FAÇADE NATIONALE
DE LA BELGIQUE
L’emplacement réservé à la Belgique a soixante mètres de largeur sur la rue des Nations ; la rue de Belgique aboutit à la rue des Nations vers le tiers de cette largeur.
Au débouché de cette rue, l’architecte a marqué l’entrée du compartiment par une grande porte cintrée; dans l’archivolte, et formant claveaux, se trouvent les éefissons des neuf provinces belges ; au-dessus, l’inscription « Belgique » gravée en or dans une plaque de marbre noir.
A droite et à gauche de la porte s’élèvent deux pavillons en avant-corps couronnés par des pignons découpés, accusant la silhouette du toit, qu’ils masquent. L’entablement de ces pavillons est supporté par des cariatides représentant la liberté des
cultes, la liberté de l’enseiguément, la liberté delà presse, et la liberté d’association. Dans la frise, les deux articles, bases fondamentales de la Constitution belge : « les Belges sont égaux devant la loi; tous les pouvoirs émanent de la nation , » gravés dans les deux langues du pays, le français et le flamand.
Au-dessus des cariatides, sont sculptés, sur la face des consoles encadrant les inscriptions ci-dessus, les chiffres 1, 8, 3, 1 qui forment le millésime de 1831, date de la promulgation de la Constitution belge.
Un pavillon au-dessus de la porte d’entrée dor mine ceux dont nous avons parlé ; il est couronné par les armes du pays placées au-dessus d’un motif d’architecture au centre duquel se découvre le chiffre royal .
A droite et à gauche de cet ensemble que nous venons de décrire et qui forme le motif principal de la façade belge, sont construites deux galeries de liaison aboutissant, celle de gauche à un pavillon d’angle qui, par la forme de son toit, rappelle les vieux clochers flamands, celle de droite à la façade d’un salon et de ses dépendances.
Au centre de ces deux galeries, un contre-fort d’appui a été relié au mur du fond par une arcade surbaissée; il est couronné par une statue de bronze qui se découpe sur les ai’doises du toit.
La façade du salon royal forme dans la façade le deuxième motif important. Elle se compose d’un grand pignon, orné au centre d’un cartouche qui
A l’exposition de 1878.
porte le chiffre royal, se détachant en avant-plan sur un faisceau (emblème du peuple), auquel il est enlacé par une branche d’olivier. Au Ie*' étage, le balcon suspendu et couvert est en chêne sculpté. Une entrée de service est ménagée à l’extrémité droite de la façade; elle est marquée par une petite porte à encadrements de pierre sculptée, et surmontée d’un œil de bœuf grillé en couronnement. Dans la porte est pratiqué un guichet ; un marteau en fer forgé y est fixé.
Le toit est construit en divers modèles d’ardoises ; la monotonie en est rompue par une série de petites lucarnes surmontées d’épis en fer forgé.
La construction est combinée de façon à réunir
dans son ensemble tous les bons matériaux de construction du pays. Vingt-deux carrières' différentes, que nous citerons plus loin, ont fourni les pierres et les marbres de toutes espèces. Deux fabricants de briques et une ardoisière y ont exposé leurs produits.
Les fers forgés proviennent de trois maisons différentes ; les vitraux sont fournis par doux autres maisons.
Le même principe a été suivi pour le décor intérieur du salon royal, exposé dans son ensemble par un sculpteur, un tapissier fabricant de meubles, un peintre verrier, un marbrier, un fabricant de tapisserie (M. Bruquenié, maison de Malines).
La première pierre de l’édifice, qui était achevé
à l’extérieur le lor mai , a été posée le 7 janvier 1878,
La façade n’est pas, comme on le disait au mor ment de la construction, la reproduction d’édifices existant en Belgique. La composition en est entièrement originale ; elle a été spécialement imaginée pour servir de façade à l’exposition belge, et être elle-même une exposition de matériaux ; elle est conçue dans le style flamand de la fin du seizième siècle, style propre aux Pays-Bas, et dont il. reste malheureusement aujourd’hui bien peu de spécimens complets.. Elle est, grâce à l’emploi des matériaux réels, d’un aspect excessivement vigoureux de couleur.
C’est un spécimen de polychromie vraie, la seule logique, la seule possible. Et cet aspect est rendu plus coloré encore par l’emploi du vieil or dans les parties dominantes de l’ensemble.
Nous l’avons dit déjà et nous nous plaisons à le répéter, la façade nationale de la Belgique est la plus belle de toutes celles qui ornent la rue des Nations. Ce n’est pas un mince honneur pour le savant et habile architecte qui l’a conçue et exécutée, M. Emile Janlet, de Bruxelles.
Ier GROUPE
B eaux - A. r t s.