INSTRUMENTS DE MUSIQUE
La musique rentre dans le (cercle des beauxarts ; en raison de sa popularité, dit M. Meulemans, elle devrait marcher en première ligne, puisque son origine remonte au berceau même de l’humanité, et quelle a devancé l’architecture, la sculpture, la peinture.
Si nous avions à faire ici l'histoire de la musique en Belgique, nous verrions que depuis le ixe
siècle de notre ère, époque où dorissait llucbalde, le célèbre compositeur, professeur et musicographe de l’abbaye de Saint- Arnaud, dans le diocèse de Tournai, on peut suivre, époque par époque, presque génération par génération, les anneaux de cette chaîne harmonieuse, correspondant aux noms de Henri III, duc de Brabant, Adenez, Tinctoris, Willaert, Gombert, Orland de Lassus, Gossec, Grétry.
La Belgique actuelle est digne de son passé. Il était naturel que le plus populaire et le plus instinctif des beaux-arts ait sa place marquée dans un pays où tous les pouvoirs émanent de la souveraineté du peuple. Immédiatement après la févolution de 1830, l’école de musique de Bruxelles se transforma et devint le Conservatoire royal à la direction duquel fut appelé Fétis, l’un des plus célèbres musiciens belges des temps modernes. Après la mort de Fétis, Gevaert lui succéda et fit de cette institution musicale une des plus considérables de l’Europe. A côté du Conservatoire de Bruxelles se développèrent également ceux de Liège et de Gand, lès écoles de musique d’Anvers et de Bruges, les académies deMons, de Louvain, de Tournai et de Malines, les écoles de Saint-Josseten-Noode, de Schaerbeek, d’Arlon, d’Audenarde, de Fûmes, d’Ostcnde, de Tirlemont, de Verviers, d’Ath, etc.
Dès l’année 1841, le gouvernement institua de grands concours biennaux de compositions musi-
cales. Les lauréats jouissent durant quatre années d’une pension annuelle de 3,500 francs et doivent visiter pendant trois ans l’Allemagne, la' France et l’Italie.
A côté de ces grands concours de composition furent bientôt inaugurées des fêtes musicales périodiques. Un festival célèbre fut organisé à Anvers en 1801, un autre à Bruxelles en 1864 ; les autres villes imitèrent l’exemple qui leur était donné.
Actuellement, les sociétés musicales sont tellement nombreuses en Belgique que les Tablettes du musicien, publiées en 1873 parla maison Schott, qui en donnent un relevé fort incomplet, en comptent cependant jusqu’à 203.
M. Adolphe Samuel, directeur du Conservatoire royal de Gand, a résumé en quelques lignes la liste des nombreux musiciens belges qui .se sont distingués dans toutes les branches de l’art et dont quelques-uns ont acquis une renommée universelle. Voici cette liste.
« Compositeurs. — Van Campenhout (1780-1848), F.-J. Fëtis (1784-1871), Mengal (1784-1851) , A.- P. de Peellaert, Ch.-L. Hanssens (1802-1871) , G risar ' (1808-1869) , Buscop, L. de Burburc, Étienne Soubre (1813-1871), C.-A. Franck, Ch. Miry , F.-A. Gevaert, L. Jouret , Ed.Lassen, P. Benoît, Th. Radoüx.
Musicologues. — F.- J. Fétis , Gevaert , Ed. Fétis , F.-C. Durutte , L. de Burbure, Terry , J.
A l’exposition de 1878. 239
Vivier , X. Van Elewyck, Ed. Van den Straeten, Mahillon.
Instrumentistes. — Servais (1807-1866) , ad. Haumann, L. Massart, J. Blaes, J. Artot, F. Prume (1816-1849), A. Batta, H. Léonard, H. Vieuxtemps, Lemmens,A. Dupont, Jehin-Prumc, Deswert, Colyns , Mailly.
Chanteurs. Masset, Agnesi (Agniez) , Mmes Artot- Padilla, Sass, Cabel et Haraaeckers. »
Mais, ce n'est pas seulement par ses professeurs, ses compositeurs, ses musicographes et ses virtuoses, par ses sociétés chorales et les divers corps de musique de son armée, comme celui du régiment des Guides, que la Belgique mérite l’admiration des peuples étrangers, c’est encore par ses facteurs d'instruments. La fabrication des instruments de musique a acquis une grande importance et fait l’objet d’un trafic considérable, tant à Bruxelles qu’à lxelles, Laeken, etc.
C’est l’industrie des pianos qui est la plus représentée dans la classe xm de l’exposition ; elle y offre une très-grande variété : pianos à queue et pianos buffet de MM. Berden, Berrens et Doperé ; pianos demi-queue de M. Günther; pianos obliques, pianos à cordes croisées, pianos droits à cordes demi-obliques de MM. Hainaut et Vits ; pianos eu barres de fer et à double table d’harmonie do M. Lentz; pianos, style Louis XVI, laqués, blanc et or, et pianos style Renaissance flamande de
MM. Oor et Van Hyfte : il y on a pour tous les goûts et pour toutes les bourses.
Deux vitrines, voisines l’une de l’autre, attirent l’œil par leur éclat. Dans l’une, M. Mahillon, médaillé de Londres, de Paris et de Philadelphie, expose des instruments de musique à vent, de bois et de cuivre; dans l’autre, M. Mougenot, luthier du Conservatoire royal de Bruxelles, montre deux violons, un alto, un violoncelle.
Un peu plus loin se trouvent les instruments de musique en ébonite minéralisée de la manufacture générale de caoutchouc de M. Pavoux.