PEINTURE A L’HUILE
La Belgique est un des pays de l'Europe où les beaux-arts ont brillé avec le plus d’éclat. Dans la peinture, dans la sculpture, dans l’architecture, dans la gravure, elle a produit des noms qui peuvent être placés à côté des plus célèbres. Dans la peinture en particulier, elle a donné naissance aux œuvres les plus distinguées, et ce serait méconnaître un de ses plus beaux titres de gloire que de ne pas donner ici une place, quelque petite quelle soit, à cette partie importante de son histoire L
Plusieurs passages des romans du cycle karolingien nous autorisent à croire que, dès le premier quart du xme siècle, florissait déjà à- Maëstricht une école de peinture qui jouissait d’une haute réputation; mais, comme il ne reste d’elle aucun ouvrage authentiquement reconnu, sur lequel on puisse asseoir un jugement, nous ne devons faire
1 Les notices historiques, que nous plaçons en tète des classes, feront suffisamment comprendre l 'exposition historique de l’art ancien qui est installée au Trocadéro et que nous recommandons à l’attention du visiteur.
remonter l’histoire de la peinture flamande qu’au commencement du xvc siècle, époque à laquelle les deux frères Hubert et Jean Van Eyck, attirés à la cour des ducs de Bourgogne, s’établirent à Bruges et fondèrent une école qui devint européenne.
Avant les frères Van Eyck, l’école de Cologne dominait dans les pays belges. Pleine de traditions byzantines, elle donnait à la figure humaine une incroyable raideur ; elle affectait, dans ses compositions, une forme symétrique et architectonique ; elle peignait généralement sur des fonds d’or, ou isolait au moins les Agîmes de toute nature extérieure. Après plusieurs essais de son frère aîné, Jean Van Eyck professa hardiment les principes nouveaux, et opéra une transformation complète dans le style, dans la composition, dans le point de vue, dans la conception. Il renonça à l’isolement des figures et à leur disposition symétrique; il quitta la forme typique et traditionnelle pour s’attacher à la simple reproduction de la matière réelle et des physionomies individuelles ; il cessa de peindre sur des fonds d’or, et ouvrit à l’œil du spectateur les profondes perspectives et les horizons immenses. C’est à lui qu’est généralement attribuée, sinon l’invention de la peinture à l’huile, comme on le dit vulgairement, du moins le perfectionnement du procédé , la préparation d’un meilleur amalgame , permettant aux couleurs délayées dans l’huile de sécher plus rapidement que par le passé, lorsqu’il fallait exposer longue-
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ment les panneaux au soleil. Ses tableaux eurent immédiatement le plus grand succès; son nom pénétra rapidement en Italie, et l’on vit Antoncllo de Messine quitter la Sicile pour venir à Bruges, et suivre ses leçons. Nous pouvons encore admirer plusieurs de ses œuvres dans la cathédrale de Saint-Bavon à Gand , au musée de Bruxelles, à l’Académie de Bruges, et dans quelques autres établissements de la Belgique.
A l’école des Yan Eyck se rattachèrent Just ou Josse de Gand, qui vécut en Italie, à Urbino; Ilugo Yan der Goes, qui se retira dans le couvent de Rouge-Cloître et dont il ne reste qu’un seul tableau authentique, qui se trouve à Florence; Gérard Van der Meyre dont le musee d Anvers et la cathédrale de Gand possèdent quelques peintures , Roger Van der Weyden ou Roger de Bruges, le même que Rogier de la Pasture, qui naquit a lourliai, y exécuta, pour une des salles de 1 hôtel communal, quatre grandes compositions aujourd hui détruites, voyagea ensuite en Italie où son talent futtrès-estimé, et vécut plusieurs années à Bruxelles avec la réputation du plus grand peintre de son temps; Hans Memling, on plutôt Memlinc, qui fut élève de Van der Weyden, et dont le chel-d œuvre, la chasse de sainte Ursule , conserve à 1 hôpital de Bruges, peut être regardé comme une des plus admirables reliques de l’art flamand au xve siecle ; Dicrick Bouts ou Stuerbout qui, bien qu’il soit né à Harlem, doit être classé parmi les peintres flamands.
• LA 1SELGJQUE
puisqu’il eut l’office de peintre en titre de la ville de Louvain où il fonda une école, et qu’il se rapprocha tellement du style et de la composition de Memlinc que plusieurs de ses tableaux ont été attribués à celui-ci; enfin, pour ne citer que les plus célèbres, Quentin Massys ou Metsys qui, après avoir exercé le métier de forgeron (on le désigne souvent sous le nom de marèclml-ferrant d’Anvers), devint un grand peintre et un musicien habile, ami de Thomas Morin , d’Erasme, de Pierre Grilles et d’Albert Durer. Ce fut un génie original : au lieu de considérer, selon Jean Van Eyck et ses successeurs, tout tableau comme un poème indivisible devant refléter également la nature et l’homme, il donna à la figure humaine une importance toute nouvelle ; son œuvre capitale, la mise au tombeau du Christ, que possède le musée d’Anvers, caractérise parfaitement son style qui sert de transition entre la première et la seconde période de l’art flamand, entre la manière des Van Eyck et la grande peinture de Rubens.
A partir de Massys, en effet, jusqu’à Rubens, il semble y avoir un temps d’arrêt dans la vie originale de la peinture flamande : elle perd son individualité, son cachet particulier. Les grands artistes belges ne font pas défaut; mais ils adoptent les principes qui surgissent coup sur coup dans les centres des différentes écoles itrliennes; les uns s’attachent à Léonard de Vinci et à Raphaël, les autres se prennent d’un vif enthousiasme soit pour
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Michel-Ange , soit pour le Corrége'. Jean Oossart (1 170-1532), dont le principal tableau est le saint Luc du musée de Prague, fut un des première peintres flamands chez qui sê fit sentir cette influence italienne. Bernard Van Orley (1471-1541) conserva encore quelques qualités flamandes, comme on peut le voir dans les volets du triptyque du musée de Bruxelles, le Christ mort, mais le long séjour qu'il fit à Rouen et l’imitation assidue des œuvres de Raphaël, donnèrent à son art un caractère factice en le privant de vitalité. Michel Van Coxcie (1499-1592), élève de Van Orley, alla comrné lui résider longtemps en Italie, et ses tableaux (le martyre de saint Sébastien, du musée d’Anvers, le couronnement d'épines, du musée de Bruxelles) n’eurent presque plus rien de flamand. Franz Floris, qui naquit une vingtaine d’années après Coxcie, étudia particulièrement Michel-Ange et eut un grand nombre d’élèves ; son tableau de la chute des anges est regardé comme un de ses meilleurs ouvrages. Les derniers peintres de cette pléiade troublée furent Othon VanVeen (1557-1629), dont le musée du Louvre, à Paris, offre un tableau représentant la réunion de sa famille, et Adam Van Noort (1557-1611), dont l’église Saint-Jacques d’Anvers possède l’œuvre principale, la pèche miraculeuse. Othon Van Veen et Adam Van Noort eurent tous d’eux l’honneur d'être les maîtres de Rubens.
Pierre-Paul Rubens, né à Anvers le 29 juin 1577, fut un des génies les plus puissants et les plus
féconds. Il se fit remarquer par la verve, l’énergie du dessin, la force de l’imagination poétique, l’éclat du coloris. « A la fécondité, dit M. Alf. Michiels, il joignait la variété. Dans quel genre n’a-t-il pas fait irruption avec son bonheur et son audace habituels ? Il étendit ses conquêtes sur le domaine entier de l’art. » On évalue à 1,300 le nombre de ses tableaux : quelques-uns ont cent pieds de surface et même davantage, lous les genres y sont traités, depuis les scènes religieuses jusqu’aux scènes champêtres et aux épisodes bouffons. On cite surtout : la descente de croix de la cathédrale d’Anvers ; les quatre évangélistes, aux Jacobins de la même ville ; le crucifiement de saint Pierre, à Cologne ; une Assomption ; le Christ mort sur les genoux de la Vierge ; le Christ foudroyant l'hérésie , etc.
Il eut un grand nombre d’élèves. « S’il ne put léguer à aucun d’eux, dit M. Stasselt, son génie et son imagination, tous cependant obtinrent une partie de son héritage, une partie de sa couleur et de son faire. Dans la peinture historique, il eut pour disciples ou pour imitateurs, Jordaens, Van Dyck, Van Thulden, Gaspard de Crayer, Abraham Diepenbeek, Corneille Schut et Erasme Quellyn. Comme peintre d’animaux et de chasses, il fut continué par F. Sneyders, par Paul et Simon de Vos, par Jean Fyt, et par les deux Heeninx dans leurs grands tableaux. Sa manière de traiter le portrait fut développée avec moins d’énergie
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peut-être, mais avec plus d’élégance à coup sur, par Yan Dyck, auquel se rattachèrent plus tard Corneille de Yos et d’autres, même Kneller et Lely. Par un autre de ses élèves, David Teniers, une route nouvelle fut ouverte aux peintres flamands dans le genre, celle des bambochades. Certains tableaux de Rubens, surtout ceux qui sont connus sous le nom de Jardins d'amours , exercèrent une grande influence sur les artistes qui traitèrent dans la suite le genre noble, tels que Ferburg, Netsclier, Gonzales Coques, Eglon, Yan der Veer, Pierre de Iloogh , Gabriel Metzu , Gérard Dow, Mieris et Rokes. Dans le paysage, il parvint, par son disciple Wildens, à élever Jacques Van Artois et Huysmans à la conception grandiose de la nature. Enfin, un autre de ses élèves, Lucas Van Uden, fut, dans la représentation fidèle et simple des paysages de nos provinces, le précurseur d’Everdingen, de Jacques Ruysdael, d’JIobbema et de Waterloo. De cette manière le maître agit sur toutes les branches de l’art dans les pays belges. » Mais la mort de Rubens (1640) fut suivie du déclin rapide de la glorieuse école dont il avait été le chef pendant plus d’un quart de siècle. Dès la fin du xvne siècle, il n’en resta plus rien. Les événements politiques, en étouffant le sentiment de l’indépendance et l’esprit national, privèrent alors les artistes de l’émulation qui incite aux grandes choses, et la plupart , comme Van der Meulen, Philippe de
U BELGIQUE
Champagne, Nicolas Y lenghels, Gérard de Lairesse émigrèrent en France ou en Hollande.
Pendant tout le cours du xvm° siècle et le commencement du xixc, les bonnes traditions de la couleur se perdirent en Belgique. D’abord l’école de Wateau et de Boucher déteignit sur l’art flamand, sans l’animer de l'esprit qui la vivifiait ; puis, vint le système de David, qui y régna jusqu’en -1825. Quoique, durant ce long espace de temps, plus de trois cents noms figurent au dictionnaire des peintres belges, nous n’en remarquons qu’un très-petit nombre qui brillèrent d’une certaine lueur ; ce sont : Van Opstal (1054-1717), Verbruggen (1664-1730), B. Yan den Boschc (1681-1715), Horemans (1705-1759), Geeraerts (1707-1791), B. Beschcy (1708-1776), André-Corneille Lens (1708- 1776), Yan der Voort (1714-1777), Herreyns (1743- 1827), Joseph-Bernard Suvée (1743-1807), Gérard Van Spaendonck (1746-1822), Ommeganck (1755- 1826), P.-J.-C. François (1759-1851), Pierre-Joseph lledaclé (1759-1840), Mathieu Van Brée (1773-1839), J. Paelinck (1781-1839), J. -F. Navez (1787-1869), Odevaere (1775-1830), et Eugène Verboeckhoven, né en 1798.
Jusqu’à la veille de 1830, les artistes belges furent divisés en trois camps. Un premier groupe, qui suivait l’école de David, faisait abstraction de toute nationalité dans l’art, croyait le régénérer en le ramenant à la reproduction des types antiques, et se berçait de l’espoir, toujours déçu, qu’il était
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possible de faire du grec en France et même en Flandre. 'Un autre groupe, sans reculer jusqu’aux Grecs, n’osait pas davantage être belge, et suivait les traditions italiennes de la Renaissance. Enfin, venaient Herreyns, ümmeganck et leurs élèves, seuls fidèles aux tendances et aux procédés de l’ancienne école flamande. En 1830, ce fut cette école nationale qui l’emporta décidément sur les deux autres, comme le fait très-bien remarquer M. Jean Rousseau dans son remarquable rapport sur les expositions des beaux-arts, et la même année qui vit se fonder l’indépendance de la Belgique, put saluer aussi la renaissance d’un art vraiment belge.
Égide-Charles-Gustave Wappers se mit à la tête de ce mouvement artistique. Ses tableaux, le dévouement du bourgmestre Wander Werf et une scène des journées de septembre , excitèrent une émotion, un enthousiasme général. L’impulsion donnée par lui fut suivie par tous les talents jeunes : Leys entra en scène, en 1833, avec un massacra d'Anvers par les Espagnols ; de Keyser, à son tour, apporta un puissant renfort au parti nouveau avec ses toiles populaires de la bataille des Éperons d'or et du duc Jean ci Woeringen; puis, vinrent Wiertz, de Caisne avec les Belges illustres, Mathieu avec la mort de Marie de Bourgogne ; un peu plus tard, Louis Gallait avec son immense succès de l’abdication de Charles- Quint et Édouard de Biefve avec sa grande œuvre, le compromis des nobles à
Bruxelles, qui parut et fut très-remarquée à l’exposition universelle de Paris, en 1855.
Ces maîtres et ces artistes distingués ne sont pas les seuls que la Belgique ait produits depuis 1830. Si nous voulions énumérer, genre par genre, l’effectif de ses bons peintres, la liste en serait longue.
Dans la peinture d’histoire nous nommerions, avecNavez, scs principaux élèves: Ritaels, qui alla .jusqu’en Orient étudier les types de ses personnages bibliques ; Stallaert, Joseph Gérard, Van Severdonck et Van Eycken, l’auteur des peintures murales de l’église de la Chapelle. Nous citerions, au milieu de l’école anversoise, de Keyser, célèbre par ses grandes peintures décoratives du vestibule du musée d’Anvers ; Slingeneyer, auteur du vengeur et du chrétien livré aux hôtes ; Van Lerius, auteur de Paul et Virginie, de Cendrillon , etc. ; Ed. Dujardin , Markelbach , Jules Pecher , Van den Bussche. Il faudrait rappeler les saisons et Roma d’Eugène Smits ; la mort de Charles-Quint et les scènes populaires de de Groux ; la grande toile de Modeste Carlier, qui décore aujourd’hui l’hôtel de ville do Mons, Baudouin distribuant des armes aux Montois; la Messaline d’Henncbicq; les œuvres de C. Meunier et d’Hermans ; les fresques de l’université de Gand, de Cluysenaar ; la folie d'Hugo Van der Goes, de Wauters ; les savantes peintures murales de l’église Saint-Sauveur à Gand, de Canneel ; les toiles de Verheyden, Verdyen, Agneessens, Van
der Hecht, Van der Stappen, Wulfaert, Vandekerkliove, Van Hammée, Mellery, Émile Hamoir, Hippolyte de la Charlerie, à Bruxelles ; celles de Soubre, Chauvin et Carpey, à Liège ; de Legendre et Van Hollebeke, à Bruges.
Pour le portrait, nous nommerions, avec quelques-uns des précédents qui, comme Gallait, de Iveyser et Wappers, ont obtenu dans cette partie des succès aussi grands que dans leurs toiles historiques, Mme O’ Connell , Robert, auteur du portrait du duc de Morny, de Winne, Smits, Lambrichs , C. Van Camp , Fontaine , Henri Gosselin , Bourson, etc.
la peinture de genre ne fournissait pas un moindre contingent d’artistes, et nous remarquerions avec de Braekeleer, de Block, Dyckmans, David de Noter, Verheyden, qui ont tâché de continuer les anciens maîtres des Pays-Bas, les études originales de Madou sur le bourgeois duxvme siècle, les travaux semblables de Dansaert, de Glibert, de Carolus, de Serrure , les types Louis XIII de Willems , les femmes élégantes d’Alfred Stevens , les scènes zélandaises de Dillens, les saynètes parisiennes de de Jonghe , les types bourgeois des frères Oyens, les paysanneries d’Impens et des frères Linnig, les matelots et les pêcheurs de Bouru et de Cogen, les scènes d’enfants des frères Verhas.
Les paysagistes, enfin, divisés en deux grandes écoles, offriraient d’un côté, Jacob Jacobs avec ses
sites pittoresques ou dramatiques d’Orient ou de Norwége; de Knyff, de Schampheleer, Fourmois, Kindermans, Lamorinière, Lauters, Papeleu, Quinaux, Roelofs, Roffiaen, avec leurs paysages tantôt tristes, tantôt élégants; Bossuet, VanMoeret Stroobant, célèbres par leurs vues de villes ; Clays, dont les magnifiques marines n’ont pu être égalées par Le Hon et Francia, malgré leur mérite incontestable ; Robée et ses fleurs ; Robbe et de Haas, connus par leurs vaches ; Verboeckboven, par ses moutons ; Tschaggeny, Van Kuyck et Vander Vin, par leurs chevaux ; — de l’autre côté, Th. Baron, L. Dubois, Boulenger, Asselbergs, Coosemans, Huberti, Tscharner, Crépin, Vander Hecht, Verheyden, Gabriel, de Beeckman, J. Goethals, Racymaekers, L. Becker et Mllcs Collart, Beernaert, Heger, Becker, etc., tous connus, les uns par leurs grands paysages décoratifs et leurs larges peintures, les autres par leurs sites poétiques ou leurs petites toiles habilement touchées ; Artan, Bouvier et Heymans avec leurs marines ; Robert Mois avec ses vues de villes ; Alfred Verwéo avec ses animaux tout à fait remarquables.
Ce rapide résumé, dans lequel nous passons forcément sous silence une foule d’autres noms qui mériteraient aussi d’être cités, suffirait du moins pour attester la puissance de la Belgique en pein- Lurc. Ses artistes ont conquis les plus belles palmes dans les dernières expositions universelles, et nous ne doutons pas que les œuvres aussi pré-
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cieuses que nombreuses qu’ils ont envoyées à l’exposition actuelle, ne leur procurent encore, avec l’admiration du public, les récompenses auxquelles ils doivent aspirer.
Nous n’éprouverons ici qu’un regret : c’est que le nombre môme des toiles exposées nous empêche de nous arrêter, comme nous le voudrions, à chacune d’elles.
Les peintres belges qui figurent dans la première classe des beaux-arts, sont, en effet, au nombre de cent quarante-six, et leur exposition ne compte pas moins de trois cent vingt-sept toiles. Les lecteurs trouveraient certainement fastidieux une énumération complète, qui ne pourrait être que la répétition du catalogue officiel : nous devons donc nous contenter de signaler les noms et les œuvres que nous croyons les plus remarquables.
Dans l’histoire et le genre nous citerons en première ligne :
M. de Braekeleer (Henri) *, qui a exposé quatre tableaux : le géographe { n° 71), que possède le musée de l’Etat ; la salle hydraulique d'Anvers (n° 72) ; la vue de la ville d'Anvers (n° 75) et la fêle de la grand' m'ere (n° 74). Les deux premiers sont de véritables chefs-d’œuvre.
i Médailles, Bruxelles 1872, Vienne 1873.
M. de Groux, Charles ’, auteur du départ du conscrit (n° 79) ; de la lecture publique de la Charte de Louis de Nevers (n° 80) et du siège d'Ypres par les Anglais (n° 81). Ces dernières esquisses exécutées pour les peintures murales d’Ypres, appartiennent aujourd’hui à M. Lôwenstein, à Bruxelles.
M. de Winne, Liévin 2, auteur de cinq portraits portant les numéros 106, 107, 108, 109, et 110. Nous appelons surtout l’attention sur le portrait de M. S. (n° 108).
M. Madou, Jean-Baptiste 3, décédé tout récemment. Les six toiles que nous voyons sont intitulées : soutien mutuel (n° 154); peinture démodée (n° 155) ; sortie d'une séance électorale (n° 156) ; V aristocrate (n° 157) ; une expulsion (n° 158) ; le ménétrier au corps de garde (n° 159). Les deux premières sont dignes de tout éloge.
M. Stevens, Alfred ', dont les nombreux tableaux sont très-recherchés des amateurs. Rien de plus réussi que Y été (n° 212), l'automne (n° 213) et les
1 M. de Groux est mort en 1870. Il avait obtenu le 2e prix de Rome, une médaille d’or à Bruxelles, une médaille à Vienne, et était chevalier de l’ordre de Léopold.
2 M. deWinne est officier de l’ordre de Léopold et chevalier de la Légion d’honneur.
3 M'. Madou, mort le 3 avril 1877, était commandeur de l’ordre de Léopold; commandeur de l’ordre de François- Joseph; chevalier de la Légion d'honneur; chevalier du Lion néerlandais.
A M. Stevens, Alfred, après avoir obtenu une médaille de 2e classe à l’exposition universelle de 1855 et une médaille de l"1 classe à l’exposition de 1807, a été nommé officier de
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visiteuses (n° 219). Les autres œuvres exposées par cet éminent artistes sont : un sphinx parisien (n° 214) ; portrait de M. Emmanuel Crabbe (n° 215); le masque japonais (n° 216) ; portrait de Miss X. (n° 217) ; une horrible certitude (n° 218) ; désespérée (n° 220) ; le modèle (n° 221) ; un chant passionné (n° 222); les mondaines (n° 223); retour au nid (n° 224) ; le besoin de rêver (n° 225) ; un bébé (n° 226-1 .
M. Émile Wauters, 1 qui nous présente toute une collection de chefs-d’œuvre : d’abord la grande scène historique de Marie de Bourgogne implorant des èchevins de Gand la grâce de ses conseillers Ilugonet et Ilumbercourt 2 (n° 308), appartenant au musée de Liège, et Marie de Bourgogne jurant de respecter les privilèges communaux de Bruxelles (n° 309), décoration du grand escalier de l'hètel de ville de Bruxelles ; puis, la folie de Hugues van der Goes ( n° 307 ), que nous avons déjà citée dans la notice qui précède et qui appartient au musée de l’État ; le portrait de M. C. Somzèe ( n° 306) ; un gentilhomme du xvie siècle (n°
la Légion d’honneur en 1867, commandeur de l’ordre de Léopold et officier de l’ordre du mérite de Bavière en 18G8, commandeur de l’ordre de François-Joseph en 1873.
1 M. Wauters a obtenu des médailles à Paris en 1875 et 1876. Il est chevalier des ordres de Léopold, de François- Joseph et de la Couronne royale de Presse. Il est membre honoraire des Académies de Vienne et de Berlin.
2 Voir le sujet de ce tableau dans notre aperçu général de l’iiistoire des Belges, p. 7 1 .
310) ; un gentilhomme du xvn® siècle ( n° 311) ; la vieille d'Anticoli (n° 312) ; le mendiant de Ilome (n° 313).
M. Willems, Florent,1 dont le baise-main (n°
317) et la pavane (n° 322), qui sont d’un mérite exceptionnel, ne doivent pas nous faire négliger les autres travaux : la visite (n° 316) ; la toilette (n°
318) ; V offre de la bague (il0 319); la présentation du futur [n.a 320); aux armes de Flandres (n° 321 ) ; innocence (n° 323); la berceuse (n° 324) ; frivolité (n°325).
Nous devons encore nommer comme des plus remarquables M. Alfred Cluysenaar 2 avec celle
1 M. Willems, membre de l’Académie royale des beauxarts de Belgique, a obtenu des médailles de l10 classe à Paris en 1855 et 1867. Il est commandeur de l’ordre de Léopold, commandeur de l’ordre de François-Joseph et officier de la Légion d’honneur,
2 M. Cluysenaar a obtenu des médailles à Bruxelles, à Vienne, à Gand ; il est chevalier de l’ordre de Léopold. Voici le sujet du tableau que nous citons : « En cherchant à assurer la suprématie au pouvoir de l’Eglise, le pape Grégoire VII rencontra un redoutable adversaire dans la personne de Henri IV, empereur d’Allemagne, qui le fit déposer par la diète de Worms, en 1076. Henri IV ayant été, à la suite de cet acte, excommunié par le pape, déchu de l’empire et abandonné de ses sujets, fut obligé de venir à Ganossa, faire amende honorai de. Après avoir at tendu trois jours, pieds nus, dans la neige, il est, le 26 janvier 1077, introduit en costume de pénitent dans la chapelle du château, et, en présence de la comtesse Mathilde de Toscane, de l’évèque de Verceil, de l’abbé de Cluny et d’autres dignitaires de l’Église, il se jette aux pieds du pontife, qui
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de scs œuvres qui nous parait la meilleure, Canossa, Van 1077 (n° 50) ; — M. Charles Hermans 1 avec Y Aube (ri0 129); — M. Alfred Hubert; — ■M. J. Portaels ; — M. Louis Robbe; — M. Eugène Smits ; — M. Jean-Baptiste Van Moer ; — M. Joseph Stevens avec le chien à la glace (n° 229); — et M. Charles Verlat avec le buffle terrassant un lion (n° 287).
Dans le paysage les exposants belges les plus illustres sont : M. Boulengcr, Hippolyte, 2 dont nous voyons cinq tableaux : la messe de Saint- Hubert ; (n° 21) ; Une vue de Dinant (n° 22) ; l'orage (n° 23) ; sous bois de Charmilles (n° 24) ;
no consent à lever l'anathème et à le relever de la déchéance que sous les plus dures conditions. »
1 M. Hermans est chevalier de l’ordre de Léopold. — M. Portaels a obtenu une médaille à l’exposition de Paris en 1855: il est officier de l’ordre de Léopold. — M. Robbe a obtenu une médaille à Paris en 1855 : il est officier de l’ordre de Léopold, chevalier de la Légion d’honneur et de Charles III d’Espagne. — M. Smits a eu des médailles à llruxelles et à Vienne ; il est chevalier des ordres de Léopold et de François-Joseph. — M. Van Moer a eu des médailles à Paris, à Metz, à Bruxelles, à Lyon eL à Vienne; il est officier de l’ordre de Léopold.— M. J. Stevens a eu des médailles:! Paris, en 183*2, 1855 et 1861, àVienne en 1873, à Londres cil 1X73: il est officier de l’ordre de Léopold et chevalier delà Légion d’honneur. — M. Verlat, professeur de peinture à l’Académie royale d’Anvers, a eu une médaille à Paris, en 1855 ; il est officier de l’ordre de Léopold, officier du Faucon blanc et chevalier de la Légion d’honneur.
2 M. Boulenger est décédé le 4 juillet 1874.
hiver (n° 25). La vue de Binant est tout à fait
remarquable.
Mme Marie Collart S qui a exposé cinq toiles : les vaches du moulin (n° 53) ; un verger en Flandre (n° 54) ; le verger, effet de soir (n° 55) ; le vieux chemin de Beersel en hiver (n° 50 J ; la source (n° 57). Ces deux derniers tableaux surtout méritent une admiration sans réserve.
M. François Lamorinière 1 2 dont les vues prises dans la Flandre orientale, dans File Walcheren et aux environs de Sehilde sont très-remarquées , surtout les premiers jours d'automne (n° 147) et le Prinse Vyver (n° 148).
Nous devons citer dans le même genre de peinture :
M. Joseph-Théodore Coosemans 3 avec le soleil couchant, Campine limbourgeoise (n« 61); — de Knyff avec le bois de Stolen (n° 85) , qui appartient
1 M"" Collart a obtenu une médaille d’or à Paris en 1870 et une médaille à Vienne en 1873.
2 M. Lamorinière a obtenu une médaille d’or à Bruxelles, en 1837 ; il a été nommé officier de l’ordre de Léopold en 1809, et commandeur de l’ordre de François-Joseph en
.3 M. Coosemans a eu des médailles à Vienne en 1873, à Londres en 1874, à Bruxelles en 1875 ; il est chevalier de l’ordre de Léopold.— M. de Kniffa eu des médailles à Paris, en 1837, 1859 et 1861 : il est chevalier de l’ordre de Léopold et chevalier de la Légion d’honneur. — M. Verwé a eu des médailles à Bruxelles, à Paris et à Vienne, il est chevalier de l’ordre 0e Léopold.
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au musée de l’État ; — MM. Alphonse Asselbergs, Henri Valider Hecht et • Alfred-Jacques Verwée.
L’exposition belge nous montre aussi d’excellents peintres de marine :
M. Clays ', renommé depuis longtemps déjeà, a envoyé sept toiles : la rade de Dordrecht (n° 39,) qui appartient à la ville d’Anvers ; la sortie du bassin à Anvers (n° 40) ; la Tamise , environs de Londres [\\° 41); l'Escaut 'par un temps calme (n° 42) est une des plus belles œuvres du salon ; la rade d'Anvers (n° 43) ; un calme dans le Haring- Vliet, Hollande (n° 44) ; un calme dans le Zuyderzee, Onde Schild (n° 45).
M. Robert Mois avec une vue de Rouen (n° 108;, qui appartient à S. M. le roi des Belges;— M. Louis-Victor-Antoine Artan et M. Bouvier attirent, à juste titre, l’attention du public.
Enfin, dans la peinture des fleurs, nous remarquons particulièrement M. Jean Robie 2 , dont les fleurs, fruits et accessoires (nos 191, 192, 193 et 194) sont d’un naturel parfait.
1 M. Clays est chevalier de la Légion d’honneur, ofücier do l’ordre de Léopold et commandeur de l’ordre de Charles III.
i M. Robie a eu des médailles à Bruxelles, à Paris, à La Haye; il est oflicier de l’ordre de Léopold.