PREMIERS TEMPS
Les savants, en étudiant le caractère des diverses populations échelonnées, depuis les premiers temps historiques, sur la ligne qui traverse l’Europe de l’ouest à l’est , ont établi l’existence de trois grandes migrations : celle des Slaves à l’extrémité orientale, celles des Teutons au centre et celle des Celtes à l’extrémité occidentale. Les Celles composent ainsi la première grande branche nationale que l’histoire, avec certitude, nous montre répandue sur le territoire dont nous avons à nous occuper.
La famille celtique se divisait en deux embranchements bien distincts : les Gais et les Kimris. Les Gais parvinrent en occident vers le xvi8 siecle
i>4 ArERÇU GÉNÉRAL
avant l’ère chrétienne ; les Kimris n'y arrivèrent que dix siècles plus tard.
A l’embranchement celtique des Kimris appartenait le peuple des Belgs.
Ce peuple apparaît pour la première fois dans l’histoire sous la dénomination de Volkes ou Volgs, Volcœ ou Volgœ, Bolgœ ou Belgœ, en langue kimrique B'elgiad , nom sur l’origine et la signification duquel les érudits ne sont pas d’accord. Les uns disent que, comme les mots latins bellum et bellona, il vient du radical bel (guerre), et que, par conséséquent, il signifie peuple guerrier, peuple vaillant; les autres en cherchent la racine dans les mots galliques et kimriques bel (marais) et gai (foret), et prétendent qu’il veutdire habitants des forêts et des marécages.
Il est certain que tout le pays arrosé par l’Escaut, la Meuse et le cours inférieur du Rhin, était loin d’avoir la forme et l’aspect qu’il présente aujourd’hui. Le sol était couvert d’épaisses forêts, dont la principale, celle des Ardennes, Arduenna- Silva, passait pour un réceptacle de toutes sortes d’animaux féroces, et ces bois considérables, par les obstacles nombreux qu’ils opposaient à l’écoulement des eaux, entretenaient partout des étangs bourbeux et malsains. A chaque haute marée, l’Océan inondait les terres basses de ses eaux, qui y refluaient avec une irrésistible violence. Les côtes actuelles n’étaient pas encore formées ; la zone septentrionale du Limbourg, par exemple, était
1)E L'HISTOIRE DES BELGES. 25
alors couverte par une immense nappe d’eau qu’y formait la Meuse, et la direction de l’Escaut ne devait être réglée que beaucoup plus tard par les atterrissements qui prolongèrent vers l’ouest les rivages des deux Flandres. Il n’y avait, à l’époque dont nous parlons, que les plateaux élevés du centre qui fussent susceptibles d’une facile culture. , r ' ; f ’
Une contrée aussi peu favorisée n’était pas faite pour satisfaire l’ambition de la race belliqueuse des Celto-Belgs. Leur amour de la guerre et leur instinct de pérégrination portèrent plusieurs de leurs tribus vers des terres lointaines. Mais nous ne suivrons pas en tous lieux les expéditions de leurs troupes aventurières. Il nous suffira de savoir que, pressés sur les bords du Rhin par les hordes barbares qui y affluaient sans cesse, et ne pouvant s’étendre qu’à l’ouest, ils firent de ce coté tant de progrès que, vers le commencement du icr siècle avant notre ère, leurs frontières se trouvèrent successivement portées jusqu’à la Marne et jusqu à la Seine.
Leurs tribus étaient nombreuses : il y en avait, selon Amédée Thierry, vingt-trois principales. Cinq d’entre elles occupaient alors le territoire de notre Belgique actuelle : c’étaient les Trêvires, les Ebu ro)is, les Nerviens, les Marins et les Mènapes.
Les Trêvires , renommés pour leur cavalerie, étaient établis sur les deux rives de la Moselle, entre la frontière rémoise et le Rhin (électorat de
Trêves ; Luxembourg). Les E durons, entre le Rhin et la Meuse, englobaient le Condroz, les duchés de Limbourg et de Juliers, et, sur la rive gauche de la Meuse, occupaient presque toute la partie actuelle des provinces de Namur, de Liège et de Limbourg. Les Nerviens s’étendaient, au midi, jusque vers Camarakh (Cambrai), tenaient le Cambrésis, la Flandre orientale, le Hainaut et le Brabant méridional. Les Morins dominaient dans la Flandre occidentale, et occupaient tout le territoire qu’embrassa, dans la suite, le diocèse de Térouanne, qui conserva longtemps la dénomination d 'ecclesia morinensis. Les Mênapes avaient la Campine, la partie septentrionale du Brabant, Gueldre, le pays de Clèves, s’avancaient, sur la rive droite du Rhin, dans la Westphalie, et comptaient parmi leurs clients les Bataves, qui habitaient les îles formées par les bouches du Rhin et de la Meuse.
Dans le temps même où les peuples Belgs prenaient une si grande extension, leur puissance faillit être compromise par l’invasion soudaine des Cimbres et des Teutons. Mais, sur le point de s’entre-choquer, ils reconnurent leur commune origine : les Kimris du nord virent des frères dans la race kimrique des Belgs ; ceux-ci, en témoignage d’amitié, leur abandonnèrent, pour y mettre leur butin en sûreté, une bourgade naturellement fortifiée, qu’on appelait Aduat ou Atua (Atuatuca, sans doute Namur), et les Cimbres s’éloignèrent, après
DE l’histoire des belges.
avoir laissé dans cette forteresse une garnison de six mille hommes, qui donnèrent naissance à la tribu des Aduatikes.
Les Belgs avaient échappé cette fois au danger qui les avait menacés. Il n’en fut plus de même, un demi- siècle plus tard, lorsqu’ils eurent à combattre J. César. (57 av. J.-C.)