‹ La Belgique Devant La Crise: La Dévaluation A-T-Elle Été Une Solution?Chapitre 63 sur 82 · DE PP RASRERE E · texte numérisé non relu

DE PP RASRERE E

2° Communaux, provinciaux RE 60

Pensionnés : Ancienneté: 75 LR 60

Invalidité SR DER 65

Vieillesse SM LE Re SOMMES 50

MINEURS re PNR SR» LR AGE 12

Auitotall 1m tee 1.960

Millions

En octobre 1935 la situation était la suivante :

Industries : 1° Affiliés 719.000 à 820-870+ .. .…. . 610 2 Chômeurs affiliés 178.000 à mur 65

3 Non affiliés (633.000) (70 %, du nom-

bre des affiliés en tenant compte de

leur salaire un peu inférieur, 60 % du

salaire des affiliés NE Eee 405

poniure Pas de VaHAHon, ,5 :. — ... 85

Employés de commerce .…. 420 Fonctionnares de l'Etat (+ 5.5 …. communaux et

POV AU eh ue cote 2 ane 2 265

Pensionnés : Vieillesse (pas modifié) .. .. .… 50

Autres (137 millions, majorés de 5,5 01) 145

Ne

uatotale.s 750 2.045

Ainsi donc pour une hausse du coût de la ue de 829% la masse des salaires n’a crû que de :

6 %, pour les ouvriers industriels (1015-1080) ;

2 %, pour les ouvriers non industriels ou fonctionnaires (755-

2 %, pour les pensionnés (190-195) faisant apparaître des baisses de pouvoir d’achat de 3 et 65 % et pour la masse globale des salariés et pensionnés la hausse des salaires est de 4,50 %, (1960-2045) faisant apparaître une baisse du pouvoir d'achat de 4 à 45 %.

Ces chiffres sont du reste confirmés par l'indice de consommation qui malgré l'augmentation de la production de 20 % est resté à peu près stationnaire.

Indice de consommation : 1923-25 —= 100.

1934 1935 Mars RD RTE 115 119 CT ST LES 1 118 120 SÉDICRNE ES eo ee es 119 121 Décembre SO Sn 117 120

$ 5. Les salariés ont donc grandement souffert de la dévaluation mais ils peuvent encore espérer dans un avenir plus ou moins proche une adaptation de leurs salaires aux nouveaux prix. Leur situation, bien que ce ne soit pas une justification de leur abaissement du niveau de la vie, n’est en somme que transitoire. Il n’en va pas de même pour les rentiers et les petits épargnants qui ont été durement frappés par l'incidence sociale de la dévaluation et cela d’une façon définitive.

Ils ont d’abord été touchés par la dévaluation elle-même et ensuite par la conversion forcée. On a dit qu'ils avaient gagné à cette dernière opération par suite des bonifications importantes de capital qui leur ont été atribués. Le raisonnement est juste si l’on examine le capital, mais il est faux si l’on examine le rendement. Or c’est ce dernier surtout qui intéresse les petits rentiers ou épargnants. Peu leur importe que leur capital soit supérieur, ils avaient même perdus de vue cette notion de capital et ne comptaient que sur son rendement pour vivre ou établir leur budget. D'ailleurs ils ont été trop dépouillés dans leurs placements industriels pour qu’une autre utilisation de leurs capitaux leur vienne même à l’idée.

Deux exemples mieux que tous les raisonnements feront mieux comprendre la situation des rentiers.

Le 5 %, Restauration Nationale 1919 valait le 1° août 1934 97*+. En tenant compte du cours de la nouvelle dette unifiée 4 %, qui a remplacé cette valeur (96+50 au 23 mars 1936) et de la bonification de 6 %, qui a accompagné la conversion cela donne une valeur de 102+30 fin mars 1936. D'où un gain de capital d'environ 5 %. Mais aux mêmes dates (1° août 1934 et 23 mars 1936) le rendement passe de 5.15 % à 4 1/5 % en diminution de 20 alors que le coût de de la vie est en hausse de 14 %.. I] est facile de déterminer la baisse corrélative du pouvoir d’achat des rentiers détenteurs de ces titres au moment de la dévaluation.

Le 3%, qui n’a pas été converti cotait le r°° août 1934 7875. Le 23 mars 1936 il valait 7950 d’où faible hausse de 1 %. Le rendement à 3.76 % contre 3.81 % pouvait être considéré comme identique et le rentier avait à faire face avec ce rendement 1dennique à une hausse de 14%, du coût de la vie !

Ces exemples se passent de commentaires et montrent bien que si la dévaluation fait des heureux elle touche durement la classe des rentiers qui est encore, quoiqu'on dise, l’un des éléments les plus solides et les plus stables de l’économie de n’importe quel pays.

Une conclusion s'impose: Les producteurs ont gagné (15 % de recette nette supplémentaire) grâce à l’abaissement des salares réels. La réadaptation se fera, engendrant des conflitssociaux. Elle s’est déjà faite un peu en janvier 1936, la baisse du pouvoir d’achat des salariés paralysant par trop le marché intérieur. Mais peut-on vraiment admettre- un expédient monétaire qui a une incidence sociale si désastreuse, qui constitue un véritable transfert de deux classes (les rentiers et les salariés) à une classe (les producteurs). À notre avis une opération comme la

dévaluation dont la seule raison économique est de permettre

ce transfert en faveur des producteurs est peut être un expédient » r) \ PARA o

qui permet d'attendre le retour à la prospérité, mais elle ne sau-

rait jamais constituer la solution morale, ni méme simplement

la solution à une crise économique.

Et maintenant il faut faire le point et juger de l'efficacité des moyens qu'a employés la Belgique pour résister à la crise mondiale qui s’est abattue sur tous les pays à la fin de 1920.

Crise complexe s’il en fut car elle ne présente pas les caractères traditionnels d’une crise cyclique et provient en définitive de cet événement capital qui a ébranlé le monde économique jusque dans sa structure : la grande guerre. Pour financer la guerre les alliés ont dû créer des signes monétaires qui n’étaient plus basés sur l’or devenu insuffisant D'où hausse des prix mondiaux considérable. La paix ayant été signée on s’est trouvé dans l'impossibilité de rétablir le gold specie standard. Les U. S. A. ont alors essayé une déflation brutale des signes monétaires ainsi créés, c’est la crise de 1921-22 qui en est résultée et qui a ramené les prix mondiaux de l'indice 200 au palier de 150. Le monde à voulu s'organiser sur cette nouvelle base. Deux monnaies reines le dollar et plus tard la livre (en 1925) ont alors servi de pivots au système du gold exchange standard et plus tard après la stabilisation française ax gold bullion standard. Les U. S. A. maintenaient artificiellement les prix au niveau 150. Mais en 1929 le Farmer Board a dû lâcher prise, les prix agricoles américains sont tombés pour épouser une courbe plus voisine de celle de la vitesse de production de l'or. Les prix agricoles

de l’Europe centrale ont suivi cette baisse occasionnant la chute de la Crédit Anstalt et volatilisant l’encaisse de la Reichsbank. Des centaines de millions de dollars étant en danger en Allemagne, le président Hoover décrète le moratoire et l'Allemagne s'empresse de « geler » ses dollars et surtout quelques 100 millions de livres. C’est la panique à la City qui a prêté à long terme ces livres qu’on lui avait confié à vue et à brève échéance (septembre 1931) la chute du sterling : la crise est à son point culminant l'indice des prix mondiaux tombe à 70.

Cette crise, la Belgique la ressent beaucoup plus que les autres pays d’une part parce qu’elle est un pays ne vivant que de ses exportations et que la crise contribue à créer des nationalismes économiques avec des contingents ou des tarifs prohibitifs, d’autre part parce que sa séructure bancaire se caractérise par une immixtion complète des banques dans l’industrie, et que la crise en rendant difficile la situation de l’industrie fait apparaître des commandites ou des avances en comptes qui se gèlent aussitôt. Mais la Belgique fait face à la crise. Pour cela il lui faut : exporter quand même et rendre leur liquidité aux banques.

Pour sauver ses exportations la Belgique étant donné sa production de masse doit réduire son prix de revient d’où la déflahon. Mais celle-ci est incomplète parce qu’elle ne porte pas sur les dépenses de l'Etat, ni sur le loyer de l'argent et surtout parce qu'une baisse de la livre détruit en quelques jours les résultats de plusieurs mois.

Pour rendre leur liquidité aux banques on scinde leur activité en banques de dépôts et banques d’affaires et surtout on « dégèle » leurs actifs par une extension de crédit portant sur quelques deux milliards.

Mais de suite on voit la contradiction entre les deux remèdes déflation d’un côté, extension de crédit, ou inflation déguisée de

l’autre côté. En réalité, en août 1934 le pays entre dans la « zone dévaluatrice ».

Et c’est l'échec de la conférence de Bruxelles, la première alerte de décembre 1934, la baisse du sterling, les sorties d’or, les retraits de dépôts, l’embargo sur l'or et la démission du Cabinet Theunis. Les remèdes n’ont eu aucun effet ; la crise est là plus menaçante que jamais. Autour de M. Van Zeeland se cristallisent les trois partis jadis ennemis, et toutes les énergies et les forces dynamiques du pays. Il est trop tard pour agir, le nouveau gouvernement ne peut que dévaluer sous peine de décréter un moratoire bancaire, qui n’aurait même pas sauvé le franc.

La dévaluation a pour effet de rétablir la fameuse marge exportatrice perdue depuis 1929 et de ramener le niveau-or des prix belges en dessous du niveau angais. Elle résout du même coup, par suite de l’afflux des capitaux la question de la Zqwdité des banques.

Les pouvoirs spéciaux sont conférés pour un an à la jeune équipe belge qui se met avec ardeur au travail. En avril 1936 l « expérience » belge, la mise en application du plan Van Zeeland est terminée et le Parlement approuve à une grosse majorité le rapport que lui fait M. Van Zeeland.

Voilà en résumé la marche des événements. Que démontrent ceux-ci ? La dévaluation a-t-elle été la solution à la crise ? Où en est la conjoncture économique belge ? autant de questions auxquelles nous allons répondre.

Le commerce extérieur est dominé par une évolution très favorable des prix, qui place la Belgique dans une situation très bonne mais les résultats ne sont pas en rapport avec cette situation. Le commerce extérieur n’est pas amélioré parce que la production belge est une production de masse qui passe difficilement au travers du réseau des tarifs douaniers, et que la production orientale jouit de prix encore plus favorables. De plus

en Angleterre ou au U. S. A. la reprise observée s’est faite grâce au marché intérieur considérable dont disposent ces pays et uniquement en vase clos. En fait les exportations belges se trouvent exactement devant le même problème qui se posait avant la dévaluation.

Les finances publiques laissent apparaître pour 1935 et pour 1936 des déficits budgétaires certains, malgré le double sacrifice (dévaluation et conversion) imposé aux rentiers. L’effort fiscal demandé au pays demeure à peu près identique et le budget extraordinaire gonflé par la politique des travaux publics, met sans cesse en péril la Trésorerie belge. Un emprunt devra finalement le couvrir ; s’il ne réussit pas ce sera le boni de réévaluation qui sera englouti dans l'affaire.

Les finances privées subissent des réactions très différentes.

Pour les banques, le résultat de l'opération monétaire est un véritable sauvetage. Pour la Bourse et l'Industrie il y a une reprise notable grâce au retour du profit comptable. Mais l’agriculture ne trouve déjà plus qu’un modeste soulagement. Quant aux transports et au commerce de détail ils ne retirent aucun avantage de la dévaluation. Sur le plan extérieur par contre il y à un appauvrissement collectif du revenu-or et du capital-or de la Nation qui est loin de compenser la reprise de la production.

Car la production et l'économie générale du pays marquent une reprise sensible. Mais n'est-elle pas dûe aussi à la reprise mondiale ? Quant à ce qui peut être attribué au pays en propre, la hausse n’est qu'artificielle étant donné l'influence des travaux publics.

La question sociale demeure enfin un des insuccès les plus frappants de la dévaluation. Le chômage est bien en régression, mais au détriment des finances publiques qui se ruinent dans les travaux publics. Quant aux salaires réels leur baisse est signi-

ficative et ne peut qu'engendrer des conflits sociaux si l’on ne veut pas sacrifier le profit comptable des entreprises.

En définitive la conjoncture économique belge n’a pas été améliorée par la dévaluation malgré la sagesse du gouvernement belge. S7 la Belgique a pu tenir, a pu vivre malgré la crise cela tent uniquement à la reprise mondiale et aux travaux publics. Mais si la première vient à cesser ou lorsque le programme des travaux publics sera terminé le problème demeurera entier comme avant la dévaluation. Er cela malgré un transfert de deux classes (les rentiers, les salariés) en faveur d’une autre classe (les producteurs). Il] ne faut pas croire que nous soyons trop pessimistes. Qu'on se rappelle seulement la déclaration de M. Van Zeeland : « La dévaluation, je le reconnais, est un mal, ce n’est en tous les cas ni une solution ni un remède” », et plus récemment ce qu'écrit M. Fernand Baudhuin dans L'Europe Nouvelle* : « La dévaluation par elle-même n’apporte aucun avantage, elle écarte seulement certains obstacles. »

Les leçons que l’on peut tirer de l’expérience belge confirment au fond les grands principes orthodoxes de l’économie politique.

À une crise économique 1l faut une solution économique. La plupart du temps elle réside dans une baisse des dépenses publiques et une baisse même arbitraire du taux du loyer de l'argent qui facilite le crédit, la reprise des affaires et par là la résorption du chômage. « Il y a des époques où qui veut sauver son capital, doit consentir amputation de l'intérêt *. »

Tous les pays depuis la guerre ont été fascinés par des soutons monétmres. Or la solution monétaire ne résout rien, elle permet d'attendre le retour à une prospérité future en même temps qu'elle retarde ce retour en freinant l'allure ascendante

1 Déclaration ministérielle.

2 Numéro du 25 avril 1936.

3 Henri Michel: La dévaluation belge, déjà cité,

des prix mondiaux. En voulant s'écarter de l’or ou modifier la teneur en or des monnaies, les pays du bloc sterling ont même empêcher par les variations de leurs monnaies, les déflations qui auraient pu sauver leurs voisins. Une dévaluation appelle une autre dévaluation puis une cascade d'autres dévaluations et l'on arrive ainsi au chaos économique dans lequel le monde se débat actuellement.

La théorie de la monnaie errante que la Belgique a du reste abandonnée en mars 1936, crée automatiquement un système de défense douanière qui augmente le marasme des échanges internationaux et qui appelle par là de nouvelles chutes monétaires. Il faut sortir de ce cercle vicieux. Tout le monde est d’accord à ce sujet mais personne ne s’entend sur les moyens. À notre avis, la stabilisation monétaire générale doit précéder toute chose car elle conditionnera la baisse des tarifs douanier et la reprise des échanges internationaux.

Composition du Cabinet de Broqueville

(Juin 1934-13 nov. 1934).

Premier Ministre M M. de Broqueville.

Défense Nationale: A. Devèze.

Affaires Etrangères

et Commerce extérieur: HJaspar.

Justice: F. Bovesse.

Intérieur : H. Pierlot.

Instruction Publique : V. Maistriau.

Finances: G. Sap.

Agriculture et

Affaires Economiques : F. Van Cauwelaert.

Travaux Publics: P. Forthomme.

Travail et Prévoyance

sociale: P. Van Isacker.

HEransport et E.eL.0T.: ©. Diercks.

Colonies: J. Ingenbleck.

Ministres Membres du Con-

seil (sans portefeuille) : . Ingenbleek.

J P. Van Zeeland.

Composition du Cabinet Theunis (20 nov. 1934 - 19 mars 1935).

Premier Ministre: MM. G. Theunis, extra parlementaire. Défense Nationale: A. Devèze, libéral.

Affaires Etrangères et Commerce extérieur:

Justice:

Intérieur:

Instruction Publique:

Finances :

Agiculture :

Travaux Publics et Affaires Economiques:

Travail et Prévoyance Sociale :

Transports et P.T.T.:

Colonies :

Ministre Membre du Conseil (Trésor) :

. Hymans, libéral.

. Bovesse, libéral.

. Pierlot, catholique.

. Hiernaux, extra parlementaire.

. Gutt, Id.

. Van Cauwelaert, catholique.

puis A. de Schryver, Id.

HAOSE"

Ph. Van Isacker, catholique.

E. Rubbens, catholique.

du Bus de Warnaffe, catholique.

Charles, extra parlementaire.

Francqui, extra parlementaire.

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