‹ La Belgique et le Congo, le passé, le présent, l'avenirChapitre 51 sur 125 · Séance de la Chambre des Heprésenlants du 4 mai 190S · texte numérisé non relu

Séance de la Chambre des Heprésenlants du 4 mai 190S

\'M\ LA IIEI.C.KHE KT I.F. C.iINl.O

ineiil. 11 allirniait, et le gouvernemeiil avec lui, que tout l'aelif du Congo, comme de la Foudatiou. était remis à lÉtat, à la Belgique, et que, par conséquent, ceux (jui accusaient ] Léopold II d'avoir commis un détournement au préjudice de la colonie, ne basaient cette injustiliable attaque que sur des confusions évidentes et des suppositions contraires à la vérité.

La Chambre le crut. Une minorité seulement, dont nous fûmes, continua à réclamer des comptes. Le traité de reprise fut voté, tel quel, le iiU août 190^, par 83 voix contre 54 et i> abstentions, et, jusqu'à l'ouverture de la succession du Roi , on ne parla plus guère des 80 millions.

Tout au j)lus quel((ues feuilles radicales ou socialistes rappelaient-elles, de temps à autre, cette afiirmation d'un journal conservateur d'Anvers, le Handcbhlnil, que ces millions avaient été donnés par Léopold 11 à sa maîtresse, la baronne Vaughan'. I

^ (t. L.V SUCCESSION UOV.M.i:

Le Hoi mounil un an après la reprise dti (-ongo, le 17 décembre IHÛÎ).

Son testament, publié le soir même, était ainsi conçu :

J'ai hérité de mes parents i:i millions. Ces 15 millions, a travers bien des vicissitudes, je les ai toujours reliu^ieusomeut conservés. Je ne possède rien (rautre.

Apres ma mort, ces 15 millions deviennent la propriété de m(>s héritiers el ils leur seront remis par mes exéculeurs teslamen taires. afin cpie mes héritiers se les parta^M-nl

Je veux mourir dans la relij^ion caUiolupie, (jui csl la mi(Muie. Je veux être enterré de {j^rand matin, sans aucune pompe. A pari mon neveu .Mbeit «>t ma maison, je défends (pie l'on suive ma dépouille.

Il lie fui tenu aiiciiii coiiiple de ces supi'émes volontés.

Le Itdi avait deiiiaiide a èlre enterré di; grainl matin : (iii

1. Il luiralt (riiilli'iirs pruhithU- (|iit> les liltcnililés i-oti.sidiTiibles failes |ijir le Itoi II .M"* llliiiK-lie hi-liicniix. dilc Itaniiine ViiiiKlian, n'ont pas Ole fdileA av<T les (lenieiH |ir(i\ iiiiiiit de la J'diidalic/M de la Couronne.

LA REPIUSE ET LES RAPPORTS ENTRE LA HELfilQCE ET LE CONGO d 37

célébra ses funérailles, en grande pompe, au milieu d'une foule immense dont l'attitude, peu recueillie, fit scandale.

Le Roi déclarait ne posséder rien d'autre que les quinze millions dont il avait hérité : à peine? était-il enterré, que les avocats des princesses se mettaient en quête, procédaient à des opérations d'inventaire, interrogeaient des personnes de l'entourage royal, et ne tardaient pas à découvrir qu'à côté des U) millions légués à ses filles, Léopold H possédait tout une fortune; placée ou déposée dans des sociétés ou des fondations d'une légalité au moins douteuse.

Dès le premier jour, on apprit, par le Moniteur belrje, qu'à la date du 27 novembre 1909, le Roi avait fondé, au capital de ri. 400. 000 francs, une prétendue société commerciale, la Coiupdgnic pour la conscrcation et ï" embellissement des Sites, dont presque tous les apportscousistaient en immeubles ayant appartenu à la Fondation de la Couronne '.

Quelques semaines après, les journaux annonçaient que le Roi et son médecin le D' Thiriar, avaient fondé, au capital de :2. 480. 000 francs une société civile, la Société de la Côte d'Azur, pour les résidences d'hiver de la famille royale ou pour l'hospitalisation des convalescents du Congo. La majorité des

I. A la premiiTO séance d'inventaire, le baron Aiig. Goffinet, administraleurdela Liste civile, déclare que « la fortune royale comprend, outre l'avoir elles litres au.xquels se réfère le te.slamenl royal, les parts sociales attribuées au roi Léopold il dans la Société des Sites.

« Il déclare en outre qu il lui a été fait, à lui, Auguste Goffinet, attribution de sept mille parts dans la Société des Sites pour des immeubles qu'il a, lui, apportés, mais qui, en réalité, ne lui appartiennent pas.

« Ils ont été acquis, d'après les ordres du Roi, au moyen de fonds du Domaine de la Couronne.

« Le baron Constant (ioffinet déclare égaleiiienl (pi'il avait apporté à la même Société des Sites deu.x immeubles (pii avaient été ac(iuis. d'après les ordres du Hoi. au moyen de fonds ajjpartenant ù la Fondation de Niederfullbacli.

<( Il (ni en outre déclaré f|ue le lloi jjossédait, outre les valeurs |)récitées :

« 1" 10.000 hectares dans le Mayund)e :

" i" Certains immeubles qui avaient et'' ac(piis par des tiers pour le Hoi.

« Le baron Goflinet déclare, pour le surplus, (|u'il était encore inscrit à son nom deux séries d'immeubles, situés à Ixelles et dans les environs des rues Galilée, du PcMe et du Méridien, et (|ui. en réalité, avaient été acquis avec des fonds ne lui apparlenanl pas. »

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actions y apparhMiail au h' Tliiri.ir. mais personne ne douta (jue cet honorable praticien ne fiU un prète-nom.

Enfin, vers la ini jiiiivitM-, on révéla l'existence d'une troisième personne morale, due également aux œuvres de Léopold 11. la fameuse Fondai ion de yicderfullharh, qui possédait ou détenait des immeubles et des capitaux d'une valeur totale dépassant quarante millions.

Ajoutons, pour être complet, que l'on trouva dans la succession, au lieu des quinze millions dont parlait 1^ testament, vinj^t millions en valeurs diverses.

Bref, à supposer que les biens de Niederfullbach, de la Société de la Côte d'Azur, ou de la Compajïuie des Sites, appartinssent au Roi et dussent être compris dans sa succession, ce n'est pas à quinze millions, mais à quatre-vingts millions et plus que cette dernière devait être évaluée.

Aussi discutait-on, à grands renforts d'arguments juridiques, la (juestion de savoir si les fondations et sociétés royales étaient valables, lorsqu'une note, parue dans un journal bruxellois, la Gazette, vint révéler un fait nouveau, d'une gravité indéniable, qui devait nécessairement transporter le débat sur un autre terrain.

La (iazette, en effet, allirmait l'existence, dans le patrimoine personnel du Hoi et dans la Fondation de Niederfullbach. d'un nombre considérable de fonds de l'Ktat congolais, dont on ne tarda pas à connaître le relevé exact : il y en avait pour ll.i86.i)00 francs dans le patrimoine personnel et |»our I.S.JJiO.OOO francs dans la Fondation, soit, en tout, pour â.'i.07<).uÛ0 francs.

Cela étant, il était impossible de ne pas se demander d'où venaient ces fonds d'Ftat congolais, et comme il était peu probable que le Soiiv<'iaiii les eiU acInUés, comme il avait d'autre part déclaré (|n il in' réclamait rien |)our le rembouisemf'iit de ses avances au (Iom^mi. la présence de fonds c(»iigolais dans sa succession devait nécessaireinenl ilDiiner lieu à dcK suppositions f;^('heuses.

LA RKPItlSE J:T r.K> RAPI'OUTS ENTRE LA ItELlJKjLE ET LE CDM.o 139

De ce momeut, d'ailleurs, les révélatioos se rnulli{)lièrent, el, fiualenieût, les journaux officieux déclarèreut qu'il y avait eu de la part du roi Léopold II des réticences, au sujet de valeurs coasidérables ayant fait partie du patrimoine de la t'ondatiou de la Couronne ; que ces réticences avaient été découvertes au cours des discussions ouvertes sur la succession royale; qu'au surplus, rien n'était perdu, puisque les valeurs se trouvaient dans les nouvelles fondations.

On reconnaissait, par conséquent, cette chose énorme ({u'en 1008, contrairement aux déclarations formelles du Gouvernement, le Roi n'avait pas remis à la Belgique tout l'avoir du Congo ou de la Fondation de la Couronne, qu'il avait gardé par devers lui une partie considérable de cet avoir, que les millions ainsi retenus se trouvaient, soit dans la Fondation de Niederfullbach, soit dans la Société de la Côte d'Azur, ou la Compagnie des Sites.

Quant à la destination et à l'importance des biens ainsi retenus, le Roi s'en était expliqué dans une lettre adressée, le 21 août 1909, à AI. Pochez, fonctionnaire belge et trésorier de la Fondation de Niederfullbach.

D'après cette lettre, la fortune de Niederfullbach se composait, outre les immeubles, de titres valant o millions de marks et de titres valant 2U.430.000 francs, qui y étaient simplement déposés et devaient servir, soit à subventionner la Société de la Côte d'Azur, soit à exécuter, par l'intermédiaire de la Compagnie de Sites, des vastes travaux publics, soit à aider au développement de la marine marchande.

Nous retrouvons donc, dans la lettre à M. Pochez, toutes les idées qui ont dominé le Roi, dès le début de son règne.

C'est pour favoriser l'expansion commerciale de la Belgique, pour la parer de monuments somptueux, pour être à môme d'exécuter, sans devoir passer par les Chambres, d'immenses travaux publics, qu'il pressura pendant vingtans les indigènes du Congo et que, devant le refus du Parlement de maintenir la Fondation de la Couronne, il ne craignit pas de recourir

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