VI. Poorboirei
Le pourboire donné dans les bôtels belges pour un jour varie de 50 à 75 cent.; ce taux est d'autant plus suffisant, que dan» un grand nombre de maisons, surtout dans celles d'un rang plusélevé, le prix du service est au profit de l'hôtelier, les sujets ayant des gages fixes (p. 7). Si le service n'est pas porté sur la note, il ne sera payé qu'une fois au garçon chargé d'encaisser le montant du mémoire. Il n'est pas d'usage de rétribuer à part l'homme de peine de la maison. Tout autre service que le nettoyage des habits et des bottes se fait par des commissionnaires de place, qui reçoivent une rétribution particulière. Dans les grands hôtels, on voit, au moment du départ, encore le portier venir tendre la main.
En visitant les églises, les musées, etc., une seule personne paiera ÔO cent, au concierge , sacristain (p. 1), etc. ; deux ou trois personnes 1 fr. , et ainsi de suite dans la même proportion. Lorsqu'il s'agit de collectioiis particulières, une seule personne ne peut donner moins d'un f^anc; quelquefois même, et nous aurons soin de le noter, il faudra dépasser ce chiifre.
Notre livre poursuit principalement le but de dispenser les voyageurs de l'accompagnement coûteux et peu agréable des commissionnaires. Néanmoins, nous ne pouvons que recommander d'en engager un si l'on veut voyager rapidement et voir beaucoupw Les commissionnaires se paient 2 à 3 fr. par demi-journée, 4 à ô fr. par journée entière, et 50 c. par course. Ce qui vaut encore mieux, c'est de louer une vigilante à l'heure et de la congédier là où l'on désire s'arrêter plus longtemps , comme dans les collections de tableaux. On gagne ainsi de deux manières, en économisant son temps et en pouvant se passer de commissionnaire.
VU. Chemins de fer.
A la première station belge, le voyageur se procurera pour 20 centimes (avec une carte, 40 cent.) le petit livret intitulé: Guide officiel des voyageurs «ur tous les chemins de fer de Belgique,. qui est réédité tous les mois. Il renseigne sur les heures de départ et d'arrivée tant des convois que des bateaux à vapeur,, sur les correspondances directes avec les pays environnants, et sur les prix de transport et autres détails utiles.
Choix des places. Les diligences (l*"® classe) sont spacieuses
et rembourrées de tous côtés. Les Mars-à-ôonc (2® classe) ont
généralement des banquettes étroites, mal rembourrées et recou-
'^Ttes en ciin. Les wagons (3® classe) ont des banquettes en
T>oi8. Les prix sont établis ^r les cliemins de fer de l'Etat «a taux de 8 cent, par kilomètre pour la 1'® classe , de 6 cent, pour la 2®) et' de 4 c. pour la 3®. Les prix des compagnies se règlent, à peu de différence près , sur le même pied. Il n'est permis de fumer que dans la 3® classe et dans les coupés-tabagies de la 1'®. Le bagage est le compagnon le plus gênant et le plus dis* pendieux dans un voyage en chemin de fer. Celui qui emporte plus que ce que peut renfermer un sac de nuit de modeste di* mension, est quitte de toute indépendance. Il est obligé de se trouver avant l'heure à la gare et de ne la quitter qu'après avoir passé la revue de tout un magasin de colis. Le bagage vous met en outre en contact avec une foule de gens, portefaix, conducteurs d'omnibus, etc., qui ne sont pas précisément de nature à rehausser les agréments du voyage. Le transport des bagages s'élève pour 100 kilogr. au montant d'une place de voyageur de deuxième classe (6 cent, par kilomètre ou 30 cent, par lieue). En cas de perte, on n'est dédommagé qu'à raison de 3 fr. par livre; on peut toutefois faire assurer les bagages moyennant une taxe supplémentaire de 10 cent, pjur 100 fr. de valeur. Il est donc préférable de ne se charger que d'un sac de nuit que l'on peut porter à la main et garder près de soi dans la voiture. Si Ton ne peut se passer de malle ou de porte-manteau , le mieux sera de le déclarer jusqu'à Bruxelles,^ et de l'y laisser à l'hôtel pour entreprendre de là, muni d'un parapluie et d'un petit sac de voyage , ses diverses excursions dans le pays. On peut aussi ,. en payant un léger pourboire (10 c. par colis), laisser ses effets dans les stations lorsqu'on ne compte faire qu'un séjour de quelques heures dans la localité.
VIIL Aperçu de rhiitoire des arti en Belgique.
Pâture. L'école de peinture dite néerlandaise peut être considérée comme une branche de l'ancienne école allemande. Elle se subdivise à son toux en deux rameaux : l'école hollandaise et l'école flamande-brabançonne. ^
De bonne heure le haut degré de richesse et de puissance qu'atteignirent les. cités flamandes au moyen âge, donnèrent un essor remarquable aux arts du dessin et de la peinture ; ils étaient favorisés particulièrement par la prospérité de certaines industries étroitement liées aux beaux-arts, telles que la fabrication des tapis, la broderie et l'orfèvrerie. Dans les villes du nord de l'Italie les mêmes causes avaient amené les mêmes résultats. Vers la fin du 15® siècle l'art flamand prit un caractère décidément national, grâce surtout aux œuvres dont les deux frères Hubert et Jean van Eyck enrichirent leur pays et qui font encore à juste titre l'admiration des amis de l'art.
Hubert van Eyck naquit vers 1366 et mourut à Gand en 1426; son frère Jean vécut de 1370 à 1445. L'un et l'autre
10 HISTOIRE DSS ARTS.
«ont n^s, selon les historiens, dans la petite ville de Maeseyk, près de Maestricht. Plus tard, ils habitèrent Bruges, qui, à cette époque, se trouyait à Tapogtfe de sa prosp^rit^.
De leur vivant déjà, les deux frères avaient acquis une haute réputation et reçu des distinctions diverses de la part des grands eeigneurs de leur temps, surtout Jean van Eyck (connu aussi sous le nom de Jean de Bruges), qui avait offert une de ses premières œuvres au roi Alphonse de Naples et devint „ conseillerintime" de Philippe-le-Bon de Bourgogne.
Tout en rejetant Topinion qui attribue aux frères van Eyck l'invention de la peinture à lliuile, on ne saurait nier qu'ils apportèrent à ce procédé des perfectionnements techniques qui aidèrent puissamment le développement de la peinture en général. Mais, en dehors de ce mérite, il leur revient la gloire d'avoir poussé la partie intellectuelle de l'art dans des voies toutes nouvelles.
„Adieu désormais ces mornes et sévères figures dont Byzance avait imposé les types à roccident. Adieu ces formes raides et mortes que la peinture avait jusqu'alors collées sur les fonds dorés de ses panneaux. Adieu cet art factice , conventionnel , incomplet. Voici venir tonte la réalité de la nature visible , toute la vérité de la création , toute la beauté de la créature. La vie et le mouvement animeront ces formes immobiles; la variété individuelle des caractères remplacera ces figures typiques et pétrifiées; à ces fonda dorés, où Ton étouffait faute d'espace, vont succéder les perspectives sans fin , les horizons sans bornes , toute la richesse du printemps, tout le luxe de la végétation, toute Tœuvre de Dieu et toute l'œuvre de l'homme.* (A. van Seuselt.)
L'œuvre capitale des Arères van Eyck est le célèbre Agnus Dei de l'église St-Bavon à Gand; outre cette magnifique composition, ils n'ont laissé qu'un fort petit nombre d'ouvrages, dont la moindre partie a été composée par Hubert.
Leur père, ainsi que leur sœur, Marguerite van Eyck {morte avant 1432), avaient également cultivé la peinture, mais il ne nous est rien parvenu qui puisse leur être attribué avec certitude.
Le vif essor que les frères van Eyck imprimèrent à la peinture, se trahit encore dans les œuvres de leurs élèves, dont aucun, cependant, ne les égala. Parmi ces élèves il faut particulièrement citer: Gérard van der Meire ou Meeren (né 1450?, + 1512), élève d'Hubert, dont la principale œuvre se trouve à l'église de St-Bavon à Gand; Pierre Christophsen (1499?), Hugues van der Goes (1470?) et surtout Rogler van der Weyden, appeM aussi Rogier de Bruges (né après 1390, -i* 1464), le plus habile de tous.
Jean Memling (1400? — 1484), élève de Rogier van der Weyden, peut être considéré comme celui qui, avec plus de succès qu'aucun autre, et sans faire abnégation de ses qualités individuelles, a suivi la direction qui caractérise les Van Eyck. H se distingue surtout par un talent remarquable à reproduire les effets de lumière les plus frappants; et la comparaison de ses tableaux avec ceux des Van Eyck tourne tout à fait en sa faveur
HISTOUtE DES ARTS. il
BOUS le rapport de la d^icatesse da coloris, du sérieux des id^es, de la symétrie des groupes. „0n s*aperçoit qu'il a renonc4$ à ce que le naturalisme de son prédécesseur peut avoir dé'Jà de trop indi- Tlduel, de trop riche et de trop charnel" (H. Fortoul). La plupart de ses œuvres se trouvent encore aujourd'hui à Bruges, h rhôpital Saint^Jean et à l'académie. Un des derniers successeurs des frères Van Eyck fut, vers le milieu du 16^ siècle, Antoine Claeyssens, dont il se trouve quelques panneaux à l'église de St-Sauveur à Bruges.
Les noms ci-dessus mentionnés terminent la liste des artistes de l'école flamande proprement dite. La peinture va dès lors établir son siège, et rayonner d'un éclat nouveau, dans le domaine du Brabant. Bien souvent, cependant, les historiens confondent sous le nom générique d'école flamande, les deux directions, quelque distinctes qu'elle soient de caractère et de tendance.
Parmi les représentants de l'école brabançonne, nous citons en première ligne l'Anversois Quentin Messys ouMassys (1455 — 1531). Son chef-d'œuvre est un triptyque qui se trouve aujourd'hui au musée d'Anvers; une autre production remarquable de ce maître décore l'église de St-Pierre à Louvaln.
Simultanément avec Massys, la Belgique vit surgir toute une phalange d'artistes, dont la tendance était principalement de combiner avec les formes et les habitudes traditionnelles de leur patrie. Vêlement méridional des Italiens. Cette tendance amena malheureusement une certaine absence de fermeté et de caractère. Nous rangeons dans cette catégorie les peintres suivants:
Bernard van Orley, appelé aussi Barend van Brussel (1490 — 1560), dont on rencontre de bons tableaux au musée de Bruxelles, à l'église de Saint-Jacques à Anvers et dans celle de St-Sauveur à Bruges; il s'était formé sous la surveillance directe de Raphaël et prit même part, dit-on, à l'exécution de plusieurs des grandes œuvres de l'illustre Italien.
Jean Gossaert, appelé aussi Mabuse ou JeandeManbeuge (1479—1532), dont le musée d'Anvers possède quelques I>etites pièces. Son élève, Jean Schoreel (1495 — 1562), se distingue par un moelleux tout particulier dans l'exécution de ses têtes. Antoine Moor, élève de Schoreel, est renommé comme portraitiste.
Michel Ooxcie (1497—1592) fût élève de Bernard van Orley, mais il se forma plus tard d'après Raphaël. Le musée d'Anvers possède quelques tableaux remarquables de cet artiste. On attache également une haute valeur à. une excellente copie de la grande composition des Yan Eyck, qui fdt commandée à Goxcm par le roi Philippe II.
Martin van Veen, dit Heemskerk (1493—1574), et Lancelot Blondeel, dont la Belgique ne possède plus rien de remarquable, appartiennent également à cette classe d'artistes.
12 HISTOIRE DES ABTS.
La peinture de paysages, déjà cultivée avec honneur par les frères Van Eyck, n'était point restée statlonnaire non plus, et Art de plus en plus traitée comme genre particulier. Les noms le» plus estimés du 16® siècle dans ce genre sont: Joachim Patenter de Dînant (1490—1548) et Henri met de Blés, dit Civetta (vers 1550).
La direction italienne, qui se remarque chez les peintres dont il Tient d'être fait mention, est encore plus décidément sulTie par les artistes brabançons suivants: François Floris, ordinairement cité sous le nom de Franz de Vriendt (1520 — 1570), h qui l'on a même conféré le glorieux surnom de „ Raphaël flamand'',, quoique chez lui les analogies avec Raphaël ne concernent que des qualités purement extérieures. Son principal tableau est une chute des anges rebelles au musée d'Anvers ; cette galerie en possède encore 2 de cet artiste, une adoration des bergers et un St-Luc.
Le plus renommé des élèves de Floris fut Martin de Vos d'Anvers (1524 — 1603), qui alla plus tard s'inspirer à Venise des idées et des formes du Tintoret et qui dépassa même son maître par la chaleur et la richesse de son coloris et la correction de son dessin. Le musée d'Anvers renferme onze de ses ouvrages, qui tous décoraient autrefois la cathédrale de cette ville.
Les deux frères Ambroise et François Francken, dont le musée d'Anvers possède différents tableaux, se distinguent par une vigueur de coloris peu commune; Pierre Fourbus l'ainé (f 1580) et Pierre Fourbus le jeune (f 1622) sont estiméà comme excellents peintres de portraits.
Immédiatement de Martin de Vos procède Othon van Veen (son nom latinisé est OttoVœnius, 1556 — 1634), dont les productions ne sont pas rares en Belgique, surtout à Bruxelles et à Anvers. Le musée de cette dernière ville possède six tableaux de ce peintre, parmi lesquels un Saint-Luc devant le proconsul est particulièrement renommé pour l'ordonnance harmonieuse du sujet. En général Van Veen manifeste une tendance spéciale à produire un effet gracieux par une distribution convenable des masses et un excellent modelé des figures. C'est à l'atelier de Van Veen que se forma Rubens.
De même que depuis longtemps le paysage s'était pour ainsi dire émancipé de l'histoire, l'on vit, au commencement du 17® siècle, un nouveau genre de peinture se produire selon des règles distinctes. Nous voulons parler de la peinture des intérieurs, ou selon le. terme consacré, de la peinture de genre. On désigne par là les représentations artistiques qui ont pour objet de préférence les petits événements de la vie journalière et dont le principal mérite consiste dans une exécution matérielle irréprochable et dans la vérité du dessin et du coloris, combiné avec une justesse parfaite de la perspective linéaire et aérienne, tandis
que la peinture historique traite ses sujets plntôt au point de vue du rapport intime qui relie les événements avec la sensibilité de rhomme, et ne s'attache aux détails que pour autant qu'ils contribuent à caractériser l'ensemble, à mettre en relief l'idée fondamentale conçue par l'artiste.
Si l'école hollandaise s'est particulièrement distinguée dans la peinture de genre, des noms brillants ne font pas défaut non plus 4t l'école flamande ou brabançonne.
Nous avons à mentionner ici en première ligne les trois Breughel, savoir: Pierre Breughel, surnommé Breughel le Paysan (1510 — 1570), son fils Pierre Breughel, surnommé Breughel d'Enfer, à cause de sa prédilection pour les scènes de magie et infernales , et enfin Jean Breughel, dit de Velours, à cause de son habileté dans le maniement des draperies.
David Teniers, le vieux (1 582 — 1649), s'essaya également dans le genre infernal de Pierre Breughel et aimait surtout à traiter la tentation de St-Antoine. Lui, aussi bien que son fils David Teniers (1610 — 1690), qui éclipsa son père par son talent à représenter des scènes villageoises (bambochades), ont été formés par Rubens et appartiennent, de ce chef, essentiellement à l'école brabançonne.
Nous passons maintenant au grand artiste dont les innombrables productions, appartenant à tous les genres de la peinture, ont été disséminées dans tous les coins du monde civilisé, et qui a couvert de l'éclat de son nom toute l'école brabançonne.
' Pierre-Paul Rubens naquit en 1577 à Cologne, où les troubles qui désolaient alors les Pay^-Bas avaient forcé ses pa-. rents, qui appartenaient à des familles patriciennes d'Anvers, à «hercher un refuge. En 1588, il revint à Anvers en compagnie de sa famille et y mourut en 1640. Il fut sous tous les rapports le favori de la fortune. Sa carrière fut semée de faveurs et d'honneurs; d'augustes personnages de divers pays de l'Europe le distinguèrent, et il fut plusieurs fois envoyé comme ambassadeur en Angleterre, en Hollande et en Espagne. Son principal maître fut Othon van Veen.
Pour bien juger du mérite de Rubens, pour apprécier à leur juste valeur ses grandes qualités, il faut avant tout examiner ceux de ses tableaux que possède encore sa patrie. Sauf bien peu d'exceptions, ils sont supérieurs, quant à la perfection idéale et au rapport de l'idée à l'exécution, à tout ce qui se voit à l'étranger, en n'exceptant pas même les riches coUeetions de Munich •et de Paris. Anvers surtout peut se glorifier de posséder les plus beaux fleurons de sa couronne artistique, et les tableaux de la cathédrale et du musée qui portent son nom, sufOsent à eux seuls pour faire briller du plus vif éclat cette belle intelligence du 16® siècle. La ^descente de croix", que Rubens exécuta iiprès son retour d'Italie, peut à juste titre être désignée comme
son ehef-d'œnvre. La richesëe et la TigneuT de la pensée, Timpétnosité de son inspiration, s'y allient avec une extfcntlen admirable; ridéalisme des mitres italiens, dont on peut regretter que beaucoup de ses œuvres postérieures se soient trop écartées, et dont on voudrait retrouver Tinfluence d'une manière plus accentuée dans le pendant de la descente, ^rélévatlon de la croix^ (p. 9Ô), donne précisément À la première de ces deux grandes productions un cachet de grandeur tout particulier. L'ordonnance est simple et franche, le coloris large et harmonieux, les mouvements musculaires des figures sont vigoureux, mais rendus avec vérité sans la moindre exagération. Les volets qui accompagnent les deux tableaux dont nous venons de faire mention , méritent également l'attentif du touriste. Enfin, parmi les joyaux des richesses d'Anvers, il faut encore citer le tableau de la dupelle de St^Jacques qui renferme son tombeau (p. 105), et un autre qui décore l'égUse des Augustins (p. 106). L'un et l'autre représentent la Vierge entourée de saints, et sous la forme de St-Oeorge la propre image de l'artiste. Ils se distinguent par l'élévation de la pensée, la chaleur et l'éclat des tons. Sans atteindre à la hauteur des précédents, un grand nombre d'autrea tableaux sont encore dignes d'admiration, soit au musée d'Anvers,, soit à celui de Bruxelles. Ils pèchent malheureusement souvent par une certaine pesanteur et de froides superfétations, comme en général Rubens penchait plutôt vers la magnificence et le faste du style vénitien et vers les pièces de bravoure de l'école lombarde, que vers la sublime et gracieuse suavité des Romains. Mais enfin l'on est bien 'disposé à lui pardonner ces défauts ea présence de la richesse prodigue des groupes et des figures , de la. souplesse des mouvements, de l'effet saisissant de l'idée générale,, qui frappe à première vue dans la plupart de ses compositions. Dans le portrait, Rubens excdle par une reproduction pleine de: vérité et de fraîcheur, et fréquemm^it par un fini parfait et une exécution soignée des détails. Il trouvait un plaisir particulier k peindre les membres de sa famille et sa propre personne, et l'oaen rencontre les figures sur plusieurs de ses toiles.
Les paysages peints par Rubens sont également d'une haute^ importance. 11 reproduisait de préférence des sites de son payô,. et manifestait dans ce genre la même vigueur de touche, la même fraîcheur, la même luxuriance de vie, le même élan passionné qui distinguent ses compositions historiques.
L'élève incontestablement le plus célèbre de Rubens fut An— tolne van Dyck (né à Anvers en 1599, mort à Londres en 1641). A son début, on peut lui reprocher une imitation quelque peu servile de la manière du maître, mais plus tard, nourri par de fortes études d'après les modèles italiens, il prit son vol et fit briller toute la richesse de ses qualités individuelles.
Remarquable par la grâce et la noblesse de ses figures, par
HISTOIRE DBS ARTS. 15
le spiritualisme qui caractérise et la compositioii et Pexécutioii de ses ouvrages, Yan Dyck a su admirablement allier à Tldéaliame des Italiens le faire large de l'école néerlandaise. Pour la clarté^ la transparence de ses chairs, le Titien seul peut-être le dépasse ; l'expression pleine de grâce de ses têtes rappelle la manière de Raphaël; mais aucun de ces deux illustres Italiens n'a Su mieux que Van Dyck rendre en lignes et en couleurs les sentiment» les plus délicats de Tàme humaine, un amour plus tendre, une douleur plus intime, une émotion plus profonde. Sa manière le porte plutôt yen le sentimental que vers l'héroïque ; les grandes compositions historiques et les scènes compliquées n*ont jamais été Tobjet de sa prédileetion.
Ce qui a surtout fait la gloire de Van Dyck, c'est le portrait: une caractérlsation aussi fine que spirituelle, jointe à la distinc* tion de la pose, la délicatesse et la chaleur du coloris,, fait le charme de ces admirables portraits que le burin a tant de foia reproduits.
La Tille d'Anvers, dont le musée renferme six tableaux de Yan Dyck, et celle de Oand peuvent se glorifier de posséder les œuvres les plus r^narquables parmi celles qui se trouvent encore en Belgique.
Si les nombreux élèves qui se sont formés à l'atelier de Rubens n'ont pas hérité dans une mesure très-riche de cette énergie créa-*trice, de cette plénitude de vitalité, de cette vigueur de touche qui distinguaient le pinceau du maître, nous n'en rencontrons pas moins parmi eux quelques noms, qui, dans l'un ou l'autre sens, ont contribué à soutenir et à fortifier l'ancienne gloire de l'école brabançonne et qui peuvent figurer à juste titre parmi les sonmiités de l'art. Nous nommons en première ligne Jacques Jordaens d'Anvers (1594—1678), qui brille par la fermeté du dessin et la netteté de la composition; puis Gérard Seghers (strictement, il faut écrire Zegers) d'Anvers (1589—1651), connu par ses compositions historiques, comme l'est son frère Daniel (1Ô90 — 1660) par ses excellents tableaux de fleurs; Gaspard de Craeyer (1582—1669), dont les tableaux d'hhitoire, comme expression et comme coloris, approchent beaucoup des grandea qualités de Rubens, et Nicolas Roose, surnommé Liemackere (1575—1636), dont l'église de St-Bavon à Gand (R. 13) renferme, ainsi que de De Craeyer, quelques excellentes productions.
Enfin il nous reste à citer: Abraham Janssens d'Anvers (1569—1650), rival acharné de Rubens, qu'il ne parvint à égaler que tout au plus sous le rapport du naturalisme grossier de ses figures; Pierre Neefs l'aîné (1570— 16 *9), remarquable conmie peintre d'architecture, surtout en ce qui concerne les intérieurs d'églises gothiques ; FrançoisSnyders d'Anvers (1579 à 1657), dont les scènes de chasse cherchent peut-être leurs égales sous le rapport du grandiose et de la vérité; Paul Brill (né à Anvers en 155), mort à Rome en 1626), dont les pay-
sages se distinguent par leur calme et leur sentiment proA>nd et bien défini.
Le deniier peintre de renom qui soit sorti de Técole de Ro^ bens est Jean Erasme Quel lin, mort en 1715. La d^ca* dence marche dès lors à grands pas ; Tart flamand s'efface. Après Quellin ylnt Ttfpoque des perruques et des paniers, et la Belgique succomba aux influences fatales de la capitale du ,, grand roi^. €e déclin continua durant la période révolutionnaire et le premier empire; la Belgique resta la serrile imitatrice de sa puissante voisine. David de Paris (mort à Bruxelles en 1Ô2Ô) régnait en maître absolu dans le domaine des beaux-arts. Sa direction, sa manière froide, son faste extérieur, furent particulièrement représentés en Belgique par son élève Joseph Paelinck de Gand (1781—1839). Il n'y eut qu'André Lens (1730—1822) qui parvînt à s'élever un peu au-dessus du mauvais goût de son temps. Il mérita l'éloge que lui donne • son épitaphe (p. 70) : „le régénérateur de la peinture en Belgique'*; son Annonciation, tableau de l'église de St-Michel à Gand, est fort remarquable par la délicatesse du faire. Le successeur de Lens, Ignace van Brée (1773 — 1839), directeur de l'académie d'Anvers, sut également, surtout dans les derniers temps de sa carrière, s'émanciper de l'influence française.
Tel était l'état des arts quand éclata la révolution de 1830, Vers 1430, Jean van Eyck était au faîte de sa gloire, vers 1630 Rubens travaillait ses admirables chefs-d'oauvre. L'année 1830 devint à son tour le point de départ d'une nouvelle époque pour la peinture belge. Fr. Jos. Navez (né en 1787), directeur de l'académie des beaux-arts de Bruxelles, avait depuis quelque temps préparé cet élan; mais la date généralement assignée à cette renaissance artistique est le jour où le public fut admis, lors de l'exposition de Bruxelles au mois d'août 1830, à contempler une grande toile historique représentant le dévouement du bourgmestre van der Werff au siège de Leyde et signée OustaveWappers. Devant ce tableau, tontes les my thologies, toutes les histoires grecques ou romaines, qui tapissaient les murs des salles de l'exposition, disparurent àan» le néant. Bientôt après, Wappers, dont plusieurs nouvelles œuvres capitales vinrent marquer les progrès, fut placé à la tête de l'académie d'Anvers. Avec lui et sous l'influence de son talent, ses compatriotes se tournèrent de nouveau vers les grands modèles du seizième siècle. Ce qui en est résulté, c'est que la nouvelle école belge produit maintenant, dans tous les genres, des œuvres si distinguées, que le nouvel état peut sous ce rapport, comme sous tant d'autres, prétendre à un des premiers rangs parmi les vieilles nations de l'Europe. Les expositions annuelles, qui ont lieu alternativement à Bruxelles, Gand et Anvers, témoignent que l'enthousiasme et le culte intelligent des arts est loin de refroidir dans ce beau pays. Les
tableaux Jùstorifoes de Wappers, de De Keyser, de De BièfTe,-de Qalla.it, de De Braekeler, les excellents tableaux d'animaux de Yerboeckhoven, les paysages de P. Belle m an s et antres, sont à juste titre mis sur la même ligne que les meilleures productions analogues des autres pays. Ces noms rappellent les temps glorieux des Rubens et des Van Dyck, et la npuTelle éeole belge est certainement appelle à un brillant avenu, puisque la plupart de ses coryphées se trouvent encore dana la force de Tàge et que les Wappers, les N avez, les De Braekeleer, les De Keyser et les Verboeckhoven ont àéjh formé un grand nombre de talents distingués, tels que Dycknians et H. Leys.
Architectnr». L'importance politique des provinces belges n^a commencé que vers le milieu du 14^ siècle. On comprend donc, pourquoi les monuments de la période romane et byzantine, surtout les édifices religieux de la première époque de ce style, y sont beaucoup plus rares que dans les pays ayoisinants, la France et TAllemagne. Ce qui en subsiste encore, et généralement avec des altérations sensibles, est lourd et pauvre d'ornementation. Les restes les plus remarquables sont les ruines de l'abbaye de St-Bavon h Oand, les parties les plus anciennes de St-Jacques à Liège et surtout la cathédrale de Tournai.
Les édifices de la première époque ogivale (IB^ siècle) ne peuvent pas non plus soutenir la comparaison avec les monuments contemporains soit fhuiçais soit allemands. Les murs sont plus massifs, les coloone« effilées qui soutiennent les ogives de la voûte, et qui prétmt tant de grâce, tant d*animation au style gothique primaire, sont encore à fétat de piliers carrés à l'aspect lourd et disgracieux, les fenêtres sont dépourvues de cette ornementation si variée qui csractérise le style ogival dont nous parlons, et sans subdivision de meneaux; les tours ressemblent plutôt à des forts qu'ils ne rappellent l'aspiration de l'âme vers le ciel. A cette, catégorie appartiennent les églises de Oand, Bruges, Maiines, Louvaln, Lille et Taleneiennes.
Le développement véritable du style ogival ne s'opéra qu'au 15*^ et 16^ siècle; mais les belles qualités de l'architecture de cette époque, qui semblait pour ainsi dire porter un défi aux lois de réquilibre, risquèrent de s'effacer sous une richesse de forme trop luxuriante et par un excès de fioritures sans portée. Le monument le plus célèbre à signaler ici est la cathédrale d'Anvers, le plus vaste des édifices religieux qui s'élevèrent en Belgique dans le cours du lô® siècle. L'intérieur, partagé en sept nefs par six rangs de colonnes, est d'un effet des plus grandioses et des plus barmonieux: néanmoins, on peut remarquer que c'est plutôt à reffet pittoresque qu*â la beauté pure et simple que les constructeurs ont visé. La tour, avec son luxe de détails gracieux et légers, témoigne déjà de la tendance à substituer aux grandes Bœdeker, la Belgique. 3® édition. 2
lignes pyramidales des tours allemandes les lignes brisées et les dentelures hardies qui charment le regard, mais qai parfois naisent à rbarmonie de l'ensemble.
Les antres représentants principaux de la belle architeetare ogivale sont les églises de St^-Gudule à Bruxelles (surtout la belle façade), de St-Pierre à Louvain, qui rappelle davantage les modèles allemands, de St-Martin à Ha^, de St^-Wandru à Mons, de St-8auTeur à Bruges, etc.
Le style ogival tertiaire, dit fleuri ou flamboyant (à cause de ses lignes contournées ressemblant à des flanmies), auquel aboutit au 16® siècle l'architecture gothique, est celui auquel appartiennent une grande partie des beaux monument^ tant reh* gieux que civils de la Belgique. Le palais de justice de Liège, i 'hôtel-de-ville de Louvain, la façade de la chapelle du Saint-Sang à Bruges, etc., présentent des merveilles de ce style.
Les relations multiples que les écoles de peinture et le commerce avaient établies entre les Pays-Bas et l'Italie, .eurent pour résultat que le style de la renaissance ou néo-classique s'introduisit plus tôt en Belgique qu'en Allemagne, et la richesse du pays enfanta bientôt des œuvres remarquables qui excitent encore à juste titre notre admiration; telle est surtout l'église des Jésuites à Anvers.
8i les monuments religieux d'une construction grandiose n'ont pas fait défaut à la Belgique du moyen âge, les monument» civiU n'en ont pas été pour cela moins nombreux et moins imposants. Nulle part peut-être les édifices publics de l'ordre civil présentent plus de beauté, de richesse et de grandeur architecturales. Aussi bien les communes belges Jouissaient, au moyen âge, d'une puissance, d'une liberté et d*une prospérité qui devaient nécessairement se révéler dans les constructions destinées à protéger, à abriter pour ainsi dire, la vie politique, les relations sociales, l'activité industrielle et commerciale d!e ces fiers citoyens brabançons et flamands: de là cette variété d'hôtels-deville, de maisons de métiers, de maisons de gild^s, de halles, de portes, de beffrois. C'est dans les édifices civils que Fart gothique du 15® siècle s'est manifesté, en Belgique, de la façon la plus brillante et la plus pure. L'hôtel-de-ville le plus magnifique et le plus élégant est sans contredit celui de Louvain; ceux de Bruxelles et d*Ypres frappent par la grandeur des proportions, le développement des lignes; enfin ceux de Oand, de Bruges, d'Audenarde, d'Arras et de Mons, quoique inférieurs aux précédents, ont leur beauté particulière qui ne laissera pas de charmer les connaisseurs.
Quant aux édifices qui servaient de lieu de réunion aux gardes bourgeoises (on les appelait giides ou aermentê), on en remarque de fort beaux à Bruxelles, à Anvers et à Oand; en fait d'antiques portes de villes, nous citons Bruxelles, Bruges et
HISTOIBE ET STATISTIQUE. 19
NarniiT.; qmnt aux beftrois, ces âmblémes de la liberté communale, on en trouve presque dans chaque cité flamande. Dans la construction des habitations bourgeoises, les Belges ont de tout temps fait preuve autant de sens pratique que de goât. Aussi un grand nombre de maisons du 15® et du 16® siècle, nous dirons même des rues entières, ont, à Bruges, à Anvers et dans la plupart des petites Tilles, résisté aux démolisseurs de la renaissance, et sont encore aujourd'hui jugées convenables et commodes par leurs industrieux habitants.
DL. Hiftoire et itatiatiqne.
• Les provinces qui composent anjourdliui le royaume de BeK gique, primitivement occupées par des tribus celtiques, envahies plus tard par des peuplades germaniques, furent, après une vigoureuse résistance, soumises à la domination romaine par Jules César. Cette domination se soutint jusqu'au commencement du 5® siècle, époque où les Francs saliques vinrent se fixer entre TEscaut, la Meuse et le Bas-Rhin.
Au 9® siècle, le pays fit partie du vaste empire de Gharlemagne. Sous «es successeurs, le territoire fut partagé entre divers princes, qui réussirent dans la suite à se soustraire peu à peu à la suzeraineté soit de la France soit de l'Allemagne.
C'est ainsi que se formèrent les comtés de Flandre, d'Artois, de Ifainaut et de Namur, les duchés de Brabant et de Limbourg, la principauté de Liège, le marquisat d'Anvers et la seigneurie de M al in es. Successivement ces différents état<^\ par suite de mariages, par voie d'achat ou d'héritage, {cassèrent en la possession des ducs de Bourgogne et fondèrent parleur richesse et leur importance commerciale la puissance de cette maison princière.
' En 1477, le mariage de Marie de Bourgogne^ Tunique héritière de Chairles'^e'Têméraire, dernier duc de Bourgogne, avec Varchiduc Mcucimilien (qui devint plus tard, en 1493, empereur d'Allemagne sous le nom de Maximilien I®^, transféra à la mai* ^son de Habsbourg les états réunis jusqu'alors sous le sceptre de Bourgogne. Ckarles-Quintf petit-fils de Maximilien, né à Gand en l'an 1500, empereur d'Allemagne et roi d'Espagne, hérita de tous ces petits états et les fit passer sous la domination espagnole. Le gouvernement impopulaire de son successeur Philippe II amena le soulèvement des Pays-Bas contre l'Espagne. Cette célèbre révolution aboutit à l'affhinchissement des provinces septentrionales qui composent actuellement le royaume des Pays- Bas; quant aux provinces méridionales, la Belgique actuelle, elle lutta vainement et retomba sous le joug espagnol. Cependant elle reconquit ses franchises communales, dont la perte avait été le premier motif du soulèvement (sous le gouvernement à^Alezandre Famise, duc de Parme).
En 1596, le roi PhUippe II transmit let Fi^ê-Bas, à titra de fief, à sa fille CUdre-IiabeUe'Euçénief marine à rarchlduc d'Aotriche AiJbert^ goavernear-gtfn^rftl des prorincet méridionales depuis 1595. Après la mort d'Albert et d'Isabelle, le gouTemement de la Belgique retourna à FEspagne, qui le maintint jusqu'à la paix de RaÂtadt, en vertu de laquelle la souveraineté passa à rAutriche(i714j.
Dès iors, les „ Pays-Bas autrichiens^ firent partie intégrante de la monarchie autrichienne et furent administrés par des gouverneurs-généraux. Ceux-ci, ordinairement choisis parmi les membres de la famille impériale (nous citons particulièrement MarU'EUaàbeth, 1725—1741, CkarUè-ÂUmindre, duc de Lorraine, 1744—1780, Marie-OAW«<me et son époux AlheH et Saxe-Tegehen, , 1781—1792), s'attachèrent à faire refleurir le commerce et les arts, protégèrent les lettres et les sciences, et le.s Belges conservent encore toujours un soutenir de respect et de reconnaissance à l'impératrice Marie^Thérlse, fondatrice de Pacadémie des sciences et belles-lettres de Bruxelles.
La résistance qu'opposèrent les Belges aux réformes tentées par l'empereur Joseph 11^ dégénéra en révolution, et vers la fin de 1789 le régime autrichien avait cessé d'exister; la nation s'était affranchie sous le nom d'Etats-Unis de la Belgique, gouvernés par un congrès. Oette indépendance ne dura qu'un an, et l'Autriche reprit possession du pays sous Léopold IL
Cette révolution, dite brabançonne, fraya la route aux Français, dont le clergé non moins que les libéraux avaient ^pelé le concours. Les guerres de 1792 à 1794 se terminèrent par la réunion à la France des provinces autrichiennes, ainsi que. de la principauté de Liège, qui jusqu'alors avait fait partie de l'empire germanique. La Belgique fut divisée en 9 départements, dont voici les noms, ainsi que ceux de leurs capitales : Dyle (Bruxelles), Escaut (Gand), Lys (Bruges), Meuse-Inférieure (Maestricht), les Deux-Nèihes (Anvers), Ourthe (Liège), Sambre-et^Meuse (Namur), Jemappes (Mons), Forêts (Luxembourg). Le gouvernement français dura jusqu'en 1814.
Le traité de Londres, du 28 juin 1814, et les dispositions du Congrès de Vienne du 7 juin 1815, établirent la réunion de la Belgique et de la Hollande sous le nom de Royaume da Pays- Bas et sous le sceptre de QyiUaume d^ Orançe-Nussau, fils du dernier stadhouder des sept Provinoes-Unies. Cette union fut dissoute par la révolution de septembre 1830. Un gouvernement provisoire convoqua le 10 nov. suiv. un Congru national^ qui, après avoir voté la constitution du nouvel Etat, élut roi des Belges d'abord (3 février 1831) le duc de Nemours, 2® fils du roi des Français, puis, après le refus d'acceptation de la part de Louis- Philippe, le 4 juin suivant, le prince Léopold de Saxe-Cobowrg. Le roi Léopold fut installé le 21 juillet 1831 et le pays a célébré solennellement en 1856 le 25^ anniversaire de son règne.
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Le traita conclu entre les puissances qui composèrent dans le différend hollando-belge la conférence de Londres, sous la date du 15 noT. 1831, et qui ne fut ratifié par la Hollande qu'en 1839, fit entrer, en lui accordant une neutralité perpétuelle, le royaume de Belgique dans le rang des états de l'Europe et fixa les limites et les rapports internationaux entre les deux royaumes qui avaient formé le royaume des Pays-Bas jusqu'en 1830.
Le roi Léopold 1®', né en 1790, veuf en 1817 de Charlotte- Augtista, fille et héritière présomptive de Georges FV d'Angleterre, et en 1850 de Louise, fille de Louis-Philippe, roi des Français, est l'oncle du duc régnant de Saxe-Cobourg, de la reine Victoria d'Angleterre et du prince Albert, et grand-oncle du roi de Portugal. Le prince royal, héritier du trône, est^ Léopold, duc de Brabant, né en 1835, marié en 18Ô3 avec Tarchiducfaesse Marie, fille de feu Tarchiduc Joseph. Le deuxième fils du roi, Philippe, né en 1837, porte le titre de comte de Flandre ; le troisième eniknt, la princesse Charlotte, née en 1840, est mariée depuis 1857 à J'archiduc Ferdinand-Maximilien, frère de l'empereur d'Autriche, élu empereur du Mexique en i863.
L'étendue superficielle du pays est de 2,945,539 hectares ou 1178 lieues carrées métriques ou ô36 milles carrés géographiques, de sorte que la Belgique, comme territoire, occupe le 19^ rang p^^mi les états de l'Europe. Sa plus grande longueur, prise du nord-ouest au sud-est (d'Ostende à Arlon) est de 56 lieues; sa plus grande largeur du nord au sud (de Hoogstraaten à Ghimay) est de 84 lieues à 5 kilomètres (la lieue tisur çaise vaut 4 kilom., le mille allemand et hollandais, lieue de 15 au degré, 7.*^® kilom.). Le royaume est divisé en neuf provinces, qui sont, rangées selon leur étendue superficielle: Luxembourg (15 pour cent du royaume), Hainaut (12. 6 p. c), Namur (12. 4 p. c), Brabant (11. 1 p. c), Flandre occidentale (10. 9 p. c), Flandre orientale (10. 1 p. c), - Liège (9. 8 p. c), Anvers (9. 6 p. c), Limbourg (8. 2 p. c). La population, qui n'était en 1831 que de 3,785,864, s'est élevée lors du dernier recensement (janvier 1862) l 4,782,255 habitants, dont environ 2 millions de Wallons sur 2V2 ^^ Flamands. On ne compte officiellement qu'environ 10,000 habitants ne professant pas la religion catholique: dans ce nombre sont compris 1400 juifs. On trodve des communautés protestantes à Anvers, Bruxelles, Qand, Maria- Hoorebeke, Dour, Pâturages, Tournai, Rongy, Gharleroi, Liège et Verviers. Quant à la densité de la population, elle s'établit pour les diverses provinces de la manière suivante : .on compte sur 100 hectares (1 kilomètre carré) dans Ja Flandre orientale 263, Brabant 235, Hainaut 212, Flandre occidentale 195, Liège 178, Anvers 158, Limbourg 80, Namur 79, Luxembourg 45 habitants. La moyenne du royaume est de 167 habitants sur 100 hectares, ou de 3973 habitants par lieue carrée métrique, ou de 87^5 hab.
Tl HISTOIRE KT STATISTIQUE.
par mille carr^ géographique. En Franee, il y a par mille carrif géographique 3661, en Hollande 5549, en Prusse 3476 hab. Mais, si la Belgique présente une population plus compacte que celle de la plupart des pays européens, il faut constater aussi que dans la Flandre occidentale le 8^ habitant, dans la Flandre orien* taie le 16^, dans le Hainaut le 20^, dans le> Limbôurg le 24®, dans Liège le 28^, dans le Brabant le 36^, dans Anvers le 41®, dans Namur le 91®, et dans la province la moins peuplée, le Luxembourg, le 660® habitant est inscrit sur les registres des bureaux de bienfaisance. Le Luxembourg est, on le voit, la province qui compte le moins de pauvres; elle est aussi celle qui compte le moins de riches. Tandis que dans le Bradant il y a 115 éligibles au sénat, c'est-à-dire 115 chefs de ménage âgés de plus de 40 ans et payant au moins 2116 ù. d'impositions directes, le Luxembourg n'en renferme que deux. On compte un ecclésiastique séculier sur 950 hab.; le traitement alloué par l'état au clergé séculier s'élève en moyenne à 718 francs par individu. Le nombre des communautés religieuses est en voie de progression en Belgique: en 1846 on y comptait 778 communautés renfermant 2051 hommes et 9719 femmes; en 1856, 962 communautés, renfermant 2523 hommes et 12,330 femmes. La plupart des communautés religieuses poursuivent un but hospitalier ou d'enseignement. Les donations et les legs en faveur des cultes s'élèvent depuis 1831 en moyenne à 803,132 fr. par an. Le paya est divisé en 5 évéchés (Liège, Namur, Tournai, Gand et Bruges) et
1 archevêché (celui de Malines). L'archevêque de Malines (le titulaire actuel est cardinal) jouit d'un traitement égal à celui d'un ministre à portefeuille.
Armée. La composition générale de l'armée beige (elle se recrute par enrôlement volontaire et par la voie du sort), est, quant à l'effectif en solde, sur le pied de guerre, de 3373 officiers, 96,977 hommes de troupe ; sur le pied de paix d'environ 40,000 h. (87Ô4 chevaux). Elle est divisée en quatre divisions, correspondant à autant de commandements territoriaux et commandés par un lieutenant-général (Gand, Bruxelles, Mons et Liège). Organisation des corps: Infanterie, 1 régiment de carabiniers, 12 rég. d'infanterie de ligne, 2 rég. de chasseurs et 1 rég. de grenadiers (les régiments ont génér. 5 bataillons à 6 compagnies). Cavalerie,
2 rég. de chasseurs à cheval, 4 rég. de lanciers, 1 rég. de guides. Artillerie, 4 rég. Oénie 1 reg. En 18 ')ô on comptait sur 1000 coudcrits 345 ne sachant ni lire id écrire, (dans le Luxembourg seulement 41, dans la Flandre orientale 454).
Les couleurs du pays sont, depuis 1831, rouge, Jaune et
noir, juxtaposés verticalement conmie celles de France. Ce sont
les couleurs de l'ancien duché de Brabant, sous lesquelles la
révolution brabançonne, dirigée par Vandemoot et Vonek, avait
^omphé du régime autrichien en 1789 (p. 20). I^s armes du
royaume sont If* îion du Brâbatit dressé', avec la lé^gende : ^.L'union fait iii force''. La dette de T^tat .^V'Ievait à U fin de 1861 à 631 Vît le budget des rerette^ pour 1863 h 156 millbns. La limite civile du roi est de '2,75L3*22 fr., la dotation du priiK't* royal de 50 i,000 fr,
Ati point de vue a r t i sî t i q u e ^ on peut nommer Gand la ville des frères Van Eytk (^t-ommen rement du 15* siècle), Hrugeâ celle de Memling (fîn du 15*^ tiède) et An fers relie de Ruhens (commencement du 17^ siècle}.
Les vers suivant.^ sont généralement cittfâ pour capêct^riser les diverses vllleti de la Belgique :
Nnhiiibns Bruidlu viris, Aniwerpia nummi».
OanduKum taquth, formoêh Bruga 'putlli», Lfman'mm dùcth, i^audti Mechlinia stultis.
^Bruxelles peut se glorifier de sa iiobleiise, Anvers de êm~ flnancicTs, Gand de ses corder aiu cou (allusion k sa soumission après la révolte de 1540, R. 13); Bru^ef? v.^nte &e.^ lïelles filles, Louvain ses saifantâ et Malines bcs fous,** On dit que la dernière pointe fait allusion à un Aénement de l'histoire Malinoise. Un jour les bourgeol-s mirent en mouvement toutes les pompes à incendie de leur bonne ville; après bien des effortSy Ils découvrirent que le feu qu'Us fombattaîent éUH tout bonnement îa lune qui scintillait à travers îes ouvertures de leur tour.
Les oieilleures carteë de la Belgiquis proviennent de VEtahliasement géographique de Ph^ Vandermael^n h Bruxelles (p. 78 J. Nous citouiâ particulièrement: la Carte de la Belgique, 250 feuilles, échelle de 1 : 2O,O0(), prix 50O fr., 2 fr. 50 c. U feuille i ïa Carte de la Beiffique, 25 feuilles, Rebelle de 1 : 80,000. prii 150 fr,, 7 fr. la feuille; et la Carte yéoiogîque de lu Belffi'{ue, exécutée par ordre du gùutemement êotti les auspices de l'Acndémie royale des sciences^ dea Uttrea e< des beaux-arts^ par André Dumotit (f ISfiT). profeifieur de minéralogie et de géologie h Vuniverëité de Liëye^ 9 grandes feuilles; échelle de 1 : 160,00(1 pri\ 3iJ fr. , mve. des plus belles cartus çilologiques qui existent*