SECTION I LA SITUATION ÉCONOMIQUE DE LA BELGIQUE EN
Pour avoir une idée de la situation du pays en 1929 nous allons passer en revue les principales branches de l’activité ou les indices les plus significatifs de cette activité. Nous serons bref car les chiffres parlent d'eux-mêmes.
La production belge avait atteint une ampleur très grande que montre aisément le tableau suivant :
Production industrielle : 1922 1927 1928 1929 Houilles (milliers de tonnes) 21.208 27.574 27.543 26.931 Electricité (énergie en mil-
lions 1de-Kw): 2 D MERE Na nn
Fonte (milliers de tonnes) 1.613 3709 3857 4.040 ARE DIS (I) ee ETS 21 3.608 3.821 4011 Laines conditionnées (tonnes) 36.054 40.770 41.057 30.525
Production agricole :
Bières (milliers hecto.) .. 132570 14020 115.277 Alcools (id.) RS 433 14232 5OI Sucres raffinés (milliers de t.) 160 185 189
A côté des données du tableau précédent qui illustrent déjà si bien l'essor économique de la Belgique nous trouvons dans les Transports un indice frappant de la prospérité. Dans les transports terrestres la Société Nationale des Chemins de Fer Belges, malgré un accroissement sensible des dépenses arrive cependant à élever ses bénéfices. Pour les transports maritimes le port d’Anvers est en croissance continue.
1027 1928 1929 Société Nationale des Chemins de Fer Belges
Recettes (en millions de frs) 2.889 3.070 3-547
dont : voyageurs .…. ... 695 780 865 marchandises ... ... 2.125 2.221 2.602 DÉS ne Nt 2.475 2.576 3.067 EF TN MR OR TEE 414 494 480 Nombre de voyageurs (en ES) 1. 210.045: 0 225.002 229.004 Poids de marchandises (en milliers de tonnes) ... .. 76.634 81.308 88.313
Port d'Anvers
Entrées en milliers de tonnes dejauseme 0 re, 23.491 23.605 24.327
Parallèlement à l'indice des transports, le mouvement général des affaires se reflète d’une façon saisissante dans l’activité des chambres de compensation et des chèques postaux. L’ascension, comme pour les transports, y est continue.
1922 1026 - - 1027. 1928 1929 Chambres de Compensation
Nombre de piè-
ces compensées
(millier) Dar 202 ARS SAOZ- 240255 ASE AS Capitaux compen-
sés (millions) 129.010 344.116 368.460 443.228 483.519
Chèques Postaux :
Nombre de comp-
tes .… 157.081 178.188 201.748 224.997 249.121 Mouvement géné-
ral (millions) 72.383 175.617 236.400. 284.367 332.373
Un autre indice qui a en Belgique une importance capitale c'est celui qui résulte des chiffres du commerce extérieur de l'Union Belgo-Luxembourgeoise. Nous donnons dans le tableau suivant ses mouvements mais nous nous sommes surtout attachés à fournir d’une part pour les importations les chiffres des matières premières, d'autre part pour les exportations ceux des produits fabriqués. La Belgique étant surtout un peuple manufacturier, ce sont ces données surtout qui reflètent vraiment la prospérité industrielle. Quant au déficit commercial il était en 1929 largement couvert par les « signes invisibles » de la balance des comptes.
Commerce extérieur de l'Union économique Belgo-Luxembourgeoise (en millions de francs)
Postes TOO UOTE 1028-1029 Importations ... ... ... 23063 29.130 32.060 35.624 dont : matières premières ... 12.063 15.187 17.098 18.590 ÉLPOAIONS 0. .,. 2 10:100 20007 20.054 231.800 dont : objets fabriqués ... ... 10.823 15.366 17.764 18.861
Défrioit D 1 2 004 2441 1100, 3744
Dès maintenant on peut remarquer qu’en 1929 les importations sont en augmentation par rapport à 1928 de près de 10% alors que les exportations n’augmentent que d’un peu plus de 3 %. C'est déjà là un indice de l’approche de la crise.
Le marché financier de 1929 est en apparence, lui aussi, en très bonne posture. Cependant nous allons voir déjà quelques points noirs dans cette prospérité.
La situation de l'institut d'émission s’est beaucoup améliorée depuis 1926. L’encaisse a augmenté bien au-dessus des 40 % prévus par l'arrêté du 26 octobre 1926. Dès maintenant, on peut signaler que le poste devises reste stationnaire.
Banque Nationale de Belgique
1926 1927 1928 1929 Encaisse totale (dernier bilan de
l’année) annee ne 0s.736021027.350% 8.704 OR nn er EN ni QIO01 2502 4517, 5.875 OR SE Le 222% 2023-2003 2000
FoureCHagen ne 2. se .. 5315 55,05%:57,591 59;75
Voici d'autre part les indices du marché financier proprement
dit.
Dépôts dans les banques
Total (en millions)
Dont : Caisse d'Epargne Chèques Postaux Bæœrenbond :
Banques à terme fixe Banques à vue
Emissions (en millions) Constitutions, augmentations (argent frais sans les apports) Emissions des banques et assurances (sans les apports)
Indice de la bourse (au 1° novembre de année précédente) 10F4A—AT00R.
Nous reviendrons tout à l’heure, sur les chiffres mais, à pre-
mière vue, on est obligé de constater l’activité financière vrai-
ment extraordinaire de la Belgique en: 1929.
En ce qui concerne les prix, ils suivent la tendance à la hausse. Dans le tableau qui suit nous donnons les indices par rapport à avril 1914 — 100 pour les prix de gros et de détail et par rapport à 1921 — 100 pour le coût de la vie.
Prix de gros (128 articles) 367 Prix de détail (56 articles) 373 Coût delavie vo us. 93
Il est inutile de préciser que les différences à première vue paradoxales, entre les prix de gros et de détail tiennent à la différence des produits de base choisis. Cependant il est intéressant de signaler qu’en 1929 les prix de gros sont stationnaires alors que les prix de détail arrivent à atteindre pour la première fois depuis le début de l’ère de prospérité un niveau supérieur. Nous tirerons tout à l’heure de ce fait des conséquences qui permettront de déceler un début de crise.
Dans un pays dont l'essor est si marqué il n’est pas étonnant de constater la progression parallèle des recettes fiscales qui s’établissent ainsi (impôts + recettes diverses) :
1926 : 6.138 millions 1027 ETUIS 1928 : 9.260 »
Là encore, l’augmentation dûe à des causes démagogiques laisse prévoir une adaptation difficile à la crise.
Nous venons de tracer à l’aide de statistiques un tableau succint de la vie économique de la Belgique en 1929. L’essor apparait dans toutes ies branches et tous les indices mais déjà on peut signaler des points faibles qui, avec la crise deviendront des sources de débâcle. En premier lieu l’zmportance des dépôts qui est un indice de richesse nationale devient en Belgique quelque chose d’assez inquiétant, à cause de la politique des grandes banques, sur laquelle nous reviendrons en analysant l'essai de redressement du cabinet de Broqueville. Dès maintenant cependant, signalons que les dépôts s'ils ne sont pas effectués pour des périodes assez longues sont de très mauvais auxiliaires pour les banques qui, naturellement, sont tentées de les immobiliser dans des placements à long terme afin d'obtenir de plus amples rémunérations.
Cette constatation trouve une preuve tangible dans la participation de plus en plus importante des banques aux émissions nouvelles. Dans une période de prospérité comme celle de 1929 beaucoup de sociétés se constituent uniquement pour bénéficier de la hausse des prix et de la continuation d’un état de choses propice à n'importe quel objet.
Les mêmes remarques peuvent s'appliquer aux chiffres de la fortune mobilière en Belgique. En 1927 la fortune-actions atteignait déjà 75 % de la fortune totale. En 1929 elle passe à 83 % ! Il est aisé de conclure à une surcapitalisation des entreprises tout à fait hors de proportion avec les accroissements du commerce extérieur, des transports et de l’activité économique du pays en général.
La question des prix elle aussi devient un mauvais indice. Les prix de gros marquent depuis 1927 une stagnation évidente et même en 1928 un recul. Pareille constatation aurait dû donner ‘éveil aux entreprises nouvelles et aux banques qui les finançaient, car elle signifie déjà que la prospérité était sinon en régression du moins à un point d’arrêt. Quant à la hausse des prix de détail elle est naturelle puisque toujours en retard sur celle des prix de gros.
Parallèlement ni la pression fiscale qui augmente de 40 % de 1926 à 1929 alors que les bénéfices des entreprises sont loin d’enregistrer une telle progression, ni le aux de l'argent qui reste fort élevé à 4 % ne sont faits pour favoriser la prospérité. Bref, la Belgique, principalement dans son armature financière, présente des indices très nets de « soufflage ». Qu’une crise mondiale s’abatte sur elle et il parait évident que le pays ne saura y résister. Or cette crise, en septembre 1929, elle fait son apparition à la suite du krach de Wall-Street.
SECTION II