‹ La Belgique en 1860Chapitre 18 sur 18 · LE ROI A ANVERS · texte numérisé non relu

LE ROI A ANVERS

ville de Tcrmonde! — Le fort se compose de cinq fronts revêtus en maçonnerie, dont trois battent les abords de la position et de l'intérieur du camp. Les trois premiers sont en ligne droite, et leurs fossés pleins d'eau seront défendus par une puissante artillerie casematée ; les deux autres sont en ligne brisée, et dans l'angle saillant qu'ils forment à la gorge du fort, se trouvera un vaste réduit en maçonnerie destiné au logement des troupes et à l'installation des magasins. Ce réduit commandera, par son élévation, l'intérieur du fort et la campagne ellemême; il permettra de prolonger la défense jusqu'à ses dernières limites.

« Sept forts sont actuellement en construction; quatre sont exécutés par la Société Pauwels et O, trois le sont par la troupe, qui entamera aussi le huitième fort sous peu de jours. Au fort n° 1, à Wyneghem, tous les glacis sont terminés, et on travaille activement au corps de place; ce fort est construit par M le capitaine Crels. Le fort n° 2, situé à droite du précédent, est construit par neuf cents hommes de troupes sous la direction de JVI. le capitaine Langhans ; on en a terminé les glacis et une partie du rempart capital. Le fort n° 5, construit par la Société, a été entamé au mois de mars dernier, et il est par conséquent plus avancé. Les maçonneries de ce fort sont entamées sur un grand développement : toutes les fondations de la grande capounière casematée qui défend le fossé capital sont finies, et Ton élève les murs de revêtement du front principal. D'ici à peu de temps, ce fort sera déjà susceptible d'une très-grande résistance; il est dirigé par M. le capitaine Gratry.

« Le fort n° h touche à la station du Vieux-Dieu ; on le découvre en plein du chemin de fer. Il est exécuté par la troupe sous la direction de M. le capitaine Cocheteux ; son degré d'avancement est à peu près le même que celui du fort n° 2. Enfin, les forts 5 et 6, exécutés par la Société Pauwels sont moins avancés; et le fort n° 7 n'est entamé que depuis un mois par la troupe. Dix-huit cents hommes y travaillent actuellement, sous la direction de M. le capitaine Mockel. Les forts n05 1,2,5 et 4 sont reliés entre eux par un chemin de fer que la Société a établi pour le transport des immenses approvisionnements de matériaux destinés à la construction. Ce chemin est en pleine

activité, et lorsqu'il aura été prolongé jusqu'au fort n° 8, les travaux prendront un développement et une activité incroyables.

« Ce court exposé permet de reconnaître que la campagne de 1860 aura produit des résultats inespérés, surtout si l'on tient compte de la continuité des pluies, qui ont constamment entravé les opérations sur le terrain. La Société concessionnaire a installé ses moyens d'organisation et d'administration sur une vaste échelle, et si elle apporte, comme ou a tout lieu de l'espérer, la même aptitude et la même activité dans l'exécution matérielle des travaux, elle sera en mesure de terminer son entreprise dans le délai voulu, et de résoudre un problème dont la solution avait paru douteuse aux personnes peu habituées aux prodiges qu'enfantent l'intelligence et les capitaux réunis.

« La direction générale des travaux de l'enceinte est confiée à M. le colonel du génie Poswick, et celle des huit forts, à M. le lieutenant-colonel Chauchet de la même arme. Ces deux honorables officiers supérieurs ont eu l'honneur d'accompagner Sa Majesté dans la visite des travaux confiés à leurs soins.

« La santé des soldats qui travaillent aux forts et à l'enceinte ne laisse absolument rien à désirer; on peut dire avec une exactitude rigoureuse qu'elle est au moins aussi bonne que dans les meilleures garnisons du pays. Les troupes qui travaillent à l'enceinte sont logées dans les casernes des fortins existants, ceux du camp retranché de 18o5; les troupes des forts 2, 4 et 8 sont logées dans d'excellentes baraques couvertes de chaume. J'ai visité une de ces baraques; l'installation n'en laisse rien à désirer. Chacune d'elles contient cinquante lits, placés sur deux rangées séparées par un couloir d'un mètre environ. Les cloisons et la toiture sont hermétiquement closes; les lits, pourvus de matelas, sont exhaussés sur un plancher de trente à quarante centimètres. L'aménagement intérieur est complet; on y trouve jusqu'aux appareils nécessaires en cas d'incendie. La nourriture du soldat n'est pas moins satisfaisante : chacun d'eux reçoit 45 centimes de haute paye par journée de travail; 25 centimes sont versés au ménage pour augmenter l'ordinaire, 10 sont réservés pour la masse d'habillements et les 17 centimes restant sont remis aux hommes comme denier de poche. La troupe est gaie et bien portante.

LE KOI A ANVERS

On n'a eu jusqu'ici à signaler aucun cas grave d'indiscipline; il semble que ces jeunes hommes aient compris toute l'importance de la mission qu'ils sont appelés à remplir. Ce sentiment est si réel chez eux, que la punition la plus pénible qu'on puisse leur infliger, c'est de les renvoyer à leur corps. Un tel fait en dit assez... »

Non-seulement le Roi a dû être satisfait de l'accueil qui lui a été fait parla métropole commerciale du pays, mais il a pu constater aussi avec quelle énergie patriotique s'accomplissait la grande lâche confiée par les Chambres au zèle du gouvernement.

Le Roi à Verviers et à Lié»*'.

Cette excursion triomphale dans l'opulente et patriotique province de Liège a clos, d'une manière admirable, la série d'ovations qui ont. marqué le XXIXe anniversaire du règne du Roi Léopold.

Le samedi, 27 octobre, dans la matinée, le convoi royal fît une première halte dans la station de Louvain. Le conseil communal et toutes les autorités civiles et militaires y attendaient le chef de l'Etat. Le peuple, qui se pressait aux abords de la station et sur les talus qui dominent la voie ferrée, poussait avec enthousiasme le cri national de vive le Roi! Rien de plus admirable que cette manifestation unanime et spontanée.

Le Roi, la duchesse de Brabant et le comte de Flandre étant descendus du convoi, M. de Luesemans, bourgmestre de Louvain, s'avance vers le monarque et lui adresse le discours suivant :

« Sire,

« Le conseil communal de Louvain, auquel se sont jointes toutes les autorités civiles et militaires de cette ville, est heureux de pouvoir, à leur passage, acclamer, une l'ois de plus, Votre Majesté et son auguste famille.

a Votre Majesté a pu s'assurer à plusieurs reprises des sentiments de patriotisme et d'amour pour leur Roi, qui animent nos populations.

ltl> LA BELGIQUE EN 1860.

« A chaque occasion ces sentiments éclatent avec une force nouvelle; c'est que chaque fois que nous avons le bonheur de nous présenter devant Votre Majesté, nous avons pu constater, avec le pays entier, de nouveaux bienfaits répandus sur la Belgique, ou de nouveaux gages d'indépendance et de liberté, dus à votre royale initiative.

« Le conseil communal de Louvain, appréciant les motifs qui n'ont pas permis à Votre Majesté d'accepter pour elle et pour la famille royale l'invitation qu'il avait cru pouvoir respectueusement leur adresser, remercie Votre Majesté de la promesse qu'elle a bien voulu nous faire parvenir de se rendre à nos vœux l'année prochaine.

« La ville de Louvain est désireuse de prouver aux yeux de tous qu'elle ne le cède à aucune localité du pays en attachement sincère à Votre Majesté et à son auguste famille.

« Elle vous prie, Sire, d'en accepter l'assurance avec l'hommage de son profond respect. »

Le Roi répondit affectueusement :

« Monsieur le bourgmestre,

« Je vous remercie, en mon nom et au nom de ma famille, de votre bon et « bienveillant discours. Depuis 1851, je connais les sentiments patriotiques « qui animent votre population, et je suis bien heureux de les retrouver tou- « jours les mêmes.

« Persévérez, messieurs, dans votre dévouement au pays et dans votre affec- « tion pour nous ; de notre côté, le dévouement à votre bonne ville de Lou- « vain ne vous fera jamais défaut.

« Nous avons eu beaucoup de regret de ne pouvoir pas nous rendre, cette « année, à l'invitation que le conseil communal nous a adressée; la saison ne « nous permettait pas d'espérer un temps aussi favorable, mais nous sommes « bien décidés à ne pas laisser passer l'année prochaine sans venir vous voir, « recevez-en l'assurance. »

M. le chanoine de Ram, recteur de l'Université catholique de Louvain, se fait ensuite l'organe du corps professoral et des élèves de celte importante institution.

« Sire, dit-il, l'Université catholique de Louvain saisit avec empressement cette heureuse occasion pour renouveler l'expression de ses sentiments inaltérables d'attachement à son Boi, à la dynastie royale, à nos institutions constitutionnelles.

« Les professeurs et les nombreux élèves de cet établissement continueront

à demander avec ferveur à CELUI par qui régnent les rois, de bénir et de protéger, bien longtemps encore, le règne glorieux d'un prince, l'objet le plus cher de notre amour, le soutien le plus ferme de la sécurité et des espérances du pays. »

Le Roi répondit dans les termes suivants :

« Je vous remercie, mon cher Recteur, des sentiments que vous m'expri-

« niez ; ces bons sentiments, je les apprécie et ils me sont connus depuis long-

« temps. Yous savez aussi depuis longtemps l'intérêt que je porte à FUniver-

« site catholique qui, sous votre sage direction, a fait revivre la gloire de

i l'ancienne Université de Louvain. Nous avons confiance dans cette brillante

a et nombreuse jeunesse que vous formez ; elle continuera, j'en suis sûr, à

« rendre de grands services au pays. »

M. Crassaerts, doyen du district, s'exprimant au nom du clergé, atteste solennellement que le règne de Léopold Ier est, pour la religion, un règne de bonheur, de repos et de liberté.

« Sire, dit-il, comme toutes les localités que Votre Majesté daigne honorer de son auguste présence retentissent des acclamations les plus enthousiastes, tandis que de toutes parts Votre Majesté reçoit les témoignages unanimes de l'attachement inébranlable de son peuple, le clergé de la ville de Louvain ressent un bonheur bien doux de pouvoir s'associer à cet élan universel, et déposer aux pieds de son Roi bien-aimé l'hommage de son profond respect, de sa sincère affection et de son entier dévouement.

« Oui, Sire, le clergé s'enorgueillit de prendre une très-large part à cette manifestation générale, car lui aussi est animé des sentiments les plus patriotiques, qu'il se fait un devoir d'inculquer profondément dans les cœurs des fidèles confiés à ses soins.

a Votre règne, Sire, est pour la religion un règne de bonheur, de repos et de liberté. Elle a toujours rencontré en Voire Majesté un appui ferme, un défenseur éclairé, et un protecteur si généreux, que, depuis que les rênes de ce royaume sont entre Vos sages et prudentes mains, la religion n'a jamais rien eu à envier à aucune autre nation ; aussi le clergé, dévoué de cœur et d'àme à Votre Majesté, pénétré de la plus vive reconnaissance pour tous ces bienfaits, adresse tous les jours des vœux ardents au Ciel pour la conservation de son bon Roi, la félicité de nos princes chéris et de la bienfaisante et admirable princesse, et la prospérité de la Belgique.

a Puisse la divine Providence prolonger longtemps encore Vos précieuses années pour la consolidation des destinées de la Belgique, et, confondant nos

vœux pour Votre Majesté avec les vœux que nous formons pour Votre auguste famille, veuille le Seigneur la protéger aussi, et la bénir toujours de généralion en génération.

« Daignez, Sire, accueillir avec bienveillance les sentiments de la plus haute vénération et du plus ardent amour que j'ai l'honneur d'offrir à Votre Majesté au nom du clergé. »

Le Roi, ému, répondit avec une extrême bienveillance à des paroles si affectueuses, si cordiales. Il remercia aussi M. Poulet, président du tribunal de première instance , des vœux qu'il lui avait adressés, au nom de la magistrature de l'arrondissement.

Le train continua ensuite sa route vers Liège, au milieu des vives et .sincères acclamations de la foule innombrable qui couvrait lu station et ses abords.

A h gare de Tirlemont, la famille royale fut également reçue par les i.u.orilés civiles et militaires, par le clergé, et il faut ajouter, par toute la population de la ville.

M. Delporle, bourgmestre de Tirlemont, prononça quelques paroles patriotiques.

« Sire, dit-il, le règne de Votre Majesté a prouvé qu'un petit pays pouvait devenir grand par le libre développement de ses ressources. Cette grandeur, Votre Majesté nous l'a assurée; la Providence nous la maintiendra en maintenant aussi la dynastie dont vous êtes le chef vénéré. »

M. Descaries, curé-doyen, dit au Roi :

« Les sentiments du clergé vous sont connus ; ils se font jour chaque fois que l'occasion se présente de rendre hommage au Roi et de témoigner de rattachement sympathique à son illustre famille. Veuillez en agréer de nouveau l'expression sincère. Puisse Votre Majesté régner encore nombre d'années sur un peuple dont le bonheur est intimement uni au bonheur de son Roi ! Tels sont nos vœux, Sire, telles sont nos prières : daigne la Providence les exaucer! Que votre dynastie se perpétue parmi nous, et qu'à l'exemple de son auguste chef, elle fasse le bonheur des générations les plus reculées ! »

Le Roi répondit en substance qu'il était heureux de s'assurer que les sentiments exprimés à son égard, en 1851, par la ville de Tirlemont sont restés les mêmes; qu'il est convaincu que ces sentiments, Tirlemont les conservera toujours, et que la patrie a droit de compter

sur son patriotisme cl sur son courage, dans foutes les circonstances.

Le convoi royal traverse les riches campagnes de la Hesbaye, s'arrête un moment à Liège pour prendre les autorités de la province, traverse l'admirable vallée de la Vesdre et arrive enfin à Verviers. Le pavillon tricolore flotte partout; des hauteurs, qui dominent la Vesdre comme du fond de la vallée où s élève Verviers , parlent les cris enthousiastes de vive le Roi!

Lorsque la famille royale eut été introduite dans un des salons de la gare, M. Ortmans-Hauzeur, bourgmestre de Verviers, à la tèle du conseil communal, s'avança vers le Roi et s'exprima en ces termes :

« Sire,

« Le conseil communal de Verviers est heureux de pouvoir présenter à Votre Majesté l'hommage de son profond respect et de son inaltérable dévouement.

« Eu vous rendant au milieu de notre loyale population, dont nous sommes ici les faibles interprètes, vous nous permettez, Sire, de témoigner à Votre Majesté nos sentiments d'amour pour la dynastie de notre choix, nos sentiments de reconnaissance pour les bienfaits nombreux qui ont marqué votre règne si dévoué.

a Le plus grand de ces bienfaits, Sire, celui qui restera éternellement gravé dans nos cœurs, c'est d'avoir uni vos destinées à celles du peuple belge, c'est d'avoir consacré votre haute sagesse au bonheur et à la prospérité de votre patrie d'adoption.

« Sous votre gouvernement vraiment paternel, à la faveur d'une douce paix, alors même que la révolution grondait autour d'elle, la Belgique indépendante a pu développer les libres institutions qu'elle s'était données, et dont, depuis trente ans, elle s'est toujours montrée digne.

« Encouragée par votre active sollicitude, guidée par les hommes éminents que vous avez su choisir pour diriger les affaires publiques, notre patrie voit s'accroître de jour en jour la prospérité de l'industrie et du commerce.

« Sire, la population verviétoise a la mémoire du cœur. Aussi est-elle attachée à son Roi par d'indissolubles liens, et en acclamant Votre Majesté elleacclame l'honneur, le dévouement à la foi jurée; elle, acclame aussi, Sire, l'indépendance.

« Si, ce qu'à Dieu ne plaise, Sire, quoique fidèle à sa neutralité qui est sa loi, si, quoique n'ayant d'autre ambition que de donner au monde l'exemple d'une nation heureuse et éminemment progressive, sous le sage gouvernement d'un prince incomparable, notre pays avait à redouter de nouveaux

jours d'épreuves, ses enfants se presseraient autour de Votre Majesté conirai autour du père de la patrie. Vous les verriez, évoquant le souvenir de leurs aïeux, défendre leur Hoi et leur nationalité. »

Belles paroles, dignes de ce noble pays de Franchi mon l qui s'est immorlalisé par son héroïsme!

Le Roi, après avoir répondu à la patriotique allocution du bourgmestre de Verviers, se dirigea vers l'hôtel de M""' la vicomtesse de Biolley où il devait descendre avec ses augustes enfants. Toutes les rues avaient été spontanément décorées par les habitants, et partout au drapeau tricolore s'alliaient les vieilles couleurs franchimontoises, vert et blanc.

Le Roi se rendit ensuite à l'hôtel de ville pour y recevoir les autortés. M. le sénateur Laoureux, au nom des représentants de rarroudissement, M. Drèze, au nom du tribunal, M. Sagehomme, commissaire de l'arrondissement, au nom des bourgmestres du district, M. Pollet, au nom du tribunal de commerce, M. Jacquemin, curé-doyen, au nom du clergé, exprimèrent successivement au Roi leurs sentiments de gratitude et de dévouement. M. Ortmans, bourgmestre de Verviers, signala l'accroissement rapide de cette industrieuse cité.

« La ville qui a l'honneur de recevoir Votre Majesté et Votre auguste Famille n'a pas, dit-il, à leur vanter son antique grandeur, mais en revanche elle peut s'enorgueillir de sa récente et rapide prospérité. Ville fort modeste au commencement de ce siècle, Verviers possédait à peine, il y a 50 ans, une population de \ 0,000 âmes ; elle est aujourd'hui peuplée de près de 30,000, et le bien-être et la fortune publics se sont accrus dans une proportion dépassant encore celle du développement du nombre de ses habitants. Le conseil communal est heureux d'avoir à attribuer cet état de choses à Votre Majesté, qui a si bien mis en pratique nos excellentes institutions, à la paix, à la tranquillité vivifiante dont nous avons joui depuis que Votre Majesté a consenti à servir de guide à notre nationalité naissante »

Il faut citer aussi, comme un document intéressant, le discours prononcé par M. Gouvy, au nom de la Chambre de commerce :

« Sire, » La chambre de commerce et des fabriques de Verviers saisit avec bonheur

l'occasion de présenter, à Votre Majesté et à la Famille royale, l'assurance de son profond respect et de son entier dévouement.

« Notre industrie, dont nous sommes l'organe, n'a qu'à se féliciter de la position qu'elle est parvenue à se faire.

« Notre situation est prospère.

« Nos établissements se multiplient, notre production augmente, le niveau des salaires s'élève.

« Nous avons foi dans l'avenir, car notre prospérité n'est pas fondée sur les faveurs trompeuses et précaires de la protection. En effet, au delà du tiers de nos produits s'exporte vers tous les marchés du monde; nous y soutenons avec honneur toutes les concurrences et nous devons cette heureuse situation, moins à l'intervention directe du gouvernement, aux sociétés d'exportation, qu'à l'établissement, dans notre centre industriel, des commissionnaires-marchands.

« Une industrie n'est puissante qu'à la condition de progresser sans cesse. Tous nos efforts doivent tendre à ne pas nous laisser devancer ; nous ne faillirons pas à notre tâche.

« Votre gouvernement, Sire, peut nous seconder dans cette lutte.

« Qu'il fasse que toutes nos matières premières, que tous les fds de laine, de coton, de lin, de soie, que tous les instruments de travail, que tous les éléments de la production, enlin, nous arrivent aux conditions les plus économiques, que la douane devienne ce qu'elle aurait dû être toujours : un instrument propre à donner des ressources au trésor, jusqu'à ce qu'on la remplace par un impôt moins onéreux, plus rationnel et plus juste.

« Depuis trente années, nous jouissons, dans toute leur plénitude, «le la liberté civile, de la liberté politique, de la liberté religieuse; que votre règne, Sire, nous dote de la liberté commerciale, nous sommes convaincus que, comme ses sœurs, elle sera féconde en bienfaits. »

Après la réception des autorités, le Roi se dirigea vers le palais de justice, où étaient exposés les produits de l'industrie verviéloise, en traversant les rangs pressés des ouvriers de la ville et de l'arrondissement.

L'exposition industrielle attestait le labeur intelligent de ces légions d'ouvriers qui protestaient aussi, par leurs acclamations, de leur inébranlable dévouement au Roi et à l'indépendance du pays.

Les produits verviétois étaient divisés en trois classes : tissus et filés de laine; machines, minerais, cordes, etc.; objets divers. Nous empruntons au Moniteur les détails suivants sur ces divers produits :

« L'industrie de la laine a été transformée. Autrefois c'était la

fabrication des draps qui dominait ; maintenant ce sont ces charmantes étoiles de tous genres que Verviers fabrique avec tant de goût. Parmi les exposants de la première classe , on remarque les noms de MM. F. Biolley et fils, J. Simonis, J. Laoureux, J. Sauvage, Dubois, pour draps lins et étoffes de nouveautés en grand nombre et des plus jolies nuances; M. G. Dubois a exposé des draps-velours moelleux comme du velours de soie; la maison Lieutenant et Peltzer a soutenu sa réputation pour draps et étoffes de nouveautés. M. Debefve-Blaise, de Dison, a des produits remarquables d'un prix extrêmement bas (o francs le mètre); la maison Sirlaine et Melen a exposé des fez en qualités fines; ils ont importé cette fabrication en Belgique l'année dernière et ont pleinement réussi.

« C'est surtout l'exposition des minerais qui a présenté le plus d'intérêt. La société du Rocheux et Onneux a exposé quatre énormes blocs de pyrite et de plomb; celte société a exporté, l'année dernière, près de 17 millions de kilogrammes de pyrite.

« L"exposilion du prince de Capoue a arrêté le Roi pendant quelque temps; M. Dethier, de Theux, autrefois consul général de Belgique à Smyrne, a donné au Roi des explications sur les recherches de manganèse, les exploitations des mines de fer et de plomb, etc., du prince de Capoue; il lui a présenté des quartz aurifères des environs de Spa et des gouttes d'or et d'argent obtenus de ces minerais.

« La société de la Nouvelle-Montagne avait une exposition trèsintéressante. Son directeur, M. Victor Simon a fait voir au Koi les produits d'appareils de son invention servant à classer les minerais d'après leur degré de grosseur et de pesanteur spécifiques, etc. Les feuilles de zinc servant à satiner le papier, à former des toitures ou des garnitures de maisons, les blocs de minerai et les saumons de plomb, les produits réfractaires, etc. , formaient un ensemble remarquable qui a valu à M. Simon les félicitations de Sa Majesté.

« Les machines de MM. Houget et Teston se distinguent par la beauté des formes et les soins de construction. On remarque les machines à corderie continue, la tondeuse longitudinale, la machine à fouler de ces industriels. MM. Bosson, Laoureux, Feron et Troupin

ont exposé aussi des machines d'une excellente construction.

«Parmi les objets exposés se trouvait un ensemble de plans qui représentaient un ouvrage d'art destiné à exercer une grande influence sur l'industrie verviétoise. A ce titre et sur la demande de M. le bourgmestre de Vei viers ils avaient trouvé leur place parmi les produits de cette industrie. On sait que la fabrication des draps et des diverses étoffes de laine exige pour le lavage, le dégraissage, la teinture, etc., l'emploi dune eau qui doit posséder certaines qualités particulières. Ces qualités se trouvent à un haut degré dans les eaux de la Vesdre et de quelques-uns de ses affluents. Malheureusement la Vesdre est une i mère torrentueuse donnant alternativement trop et trop peu d'eau.

« Le gouvernement a fait examiner par un de ses ingénieurs, M. le secrétaire général Bidaul , s'il ne serait pas possible de régulariser le régime de la Vesdre. Ce fonctionnaire a résolu affirmativement cette question ; puis secondé par M. l'ingénieur de Jamblinne, il a étudié divers projets ayant pour but de mettre en magasin l'eau surabondante des crues pour la rendre à la rivière pendant le temps de sécheresse.

« Le travail doit être exécuté dans la vallée de la Helle qui forme la limite entre la Prusse et la Belgique et qui se jette dans la Vesdre à Eupen. Il doit coûter 2,000,000 de francs et procurer à l'industrie le moyen de disposer, aux époques de sécheresse, d'une réserve d'eau de plus de 5,000,000 de mètres cubes. »

A six heures, un banquet eut lieu dans le magnifique local de la Société littéraire. M. Orlmans, bourgmestre, porta le toast suivant :

« J'ai l'honneur de vons proposer un toast au Roi et à la Famille royale.

s II y a dix-sept ans que nous n'avons pas eu le bonheur de posséder au milieu de nous notre souverain bien-aimé, que nous n'avons pas eu l'occasion de lui exprimer les sentiments de respect, de gratitude et d'affection, dont notre population est animée pour son auguste personne.

« Ces dix-sept années d'une paix féconde ont été pour Verviers une ère de prospérité et de progrès industriel dont n'approche aucune époque dans le passé.

« C'est au Roi, à l'action bienfaisante de son gouvernement que nous devons cette heureuse situation.

« Sous son règne glorieux, l'ordre qui fait la sécurité de l'industrie et la

liberté qui affranchit le travail, ont laissé leur libre essor à toutes les activités.

« Nous n'avons pas connu les révolutions qui arrêtent la circulation des ricbesses et compromettent l'existence des nations, les guerres qui déciment la population et engloutissent les économies d'un pays. Nous avons vécu heureux et paisibles à l'ombre de nos belles institutions loyalement jurées et loyalement appliquées.

« Buvons au Boi, qui nous a aidés à traverser une époque tourmentée, à consolider notre indépendance. Qu'il règne longtemps encore sur un peuple dont la prospérité peut lui inspirer un légitime orgueil.

« Joignons-y la santé de la Famille royale, qui partage avec son chef l'affection du peuple belge; elle continuera les belles traditions que lui aura léguées le Boi; elle sera pour nos descendants l'objet de la même vénération. »

Le Roi répondit :

« Je vous remercie, en mon nom comme au nom de mes enfants, de l'intérêt « affectueux et bienveillant avec lequel vous avez accueilli le toast de votre « excellent bourgmestre. Lors de la visite que je vous ai faite en octobre 1831, « les traces de la révolution n'étaient pas effacées ; ce n'est pas sur ce sol que « prospère l'industrie. Depuis, vos efforts ont fait de Verviers une ville flo- « rissante, telle que je la vois aujourd'hui. Je constate avec satisfaction les « améliorations qui ont été réalisées. Je crois que votre ville possède plus que « toute autre les éléments d'une grande prospérité. C'est avec bonheur que « je bois à son avenir. »

Le lendemain, la garde civique de Verviers, que le Roi venait de passer en revue, se rangea en bataille dans la station, pour faire au chef de l'Etat les adieux les plus chaleureux et les plus touchants lorsque le convoi royal prit la route de Liège.

Un peu après midi, le Roi et ses augustes enfants entraient dans la station de Liège, où ils étaient attendus par le conseil communal et toutes les autorités civiles et militaires de la ville et de la province.

M. J. Neuville, bourgmestre de l'antique et noble cité de Liège, prononce ces simples et belles paroles :

« Sire, « Permettez-nous de saluer la bienvenue de Votre Majesté dans la ville de Liège.

« A une autre époque, représentants de la cité, nous vous eussions offert ce qu'elle avait de plus précieux, les clefs de ses portes. Aujourd'hui, à la face de ce ciel resplendissant, nous disons à Votre Majesté :

« La population tout entière vous attend ; elle est impatiente de vous témoigner ses sentiments de respect et d'affection »

Laissons maintenant parler un témoin oculaire :

« L'entrée du Roi dans la ville de Liège défie toute description. Jamais nous n'avons vu pareil concours de population, jamais semblable empressement. L'immense parcours du quai d'Avroy, du boulevard d'Avroy, du boulevard de la Sauvenière et les rues adjacentes étaient encombrés d'une cohue compacte dont les acclamations avaient quelque chose de formidable... En plusieurs points, le cortège a été rompu : le peuple se précipitait en foule autour de la voilure royale, la pressant, la portant pour ainsi dire, et faisant au Roi Léopold une garde sacrée, plus sûre qu'aucune autre...

« Certains étrangers considéraient tout cela avec des yeux effarés; les uns stupéfaits, les autres attendris jusqu'aux larmes.

« Autour du Roi, point de troupes, point de soldats, point de gardes du corps : mais le peuple aux mains calleuses, au cœur loyal, jurant foi et fidélité clans son rude et sincère langage, touchant le Roi de la main, et lui faisant une escorte que tous les souverains envient, mais que peu oseraient affronter.

« Porté par les flots populaires, salué avec ardeur par la foule groupée aux fenêtres, où les dames agitaient leurs mouchoirs blancs avec une vivacité toute méridionale, le Roi est arrivé enfin au palais delà place Saint-Lambert... »

Après le défilé de la garde civique et de l'armée, les diverses autorités lurent admises à l'audience royale. Le Roi reçut d'abord M. le lieutenant-général de Coenegracht et M. Vanderdoest de Villebois, l'un commandant de la forteresse de Maestricht, l'autre gouverneur du Limbourg hollandais. Ils étaient chargés de complimenter le Roi des Relges au nom du roi des Pays-Ras.

M. le sénateur Forgeur, ancien membre du Congrès national, prononça, comme l'organe des représentants de Liège, des paroles em p rein tes de patriotisme.

« ... Aussitôt, dit-il, qu'un point noir a paru à l'horizon , la nation, Sire, inquiète pour ses destinées, a éprouvé le besoin de se serrer autour de son Hoi, et de montrer au monde combien étaient profondes les racines que votre dynastie a jetées dans le pays.

« C'est qu'en effet, Sire, ce qui est, d'ordinaire, l'ouvrage des siècles, aura été, grâce à votre haute sagesse, à la loyale pratique de nos libres institutions, l'œuvre d'un règne, et cette œuvre ne périra pas.

« Non, Sire, la nation en général, et en particulier ce brave peuple liégeois qui vous aime tant, ne souffrira jamais que le souffle de l'étranger vienne détruire nos magnifiques conquêtes de J830, retour du pays à la liberté dont ses ancêtres n'avaient cessé de jouir... »

M. Grandgagnage, au nom de la cour d'appel de Liège, s'exprima ivec beaucoup de justesse el d'élévation :

« ... La justice est le respect des droits ; et les principes qui la dirigent ne sont pas seulement la sauvegarde des intérêts privés, ils embrassent dans leur application les rapports si importants qui existent entre les différents peuples. Oui, Sire, la justice est une; elle est la même pour les particuliers et pour les États. Si, dans le cercle plus ou moins restreint des territoires, les règles de la justice doivent protéger l'honneur, la liberté, la fortune de chaque citoyen, ces mêmes règles dans une région plus élevée, doivent garantir à chaque section légitimement constituée son noble patrimoine d'indépendance et de nationalité : justice universelle qui n'est jamais impunément violée et qui saura maintenir la Belgique au glorieux rang qu'elle occupe dans la famille des peuples. En restant fermement assise sur ses bases d'ordre et de légalité, malgré plus d'une crise redoutable qui a troublé l'Europe, la libre et indépendante Belgique a confirmé de plus en plus ses droits; peuple et roi ont été dignes l'un de l'autre, el, au milieu det ant d'agitations subies par plusieurs nations moins heureuses, le sentiment de la nationalité belge n'a fait que s'enraciner plus fortement dans les cœurs... »

Les paroles de M. l'évèque de Liège furent également patriotiques. « Ce n'est point, d'ordinaire, dit-il, par l'écrat des démonstrations extérieures, mais par l'ardeur de ses vœux chaque jour offerts au Très- Haut dans l'enceinte silencieuse du sanctuaire, que le clergé s'acquitte de la grande detle de sa reconnaissance envers Votre auguste personne : son affection, Sire, pour se manifester avec plus de réserve, n'en a pas moins de vivacité, et si jamais les circonstances l'exigeaient, elle

éclaterait avec une énergie digne des principes qui l'inspirent... » M. de Rossius-Orban, président du conseil provincial, s'exprima en ces ternies :

« ... Le conseil provincial est heureux de pouvoir vous dire aujourd'hui : Soyez le hienvenu, Sire, dans votre bonne et fidèle province de Liège.

« Ainsi que, naguère, Votre Majesté le faisait remarquer, ce ne sont point des réceptions officielles, des enthousiasmes de commande qu'elle trouve partout en Belgique ; c'est un accueil franc, cordial, populaire.

« Ce sympathique entraînement de toutes les classes, accourant vers le souverain de leur choix, est pour nos populations non-seulement un besoin ; c'est encore l'accomplissement d'un devoir de reconnaissance. Pour vous, Sire, c'est la récompense du bien que vous avez fait, du bien que, longtemps encore, nous l'espérons, la Providence vous permettra de faire à votre pays d'adoption... »

M. Lacordaire, recteur de l'Université, prononça le discours suivant :

« Sire,

« Le corps professoral de l'Université de Liège se trouve avec bonheur en présence de Votre Majesté. Il lui tardait d'unir sa voix aux acclamations qui, depuis que la fibre nationale s'est émue, saluent votre auguste personne avec un redoublement d'amour. L'état florissant de l'Université est, Sire, un des nombreux bienfaits de votre règne. Elle eût bien mal compris ses devoirs si aujourd'hui elle ne pouvait pas offrir à la patrie une nombreuse jeunesse profondément dévouée à Votre Majesté et prête à se serrer autour d'elle, si jamais la Providence permettait que des jours d'épreuves se levassent sur la Belgique. C'est que nos élèves n'ont pas seulement puisé la science dans les leçons qu'ils ont reçues, ils ont appris en même temps qu'ils se doivent tout entiers à leur Roi, à leur pays et au maintien de ces institutions sous l'abri tutélaire desquelles ils ont eu le bonheur de naître. Vous avez, Sire, daigné permettre qu'ils se présentassent aujourd'hui devant vous; dans quelques instants Votre Majesté pourra juger, à leur langage, si nous avons failli à notre mission »

En présentant au Roi les bourgmestres des communes rurales, M. Jammc, commissaire de l'arrondissement, trouva aussi des paroles patriotiques :

« ... Nés, dit-il, sur no sol où tant de souvenirs rappellent les longues et sanglantes luttes de la liberté, ils voient leur pays posséder depuis trente années, sans contestation, le trésor inestimable delà liberté la plus large; ils le voient jouir en même temps de tous les bienfaits de l'ordre et de la paix. Us sentent profondément, Sire, tout ce qu'ils doivent à la sagesse du Roi, à son grand cœur, au respect universel qu'il inspire; aussi portent-ils à Votre Majesté cet amour éclairé et patriotique, ce respect inaltérable que les peuples libres seuls peuvent éprouver

« Sire, quand je présente à Votre Majesté les administrateurs de nos communes, je manquerais à un devoir qui m'est cher, si je ne rendais compte au chef de l'État du dévouement dont ils font preuve et des services qu'ils rendent au pays. Je suis heureux de pouvoir dire à Votre Majesté que la partie de l'autorité publique que son gouvernement leur a confiée est en bonnes mains, et que le Roi peut être content d'eux. Depuis 1850 , les communes ont accompli des progrès incalculables : elles se sont reliées par un magnifique réseau de communications; partout s'élèvent des écoles; l'ordre se maintient dans ces localités populeuses, qui, naguère, étaient des villages, qui seront des villes demain ; les institutions politiques fonctionnent partout avec une admirable régularité.

« Lea bourgmestres sont heureux, Sire, d'avoir été appelés par le Roi à concourir à cette grande œuvre de civilisation. Ils sont fiers de leur pays et de leurs Princes. Ils ont confiance dans l'avenir, car ils le voient assis sur deux bases inébranlables: un peuple qui veut l'ordre, un Roi qui veut la liberté... »

Les étudiants, qui s'étaient réunis à l'Université, se rendirent en cortège au palais, au nombre de près de 800. Tous portaient la cocarde tricolore et, sur leurs poitrines, brillaient en sautoir les couleurs des différentes nations auxquelles ils appartiennent. Une députation fut introduite auprès du Roi et de ses augustes enfants. M. E. Lhoesl, élève du 1er doctoral en droit, prit la parole au nom de toute la jeunesse universitaire et adressa au Roi l'allocution suivante :

« Sire,

« Les étudiants de l'Université de Liège peuvent enfin vous dire ce que ressentent leurs cœurs à tous pour leur Roi et sa noble dynastie.

« Depuis trente ans que Votre Majesté préside à nos destinées, la Belgique offre un spectacle bien fait pour exciter chez les autres peuples l'admiration et l'envie, en nous, une juste fierté. Nos institutions politiques, œuvre de l'im-

mortel Congrès, ont réalisé la solution du problème social : le règne de l'ordre au sein de la liberté; et, grâce à son indépendance, à son organisation intérieure, grâce à la paix qui en a été le fruit, le pays a pu marcher d'un pas sûr, quoique rapide, dans la voie du progrès. Les lettres et les sciences, les arts et l'industrie, sont représentés par des noms que le pays honore et qui ont déjà leur place marquée dans l'histoire intellectuelle de l'Europe. Un gouvernement sage aplanit tous les obstacles à la diffusion des lumières, il convie toutes les intelligences à l'œuvre de la civilisation, et, grâce à sa sollicitude, renseignement de l'État a pris le rang qui lui convient, réalisant la pensée que Votre Majesté exprimait elle-même lorsqu'elle disait : « Je veux que les éludes soient fortes, grandes et généreuses. »

« Cette parole d'encouragement a porté des fruits : l'Université de Liège a atteint un haut degré de splendeur, et sa réputation amène dans nos rangs ces nombreux étrangers qui trouvent ici la liberté partout et un peuple instruit pour la comprendre.

« Oui, Sire, nous comprenons la liberté et nous savons à qui nous la devons : à vous, Sire, qui avez voué votre vie à sa défense, qui nous l'avez conservée dans les plus imminents périls, à vous qui représentez nos traditions les plus antiques et les plus chères : la liberté et la royauté; et si elle se trouvait menacée, cette royauté, si l'heure du danger venait à sonner, sur un seul de ses regards, Votre Majesté nous verrait accourir tous et nous lui dirions : Sire, voici vos enfants. »

Le Roi, vivement ému, répondit par ces belles el touchantes paroles :

o Messieurs,

u C'est avec un vif plaisir que je vous nomme mes enfants, mes bons, mes « chers enfants; vous êtes l'espoir et l'avenir du pays. Toujours l'Université « de Liège s'est distinguée par ses bonnes études et ses bons sentiments. En « 1848, lors de cette tourmente, la plus terrible qui ait ébranlé la vieille En- « rope, les étudiants, malgré leur jeunesse, se sont montrés dignes et sages, ■ ont fait preuve du patriotisme le plus réfléchi, le plus ardeut.

« Je sais que, si les circonstances l'exigeaient, je pourrais toujours comp- « ter sur votre intelligence et sur vos bras ; je sais que votre dévouement « vous rangerait tous autour de moi et de mes enfants.

<i Je vous remercie, pour moi et pour ma famille, des sentiments qui vous « animent; et je termine en vous appelant encore une fois mes bons et mes chers « enfants ! »

Inutile de dire l'effet magique de ces paroles, bientôt répétées hors de l'enceinte du palais. Les cris de : Vive le Roi ! vive l'indépendance nationale ! vive la liberté ! remercièrent le souverain libéral et vraiment populaire

Les sentiments des classes laborieuses étaient énergiquement exprimés dans l'adresse suivante des ouvriers armuriers :

« Sire,

« Des doutes offensants ont été émis au dehors sur le patriotisme de la classe laborieuse en Belgique.

« On n'a pas craint de la présenter comme étant disposée à abandonner sa nationalité, à renier son passé, ses institutions libérales, son indépendance.

« Nous venons, Sire, protester contre ces insinuations.

« Eh quoi ! — L'ouvrier que le pays a toujours vu au premier rang parmi ses défenseurs!

« L'ouvrier qui a accueilli avec un enthousiasme indescriptible la venue du prince qu'il s'est choisi librement ;

« L'ouvrier qui naguère encore affluait de toutes parts au cœur de la Belgique pour fêter le XXVe anniversaire de l'inauguration de son Boi !

« L'ouvrier qui a fécondé de son sang notre régime actuel de liberté!

« Les fds de ceux qui reposent h la place des Martyrs!... failliraient à l'amour de la patrie !

« Non, Sire.

« Il n'existe en Belgique qu'un seul sentiment, et celui-là est profond, inaltérable : c'est celui du respect à nos institutions nationales; c'est celui de la reconnaissance publique pour l'auguste famille qui a lié ses destinées à celles de notre beau pays, pour le chef de la nation dont le souvenir ne périra jamais parmi nous. »

Les ouvriers typographes protestèrent également qu'au jour du danger on les verrait au premier rang de ceux qui courraient à la défense du trône et de ces précieuses institutions que le Roi maintient avec tant de sagesse et de gloire.

Le soir, un banquet, où s'assirent trois cents convives, eut lieu dans la belle salle du Casino. Le toast au Roi fut porté en ces termes par M. le bourgmestre de Liège :

« \u Boi !

« Au Boi! que l'Europe vénère.

« Au Boi ! à qui nous devons d'être si haut placés dans l'estime des nations.

« Au Roi ! qui par sa prudence consommée, et qui jamais ne s'est démentie, nous a donné vingt-neuf années de paix et de prospérité.

« Au Roi ! qui, avec une abnégation absolue, et dont le souvenir ne périra pas, a si parfaitement pratiqué le régime constitutionnel.

« Au Roi ! dont l'exemple, gravé dans le cœur de ses fils, est le gage assuré que notre bonbeur sera le bonheur de nos enfants »

Le Roi répondit en ces termes, d'une voix émue :

« Permettez-moi, messieurs, de vous remercier, en mon nom et au « nom demes enfants, de l'accueil que j'ai reçu aujourd'hui au milieu de « vous.

« Après un long règne, quand le charme de la nouveauté s'est effacé, il est « bien doux de recevoir l'expression de sentiments aussi chaleureux, de sen- « timents aussi affectueux. De tous temps, les Liégeois se sont distingués par « leur amour pour la patrie et pour la liberté, par leur courage, leur intelli- « gence et leur aptitude au travail.

« Ce sont là les éléments précieux sur lesquels reposent la grandeur et la « sécurité des États.

« Vous appartenez à un pays qui renferme tout ce qui peut rendre un peui pie heureux. Vous lui avez voué votre affection; conservez-la-lui. Il la mérite.

« Permettez-moi, Messieurs , de boire à la ville de Liège et à cette belle et « noble province. »

Cet éloge si vrai du patriotisme, de l'intelligence et du courage des Liégeois émut profondément l'assistance. De nouvelles acclamations remercièrent le représentant vénéré de l'indépendance de la Belgique.

Parmi les principaux épisodes du séjour du Roi à Liège, il faut distinguer l'inauguration du nouveau pont sur la Meuse , qui a remplacé le vieux pont des Arches , si célèbre dans les anciennes luttes des Liégeois contre le despotisme des princes évêques. Cette œuvre importante est due à M. l'ingénieur flouhoulte du corps des ponts et chaussées. L'inauguration, qui eut lieu le 29 octobre, se fil par le Roi, en présence des ministres de l'intérieur, des finances et des travaux publics, de toutes les autorités de la ville de Liège et d'une foule innombrable.

Le bourgmestre prononça, à cette occasion, un discours qui contient des renseignements intéressants sur les travaux exécutés dans la Meuse depuis quelques années.

« Sire, dit-il, nous avons à exprimer, au nom de la cité de Liège, toute la satisfaction qu'elle éprouve en voyant s'achever les travaux de la Meuse.

« Il y a peu d'années encore, ce fleuve présentait sur le territoire de la commune un aspect presque sauvage.

« Grossi par les pluies d'hiver, il nous menaçait périodiquement de ses flots déhordés.

« Entravé d'îlots, sillonné de courants rapides, dépourvu de chemins de halage, il était en tout temps d'une navigation pénible et coûteuse.

o La nécessité de porter remède à cet état de choses fut comprise par le gouvernement.

« La Meuse a aujourd'hui un cours à peu près régulier. Le danger des inondations a considérablement diminué et il diminuera encore par l'établissement de quais sur la rive droite.

« Des abris sûrs, des ports spacieux, un tirant d'eau convenable, rendent la navigation facile, même pour les bateaux d'un fort tonnage.

« La somme de ces avantages sera encore prochainement augmentée par la construction de nouveaux ports le long de la rive gauche.

« L'ancien pont des Arches était d'un périlleux accès ; c'était un écueil pour le batelage. Il est remplacé par un pont à la fois élégant, solide et commode.

« Dans la direction et la surveillance de cet ouvrage d'art, l'administration des ponts et chaussées a fait preuve d'intelligence et de talent; elle a été heureusement secondée par l'entrepreneur qui a déployé la plus grande activité.

« Bientôt l'on verra s'ouvrir dans le prolongement du nouveau pont une large rue qui, en assainissant tout un quartier populeux, ira aboutir au centre même de la cité.

« Liège, par sa position au confluent de la Meuse et de l'Ourthe, par la richesse du sol qui l'entoure, par le génie industriel et commercial de ses habitants, est appelée à s'élever au premier rang.

« L'achèvement complet de ces importants travaux d'utilité publique et l'établissement d'une station centrale hâteront la réalisation des grandes destinées de notre ville.

« Sire, nous avons confiance dans l'avenir, nous avons confiance dans votre gouvernement qui nous continuera son bienveillant concours.

;< Nous avons surtout confiance dans Votre Majesté, qui veille avec tant de sagesse sur notre chère et libre patrie.

« Reconnaissance aux ministres qui ont fait décréter ces belles améliorations.

« Remerciments aux hommes distingués qui les ont conçues et exécutées.

« Honneur au souverain qui les approuve en daignant les inaugurer. »

LE ROI A VERVIERS ET A LIEGE. M"î

Le Roi traversa le premier le pont magnifique, qui doit être dune si grande utilité; puis, à travers les flots pressés de la population presque doublée par les étrangers accourus de tous côtés, même d'Allemagne et de France, il se dirigea vers l'exposition de fleurs, installée par la société d'Horticulture de Liège dans le local de la société d'Émulation, en face de l'Université. Les huit cents étudiants de cette vaste institution étaient groupés, sur la place même, autour du drapeau universitaire. Lorsque le Roi parut, ce furent des acclamations sans fin. « Le Roi, profondément touché, dit un témoin oculaire, et laissant ouvertement paraître les sentiments qui l'agitaient, s'est avancé vers les étudiants, et les a passés en revue, en adressant à un grand nombre d'entre eux des paroles pleines d'effusion et de charme. Aux côtés de Sa Majesté, la duchesse de Brabant et le comte de Flandre joignaient les marques de leur gratitude à celles que le Roi daignait prodiguer. Arrivé près du groupe central, le Roi s'est longtemps arrêté, et pendant que le drapeau s'inclinait devant lui, il a témoigné à tous ces nobles jeunes gens l'affection profonde qu'il leur porte. Puis il a lentement continué sa route.. .. »

Une ovation également chaleureuse attendait le Roi dans la grande caserne des Ecoliers, où le 3e régiment d'artillerie avait érigé un magnifique trophée figurant la Royauté appuyée sur l'Ordre public.

Devons-nous rappeler toutes les fêtes , toutes les démonstrations, tous les incidents patriotiques qui signalèrent les deux jours que le Roi passa à Liège? Ce serait une tâche interminable. Bornons-nous à dire que celte noble et industrieuse cité, toujours fermement attachée à la liberté , eût surpassé par son chaleureux enthousiasme les autres villes belges, si l'ardent dévouement au Roi et à l'indépendance sacrée de la patrie n'était pas un sentiment général. Toute la Belgique ne forme qu'une famille; elle n'a qu'un désir, qu'un vœu : maintenir l'indépendance nationale sous Léopold Ier et sa dynastie.

Telle est la signification sérieuse, incontestable, des solennités dont les plus importantes provinces ont été le théâtre depuis le mois

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de juillet. Ces manifestations spontanées et générales furent la réponse des Belges à des imputations ineptes. Le pays aurait pu les mépriser; mais la susceptibilité ne messied pas aux peuples libres, lorsqu'on médit de ce qu'ils ont de plus cher, lorsqu'on s'efforce de propager des doutes blessants pour leur honneur et leur patriotisme.

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