‹ La Belgique Devant La Crise: La Dévaluation A-T-Elle Été Une Solution?Chapitre 32 sur 82 · SORTIES "OR - MARS · texte numérisé non relu

SORTIES "OR - MARS

AMONT 7543, 115. 135 + (I) ENCAÏSSE.-OR €» MILLIARDS oe FRANCS BELGES (D)POURCENTAGE 0€ ta COUVERTURE ss 5 LA DEVALUATION N'AVAÎT PAS EU LIEU

L'hémorragie devenait menaçante et à la suite de la démission du ministère elle devait connaître une ampleur plus considérable Voici du reste les chiffres accusés par les bilans de la Banque Nationale (graph. ci-contre). Dans ce graphique nous avons indiqués à quel bilan vraiment critique serait arrivée la Banque Nationale au cas où la dévaluation n’eut pas été faite. La couverture atteignait 47.88 % et il est certain qu’elle serait vite descendue au dessous de son minimum légal de 40 %. Un simple examen du graphique démontre assez la gravité des sorties d’or sans qu'il nous soit nécessaire d’épiloguer à ce sujet. Notons néanmoins que la majorité de ces sorties d’or avait pour contrepartie des retraits de dépôts dans les banques, fait très grave si l’on songe à la précarité de la structure bancaire belge.

Dès le 18 mars cependant paraissaient deux arrêtés-lois établissant l’embargo sur l'or et créant le contrôle des changes par l'intermédiaire d’un nouvel organisme : l'Office central des changes. Voici en quelques mots les prescriptions de ces deux arrêtés dont on trouvera plus loin le texte complet !.

L'article 2 formulait l'interdiction d’acheter au comptant ou à terme toutes devises étrangères. Toutefois, afin de ne pas paralyser le commerce ces achats étaient permis pour « payer des marchandises importées effectivement dans un délai de trois mois (art. 7) et tous les frais y relatifs. » Tout autre achat devait être autorisé par la Banque Nationale et l'Office des changes. La Banque recevait du reste le monopole des importations et exportations d'or en lingots et en pièces. La portée de l'arrêté s’étendait en Belgique et au Congo y compris les territoires sous mandat.

Le nouvel office central des changes (émanation de la Banque Nationale) recevait le monopole du commerce des devises et de

1 Annexe VI, arrêtés-lois n° CXLI et CXLII.

tous moyens de paiements à l'extérieur. Son comité de direction comprenait : M. Van Zeeland, vice-gouverneur de la Banque Nationale, M. J. Warland, directeur général de la Trésorerie et de la dette publique, et M. E. Deroover, directeur-général honoraire de la Caisse Générale d'Epargne et de Retraite.

Il est évident que, tout au moins dans l'esprit du gouvernement, les mesures d’embargo sur l'or, devaient consolider l’étalon-or. Du reste dans le rapport au roi il était dit. « Ces mesures ne modifient pas la parité-or de notre monnaie ».

En fait, il nous paraît qu'étant donné la création du contrôle des changes le belga était très loin d’être restée une monnaïie-or. M. C. Gutt” nous donne des renseignements très intéressants sur l'élaboration de cette mesure. « Elle (la mesure) était deman:dée, nous dit-il, par le gouverneur de la Banque Nationale, M. Franck... Il précisait que si nous étions amenés à faire jouer le contrôle le lundi suivant (18 mars) il se faisait fort, muni de cette arme, de défendre le belga. »

Il est intéressant d'observer la position prise par le vice-gouverneur de l’Institut d’'Emission, M. Van Zeeland, qui « souli- « gnait que, d’après lui, contrairement à l'opinion de M. Franck « et à la notre, l’institution de ce contrôle était le premier pas, « l'avait été dans tous les autres pays, vers la dévaluation. ».

Le contrôle des changes qui entra en vigueur dès le 18 mars fut annoncé à M. Tannery, gouverneur de la Banque de France, le même jour par un télégramme de M. Franck qui pensait, disait-il, sauver par cette mesure le franc belge.

Les réactions provoquées furent loin d’être favorables, aussi bien en Belgique qu’en France.

« L'Echo de la Bourse » écrivait (18 mars): « Un belge ou un « luxembourgeois ne peut même plus quitter le pays avec cinq

1 C. GUTT, opuscule cité.

« francs en poche, Si le règlement était appliqué à la lettre, tout « voyage à l’étranger deviendrait impossible. » « Sans doute « au point de vue étroit de la stabilité monétaire le but fut « atteint ou à peu près dans bien des cas. Toute une série de « monnaies purent ainsi rester fixées théoriquement au niveau « antérieur vis-à-vis de l’or. Mais le prix qu'il fallut payer pour « obtenir ce résultat a souvent dépassé tout ce que l’on craignait « et peut-être aussi dans certains cas ce qu'il valait. »

Et comparant la mesure à celles intronisées en Allemagne et en Italie, le même journal disait : « On ne saurait assimiler la « situation de la Belgique à celle de l'Allemagne ou de l'Italie « qui ont su s’accommoder d’une réglementation stricte des « changes et des capitaux. En Allemagne et en Italie, le com- « merce avec l'étranger revêt, beaucoup moins d'importance « qu'en Belgique. Les mesures prises à Bruxelles ne résolvent « donc que mal le problème. Elles font face aux difficultés mo- « nétaires techniques nées de la spéculation à la baisse. Elles « laissent à peu près intactes les difficultés économiques. Ce & sont pourtant les principales. »

Le 27 mars le même journal constatait devant la baisse du belga, « deuxième manière » sur les places étrangères :

« Le belga théoriquement et pratiquement 4 perdu la majeure « partie des prérogatives d'une devise-or et cela, sans que les € avantages dérivant de l'abandonn d'un tel système monétaire € Solent acquis au Days. »

La « Libre Belgique » du même jour s'élevait contre la double cotation, qui disait-elle « présente de gros inconvénients car elle « réagit fatalement sur le crédit de la Belgique. Le contrôle des « changes est une mesure qui ne peut durer trop longtemps, « son efficacité est précaire. »

Les commerçants ne manquaient pas non plus de se plaindre. La Chambre de Commerce d'Anvers (dont nous avons déjà si-

gnalé l’ordre du jour dévaluationiste) adjurait le Gouvernement de faire cesser cet état de choses qui « ruine le négoce anversois déjà tragiquement atteint ». Le 28 mars « L'Echo de la Bourse » reproduisait la lettre suivante d’un commerçant belge.

« Ce système, y disait-il, n’est rien d’autre qu’une confiscation « d’une partie de l’avoir du commerçant. En effet tous les chè- « ques que nous recevons en monnaies étrangères pour le paie- « ment de nos marchandises... sont automatiquement vendus « au cours forcé du change en Belgique ; tandis que lorsque « nous devons acheter nos matières premières... nous devons « acheter des monnaies étrangères au cours du change qui nous « sera facturé sur les places étrangères. De cette façon on nous « confisque tout simplement notre avoir. »

« L'Information >» (France) du 20 mars, critiquait aussi cette « solution pour le moins curieuse en un pays qui vit de ses relations avec l’étranger », et concluait, quant à l'efficacité du système :

« En définitive, le cas du belga se ramène encore à un pro- « blème de confiance ; les capitaux ne connæssent pas de fron- « tières même quand l'évasion leur est interdite, ils savent tou- « jours gagner le refuge qui leur semble le plus propice. La « Belgique doit s'appliquer à demeurer ce refuge. »

Du reste, dès le 19 mars, ce même journal, assez sceptique sur le procédé écrivait :

« La défense étatiste de la monnaie n’a pas toujours donné « de bons résultats ; trop souvent elle a conduit au renforce- « ment progressif du contrôle de l'activité privée, voire jusqu'au « monopole de fait du commerce extérieur. >

Quant au « Financial News » il se contentait de faire remarquer : « Il y a une présomption qu’elle (la mesure d’embargo) « marque un pas nouveau en avant sur la route qui conduit à

« l’inévitable dévaluation », confirmant ainsi l'avis que M. Van Zeeland avait donné précédemment.

Tous les défauts de la mesure, ou du moins les principaux, ressortent assez des articles de presse cités pour qu'il ne nous soit pas nécessaire d'insister. Le système, plein d’aléas et de menaces n'aurait pas dû être employé. La pensée de M. Theunis était avant de démissionner, d'arrêter les sorties d’or. Il n’y réussit que très imparfaitement mais il est certain, que par suite de la baisse correspondante du belga à l’étranger, il rendait la dévaluation säre et il en faisait une opération d’autant plus dangereuse qu'elle devait être faite à chaud et en pleine crise.

SECTION III

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