LES RÉSULTATS DU RÉGIME LÉOPOLDIEN
Il paraît qu'ciiaval nous trouverons poules et chèvres.
4 septembre.
Outre les vivres apportés par le chef, M. Vallo a pu acheter !»o œufs contre du sel. De sorte que je suis envahi de petit bétail et de volaille, lionne affaire, d ailleurs. Tout cela va partir de suite vers les rapides Laniberniont, sous la conduite de six malades, savoir trois soldats et trois porteurs, qui rentrent à petites étapes, et emmèneront 7 moutons et 12 poules. Vrai! il y a plutôt une différence avec les villages qui sont en contact immédiat des postes !. . .
10 septembre.
On va toujours bon train, le long des sentiers que le passage des troupeaux entretient larges et suffisamment dégagés; mais toujours pas une bête à voir, sauf des chèvres et des moutons. On dirait que les gens tiennent beaucoup moins à ce petit bétail qu'à leurs grosses bètes qui. toutes, sont aux cachettes; seules, les empreintes de sabots, les bouses nombreuses, les enclos entourés dabattis épineux, disent l'existence de grands troupeaux dans tout le pays. C'est la première fois que je vois pareille richesseindigène.
17 septembre.
La route que nous prenons a été jadis désherbée par un blanc, appelé du nom indigène de Koloni. Il s'agit d'un certain X..., qui fut d'abord dans une colonie scolaire avant d'être chef de poste de la Taffari. Cet agent a laissé les plus tristes souvenirs. Ou raconte qu'à son départ du poste de la Taffari, il organisa, des fêtes, au cours desquelles il fit égorger tout le troupeau de petit bétail de son poste, soil 200 chèvres et moutons.
18 septembre.
Au poste de la Taffciri.
Quelle porcherie, où blancs et noirs, poules et chèvres vivent pêle-mêle. Une étroite zériba enclôt tout cela... Le jardin légumier est surtout riche en salades ; on y voit aussi une poignée de cresson alénois; 6 ou 7 radis poussent en graines, et de la moutarde feuille de chou. C'est tout, absolument tout. Il n'y a ici aucun arbre fruitier introduit, ni grand, ni petit, sauf une soixantaine de petits papayers; ni bananiers, ni mamcoudjas, ni ixmxnas, ni citrons ; ricMi !
La maison du chef de poste est un taudis infect, vcrmineux et bas, où il pleut à gogo.
Il paraît qu'au Nil on trouve encore des gens se vantant des temps kéroiques oii l'on faisait des razzias mettant ce malheureux pays à bout.
100 LA UKLGIOl'K ET LE CONdO
Mais s'occuper (h's cultures, phiuter des arbres pour l'inenir, avoir un beau posle. bon pour des pékins. cela. On est soldat, c'est pour faire la guerre, n'est-ce pas " La guerre, ces abominables actes de bitiidits ! Tout ce que l'esprit imlilairc moderne a de beau et de grand n'a jamais, ou bien peu. été connu au Congo: on n'a étalé que les vices du soudard : paillardise, fainéantise, ivrognerie et parfois couardise.
Bien onleudii Ions les postes du Cougo ne ressemblent pas à celni de la ïallari, non pins qne tous les i;nerriers de Bnla Matadi ne répondent au signalement qu'en donne le commandant Lemaire.
Eu règle générale, même, les stations de l'Klat — du moins celles que j'ai vues — sont bien aménagées, mieux aménagées, paraît-il, que dans les colonies voisines; mais en général, aussi, elles n'ont que de maigres cultures vivrières. ne possèdent guère d'arbres fruitiers, et vivent sur le pays, d'autant plus insupportables aux indigènes quelles ont plus de bouclies à nourrir.
Est ce à dire que partout il en soit ainsi; que partout le voisinage des blancs soit une malédiction pour les noirs, et que tout soit à condamner dans ce qui a été fait, jjendant un «juart de siècle, au Cougo, par IKtat Indépendanl on par les Européens établis dans l'Etat Indépendant?
Ce n'est pas ce (|ue nous voulons dire.
Le Cougo est un nioiule. Dans ce cin(iuième de continent, des milliers d'Iiommes ont exercé leur action : missionaaires, commerçants, planteurs, médecins, officiers, agents d'administration. Les unsétaient excellents, d'autres bons, médiocres, mauvais ou détestables; les uns étaient possédés du désir d'être utiles à leurs semblables, d'autres, au contraire, étaient v«'nus en Afri(jU(îpour se faire une position, ou |M)nr amasser, liùtivement, et par tous les moyens, une fortune.
Comment serait il possible, dans ces conditions, de porter, sur ces actes (-omplcxcs, tiu jugement uni(|ue, valabl(> pour toutes les parties d'un territoire; immense, ([iij .soit une apo logie ou une condamnation?
Des voyageurs (|ui n'avaient pas (juitle le cliemin de fer ou
Lies niisULTATS DU RKCIME LKOPOLDIEN 101
le balcaii à vapeur et, qui n'ont vu du Coni^n que les plantations (lu Mayonihc, l'ceuvre, vraiment adniirahle, du clieniin (le fer des eataractes, ie beau port' fluvial de Léopoldville, les stations ou les camps, si bien ordonnés, de Lisala, d'Irebu ou de Coquilhalville, les missions des Jésuites de Kisantu, des Scheulistes de Nouvelle-Anvers, deg Baptistes ou des Presbytériens de Bolobo, d'Upoto, de Luebo', ont pu, de très bonne foi, se figurer ([ue tout était pour le mieux dans la meilleure des colonies.
Mais, n'ayant pas mis les pieds dans la forêt ou dans la brousse, ils se sont fait du Congo une opinion aussi unilatérale, et, par conséquent, aussi fausse que celle d'un sociologue qui ferait l'éloge d'un grand magasin, après avoir vu ses installations centrales, sans tenir compte de la misère des ouvriers à domicile qui ne reçoivent de ce grand magasin que des salaires de famine.
D'autre part, il faut également se méfier des jugements pessimistes que portent sur le Congo des philanthropes, des uégropliiles, qui n'y ont jamais été, et qui se sont fait une opinion en lisant les récits des missionnaires protestants, les rapports des consuls anglais ou américains, les comptes rendus des procès qui ont été faits à des blancs ou à des noirs coupables d' « atrocités ».
Non pas, bien entendu, qu'il faille mettre en doute la véracité de la plupart de ces témoignages.
Si des erreurs ont pu être commises, ou des exagérations, les accusations portées contre le régime Léopoldien ont été. en gros, reconnues exactes par la Commission d'enquête de 1905.
Mais que l'on suppose un étranger se faisant une opinion sur un pays d'I^irope, sans l'avoir vu, et en se fondant uni- ({uement sur les constatations d'enquêtes ouvrières, de rapports sur le sircalinr/ system ou sur la question des logements dans les grandes villes, de stalisti(iues criminelles ou de comptes rendus de procès d'assises : n'arrivera-t-il pas fata-
1. Voir K. Vaniii;iivki.ije. Les derniers Jours (/e l'Élal du Congo.