D'Amsterdam à Groningne par Harlingen et Leenwarden
Un bateau à vapeur part 3 fois par semaine d^Amsterdam (Xieuwe Stads-Herberg, p. 251) pour Harlingen («n 6V2 h.)- Ici vu» diligence prend les voyageurs et les conduit a Franeker (en IS/^ h.), à LeeUicarden (en 2 h.) et à Gronimjue (en 51/2 h.)i en tout d'^Amsterdam [à Groningue 151/2 ^- i P^^^ ^^ trajet entier, suivant les places, 8 ou 6V2 A- Le restaurant à bord du bateau est bon, ce qui est d'autant plus appréciable, que la diligence (8 heures de route) ne vous laisse pas le temps de vous restaurer. — Bateau à vapeur pour le Le m mer. départ tous les matins à IOV2 i*- ^ 1* Nieuwe Stads-Herberg; trajet en 4 h. Du Lemmer on se rend en diligence soit à Lemwarden (en 5 heures) par Sneek (le plus grand marché au beurre) ou directement à Oroningue (en 9 h.) par Heerenveen et Beetsterswaag. (Cest dans le petit village de Wykel, à IV2 1- NO. du Lemmer, qu'est enterré le célèbre ingénieur hollandais Menno van Coehoorn (+ 1704) (p. 160) i on lui a érigé un beau mausolée.)
Le bateau, après s'être dirigé pendant une demi-heure à l'E.y tourne vers le N. près du fanal de la pointe SE. de la Hollande septentrionale, et passe devant l'île de Marken, sur la pointe de laquelle s'élève également un phare. A. l'O. on découvre les clochers de Monnîkendam^ d'Edam et de Hoom (v. p. 279).
Après 2 heures de course, le bateau aborde près â'EnkhuiieiL (Valk). Cette ancienne ville expédiait au commencement du 17^ siècle 400 bateaux pour la pêche au hareng; aujourd'hui ce nombre est descendu à 7. Le nombre de ses habitants, autrefois de 40,000, n'est plus que de 5449. II n'y a plus que l'hôtel-deville , qui date de 1688, et l'église dite Westerkerk, qui témoignent encore de son ancienne prospérité. Le port, quelques clochers et une porte monumentale ombragée d'arbres, donnent à la ville un aspect assez imposant.
Le bateau quitte la côte E. de la Hollande du Nord et prend la direction du NE. Bientôt on découvre le phare de Stavoren^ sur la pointe extrême de la côte 0. de la Frisé; il est visible sur presque tous les points du Zuiderzée. L'ancienne ville de Stavoren (en dialecte du pays Staerum) , la cité du dieu Stavo^ qui est le Thor des Frisons, est tout^à-fait déchue et ne compte plus que 570 habitants. Dans le courant des siècles passés elle fut le siège des rois frisons , et parvint peu-à-peu à une importance commerciale si grande, qu'elle passait pour la troisième des villes de la Hanse. Ses vaisseaux passèrent les premiers le détroit du Sund. Les chroniques racontent, que les habitants de Stavoren faisaient confectionner en or pur les objets pour lesquels, on emploie d'habitude le fer, tels que les verroux de leurs portes, les garnitures de leurs yachts, la croix de leur église. Aujourd'hui la ville est tellement appauvrie, qu'elle n'est pas même en état de préserver d'une dégradation complète la belle tour de son église. Ce déclin est essentiellement le résultat de l'ensablement toujours croissant de son port, lequel est obstrué par un large banc de sable , appelé le Vrouwensandt et couvert 'herbages de toute espèce. D'après une vieille légende, la veuve
HARLINGEN. 4Ô. Route. 281
d'un riche commerçant aurait un jour chargé son capitaine de vaisseaux de lui rapporter de Danzlg ce qu'il y trouverait de plus précieux. Le capitaine lui ayant rapporté une cargaison de froment, la veuve, piquée dans son orgueil par ce mauvais choix, fit verser ce grain dans le Zuiderzée à l'entrée du port. C'est ainsi que, par une punition du ciel, se serait produit le désastreux banc de sable dont nous parlons; de là s'explique aussi le nom de „j3able de femme" (Vrouwensand) qui lui a été donné.
Le vaisseau côtoie la côte 0. de la Frise. On aperçoit pendant Ioi\gtemps le haut clocher de la petite ville à'Hinteloopen. Plus au N. on aperçoit la petite ville de Workum.
Harlingen (Heerenlogementjf port du Zuiderzée, ville de 9913 hab., est situé sur l'emplacement où, en 1134, toute une ville fut ensevelie dans les flots. En 1566, une nouvelle inondation d'une force inouïe vint derechef affliger la contrée ; c'est alors que le gouverneur espagnol Robles de Bilty fit endiguer toute la province. La reconnaissance que lui portaient les habitants s'est manifestée par un monument qu'ils lui ont érigé à proximité d'Harlingen sur la digue. On l'appelle vulgairement le Stenen mauj l'homme de pierre.
La diligence de Groningue (il faut tâcher d'obtenir une place dans le coupé, qui ordinairement est livré aux premiers venus) se tient prête au débarcadère du bateau. Le paysage n'offre que des champs, des prairies et un peu de bois, fort peu d'habita«tlons. Sur les pâturages on voit de temps en temps deux côtes de baleine, contre lesquelles les bestiaux viennent se frotter. La route suit presque toujours la ligne droite, et est pavée en briques (kUnkera),
Franeker (^Heerenlooement) fut jusqu'en 1811 le siège d'une université, fondée en lo8o et supprimée par Napoléon I®', dans laquelle plusieurs savants de grand renom ont occupé de chaires, tels que Vitringuy HeinecciuSj Sehultena, T. HemsterhuiSj L. C Valkenaerj etc. La principale <;uriosité de la ville est le planétaire, inventé et construit de 1774 à 1781 par un modeste bourgeois de Franeker, nommé Eise Eisirif et dont le gouvernement a fait l'acquisition. •
Le«iiW8rden (*Nieuwe Doelen; Béugelaer), ancien chef-lieu du pays des Frisons (24,942 hab.), possède un bel hôtel-de-ville, agrandi en 1760, et un palais de justice de construction récente avec un beau portique, à l'entrée de la ville. L'ancien château des gouverneurs de la Frise de la maison de. Nassau-Diez , qui sont les ancêtres directs de la famille régnante actuelle, est un édifice de peu d'apparence. Les femmes de la Frise ont une réputation de beauté parfaitement justifiée en ee qui concerne la ville de Leeuwarden. Pour le costume, voir p. 273.
Les Frisons sont la seule tribu germanique qui ait conservé son nom depuis les temps de Tacite. (La petite ville de Lokkum^ oh fut tué, le 6 juin 755, Tapôtre du christianisme St-Boniface, est située à 3 I. 77E. de
282 Route 46. GKONINGUE.
Leeuwarden.) Le peuple frison se distingue autant par sa força physique que par son courage, sa franchise et son grand esprit d'indépendance. ^Les Frisons", ainsi s'exprime leur vieux code, ^seront libres, tant que les vents souflfleront des nuages et que le monde existera." Ils se considèrent comme ayant forme dès les plus anciens temps une nation unie et homogène de gens libres. Dans les traités conclus par Ckarlemagnc avec les Saxons et les Frisons, ceux-ci n'étaient tenus, à ce titre de gens libres, que de payer la dîme au clergé. Ils s'imposèrent en outre le devoir de fidélité envers les seigneurs francs qui leur seraient envoyés par l'empereur, pour autant que ceux-ci gouverneraient d'après les lois du pays. Charlemagne fit recueillir ces lois et elles existent encore en langue latine^ un autre recueil de lois frisonnes, plus récent, appelé le livre de VA»ega^ se conserve encore en langue nationale et fait l'objet des études des jurisconsultes.
La langne frisonne est sensiblement différente de la langue néerlandaise- elle se rapproche beaucoup du vieux saxon et du danois :. néanmoins elle a été considérablement altérée par le contact avec les provinces voisines.
Leeuwarden est à 11 lieues de Oroningue, et communique avec cette ville par un large canal, reliant le Zuiderzée avec TEms. Le voyage en diligence est monotone; on ne traverse que des pâturages coupas par des canaux ; la route bordée d'arbres passe devant des fermes et des maisons de plaisance d'une propre apparence et pour la plupart entourées de fosses.