‹ La Belgique et le Congo, le passé, le présent, l'avenirChapitre 69 sur 125 · I. GoKFi.\. Le chemin de fer du Congo, p · texte numérisé non relu

I. GoKFi.\. Le chemin de fer du Congo, p

212 I.A UELC.IQIE ET LE CONO.O

Mais, dira-ton sans doute, et nou sans quelque raison, la situation est bien loind't'tre la inùnie dans toutes les régions et pour tous les genres de travaux.

Si Ion peut, aujourd'hui, sans trop de peine, se procurer des ouvriers dans un pays comme le Bas Congo, où la civilisation a plus ou moins pénétré, et pour les travaux d'exploitation d'un chemin de fer, auquel les indigènes se livrent assez volontiers, les difFicultés sont infiniment plus grandes dans des contrées plus sauvages et peuvent, pour certains travaux du moins, devenir des impossibilités.

A cela. Ion peut répondre, tout dahord, avec Leroy-Beaulieu, (ju'il nesl |)as absolument nécessaire de mettre en valeur, immédiatement, toutes les parties du continent africain :

(^hiaïul miMiie — dit-iM — il faudrait, dans corlaines régions, des dizaines d'années, pour susciter, chez les noirs, plus de besoins et les liabiluer à un travail régulier: quand munie, à la rigueur, il y faudrait un siècle, on devrait, plutôt que de recourir à un mode quelconque de travail fdicé. se résigner à cette longue période. Les territoires que se sont partagés les nations «Mimpéennes, notaujuient en AlVicpie. exigeront ccrlainemenl plusieurs siècles pour être complètcuRMil mis en valeur. Les efforts devroni se concentrer d'abord sur les districts où la population noire «'sl assez dense, assez laborieuse, assez apte à une discipline pour fournir une main-d'œuvre à peu près régulière, et, de là, graduellement, ils gajj^neronl des territoires moins bien pourvus sous ce rapport... ^

I) autre |iai I. il n'est jias impossible d'accélérer cette i»éué 1 ration, en favorisant le développement des relations commerciales entre Kuroi)éens et indigènes, en répandant l'usage de la monnaie et en astreignant au paiement d'un in)|)(H modéré en argent ceux parmi les natifs (|ui lirenl un avantage direci des services rendus pai- le gouveriiemcMl cohiniai.

Dans ces conditions, ne fùice (jue pour payer l'impAt. les noirs seront amenés à fournir du travail aux entreprises européennes, et, si les paiements sont convenables, ils ne tar-

1 /". r,i , II, |i :,'.ii.

LE SOCIALISME ET LAltdLITION DU TRAVAIL FORCE 213

(leront pas à venir, de plus eu plus nombreux, ofTrir leur travail contre de l'argent.

Ainsi que le faisait observer M. Wangermée, dans une note adressée en 1008 au Groupe d'études coloniales de l'Institut SolvayS l'importance d'un bon paiement est reconnue par la majeure partie de ceux qui ont eu à faire travailler le noir, autrement que par la contrainte. C'est, par exemple, ce qu'écrivait, eu 1906, à son représentant au Katanga, M. Williams, qui a joué un si grand rôle dans la mise en train des travaux miniers du Katanga et de laRhodésie :

Vous devez bien comprendre que l'indigène d'aucun pays, noirou blanc, ne considère le travail niiniercoiiinie un agrénienl. et, pour son agrément, l'indigène d'Afrique ne travaille pas du tout. Son occupation consiste à l'aire la guerre, défondre sa maison, sa femme, ses animaux contre les attaques; sa femme est le vrai travailleur, et nous devons l'amener. lui, au travail.

Plus vous le paierez en or et lui assurerez des magasins remplis (le toutes sortes de beaux effel.-^. de perles, de pots, de casseroles, (le confitures (qu'il adore), de couteaux, etc., plus il poussera d'autres indigènes à venir gagner de l'argent, quand, chargé des produits de son travail, il rentrera au village d'où il était parti nu et pauvre.

Il représente, vraiment, le pauvre mendiant de notre pays qui ipnlte un milieu de pauvreté et de lutte, et revient, comme une sorte de richard, déposer son gain aux pieds de ses parents, de sa femme et de son amoureuse; le résultat net est que toutes les autres' femmes deviennent jalouses quand elles voient les dames amies du richard ornées de toutes les belles choses qu'il leur a données, et alors, tous les hommes sont tenus de faire de même, el ces mines deviemlront pu|)ulaires...

En somme, au témoignage de gens dont il est difllcile de ne pas dire que ce sont des gens pratiques, il est possible, presque partout, de trouver des ouvriers indigènes, pourvu que Ton s'arme de patience, que l'on y mette du doigté et que l'on u'bésite pas à reconnaître ce fait essentiel : dans les pdtjs neufs, le sahiridt n'est possible qu'à lu co)iilllinn de proen-

1. (iroupo, d'étiules coloniales do riiistilul Solvay. Le régime foncier du Conyo belge, 1909. ^

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irr (Ui traciulli'ur plus trdrtutUKjai </(/(' reiir qu'il pi'nl ohlfnif en trarailldnt pour son compte.

Dès riiistanl. eu effet, où les employeurs uonl pas des moyeus de coutraiule à leur disposition, ils se trouveut. visà-vis de ceux qu'ils veuleul euyager comme ouvriers, daus une posiliou beaucoup moius forte (jucu Europe, où toutes les terres et autres moyeus de production sont objets de propriété : chez uous. les prolétaires sont obligés, à tout prix, de veudre leur force de travail, sous peiue de mourir de faim: en Af ricjue, les iudij;èues out le choix entre travailler pour le blauc et vivre daus leur village, entretenus et nourris par leur travail ou par le travail de leurs femmes.

C'est ce qui fait, d'une part, qu'ils peuvent se montrer relativement plus exigeants, et, d'autre part, que la maiud'œuvre, daus les pays neufs, est loin d'avoir la stabilité et la régularité qu'elle présente daus les vieux pays.

Aussi faut-il y avoir recours seulement pour les travaux qui ne sont possibles que sous une direction européenne. Quant aux autres, et, par exemple, à la récolte des produits naturels ou à la culture du cacao, du coton, desarachides, etc.. ou doit se préoccuper de réduire le salariat au minimum et d'amener les indigènes à travailler pour leur comjite. et à veudre. à leur jjrolit, les produits de leur travail.

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