DENTELLES, TULLES, BRODERIES ET PASSEMENTERIES
L’inventeur du point de dentelle n’est pas connu: la Belgique et l’Italie se glorifient également de lui avoir donné naissance. Toujours est-il que l’industrie de la dentelle avait acquis en Belgique une certaine importance dès la fin du xive siècle, puisqu'il en est question dans un traité commercial conclu en 1390 entre l’Angleterre et la ville de Bruges. Dès lors, la Grande-Bretagne chercha à prohiber les produits belges. Édouard IV, en 14G3, en défendit formellement l'importation. Les Flandres n’en continuèrent pas moins à lutter avantageusement contre la concurrence étrangère, et les tableaux des peintres flamands du xvic siècle, sur lesquels figurent souvent des costumes ornés de dentelles, prouvent assez que l’industrie dentellière était très-répandue dans leur pays. Dans le siècle suivant, la France eut recours au système protecteur de l’Angleterre, et provoqua même,
sous le ministère de Colbert, l’immigration en Picardie des meilleures ouvrières de Belgique. Les villes flamandes, à cette époque, fabriquaient le point de Bruxelles (dentelle à l’aiguille), la guipure fine , la mignonnette (point clair), le point double, ou point de Paris ou point de champ, et la malines ; la ville d’Ypres avait aussi importé chez elle la fabrication du point de Valenciennes, ainsi appelé du nom delà ville où il était en grande vogue. C’était la dentelle de Bruxelles qui était la plus connue : elle était recherchée par toutes les nations et travaillée par plus de 22,000 personnes. Les imitations anglaises, appelées point d’ Angleterre, qui parurent vers le milieu du siècle dernier, nuisirent un instant à cette fabrication bruxelloise et firent tomber à 15,000 le nombre de ses ouvrières; mais elle se releva peu après et fut très-prospère pendant la réunion à la France. Elle fournit à l’impératrice Marie-Louise, à l’occasion de son mariage, des produits d’une richesse merveilleuse. Depuis 1815, elle eut à lutter contre plusieurs crises ; l’apparition du tulle en 1816, la situa tion générale des affaires en 1846-1847, la guerre de sécession d’Amérique arrêtèrent le travail ; mais ce ne fut chaque fois que pour un temps très-court, et l’industrie vivace des dentelles est restée une des plus prospères du pays. Actuellement, les dentelles de Bruxelles, nommées applications, parce qu’on applique les fleurs de dentelle sur du réseau, celles de Malines, connues aussi sous le nom de
a l’exposition de 1878.
matines brodées , à cause du fil plat qui entoure le mat des fleurs, les Valenciennes deBrugesetd’hpres, et les dentelles noires de Grammont fournissent du travail à cent mille ouvrières. La valeur annuelle de la production qui s’élevait, en 184G, à cinquante millions de francs, peut être estimée aujourd’hui à environ cent millions.
Dans la classe xxxvi, les dentelles de Bruxelles sont exposées par MM. Daimeries, Francfort, Le Roy, Normand, Sacré et Verdé-Delisle ; les Valenciennes, par MM. Begerem et Brunfaut, d’h près; Gillon, Vanderplancke et Yandezande, de Courtrai ; Guequier et Vap-Meldert, de Gand; Declercq etDelodder, d’Iseghem ; et Biebuyck, d’Olsene; les dentelles noires de Grammont, par M. Desmarès, de Bruxelles, et MM. Bruyneel, de Groote, Everaert, Ghyset Robyn, tous de Grammont. Nous regrettons que la ville de Malines ne nous ait envoyé aucune exposition personnelle.
La même classe renferme' des broderies et des passementeries d’une grande valeur. Nous avons remarqué les ornements d’église, les vêtements sacerdotaux, la bannière gothique or et argent de M. Leynen-Hougaerts ; la bannière brodée sur velours en or et soie de M. Grossé; les broderies sur tulle de Mrac Calvet ; les parures brodées à la main et à la mécanique de M. Christiaensen; le portrait, brodé en or de M. Rectem ; le panneau, imitation Gobelin, de Mlle Eugénie Moyèrsoen ; les passementeries de MM. Ballion et Thiroux.