CLASSES L-LXVIII
On désigne sous le nom de machine tout instrument destiné à produire du mouvement pour faciliter le travail manuel de l’homme, l’abréger ou même y suppléer. Les machines simples, qui datent de l’enfance même des sociétés humaines, sont au nombre de sept : les cordes, le levier, la poulie, le treuil, le plan incliné, la vis et le coin. Les machines composées, dont l’introduction a opéré toute une révolution industrielle, sont celles qui résultent de la combinaison de plusieurs machines simples ; les plus importantes sont subordonnées à une force motrice, l’eau, le vent, la vapeur. Cette dernière force remplit de jour en jour un rôle plus actif, plus fructueux.
Par suite des inventions récentes et contemporaines, la liste des machines servant aux diverses industries est maintenant indéfinie. La science industrielle a fait dans ces derniers temps de tels
progrès qu'il serait difficile, même clans un ouvrage spécial, de passer en revue et d’expliquer tout le matériel, tous les procédés qu’elle a inventés.
La Belgique est particulièrement riche en ressources de ce genre. L’exploitation des mines et de la métallurgie, les exploitations rurales et forestières, les usines agricoles et les industries alimentaires, les arts chimiques, la mécanique générale, le filage et la cordorie, le tissage, la couture et la confection des vêtements, la fabrication des objets de mobilier et d’habitation, la papeterie, les teintures et les impressions avec divers autres travaux, la carrosserie et le charronnage, la bourrellerie et la sellerie, la vaste industrie des chemins de fer, la télégraphie, le génie civil, les travaux publics et l’architecture, la navigation et le sauvetage, l’art militaire ont leurs instruments, leurs procédés particuliers , et les Belges qui exercent indistinctement toutes les industries mécaniques, s’y sont signalés souvent par leurs innovations et leurs perfectionnements.
mines et métallurgie. — La classe L estspécialement réservée au matériel et aux procédés de l’exploitation des mines et de la métallurgie. Elle comprend les instruments employés, non-seulement dans la recherche, l’exploitation et l’élaboration des matières minérales, mais encore dans la mise en œuvre des actions chimiques et méca-
niques qui amènent la matière à l’état de métal ayant la forme exigée par les usages industriels auxquels il est destiné.
On y voit les spécimens curieux des principales machines employées en Belgique pour le sondage des terrains (Voy. Société de La Louvière et de la Paix), pour le fonçage des puits (M. Chaudron), pour le transport souterrain et l’extraction des minéraux (MM. Beer, de Fontaine et Morlet- Fontaine), pour l’épuisement des eaux (M. Croix), pour la descente et le retour des ouvriers (MM. Lorimier, Piérard et Libotte), pour l’éclairage sous terre (MM. Jaspart, Laurent-Decamps et Rosa), pour le nettoyage et le lavage des matières (Société des Charbonnages de Bonne- Espérance et Batterie, Société des Charbonnages et Hauts-Fourneaux d’Ougrée), pour la fabrication des agglomérés (M. F. Dehaynin et Société anonyme des Houillères-Unies du bassin de Charleroi ), pour débiter la pierre et les roches (MM. Tacquenier et Wincqz), tailler et ciseler la pierre et le marbre ( M. Berten-Nolf), fabriquer le ballast et le macadam (M. Andry), laminer les tôles (M. de Laveley), ventiler les forges (M. Robert), etc., etc. On y admire des coupes, cartes et planstypes exposés par le Ministère des Travaux publics ; les machines de la Société John Cockerill, machine d'épuisement pour mines, machine réversible à action directe sur un laminoir avec laminoir à rails; les plans, dessins, modèles et
a l’exposition de 1878.
appareils qu'a envoyés collectivement l'Union des Charbonnages, mines et usines métallurgiques de la province de Liège et des Associations charbonnières des bassins de Charleroi, de Namur, du Centre et de Mons.
EXPLOITATIONS RURALES ET FORESTIERES. — La
classe li comprend les procédés et le matériel servant à défoncer ou à ameublir la terre, à nettoyer les cultures, à recueillir les moissons, à préparer les produits pour le marché et pour la nourriture du bétail, ou à faciliter les mouvements intérieurs des exploitations. Elle renferme en outre quelques plans de prairies irriguées, de fermes et d’habitations d’ouvriers agricoles, tracés par MM. Iveelhoff, T’ Kindt et Van Etvelde.
Nous avons dit précédemment combien les engrais sont abondants en Belgique. A côté de ces engrais figurent les instruments nécessaires pour les répandre, comme les pompes de MM. Cocq et de Koker. Puis viennent les différentes sortes de charrues: la charrue simple en fer forgé de M. Nikelmann; la charrue-semoir avec avant-train et double versoir en fer, régulateurs mécaniques et automatiques, de M. Potron ; la charrue à appareil culbutant; la charrue à mécaniques, avec lame pour déraciner la chicorée, de M. Van Maole. M. Sevrin a exposé une machine qui, attelée à deux chevaux, arrache et ramasse, à l’aide de deux personnes, 12 à 15 ares de pommes de terre par
heure. Les tarares de M. Al. Balat nettoient toutes les espèces de grains et de graines, arrachent et enlèvent les germes; les machines de M. Baujin battent le grain et font le beurre instantanément ; celles de M. Etvelde, mues par deux hommes, compriment 2,000 kil. de foin par jour en balles de 100 kilog. ; celles de M. Burniaux s’appliquent au tabac: sa machine à couper peut produire, avec un seul ouvrier et la force d’un cheval, 1,500 kil. de tabac en un seul jour, et son moulin, qui est construit en fer, produit, par un même mouvement, les trois opérations de la mouture, du broyage et du tamisage.
USINES AGRICOLES ET INDUSTRIES ALIMENTAIRES. — Ce sont surtout les appareils de l’industrie des sucres qui se trouvent représentés dans la classe lii. Pour l’extraction des jus de betteraves, il y a des presses continues, système Champonnois ou système Larochaymond, et des presses hydrauliques Lallouette; pour le travail des écumes, les filtres-presses Trincks; pour celui de la concentration et de la cuite, les pompes à air Bellefroid et Lévèque; pour la fabrication de tablettes et de blocs en sucre raffiné, un procédé nouveau de M. Hittorff et les formes en tôle de M"1C Joly.
La brasserie a aussi plusieurs machines, telles que l’extracteur de M. Vanderghote, servant à extraire les moûts troubles de la cuve-matière ; la cuve-matière en fonte, de MM. Raeckclboom et
Iîouckacrt; et l’appareil de M. Mallet, qui prépare et broie les peaux de raies à l'usage des brasseurs.
La conservation de la viande qui a pris, dans ces dernières années, en Angleterre et en France, une extension considérable, n’est pas négligée non plus en Belgique, où l’on fabrique des appareils comme ceux de MM. Duchâtelet, Guerette et Jolley.
On peut encore citer, dans la même classe, quelques machines en usage dans diverses industries alimentaires ou agricoles : celles deM Kicq- Richard, par exemple, qui laminent et roulent les pâtes pour pâtissiers ou qui battent les glaces pour confiseurs; celles deM. Valania, qui fabriquent les pastilles et les bonbons; celles de M. Marie, qui nettoient les blés à- l'usage de la minoterie ; les concasseurs de M. Van Hecke pour malt et autres grains; les broyeuses de M. Lefébure, qui décortiquent les lins et les chanvres à l’état vert séché et qui suppriment le rouissage insalubre en permettant de lessiver les lins ainsi débarrassés de leur chènevotte.
auts chimiques. — En dehors d’un petit nombre d’appareils pour acides, exposés parM. Pavoux, la classe liii ne comprend que des plans de verreries, et des plans d’usines ou machines à gaz. D’un côté, les progrès accomplis dans l'installation et les procédés des usines à gaz sont mis en évidence par la représentation en relief de l’usine de Bruxelles (M. Somzée) et par les coupes d’appareils d’évapo-
ration de M. Wérotte"; de l’autre, les tableaux de M. Cador montrent avec détails les verreries de M. Cas. Lambert, à Dampremy, et celles de Charleroi, à Lodelinsart ; la Société des verreries de Marimont rappelle aussi par ses fours à gaz l’innovation qui avait été la plus remarquée dans l’industrie de la verrerie à l’exposition de 1807, c’està-dire l’emploi du gaz comme combustible pour la fusion du verre.
mécanique générale. — La classe liv, sous le titre de mécanique générale, comprend les machines à l’aide desquelles l’industrie produit, recueille, transmet et mesure le travail. Chaque jour, comme nous l’avons déjà dit, le rôle de ces machines s’accroît. Mais cet accroissement même produit un effet remarquable , c’est la division du travail dans une foule d’usines qui tendent à se spécialiser. Des établissements spéciaux fabriquent maintenant les éléments détachés de la composition des machines. Ainsi MM. Cuchcrat, Fétu, Yersé-Spelmans s’occupent des appareils de transmission ; MM. Fromont et Gernaert, des appareils d’alarme ; M. Mac-Nicol, des générateurs MM. Hanarte et Balant, aussi bien que la Société de Bruxelles , des appareils de purification des eaux qui alimentent les générateurs , etc. En donnant tous ses soins à une seule partie, on la fait mieux, et de là de grands progrès dans la mécanique générale. Une autre cause de progrès a été
l’emploi plus répandu de la vapeur. Les moteurs par cette force sont en usage presque partout. Aussi les modèles, les spécimens de chaudières multitubulaires et de machines à vapeur abondentils dans la clfsse liv (Voy. MM. Barbe, Beer, Bcllefroid, Cail, de Naeyer, de Ville, Fouquemberg, Houget, Larochaymond, Van Goethem et Walschaerts). Ce n’est pas toutefois qu on négligé absoment la force de l’eau et de 1 air. Les machines hydrauliques se sont perfectionnées (Voy. Messieurs Houyoux, Moreau et Thiriart) ; M. Taverdon a exposé un moteur à air comprimé qui actionne une pompe. Certaines industries même se servent volontiers des moteurs à gaz (MM. Fétu et Deliége).
machines-outils. — Les forces motrices, dont ne se servaient autrefois que les grandes usines, ont pénétré aujourd’hui jusque dans les petits ateliers. Des machines-outils perfectionnées ont remplacé les outils manuels : elles présentent sur eux les avantages très-marqués d’une action plus régulière et d'une production plus rapide. Tels sont les marteaux-pilons et lès machines à pilonner (MM. Detombay et Dor) ; les machines à broyer, construites avec meules en fonte (M. Maury) et les outils broyeurs-mélangeurs à cuve tournante (M. de Ville-Châtel) ; les outils à tarauder, à mortaiser, à limer, à raboter, cà forer, à scier, àalaiscr (MM. Cail, Doneffe, Frankinet, Jaspar Robert et
Qurin); la machine de M. Deplccliin, qui peut fabriquer à l’heure plus de 600 kil. de tuyaux en plomb ; l’outillage servant à la fabrication des clous (M. Lourde) ; les machines rotatives à faire les briques (M. Beaujean) ; la machine à décaper sans acides les verges métalliques (M. Cucherat). Tous ces instruments ont pour but de transformer une masse solide en lui assurant une forme et des dimensions tout à fait déterminées géométriquement.
filage et corde rie. — La classe lvi comprend le matériel et les procédés servant au filage et à la corderie. Le filage transforme les matières textiles en fils prêts à être employés par le tissage et par la couture. La corderie tranforme ces mêmes matières en fils retordus et câblés. La force motrice employée pour l’industrie de la filature est entièrement mécanique, mais le travail de la corderie est resté en grande partie manuel.
La section de la filature montre un appareil de M. Müllendorff pour l’épaillage des laines par la voie sèche; les cardes de M. Duesberg-Bosson, pour laine cardée et laine peignée; les garnitures de cardes de M. Duesberg-Delrez ; les broches et ailettes de M. Crommelinckx pour filature de lin, chanvre, coton, étoupes et jute.
La section de la corderie réunit les produits de la Société des corderies et clouteries de Châtelet, les câbles plats en aloës goudronné et les câbles ronds métalliques de M. Vortongen-Goens.
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tissage. — Les machines et moyens qui servent à transformer les fils en tissus, composent la classe lyii. Dans la fabrication des métiers à la main et de leurs accessoires la matière dominante est le bois ; dans les métiers mécaniques au contraire, c’est la fonte.
M. Xhoneux a exposé des cylindres pour tondeuses ; Mmc Snoeck et MM. Bolette, Longtain et Martin, divers appareils à laver et à sécher les matières filamenteuses, des métiers mécaniques à tisser, des tondeuses, des presses à cylindre, des machines à ratiner et àvelouter. L’hyphomètre de MM. Nicodème et Jacquemin est un instrument au moyen duquel les fabricants et les négociants peuvent mesurer et vérifier exactement les pièces de tissus ; la machine de M. Dartois est destinee a couper les échantillons de ces pièces.
COUTURE ET CONFECTION DES VÊTEMENTS. — L’ap-
plication de la mécanique à la couture ne date que de quelques années, mais la fabrication des machines à coudre a pris immédiatement de grands développements et a amené presque aussitôt la découverte des machines à broder. La confection, la lingerie et la bonneterie ne sont pas les seules industries qui profitent de ces mécaniques : la cordonnerie, la ganterie et la chapellerie en tirent également profit.
Nous remarquons dans la classe lviii les machines à tricoter de M. d’Haenens-Gathier et
r.V BELGIQUE
les diverses machines à coudre, à broder, à soutacher, à tisser la bonneterie, à visser la chaussure, etc., de la Société James.
CONFECTION DES OBJETS DE MOBILIER ET d’hàBI-
tation. — Le travail du bois, la fabrication des briques, des carreaux et des tuiles, la gravure, la sculpture et le guillochage, la scierie du marbre et des pierres, la taillerie des cristaux et des diamants devaient fournir leur matériel et leurs procédés mécaniques à la classe lix ; mais les exposants ont fait défaut. Seuls, MM. Martiny et Van Acker ont envoyé une presse à fabriquer les carreaux de ciment ainsi qu’un assortiment de pierres fabriquées au moyen de cette presse.
papeterie, impressions. — L’invention la plus récente et la plus notable qui intéresse les appareils et procédés de la papeterie est celle de la fabrication de la pâte chimique de bois. Le manque de chiffons avait fait inventer d’abord la pâte de paille ; il y a maintenant des machines à fabriquer la pâte de bois. La Société anonyme de Visé a envoyé des échantillons de ces deux pâtes et a exposé quatre vases indiquant les différentes phases de la fabrication.
A côté de ce produit nouveau, la classe lx montre les matières premières pour papeterie (MM. de Naeyer et Pfeffer), un plan de machine à couper le papier, coupant différentes longueurs à la fois
a l’exposition djï 1878.
dans la même bande (Mmc Laroche) , une plaque d’épurateur pour machine continue à papier (M. Moussiaux), et une belle et grande machine à fabriquer le papier continu sur une largeur rognée de 1 m. 90 (MM. Dautrebandc et fhiry).
Dans la section de l’imprimerie nous voyons les spécimens de caractères typographiques de M. Vanderboght, les caractères chaldéens de M. Schildknecht, une presse typographique, format colombier, de M. Uytterelst, et de petites machines à imprimer, de M. Cador.
travaux divers. — Sous le titre de « machines, instruments, et procédés usités dans divers travaux » la classe lxi comprend tout l’outillage qui sert à produire cette foule d’articles dont l’ensemble est communément appelé article de Paris. La Belgique naturellement ne pouvait avoir beaucoup à exposer dans cette partie ; cependant M. Wouters a envoyé une machine à écrire ; M. Van Cuyck, un moule mécanique pour couler des plombs ; et M. Jacob, une machine aérifuge destinée au bouchage des bouteilles. Il est à remarquer, à ce propos, que le bouchage des bouteilles a reçu depuis peu de très-notables améliorations et que les machines à écrire, qui sont d’invention toute récente, peuvént être appelées à rendre bientôt de grands services.