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LE SOCIALISME ET L ABOLITION DU TRAVAIL FORCE

I 4. — La possibilitk du travail libre.

Adversaires de toute exploitation de l'homme par l'homme, les socialistes ne peuvent que condamner, d'une manière absolue, tous les systèmes qui, sous des noms divers, aboutissent à contraindre les indigènes à travailler au profit des colons, ou du gouvernement des colons. Ils ne sont pas seuls, d'ailleurs, à penser ainsi. Des économistes comme MM. Girault et Leroy-Beaulieu ^ se prononcent dans le même sens et sont d'avis que, si le recours à la contrainte peut donner des résultais momentanés plus rapides, c'est aux dépens de l'avenir

Sans doute. — dit .M. Leroy-Beaulieu, — on pourrait inventer des systèmes ingénieux, qui masqueraient l'iniquité du procédé. On pourrait dire, pare.xemple. qu'un blanc, habitant le continent de l'Europe, est assujetti à deux ou trois années de service militaire, et, une fois ce temps accompli, à plusieurs périodes successives de vingt-huit jours ou de treize jours de même service ; ainsi on pourrait imposer aux noirs adultes de pareilles durées de travail, soit sur les chantiers publics, soit sur des chantiers privés déterminés. On pourrait invoquer à l'appui de cette assimilation enlre le temps obligatoire du travail des noirs et le temps obligatoire du service militaire des blancs, dés raisons captieuses.

Mais, au fond, cette œuvre est mauvaise. Elle ferait fuir les noirs des districts où l'on introduirait ce système ; elle dépeuplerait ces régions. Elle associerait, en outre, étroitement, chez ces populations l'idée du travail, surtout du travail au service des blancs, à l'idée de contrainte et de servitude. Il en résulterait que le travail serait de plus en plus méprisé et honni par elles. Au lieu de préparer et d'initier les indigènes à un labeur volontairement accepté, ou même recherché, on rendrait leur esprit complètement rtii'ractairc à cette idée.

On ne saurait mieux dire.

Mais, dès l'instant où l'on renonce, systématiquement, à la corvée, à limpot eu travail, aux autres formes, plus ou moins avouées, de contrainte, est-il possible de recruter une

1. Gni.^n.T. Principes lie colonisu/ion et de lér/islalioti coloniale II. p. 475. — l.,EK()Y-BEAL:LiEr. De 1(1 colonisation chez les peuples modernes, b« cdit. II, pj). fiOll ol suiv.

Vandeiivklde. — Con-îO. 14

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main-d'œuvre Jibre sullisaule pour faire face à tous les besoins :'

Nous avons reconnu que c'est dillicile. Nous croyons avoir montré aussi que, tout au moins dans certaines régions, et pour certaines catégories de travaux, ce n'est pas impossible.

Sagit-il. par exemple, du portage des hommes qui ont une expérience colouialo incontestable, comme Koureau, Galliéni, etc., afïirment que la corvée n'est pas indispensable et (lue les indigènes, habitués à ce genre de travail, s'y prêtent volontiers, pourvu qu'on ne les surmène pas et qu'on les rémunère convenablement.

Mais si, dans des conditions normales, le recrutement des parleurs se fait avec une facilité relative, en est-il de même lorsqu'on a besoin de plusieurs centaines ou même de plusieurs milliers de travailleurs, pour des entreprises à l'européenne, telles que l'exploitation des mines ou la construction et l'exploitation duu chemin de fer?

On ne saurait contester que, dans pareils cas, les difficultés sont beaucoup plus grandes et que souvent, dans l'impossibilité — si l'on ne recourt pas à des ré(}uisilions — de trouver sur place des ouvriers en nombre sulïisanl, il faut recourir à des travailleurs étrangers.

A cet égard, nul exemple n'est plus cara('liMisli(|ue et plus instructif (jue celui du chemin de fer de Matadi au Stanle\ Pool.

Les premiers temps de la construction furent terribles. Faute de main-d'œuvre locale, on eut recours à des gens de la côte, à desZanzibarites, |)uisàdes Chinois et à des nègres des Antilles. Parmi ces travailleurs importés, la mortalité fut énoniie. Les Chinois et les ouvriers venus des .\uliUes nnni rurent presque tous ou durent être rapatriés. Les Zanzibariles ne résistèrent pas beaucoui» mieux. Il fallut, bientAt, s'en tenir aux Sénégalais, aux Sicrra-Leonais, aux Akkra, et, au bout de quatre ans, la situation sanitaire devint normale.

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Plus de sept mille hommes, à celte époque, se trouvaient sur les chantiers. Les désertions, très fréquentes à l'origine, se faisaient de plus eu plus rares.

Néanmoins — dit M. Goffin' — la production restait faible; la (ontraiiile indirectequi consi.staiL à priver de la ration, du salaire et du logement, les hommes ne travaillant pas, pouvait amener les noirs sur les chantiers, mais ne suffisait pas à leur faire donner un rendement raisonnable. C'est alors que fut généralisé le travail à primes, qui n'avait été employé jusque-là qu'avec certaines équipes délite et dans ceitains cas spéciaux : les hommes présents sur les chantiers continuaient à recevoir le salaire fixé au contrat d'engagement, eif de plus, il était attribué à chaque .brigade une prime calculée d'après l'importance de la tranchée et la difficulté du travail, et inversement proportionnelle au délai dexécution accepté par la brigade. Si ce délai était dépassé, la prime était supprimée. C'était le travail à la tâche avec minimum de salaire.

Le résultat fut immédiat. La production moyenne journalière, transport de terres compris, fut doublée eu ce qui concerne les travailleurs sénégalais, les meilleurs de la Compagnie: celle de l'ensemble du personuel de l'infrastructure fut augmentée de plus de moitié, passant de 0.841 à 1,377 mètre cube. Dans ces conditions, les frais généraux de la Compagnie, étant répartis sur un plus grand nombre de kilomètres, le prix de revient kilométrique fut réduit, en même temps que les frais de surveillance devenaient beaucoup moins considérables.

Depuis, les mêmes méthodes ont été appliquées à l'exploitation Peu à peu, les ouvriers de la côte que l'on rapatrie, ne sont pas remplacés. Le recrutement se fait sur place. Le personnel, qui se compose d'environ :2.300 hommes, compte plus de il.OQi) Bacongos- et ces derniers, convenablement nourris, et payés, en moyenne, deux fois plus que les travailleurs des postes de l'État, sont la preuve vivante que, si les problèmes de main-d'œuvre en Afrique sont difficiles, ils ne sont pas insolubles.

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