend à l'éclair son zigzag phosphorescent, à la nuit ses pénombres doucement étoilées, aux blés leurs rouissures de vieil or , à l'océan ses écaillements argentins de poissons , à la voûte astrale la féerie de ses bleus dans la brume et le topaze brûlé de ses cuivres dans les apothéoses du couchant, à la création entière des images, des comparaisons, des pratiques qu'il adapte à ses évolutions grandioses de masses en mouvement. Ainsi il éveille dans lame des sensations qui bercent comme un songe ou remuent comme des coups de tonnerre.

Regardez au musée d'Anvers la « ^ierge au perroquet », tout imprégnée de tendresses familiales ; l'harmonie en est caressante, tendre, vivante, heureuse. C'est le tableau des ivresses maternelles : l'art n'a pas mieux fait sentir la joie simple, tranquille, souriante d'une mère, selon la nature. L'adorable Vierge ouvre sur la lumière du fond la couleur d'abeille de ses yeux pleins de songerie, et, assise dans l'écroulement de ses salins reluisants, semble écouter la palpitation de sa vie prolongée à travers celle de l'enfant.

Rien ne peut dire non plus la chasteté introublée de la jeune fille dans 1' « Éducation de la Vierge », ni la douceur et la simplicité émanées dans ses chaudes prunelles errantes. La grâce des Flandres n'a point respiré sous une forme plus belle ; le moule est ingénu comme lame qu'il modèle ; et la vieille Anne, les perspectives bleuissantes du ciel, l'atmosphère envermeillée, tout rayonne autour de la placide et claire enfant, dans un grand frisson qui de la toile se communique au spectateur.

Telle est la magie, dans l'œuvre de Rubens, que les agonies, les deuils, les catastrophes gardent, sous l'enchantement de ses tons comme sous une jonchée de fleurs, 1 eblouissement égal de la vie à son apogée. La « Sainte Thérèse délivrant du purgatoire Bernardin de Mendoza », fondateur du couvent des Thérésiennes à Valladolid, s'entoure de langues de feu, dardées dans des fluides transparents, d'un éclat incomparable ; et les flammes sont pareilles à la rougeur du jour qui monte dans le brouillard fumant d'une aube de mai.

Dans 1' « Adoration des Mages », dans le « Christ entre les deux larrons », le charme se continue ; ce sont des éclats voilés de soleil, des étincellements sourds d'astres, on ne sait quelle poésie de grands lacs tranquilles, enflammés par le couchant, et, par là-dessus, des musiques, des vols d'archanges, des parsèmements de fleurs, de scintillantes égoutlées de rosée, des sourires qui ont la forme d'une âme délivrée. Puis, brusquement, la brutalité du Flamand perce, vous secoue dans les mollesses de rêve où vous glissiez, campe en pleine apothéose un Christ portefaix, à taille athlétique nouée de musculatures saillantes et semblables à des câbles, comme dans la « Trinité » et le « Christ à la paille » ; mais un rais de soleil, un ruissellement de ciel bleu, une ondée perlée de lumière ont passé, radieux, sur le détail choquant, et l'esprit, reconquis après une déroute passagère, de nouveau flotte dans la joie et la volupté.

Si haut que soit au musée l'éclat de Rubens, il serait puéril néanmoins de méconnaître la valeur des peintres qui l'y entourent. N'y a-t-il pas là Van Dyck, Jordaens, de Crayer, Snyders, Teniers, Fyt, tout un étoilement de constellations ? Et ne s'y trouve-t-il pas aussi, parmi les maîtres de la première heure, Van Eyck, Van der Weyden, Memling, Massys, et, pour rattacher la filiation, les Mabuse, les Coxcyen, les Gossaert, les Van Orley, les Mostaert, les Bosch, les Patenier?

Le long des murs se succèdent ces chefs-d'œuvre : le « Christ en croix », la « Déposition de croix », la « Mise au tombeau », d'Antoine Van Dyck, le peintre des élégances pâles et des lumières lunaires, qui, dans une perpétuelle approche du maître, sut garder sa gentilhommerie raffinée, ses airs de têtes mélancoliques et patriciens, ses grâces longues et affinées d'amoureux des belles dames anglaises ; la « Cène », le « Christ au tombeau », 1' « Adoration des bergers », les « Allégories » de Jacques Jordaens, l'un des plus merveilleux, sinon le plus accompli, parmi les grands ouvriers de la palette ; les natures animalières et les peintures mortes de Snyders, le poète des gourmandises de la table ; le « Repas de l'aigle » et les « Deux lévriers » de Jean Fyt, un artiste de haute taille, çelui-là aussi, et qui anticipe sur le temps par ses sveltesses nerveuses et ses fines anatomies.

PROVINCE D'ANVERS

Le Musée Plantin.

Il est à Anvers un autre musée, non point comme le premier, uniquement consacré aux arts, mais empli des plus glorieux souvenirs : le passé y dort sous une chape de poussière, de laquelle, aux évocations de l'esprit, s'éveillent des fantômes illustres. C'est la demeure des Plantin.

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