EN BELGIQUE (LE COMMERCE EXTÉRIEUR
Avant même d'étudier les répercussions de la crise sur le pays, une constatation primordiale s'impose, sur laquelle du reste, nous reviendrons souvent dans notre exposé : La Belgique est avant tout un pays manufacturier. L'industrie y prédomine et contrairement à la France, l’agriculture ne joue qu’un rôle secondaire dans l’activité économique du pays. À ce sujet nous ne croyons pas mieux faire que citer un passage d’un article que M. Coulon, vice-président des licenciés de Liége adressait beaucoup plus tard (mai 1935) à la revue de l’Association des anciens élèves des Hautes Etudes Commerciales de Paris.
« La Belgique, écrit-il, est un pays pauvre, son sol renferme « peu de matières premières, hormis le charbon, dont l’excédent « est exporté.
« Par contre, notre pays doit importer son blé et toutes les « matières premières nécessaires à son industrie... Comment la « Belgique parvenait-elle autrefois à payer ses importations qui « nécessitaient des sommes considérabes en devises étrangères ? « En exportant sa main d'œuvre et c’est le facteur qui faisait sa « richesse... f
« Exporter c’est pour la Belgique la condition se qua non « de l'existence, car, les Belges n’ont rien à troquer contre leur « pain, hormis leur travail. »
Or quel est l’un des caractères de la crise actuelle ? Précisément, une guerre douanière sans répit. La Belgique ne vivant que par son commerce ne pouvait donc que ressentir davantages les effets de la crise.
Si nous examinons la question de plus près que voyons-nous ?
En 10929 la Belgique avait cinq gros clients pour ses exportations : la France, les Pays-Bas, la Grande-Bretagne, l'Allemagne et les Etats-Unis. À eux seuls ces cinq pays représentaient 62 % des exportations belges. Dans les années qui suivent tous ces pays ont adopté des restrictions douanières telles que la ruine du commerce extérieur belge est rapidement arrivée.
La France, depuis 1928 et surtout 1931 a établi un système de contingents sur presque tous les produits. Ce système, surtout réclamé par les agriculteurs, a eu un résultat très rapide. En 1934 la Belgique exportait 40 % de moins dans notre pays.
Les Pays-Bas pour des raisons fiscales surtout, ont aussi élevé leurs droits et la Belgique toujours en 1934 a vu ses exportations baisser de 62 %, par rapport à 1929.
La Grande-Bretagne où l’industrie belge avait toujours trouvé des débouchés rémunérateurs et très sûrs, est devenue à son tour, à la suite de la chute du sterling, un pays protecteur. Non seulement la Belgique a vu ses exportations réduites de 69 %, mais encore elle les voit dangereusement concurrencées par les industriels anglais bénéficiant d’une prime de change de plus de 4075:
Quant à l'Allemagne sa situation financière a atteint un tel degré d’instabilité, qu’en dehors de toute question douanière la Belgique a été obligée de restreindre ses exportations dans ce pays de près de 58 %.
Les Etats-Unis enfin ont mis entre eux et l'Europe un vrai mur douanier (Tarif Hawley-Smoot de juin 1930) et c’est par une perte de 73 % que se soldaient en 1934 les exportations belges.
Ainsi donc si l’on prend les cinq plus gros clients de la Belgique on trouve de 1929 à 1934 des diminutions d’exportations de 40 à 73 %. Si l’on songe, d'autre part que ces cinq pays représentaient encore en 1934 58 % du commerce extérrieur (4 % de
moins seulement qu’en 1929) on aura une juste idée de la régression des exportations belges dont nous avons signalé plus haut, l'importance capitale pour le pays.
Nous verrons, tout à l'heure, que la Belgique a cherché de nouveaux débouchés mais elle s’est heurtée soit à des barrières douanières prohibitives, soit à des solvabilités si douteuses qu’elles interdisaient tout commerce.
A ce premier fait que l’on doit toujours avoir en vue pour examiner la situation de la Belgique en 1934 s’en joint un autre tout aussi important sur lequel nous insisterons dans une autre partie de notre exposé : la situation des banques. C’est à la lumière de ces deux faits que nous allons examiner les effets de la crise en Belgique.