‹ La Belgique contemporaineChapitre 2 sur 47 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

La naissance de la rjelgique moderne reinonte à 1815. — La période de 1815 à 1830 fut celle de sa minorité; 1830 fut la date de son émancipation.

Elle arriva promptement à Fàge viril, et nous célébrerons bientôt le cinquantième anniversaire de son entrée dans la famille des nations libres et indépendantes de l'Europe occidentale.

Je me suis dit qu'à la veille d'un si grand événement, il y avait quelque utilité à décrire le noble édifice de la nationalité belge, fruit du labeur de deux générations qui, pour le constituer, ont rivalisé de travail, de persévérance et de vigueur.

Ce livre est d'ailleurs le complément naturel et nécessaire de deux ouvrages (jui r(»nt précédé, X Histoire populaire de la Belgique, YUisloire 2^ojmlai7-e du règne de Léopold 1"^.

Après avoir raconté les lutles héroïques qu'ont soutenues nos pères, les cruelles défaites qu'ils ont subies et que leur courage a rendues parfois plus gloi'ieuses que des victoires, je me trouve en présence d'un tableau qui séduit par son charme intime, plus qu'il ne frappe par la splendeur ou la variété des eflets.

Les faits dont nous sommes les témoins procèdent d'un ensemble de vieilles traditions. Les annales d'un peuple sont celles d'une grande famille, et de même que nous retrouvons dans les traits des personnes qui nous sont chères une certaine ressemblance avec ceux de leurs ancêtres, de même nous retrouvons dans ce qui s'accomplit autour de nous un reflet des actes, des pensées, des principes des générations antérieures. C'est ainsi que l'histoire contemporaine se rattache d'une façon étroite et saisissante aux choses du passé.

Les petits peuples se meuvent dans un cercle restreint. Par cela même leur existence est dépourvue de ce poétique éclat, de ce pompeux appareil de gloire et de fumée qui engendre tour à tour l'ivresse et le remords.

Nous avons eu la chance de ne guère livrer de batailles depuis 1830 et j'espère que nous n'aurons pas à en livrer davantage à l'avenir. Notre histoire contemporaine est donc celle de nos institutions, de leur fon-

dation, de leur développement, de la mise en œuvre des grands'principes sur lesquels repose la société moderne. Cette histoire est agréable à raconter, elle m apparaît comme la plus belle de toutes les histoires, parce que c'est la nôtre, et quen fait d'histoire, ce qu'on aime généralement le mieux, c'est la sienne. Pins est patriœ fada referre labor. Mais la tâche du narrateur est difficile, parce qu'il est tenu de se renfermer dans la prose des afiaires, d'abdiquer toute passion, de s'exposer à chaque page au contrôle de témoins qui furent les acteurs et les spectateurs de la pièce qu'il veut mettre en scène. Il est obligé d'être à la fois concis et complet, sincère et impartial.

Il ne se dissimule pas combien il est malaisé de réunir en soi tant de vertus, et il peut tout au plus se flatter de l'espoir qu'avec une faible dose de chacune, il atteindra une moyenne qui le préserve du reproche d'avoir péché par excès d'orgueil.

Un livre du genre de celui-ci ressemble à un voyage à travers ces régions privilégiées où les touristes vont admirer les merveilles de l'art et les incomparables beautés de la nature.

Le charme du voyage dépend en grande partie de la façon dont le guide conduit le voyageur. Il doit savoir diriger la marche, régler les étapes, discerner les sites et les points de vue, les faire envisager sous leurs plus aimables aspects, éveiller l'attention à l'endroit et au moment propices et surtout ne pas s'attarder aux choses insiiïnifiantes et aux banalités du chemin.

Que (le gens ont gravi de hauts sommets p()iir voir le soleil se lever dans sa splendeur, et redescendent n'ayant vu (^uo d'épais brouillards! Que d'autres ont parcouru dos musées peuplés de chefs-d'œuvre et ne se souviennent pas même de les avoir entrevus !

Ce qui leur a manqué, c'est un guide perspicace et sûr, qui fût capable de les mener au but et de choisir le moment favorable. Cet art de discerner les événements et de les mettre en lumière incombe à riiistorien. Cette tâche, je le répète, est lourde et difficile, et si j'ai osé l'entreprendre, c'est en m'inspirant de ces belles paroles de Quintilien :

- J'ai la conscience d'avoir autant que me l'a permis " ma faiblesse et en toute sincérité, fait part à tous ceux " qui daigneront me lire, de tout ce que je savais avant " de commencer ce traité, et de tout ce que j'ai pu ap- » prendre en le composant. Or, il suffit à un honnête " homme d'avoir enseigné tout ce qu'il savait. — Id " ri)'o bono salis est docuisse qnod scirct. »

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