BANQUE NATIONALE DE BELGIQUE
Actif (en millions de francs)
21 octobre 1926 18 novembre 1926
EncisseE One 2: : 274 3-0I1 etes) nu ire 30 2.419 Aro CNE 2€ 84 15 Pértéfeuilie effets 252 >. = rSor 2.565 Portefeuille spécial (sur (Ré po) Fétaner) see 887 Avances sur fonds publics 350 182 Dette de l'Etat :
Consécutive à la guerre 5.680 2.000 Crédit d'inflation (loi du D DA LOS as 1.075 Supprimé Passif Billets en circulation ... ... 9.406 8.695 Compte courant du Trésor 31 168 Comptes courants des parti-
TE en 730 1.372
Total des engagements à vue 10.173 10.235
Décomposition de la couverture
21 oct. 1926 18 nov. 1926 Encaisse-or 47 53 % Portefeuille et devises 2 Not À 25 Fonds publics en nantissement RS r A 2% Créances sur l'Etat... . 6% 1957
La dernière étape avant la stabilisation, la conclusion du grand emprunt extérieur de 100 millions de dollars fut effectuée à Londres le 23 octobre 1926 entre le gouvernement belge et un groupe de banques privées appartenant aux pays fidèles à l’étalon-or. Les conditions défavorables de 1925 n'existaient plus. Le Parlement était sans pouvoir pour plusieurs mois et la consolidation d'un tiers des bons du Trésor, qui fut la principale cause de l'échec de M. Jansen était réalisée et bien au delà. L’emprunt coûta cependant cher à la Belgique. En effet il était émis à 94 millions de dollars (cédé à 90 aux banques).
Il est intéressant à ce sujet de se demander si la conclusion de l'emprunt était vraiment nécessaire surtout à des conditions aussi onéreuses. On a soutenu que l’on aurait pu se contenter de revaloriser l’encaisse et de porter le bénéfice en diminution de la dette de l'Etat comme cela s'est passé en France en 1928. Un examen plus approfondi de la question permet aisément de conclure par la négative. La situation de la France en 1928 qui possédait une encaisse or très importante n'était pas comparable à celle de la Belgique en 1926. Si l’on se reporte au tableau précédent on voit qu'une revalorisation de l'encaisse or à la nouvelle parité du franc belge existant au 21 octobre n'aurait amené qu'une couverture de 23 p. c. (au lieu de 53 p. c. comme elle ressort au bilan du 18 novembre). L'Etat n'aurait vu sa dette réduite
qu’à 48 p. c. de la circulation (au lieu de 20 p. c.) et la stabilité n'était pas du tout assurée. Pour bénéficier d’une monnaie saine il fallait donc que la Belgique fit le sacrifice de cet emprunt.
SECTION IV
LE STATUT MONÉTAIRE BELGE TEL QUIL RESSORTAIT DE L'ARRÊTÉ ROYAL DU 26 OCTOBRE 1926
La nouvelle unité belge : le belga créée par l'arrêté royal du 26 octobre 1926 représentait 0,209211 grammes d’or fin. En valeur or, la parité en belgas des principaux étalons monétaires donnait les taux suivants :
Parités en
Villes Unités Belga Londres Livre 35 New-York Dollar 7.1919 Paris et Bâle Franc-or d’avant-guerre 1.3877 Rome Lire-or d’avant-guerre 1.3877 Berlin Mark 17132 Amsterdam Florin 2.8909 Madrid Peseta 1.3877 Stockholm Couronne suédoise 1.9274
Mais une question se pose aussitôt. Pourquoi s'était-on arrêté à ce chiffre de o gr. 209211 ? chiffre qui représente le dollar à 35,96 francs belges et la livre à 174,31.
D'abord en raison des ressources en devises dont disposait la Belgique. D’après des calculs effectués par des techniciens de la Banque Nationale, pour stabiliser à raison de 35,26 le dollar (soit 0,70 seulement en moins) il eut fallu 2.250 millions de dollars en plus. Or, le chiffre de l'emprunt extérieur (100 millions de
dollars) était certainement le chiffre limite auquel la Belgique pouvait prétendre.
Ensuite, le marché des changes durant les trois mois qui ont précédé la stabilisation donnait, en éliminant les facteurs étrangers À la vie économique du pays, une moyenne de 36,21 au dollar. La Banque d'Angleterre, appelée à donner son avis était arrivée au même résultat.
Enfin le cours de 35,96 pour le dollar était celui auquel il fallait s'arrêter pour avoir, par tête d’habitant, une circulation de billets à peu près égale à celle qui existait en Belgique avant
Ajoutons de plus que le cours choisi donnait aux exportateurs belges une légère prime de change qui pouvait permettre en attendant l'ajustement des prix, une marge de bénéfices plus grande et une amélioration de la balance commerciale. Lorsqu'on sait quelle importance ce point de vue peut avoir en Belgique, on ne sera pas étonné du taux de stabilisation.
Une dernière question se pose encore : Pourquoi avoir créé une nouvelle unité : le belga et n’était-il pas à craindre qu'une disparité ne s’établisse entre le franc et le belga, comme en Argentine entre le peso-or et le peso-papier ?
L'expérience avait démontré qu'un étalon trop petit (15 à 20 centimes) ne pouvait suffire à l’activité économique d’un pays moderne. La création d’une monnaie de compte plus forte s’imposait : d’où le belga. De plus, la valeur du franc à l’intérieur était restée plus forte et son pouvoir d’achat sensiblement supérieur au cours du change. Il s'agissait de maintenir cette valeur afin de favoriser les exportateurs belges, ainsi que nous le faisions déjà remarquer plus haut. Enfin il y avait aussi dans la création du belga un facteur psychologique que M. Francqui avait fort bien su dégager lorsqu'il écrivait : « Nous avons sta- « bilisé le franc sur la base de 0,041842 grammes d’or fin par
franc. Ce franc stabilisé reste la monnaie légale à l’intérieur « de la Belgique. Mais nous avons voulu montrer à l'extérieur « par un signe tangible, que nous entrions, au point de vue mo- « nétaire, dans une ère nouvelle. Nous avons voulu, d’autre part, « adopter une unité de change qui, au point de vue des transac- € tions extérieures, fût d’un maniement plus pratique que notre « franc”. »
Quant à la crainte d’une disparité de change entre le franc et le belga elle n’a jamais été à envisager car, à l'encontre du peso argentin, il y a en Belgique deux unités qui font partie du même système monétaire et dont l’une (le belga) est un multiple de l’autre (le franc). L'arrêté du 26 octobre 1926 maintenaïit du reste le cours forcé du franc et toute sa force libératoire puisqu'il stipulait : « Si la Banque émet des billets libellés en belgas, ils porteront en même temps les mentions de leur valeur en francs » et « Les billets libellés en francs seuls, seront en tous temps interchangeables contre les billets libellés en belgas dans la proportion de cinq à un. »
Telles étaient, les grandes lignes du statut monétaire de la Belgique lorsque ce pays eut à faire face à la grande crise mondiale. Nous verrons plus que sa solidité a toujours été démontrée et que même en mars 1935, le franc belge, techniquement, conservait toute sa valeur.
1 Europe Nouvelle, numéro déjà cité du 16 novembre 1926.