‹ La Belgique et le Congo, le passé, le présent, l'avenirChapitre 73 sur 125 · Sùaiice du 8 mars rJOr · texte numérisé non relu

Sùaiice du 8 mars rJOr

2. Cette df^rnière a.ssiM'tinn |)ai'ail CDiitroiivci' : dans la l'rovinro urientalc, |)ar o.Koiiiple. où la maladii' fail do grands ravages, les travailleurs du cliendn de l'er. bien nourris, sont ù peu près indemnes.

232 I.A HEI.t.lOlK KT l.K C.ONliO

Daas mio hrorluirc |tiil»litH' en l'.MlT. pur l;i l-'rdi'ial Ion pour la défense des inteirls liel^/es à rélraiiger ', ou uous apprend que le corps médical du Congo est orfjjanisé depuis ISSH. qu'il complait li médecins en 181)7. :2T en 100.'), plus de oO depuis lors; (|ne ce personnel, en majeure pailie heli^je, a puni' mission, indépendanunent des hôpitan.x ponr hlancs, de dirii;er les hôpitaux et les la/.arels indij;ènes; (jue les services nu'dicaux et pharmaceutiques sont {jçratuilemeut accordés à tous les noirs qui en font la demande; que des commissions d'hygiène publique étendent et poursuivent l'exécution d'un vaste programme d'assainissement, (jui fera diminuer de beaucoup la mortalité des blancs et des noirs; (|ue tous les postes et stations de l'Ktat possèdent un hôpital indigène ; (jue certains de ces hôpitaux — lioma et Léoi)oldville. par exemple — ont des installations tout à fait modernes; qu indépendamment des mesures j)rophylactiques. on a établi, contre la maladie du sommeil, de nombreux postes d'observation et des lazarets spéciaux, ainsi (juc le laboratoire de Léopoldvillc. (jui étudie» scientifiquement la redoutable maladie.

Tout cela fait très bien sur le |)apier.

Dans la réalité, hélas! les choses se présentent sous un aspect bien différent, et il ne faut pas être longtemps au Congo pour se convaincre (|in' lOiganisatioii sanitaire est terriblement insuffisante, tant au point de vue du service médical que des mesures hygiéniriues ou de l'hospitalisation des indigènes et des mesures prises pour combattre la maladie du sommeil

I Li;s MKnEc.iN^. — .\u nM>ment de la reprise, il y avait 30 médecins ponr tout h; Congo, c'est-à dire pour un territoire grand coninie (|ualre vingts fois la ltelgi(|ne Kiu'ore, un assez grand nombre d'entre eux se trouvaient dans le Has, si bien (jue. dans le Haut, d'immenses étendues restaient privées de tout service nn'dieal Puni- ne citer (|ue deux exemples, bus de Miuii piciuier voyage, eu l'.tOS. bss grands camps (rinstruciiun

\. l.'a»siHtance médicale iHdijjènv au Cuiii/o. *

LK SOCIAMSMK KN I, \ \'0\.niuVE INDKiKNE 23:1

d'Irebu et de Lisala, avec un iiiillicr de soldats noirs daos chacun et un cadre nombreux d'ofdcicrs et de sous-officiers blancs, n'avaient pas de médecin, et le médecin le plus proche se trouvait à un jour de navigation direbu, à trois jours de Lisala. Celte situation a pris fin, au surplus, depuis la visite du ministre des Colonies, à ([u'i javais signalé le fait, mais, dans l'ensemble, la situation laisse encore beaucoup à désirer, et ce ne sont pas, certes, les quelques médecins des compagnies commerciales qui peuvent su^ppléer à l'insuflisance numérique du personnel de l'État.

D'autre part, les médecins, au. Congo, se plaignent avec amertume de n'avoir aucune autonomie, aucune liberté d'action et d'être soumis à une discipline militaire qui les place sous la tutelle, parfois peu intelligente et toujours incompétente, des chefs territoriaux.

Le ministre des Colonies, il est vrai, paraît avoir été frappé de l'infériorité dans laquelle se trouvent les membres du corps médical vis-à-vis d'autres fonctionnaires. 11 a même pris un décret instituant cinq classes de médecins, afin de permettre à ceux-ci, qui ne pouvaient naguère dépasser le grade de capitaine, de s'élever plus haut dans la hiérarchie.

Mais, comme me l'écrivait l'un d'eux, « si ce décret n'est pas suivi d'un autre, qui organise le service sanitaire et lui assure l'indépendance, ce dernier restera un service hypothétique. Il faut bien vous persuader, .Messieurs les Représentants, que jusqu'ici, au Congo, il n'y a jamais eu de service sanitaire. Des médecins, oui ; de service sanitaire, par l'ombre. »

II. Les hôpitalx poi;ii noirs. — Il est exact qu'eu principe, les indigènes aient droit aux services médicaux et pharmaceutiques gratuits. Seulement, nous venons de voir ([ue les médecins ne peuvent suffire à leur tâche, et. d'autre part, on aurait grand tort de se faire des illusions sur les hôpitaux pour noirs qui existeraient, d'après la brochure citée ci-dessus, dans « tous les postes et stations de l'Etat ».

•2;U I.A ItKl.liKHK KT LK f.ONl'.d

Tout (i ahidd. celtt.' iffliniiatiim (>s( plus (nri'xam-ri'e : il n'y a d'hùpilaiix pt)iir uoirs que dans les slalioiis de iiiieUiuimporlaiice ; ailleurs, les indii^ènes ne peuvent compter (jue sur la bitîte à uiédicanients du missionnaire ou du chef de j)osle.

Eusuite. la plupart de ces hôpitaux sont de simples baraques, et s'il eu est, comme ceux de Boina, de Léopoldville. de Coquilliatville. qui sont convenables, sans plus, d'autres, et par exeujple celui de Maladi. sont, ou étaient en 19U8-H«05K dans un état véritableniçiil honteux.

On en jugera par l'extrait suivant de mon Jourual de voyage:

l'nc route larg^e et bien entretenue s'élève de la rive vers l'hôpital des noirs de la Compaiîtiie du chemin de fer, qui a le niomo médecin (jiic l'hôpital de liftât, cl lui l'ail vis-à-vis. L'hôpital de la Compagnie est tout bnltant neuf, lia coûté 80.000 francs. 1/installalion en est parfaite. Des lits de fer, avec des draps bien blancs, s'alignent dans la grande salle, serupuleusemenl propre, il y a peu de malades, pour un très nombreux personnel, l/hopilal de l'État est l'ancien hôpital de la Conq)agnie. C'est une l)ara(pie en bois, qui n'a jamais été très conforlabh*. et connne elle n'a plus été entretenue, depuis que l'Etiit l'a accpiise, elle se trouve dans un étal de délabrement scandaleux : les lits en bambou, avec des couvertures en land)eaux. sont malpropres; les murs, en planches disjointes, laissent passer sur les misérables grabataires les verds froids des nuits de la saistni sèche ; tous les malades, même atteints de maladies contagieuses, sont dans la même salle : ils sont beaucoupplus nond)reux. pour un effectif bien moindre, (pie ceux de la r.ompagnie ; le sol est percé de grands trous, don .«^orient, la nuil. d'énormes rats, qin sont la terreur des malades.

Il y a (pu'lques jours, dans cette s;illc. un noir, .uiivé au dernier stade de !a maladie du sommeil, achevait de mourir, l-cs rats n'altemlirent pas (pi'il fut mort. Ils raltaipiérenl pendant son agonie, et lui rongereni I Un des pieds. Quand l'infirmier arriva le malin, l'honnuiî rcspirail encore, mais trois doigts manquaient ! Puisse, du moins, cette affreuse histoire fair<' mettre (in a un scandale tpii n'a (pic tr(q) duré, et (pii l'.iit monter la colère à la gorge, (piand on songe (pie le roi I.iéo|)(d(l. avec l(>s millions dé|)UHéH pour l'.Vrcade du (Jiinpjanteuaire, ou reinbellissement de «on |)alais. a baek<'n, eut pu créer des hôpitaux — a 80.000 l'r.incs chacun — dans tous les postes im|)orlants du (longo'!

I. K. Vamxïhvki.iik. J.Cà (Icinieis jnurs ilf l'Etui du <.'un;/u, \>. 78.

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