‹ La Belgique Devant La Crise: La Dévaluation A-T-Elle Été Une Solution?Chapitre 62 sur 82 · IL. Indice général Ouvriers qualifiés ou · texte numérisé non relu

IL. Indice général Ouvriers qualifiés ou

spécialisés 94 93 92 92 94 9% +43% Autres ouvriers 94 93 91 92 94 96 +55% II. Salaires suivant

ceux de fixation Régime I 93 91 90 91 93 95 +55% Régime II 94 93 91 91 93 9 +33% Régime III 94 94 93 92 92 93 néant

On remarquera tout d’abord que l'indice général du salaire horaire moyen qui n’a haussé que de 4 %, confirme bien les résultats donnés par le B. I. T. pour une hausse du coût de la vie der3àm4 1

Dans un autre ordre d'idées on pourra observer que les salaires des ouvriers qualifiés varient moins que ceux des autres. Cela tient à leurs situations en général plus stables mais a pour corollaire que la réadaptation au coût de la vie est pour eux plus lente, le niveau de vie restant égal. Dans les deux catégories du reste l’abaissement du niveau de vie est flagrant les hausses de salaires étant respectivement de 4 et 5 % contre une hausse du coût de la vie de 13 à 14%.

Enfin dans un troisième ordre d’idées nous avons fait figurer l’évolution des salaires suivant leur mode de fixation.

Dans le régime I (fixation sur la base de l’indice des prix de détail ou des prix de vente ou sur une base mixte comme dans les charbonnages) l’adaptation est plus rapide ce qui est normal bien qu’elle soit faussée par les imperfections de ces indices ou les refus d'augmentation (comme les cheminots et les fonctionnaires en janvier 1936). Dans le régime II (fixation par des commissions paritaires ou autres organismes de conciliation) l'adaptation est déjà moins rapide l'entente ne se réalisant toujours pas. C’est du reste dans ce régime que les grèves pour des questions de salaires sont les plus fréquentes.

Dans le régime III (fixation patronale suivant la loi de l’offre et de la demande) l'adaptation a été pour ainsi dire nulle.

De toutes ces données on peut déjà conclure que la dévaluation a été néfaste à la classe des salariés. Comment s'étonner alors qu'elle ait entraîné des conflits sociaux ?

Dans la Revue Politique et Parlementaire du 10 janvier 1936 un auteur anonyme pouvait écrire à juste titre :

« Le dilemne qui se pose finalement pour toutes les entrepri- « ses après une dévaluation est donc : ou maintenir une marge « de bénéfices suffisante pour l’industrie et le commerce au dé- « triment du pouvoir d’achat des salariés ou bien maintenir ce

« pouvoir d'achat par une hausse des salaires au détriment des « entreprises. »

Et nous touchons là, 4w caractère artificiel de la dévaluation.

1° Si les entreprises vendent plus cher sans augmenter leurs salaires. Le pouvoir d’achat des salariés réduit et la prime à l’exportation en partie détruite empêcheront les ventes sur le marché extérieur.

2° Si elles vendent aux mêmes prix en augmentant les salaires, la perte occasionnée par cette hausse augmentera leur prix de revient et leur enlèvera tout bénéfice de vente.

3 Si elles vendent aux mêmes prix sans augmenter les salaires. Elle se heurteront sur le marché extérieur à des représailles douanières. De plus le profit comptable ne réapparaît pas et à la longue les produits importés finiront par agir sur le prix de revient des objets fabriqués.

4 Enfin si elles vendent plus cher en augmentant leurs salaires la situation redevient tout de suite ce qu'elle était avant la dévaluation.

Cependant il faut adopter une de ces solutions. Les entreprises ont naturellement tendance à adopter la première (vendre plus cher, ne pas augmenter les salaires) qui leur assure pendant un temps un profit comptable certain. Mais devant les conflits sociaux qui naissent de la hausse du coût de la vie sans hausse parallèle des salaires et aussi devant la baisse du pouvoir d’achat des salariés sur le marché intérieur les entreprises sont vite contraintes d’adopter la quatrième solution (vendre plus cher en augmentant les salaires) qui ramène la situation d'avant la dé. valuation. C’est là un cercle vicieux dont les salariés font pendant quelque temps au moins, tous les frais.

Evidemment nous avons raisonnés là sur des hypothèses abstraites. Les travaux publics les conversions par exemple peuvent

retarder l’évolution de ce processus mais au fond il subsiste tout de même dans ses grandes lignes.

De ce qui vient d’être dit on comprendra aisément les conflits sociaux et surtout les grèves qui marquent après toute dévaluation l’adaptation des salaires au coût de la vie. La Belgique n’a pas échappé à ces conflits sociaux. Il serait trop long d’en exminer beaucoup ici, nous nous bornerons à relater ce qui est arrivé par exemple pour les charbonnages.

Dès la deuxième quinzaine de mai 1935 la grève prenait naïissance dans le bassin de Charleroi. Les mineurs, devant la hausse du coût de la vie que ne reflétait pas l'indice des prix de détail, réclamaient une hausse des salaires. Ceux-ci étaient accordés depuis une convention collective de 1926 par tranches de 5 % d’après un barème basé pour 75 % sur l'indice des prix de détail et pour 25 % sur le prix de vente du charbon. Or il se trouvait qu’à la suite de la baisse de l’indice en mars 1935 une baisse des salaires et des allocations familiales avaient justement eu lieu le 1” avril au moment même où la hausse du coût de la vie commençait. Devant l'importance du mouvement (20.000 grévistes sur 35.000) une transaction fut mise sur pied par la Commission Nationale Mixte des Mines, grâce aux milieux syndicaux qui ne voulaient pas gêner M. Delattre, leur secrétaire général, nouvellement promu ministre du travail par M. Van Zeeland. Il fut décidé qu’une augmentation de 2 1/2 %, serait accordée, à valoir sur la prochaine hausse de 5 % (lorsque l'indice atteindrait 672). A la fin d'octobre nouveau conflit les mineurs voulant que la hausse à accorder le 3 novembre (2 1/2 restant) fut calculée en tenant compte des 2 1/2 % qui avaient été incorporés à leurs salaires en mai 1935. La Commission Nationale Mixte des Mines se rendit à leurs vœux et promit une hausse de 2 1/2 lorsque l’indice atteindrait 600. Elle décréta du reste que dorénavant les hausses n'auraient plus lieu que par tranches de 2 1/2 %.. Afin

de permettre une adaptation plus rapide des salaires aux prix de détail.

De ce rapide exposé, comme du conflit au sujet des ouvriers frontaliers travailiant en France, on peut encore tirer une nouvelle conclusion : La dévaluation entraîne pour l'adaptation des salaires au coût de la vie des conflits sociaux et des grèves avec leur cortège de misère.

$ 4. — Nous allons maintenant en guise de conclusion à l'étude de l'incidence sociale de la dévaluation exposer la situation du salariat en octobre 1035 c'est-à-dire six mois après la dévaluation et déterminer sa baisse de pouvoir d'achat.

En octobre 1934 Industries : 1° Affiliés 710.000 à 800-850+ ... 585 2 Chômeurs affiliés (250.000 à 360. ss 90 3 Nombre non affiliés (570.000) (60 Fe des affiliés avec un traitement un peu inférieur — 50 % du chiffre des traite-

INÉNTS des AEANES CE 340

Agriculture : 300.000 à 700+ (40 % en espèces) …. 85

Employés de commerce : 350.000 à 1200+ . 420 Fonctionnaires : (Budget de 2260 millions par an)

Page 1