‹ La Belgique et l'Exposition de 1878Chapitre 24 sur 107 · LÉOPOLD II · texte numérisé non relu

LÉOPOLD II

Le dimanche, 17 décembre 1865, Léopold II fit son entrée solennelle à Bruxelles. C'était, depuis Charles-Quint, le premier souverain qui fût né dans le pays.

Après avoir été salué par les acclamations du peuple sur toute la route que son père avait parcourue le* 21 juillet 1831, il arriva au palais de la Nation, où étaient réunis les membres des deux Chambres, présidés par le prince de Ligne. Dans

na

UE l’histoire des belges.

la tribune particulière, où sé trouvaient la reine et ses enfants, on remarquait une foule de princes étrangers, tels que le roi de Portugal, le prince de Galles, le prince royal de Prusse, l’archiduc Joseph d’Autriche; dans l’assistance étaient les représentants et envoyés extraordinaires des puissances, ainsi que les membres de tous les grands corps de l’État. Là, debout près du trône, qui lui était préparé, Léopold II, d’une voix fortement accentuée, prononça le serment constitutionnel. Puis, s’étant assis, il adressa aux Chambres un discours, dans lequel il affirma la ferme résolution de suivre les préceptes et les exemples que la sagesse de son père lui avait légués.

« Ma mission constitutionnelle, dit-il, me range en dehors des luttes d’opinions, laissant au pays lui-même à décider entre elles. Je désire vivement que leurs dissidences soient toujours tempérées par cet esprit de fraternité nationale qui réunit, en ce moment, autour du même drapeau, tous les enfants de la famille belge !

« Pendant les trente-cinq dernières années, la Belgique a vu s’accomplir des choses qui, dans un pays de l’étendue du nôtre, ont été rarement réalisées par une seule génération. Mais l’édifice dont le congrès a jeté les fondements, peut s’élever et s’élèvera encore. Mon sympathique concours est assuré à tous ceux qui dévoueront à cette œuvre leur intelligence et leur travail.

« C’est en persistant dans cette voie d’activité

et de sage progrès que la Belgique affermira de plus en plus ses institutions au dedans, et qu’au dehors elle conservera cette estime, dont les puissances garantes de son indépendance et les autres États étrangers n’ont cessé de lui donner et lui renouvellent, aujourd’hui encore, le bienveillant témoignage.

« En montant sur le trône, mon père disait aux Belges : mon cœur ne connaît d’autre ambition que celle de vous voir heureux.

« Ces paroles que son règne entier a justifiées, je ne crains pas de les répéter en mon nom.

« Dieu a daigné exaucer le vœu qu’elles exprimaient. Puisse-t-il l’entendre encore aujourd’hui, me rendre le digne successeur de mon père, et, je le lui demande du fond de mon âme, continuer à protéger notre chère Belgique ! »

Depuis que ce discours a été prononcé, douze années se sont écoulées. Pendant tout ce temps, les Belges ont joui, sans interruption, des bienfaits de leur constitution libérale; leur richesse publique s’est accrue; l’industrie et les arts ont fait chez eux des progrès considérables, que témoigne aujourd’hui la part glorieuse qu’ils prennent à l’exposition internationale de Paris. Leur indépendance n’a été menacée par aucun ennemi du dehors ; sauf un léger différend qui, vers la fin de 1868, s’est élevé avec la France au sujet de la convention relative aux chemins de fer des deux pays, différend d’ailleurs presque aussitôt arrêté par des conces-

DK L’HISTOIRE DES BELGES

sions réciproques, ils 11’ont vu aucun nuage assombrir leur horizon politique. Leurs relations avec tous les États étrangers ne sont pas moins amicales que sous le règne précédent. Lors du malheur 1 qui frappa la famille royale 2 en 1869, le

1 Le prince royal Léopold-Ferdinand-Elie-Victor-Albert- Marie, duc de Brabant, comte de Hainaut, duc de Saxe, né à Laeken, le 12 juin 1859, mourut cà la suite d’une longue maladie, le 22 janvier 1869.

- Famille royale. — Roi : Léopold II, Louis-Philippe- Marie-Victor, né à Bruxelles, le 9 avril 1835, de Léopold I'1' et de Louise d’Orléans, fille du roi Louis-Philippe. — Reine : Marie-Henriette-Anna, archiduchesse d’Autriche, née le 23 août 1836, fille de l’archiduc Joseph-Antoine-Jean, palatin de Hongrie. De cette union, célébrée le 22 août 1853, sont nées trois filles : 1“ princesse Louise-Marie-Amélie, née à Bruxelles, le 18 février 1858, mariée, le 4 février 1875, au prince Philippe de Saxe-Gobourg-Gotha ; 2° princesse Stéphanie-Clotilde-Louise-Hermine-Marie-Charlotte, née à Laeken, le 21 mai 1864; 3° princesse Clémentine-Albertine- Marie-Léopoldine, née le 30 juillet 1872.

Frère du roi : prince Philippe-Eugène-Ferdinand-Marie- Clément-Baudouin-Léopold-Georges, comte de Flandre, né à Laeken, le 24 mars 1837 , lieutenant-général, marié, le 1er mai 1867, à la princesse Marie de Hohenzollern-Sigmaringen. De ce mariage sont nés deux fils et deux filles : Baudouin, le 3 juin 1869; Henriette, le 30 novembre 1870 ; Joséphine, le 18 octobre 1872 ; Albert, le 8 avril 1875.

Sœur du roi : princesse Charlotte-Marie-Amélie-Auguste- Victoire-Clémentine-Léopoldine, née à Laeken, le 7 juin 1840, mariée, le 17 juillet 1857, à Ferdinand-Maximilien-Joseph, archiduc d’Autriche, empereur du Mexique, 10 juillet 1863 — 19 juin 1867.

lit) APERÇU GÉNÉRAL DE L’HISTOIRE DES BELGES.

sentiment de douleur qui se manifesta dans les divers pays, montra combien, déjà, le second roi des Belges avait acquis de sympathies personnelles dans toute l’Europe. Chaque année, ces sympathies se sont confirmées encore davantage, et l’on peut dire maintenant, sans crainte d’être démenti par personne, que le souhait patriotique, exprimé par Léopold II dans son discours d’inauguration, s’est réellement accompli.

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