‹ La Belgique et le Congo, le passé, le présent, l'avenirChapitre 74 sur 125 · I.K S()(:iALl>MK Kl' I.A l'OI.ITIOUK I.\DI<}|":NE 2Vo · texte numérisé non relu

I.K S()(:iALl>MK Kl' I.A l'OI.ITIOUK I.\DI<}|":NE 2Vo

Depuis mon passage à Matadi, des crédits ont été demandés pour remédier éi cet état de choses; mais si, pendant des années, pareil hôpital a pu subsister dans une des localités les plus importantes du Gonj,^o, par où passent tous les voyageurs allant vers le Haut, on devine ce que dut être l'organisation hospitalière dans les districts les plus reculés de la colonie. Aussi des dépenses considérables devront être faites pour qu'à l'avenir les indigènes malades soient décemment traités et hospitalisés.

HT. Les mksuki^s prophylactiques. — Depuis 189:2 dans le Bas Congo, depuis 1899 dans tous les chefs-lieux de district ou de zone, on a créé des Connnia.sinns d'hygiène publique, ayant principalement pour mission dindiquer aux autorités locales les mesuresà prendre pour améliorer les conditions sanitaires et enrayer éventuellement les épidémies.

Ces Commissions, jusqu'à présent, dans la mesure où elles ont réellement fonctionné, se sont préoccupées surtout de la lutte contre le paludisme.

Ou sait que ce fléau se propage principalement grâce aux eaux stagnantes où les moustiques du genre anophèles vivent et se reproduisent. Par couséquent, l'écoulement des eaux de pluie et le dessèchement, ou la pétrolisatiou des marais proches des agglomérations, apparaissent comme les moyens les plus efficaces de lutter contre un mal qui n'atteint pas seulement les Européens, mais aussi les indigènes.

Quelque chose, certes, a été fait, dans les principaux centres administratifs, pour exécuter des travaux d'assainissement, mais il suffit de voir les terrains marécageux qui se trouvent encore au centre même de Boma pour se convaincre que le principal reste à faire; et, pour ce qui coucerne les villages indigènes, où ces travaux auraient pu être prescrits à titre d'impôts, la récolte du caoutchouc, le portage, le pagayage., les fournitures de vivres ont jusqu'ici réclamé trop de corvéables pour qu'il ait pu être sérieusement question d'im-

236 LA UELCÎKlUE KT LE CONf.O

poser aux imirs des corvées d'assaiuissenieiil (|iii leur cussonl directe m eut profité.

On jM'ut dire la même chose des mesures (|iii seraient indispensables pour enrayer la propagation île la maladie du sommeil.

A ce point de vue, nous aurions bien des choses à apprendre dans les colonies voisines, et notamment dans la Di'iitsch Osi Afrika.

Les Allemands, en elTet, ont pris contre la maladie du sommeil, (jui ravage les rives du Tangauika. un ensemble de dispositions énergiques et efficaces. Ils fout débrousser autour des villages, soit par les indigènes eux-mêmes, sous forme d'impôts, soit aux frais du gouvernement; mais en tout cas, ce sont les indigènes qui doivent maintenir le débroussement. Levacuatiou des villages nest ordonnée que s'ils sont trop petits ; mais cette mesure, en général, est peu eHicace. les indigènes revenant ordinairement au lac pour y pécher. Chafjue médecin — il y en a huit sur la rive allemaude, pour deux sur fa rive belge — a un petit lazaret de ((uelques huttes, où 011 met les malades sans domicile, les aliénés dangereux, les réfractaires au traitement. Tous les autres sont soignés chez eux, et les médecins font pres(|ue continuellement la navette d'une localité à l'autre. Il faut ajouter ([ue les indigènes se soumettent, d'ordinaire, très volontiers au traitement et au contrôle, d«'puis (|u'on ne les enferme jilus Dans l'ordonnance ou lajtplicatiou des mesures jjrophylacliques, les médecins on! pleins pouvoirs et agissent dans la plénitude de leur indéiieudance vis ù-vis des aulri's autorités.

Il en «'st tout autrement au (^ongo belge, où tous les ujedeciiis (|ui ont pour mission s|)éciale de combattre la maladie du sommeil se |ilaignenl de limmixtion constante des chef^ territoriaux.

« Tout le monde, ici, — m écrivait l'un d'eux, — s'oc(Mi|>e delà maladie du sommeil, depuis le commissaire de district

LE SOCIALISME ET LA l'OMTIQUE IXinOÈNl-; 2.'J7

C jusqu'aux chefs de poste. Chacun prend des mesures quand bon lui semble, et chacun se croit compétent. La compétence, cependant, croit eu raison directe du grade et de l'autorité de l'agent... »

l'autil s'étonner que, dans ces conditions, les initiatives se heurtent et que, somme toute, ou n'aboutisse qu'à de médiocres résultats?

On a créé un certain nombre de lazarets, mais sans compter que plusieurs d'entre eux sont dans un état déplorables on s'accorde maintenante reconnaître que l'internement de tous les malades, même à la première période, quand ils sont en état de travailler, est à la fois inutile, parce que des injections d'atoxyl, régulièrement faites, sulTiseut à supprimer le danger de contamination, et dangereux, parce que la peur du lazaret pousse les indigènes à se soustraire à tout traitement médical.

Quant aux mesures de prophylaxie proprement dite, ou |)eut agir, grosso modo, de deux manières : éloigner les gens des tsetsés par l'évacuation des villages, ou éloigner les tsetsés des gens par le débroussement.

Mais la première de ces méthodes paraît, de plus en plus, devoir être abandonnée, parce qu'il est plus facile d'obliger les indigènes à débrousser que de les empêcher de revenir à leur ancien foyer.

Cela n'empêche que, contre l'avis du ou des médecins compétents, et sans même les consulter, certains chefs territoriaux continuent à ordonner des évacuations de villages qui sont à la fois inefficaces etvexatoires pour les habitants, car il s'agit, en général, de riverains de lacs ou de rivières qui, vivant de pèche, ne trouvent guère le moyen de vivre loin de leur ancien habitat.

A pareille situation, le remède s'indique : donner l'autorité

1. Voir par e.xeniplt' la descriplioii i\ue Vandeulinde.n fait du lazaret do Nouvelle-Anvers, (]ue nous visitâmes ensemble, dans son livre Le Congo, Ips noirs et nous, |). 80. Paris. iWJ.

238 lA KKi.r.iyi'K et le oo.nc.o

à (iiii a la oonipélence, organiser le service sanitaire en hiiJ accordant, comme on le fait ailleurs, les pouvoirs nécessaires] pour agir dans l'intèriH de la santé publique.

Ajoutons, au surplus, (jue t«»ul ce (jne l'on fera dans ce sens sera peu de chose, si l'on ne parvient pas, en même temps, à améliorer les conditions de vie des indigènes, et, par conséquent, leur résistance à la maladie et à la mort, par des mesures d'ordre économique et social.

^3. — Lk ni':vi:i.(ii'i'KMF.M' iikonomioik.

La suppression du travail forcé, au (^ongo. est désormais certaine. Si les réformes, comme nous devons le croire, sont loyalement et elTectivement réalisées, le régime de la liberté commerciale sera établi, dans tout le domaine non concédé de l'Ktal, à partir du l" juillet 101:2. Une ère nouvelle s'ouvrira pour les anciens sujets de Léopold II. et, plus que jamais se posera la ([uestion de savoir par quels moyens, à défaut de coercition, on encouragera les. indigènes à travailler et à mettre eu valeur le sol qu'ils occupent.

Certes, nous l'avons vu, il ne sera pas impossible de recruter parmi eux un |)lu!N('''"'d noniiirt' de travailleurs salariés, pourvu qu'on leur ollre une rémunération sullisanle.

.Mais les socialistes que nous sommes ne sauraient avoir pour idéal la généralisation du salariat, la création d'un prolétariat noir, au service du capitalisme européen.

D'autre part, à ne se placer <|u'au point de vue de la production, il n'est pas contestable (ju'en général, la maind'uMivre salariée (|ue fournissent les populations indigènes luî soit, à la fois, coûteuse, médiocre, irrégulière et assez peu disposée, en somme, à s'éreinlcr |»(»ur le C()ni|)te des blancs.

l'our ('iix-nn'*iiieH, dans leur inéiia^e. pmir Iriir propre loinple, — (lisait Kactgen, din><'t<'(ir de l'Iiisliliil coioiiial de liatnbourg, ilan» une conférence iriiiai(|iial»lc (piil Ijl a Hruxelles en 1900 ', —

1. K*KT<illN. I.CM ni'r/res et lit civilifitition eurd/ii-ciiiii'. \>. S. l'iilil. di- l'Iii^tihil Solvuv, IWO'J

LE SOCIALISME ET LA l'OLITKjI'E INDICÈNE 239

les nègres Ira vaillent : très peu. il est vrai, dans certaines rég'ions, mais toujours ils travaillent ; ils vont à la chasse; ils prolèfj^ent leurs clian)|)s coiiiri' les irru[)tions des animaux sauvages ; ils s'occupent de la récolte, ou ils défrichent le sol ; ils ont toutes sortes d'affaires, importantes pour eux. dans le village, dans la trihii. Il y a même des peuplades qui travaillent comparativement beaucoup dans les champs, comme dans le Togo, ou comme les Wanyamwe/.i. au sud du lac N'ictoria. Ce que les nègres ne connaissent pas, ce n'est pas le travail, c'est le salariat. Kt la difficulté est de trouver des hommes prêts à travailler pour d autres.

Mais, daus uu pays comme le Congo, où l'agriculture et la cueillette absorbent, et absorberont longtemps encore la plus grande partie des activités, les entreprises où nne direction européenne s'impose ne sont, eu somme, pas bien nombreuses, et le véritable problème à résoudre, ce n'est pas de développer le salariat, mais d'amener les indigènes à travailler pour eux-mêmes plus et mieux qu'ils ne le font aujourd'hui, et à réaliser, par le commerce, les produits de ce travail.

Or, pour arriver à ce résultat, pour transformer, dans une certaine mesure, leur économie naturelle en économie d'échange. l'Klat peut utilement intervenir, de deux manières différentes : en développant les moyens de communication et de transport, d'une part, et, d'autre part, en initiant les populations à des cultures ou à des procédés agricoles nouveaux.

Dans ces deux directions, il faut le dire, presque tout reste à faire au Congo.

L'agriculture indigène a plutôt reculé qu'avancé, sous le régime de la contrainte, et si le chemin de fer du Stanley Pool, dont le chemin de fer des Grands Lacs sera l'indispensable complément, fut une des œuvres les plus admirables et les plus grandioses du siècle dernier, la plupart des prétendues routes du Congo ne sont ((ne de mauvaises sentesde caravanes : le vicinal du Mayombe n'est qu'un tronçon, dont le prolongement vers l'Urselia ne sufTira pas à rendre le tralic normal ;• la fameuse roule pour automobiles de l'Uele, au sujet de

•210 I.A ItKI.f.lOl'K ET LE CONT.O

laquelle on a tant hhifj'i', ost à co poiiil imitilisablo qiron va la remplacer par un Decauville : enliii, le faiUiu'en IDIO. dans son discours dinaiii:;iiralion du musée colonial de Tervueren, le roi Albert ait exprimé le souhait que la Belgique ait, au Cougo. une politique de chemins de fer. établit à suflîsauce que jusqu'ici celte politique a fait défaut.

Il faut espérer que les paroles royales seront suivies par des actes, aussi bien dans l'intérêt de l'essor économiciue du Cougo (juc dans l'intérêt d»'s indigènes.

Aussi longtemps, en eUet, que, par suite de rabseuce de chemins de fer et de rimpossibilité d'avoir recours à des bêles de trait, dans les régions infestées par le tsetsé, il n'y a d'autres ressources que le transport des produits et des marchandises (l'Kiirope à dos d'homme, l'expansion du commerce se trouve contenue dans d'étroites limites, et, trop souvent, le portage épuise les populations et transforme le pays en désert.

(^est ce qui faisait dire, très justement, au gouverneur de l'Afrique occidentale française, M. Roume, insistant pour que l'on construise. coiUe que coiUe, des voies ferrées reliant Ihinterlaiid à la cote :

" Une route d'étapes |»ar terre fait le vide auloui- d'elle ; une ligne de chemin de fer ramène la population et. avec elle, une féconde et joyeuse activité. »

Il n'y a peut être pas d'exemple {dus frap|)anl de cette vérité, que l'histoire de la région des Cataractes du Cougo belge.

Avant la construction du chemin de fer, les habitants de cette région, obligés de porter sur leurs épaules, de Matadi ii Tumba, et de Tumba au Stanley Pool, tout le matériel de la civili.satioM, de|niis les vivres d'Kurope, le lavitaillement des expéditions, les ninn-li.indises de {taiement, jusfju'aux pièces d'assemblage des steamers du haut lleuve. étaient épuisés, décimés, (lé(M)uragés : la population diminuait, à la fois, par la mort et par lexode vers des régions plus épargnées.

Par contre, depuis l'achèvemeut du chemin de fer, la population commence à revenir et à s'accroître ; de nouveaux villages s'installent constamment le long de la voie ferrée, et, bien que les ravages de la maladie du sommeil persistent, bien que les inipôts de l'État continuent à peser lourdement sur les populations, il ne parait pas do.uteux que beaucoup d'indigènes se prennent à admettre que la civilisation peut avoir, pour eux, de réels avantages.

Mais il ne suffit pas de créer des moyens de transport perfectionnés. Il faut aussi que les indigènes aient des produits, des valeurs d'échange à transporter, et, ici encore, force nous est de constater que l'État Indépendant n'a pour ainsi dire' rien fait pour encourager les indigènes à améliorer leurs procédés de culture et à entreprendre, pour leur compte, des plantations de rapport.

Ce sera une des multiples tâches du régime nouveau, d'instituer un enseignement agricole pratique, de mettre à la disposition des noirs des semences et des instruments aratoires, de leur faire comprendre, peu à peu, tous les avantages qu'ils peuvent retirer de la culture méthodique de leur sol.

Notons, au surplus, afin d'éviter des désillusions, que ce passage nécessaire de la simple cueillette des produits végétaux, tels que le caoutchouc et le copal, à la culture des produits tels que le cacao, le coton, les arachides, rencontrera presque autant d'obstacles sous le régime de la liberté commerciale que sous le régime du travail forcé.

On a dit souvent, et avec raison, que, contraints à faire du caoutchouc vingt ou vingt-cinq jours par mois, les malheureux Congolais devaient laisser leurs champs en friche et leurs villages à l'abandon.

Mais ce serait une erreur de croire que dans les colonies où, sous le régime de la liberté commerciale, les indigènes tirent de gros profils du caoutchouc qu'ils récollent, on ne constate pas des phénomènes analogues.

Dans son livre sur V Afrique occidentale française, M. Dehernie

VaNDEBVKI.IiK. — COII'ÎO. 16

2*2 I.V Hhl.t.Kjl'E ET LE (UiNiio

cite ce passage caractéristique d'un rapport (l'inspectiou du service clagiicuilure de la colonie :

l.orsqu'oii parle aux Sousuiis do toutes les Jjonnes terres qu'ils pourraient cultiver sans peine, lorsqu'on leur fait entrevoir le plus grand bien-être dont ils pourraient s'entourer avec peu de travail, ils nous répondent qu'ils voiTt ehercher du eaoutehoue dans le haidde la (luinée pour le revendre à Conakry: (piils n'ont plus le temps de soecuper de culture ; ils ont ainsi, disent-ils, un rapport immédiat qui se traduit par de l'arj^ent comptant, ce qui leur permet de l'aire des achats plus ou moins nécessaires dans les comptoirs ^

Et ce u'est pas uu fait isolé.

Partout où il y a du caoutchouc, les lougaufi (cultures vivrières) sont délaissés, la population ue s'accroît pas, la main-d'œuvre se refuse et la disette est fréquente. Au contraire, là où il u'y a pas de lianes, ou peu, comme eu Mellacorée, le pays est bien cultivé et prospère. Un autre rapport du service de l'agriculture le constate : « La production du riz augmente dans la Basse Guinée, principalement en Mellacorée. Le caoutchouc u'y fut jamais bien abondant et l'indigène est resté cultivateur. »

Ou peut donc prévoir qu au Congo, comme en Guinée, cet e.voth' niial des indigènes vers la forêt continuera, aussi longtemps qu'ils y trouveront en abondance du copal ou du caoutchouc

Mais la forêt n'est pas inépuisable; dès à présent, dans beaucoup de régions du Congo, où le système de la ralle a été énergiquomenl pratiqué, il n'y a plus grand'chose à glaner, et. dans ces conditions, le gouv«MiU!ment, sous peine de compromettre l'avenir, devait se; préoccuper cb; sujjplécr |>ar des |)lan ta lions à la di mi nu lion inévitable des produits (l(> la (Hieillette

C est alors (|U(; s'est posée nettcnuMil la (|uesti(Mi de savoir si ces plantations doivent être faites par des salariés, travaillant pour le eoiiiple de l'Illat cl de (Compagnies capita-

1 i)hiiKitMr l.'Afriffue occitlcntate /'nimatse, j» 114 l'Hris. 1908.

listes, OU par des producteurs indigènes, travaillant pour If iir propre compte?

Certes, ces deux modes de mise en valeur dn sol ne sont pas incompatibles. Ils peuvent coexister, et, en fait, ils coexistent dans toutes les colonies. Mais on doit se demander lequel des deux présente le plus d'avantages pour les indigènes et mérite, par conséquent, d'avoir les préférences de ceux qui s intéressent à leur relèvement ?

Or, à ce point de vue, la question n'est pas douteuse.

Les plantations capitalistes peuvent avoir sur les plantations indigènes l'avantage d'une technique plus parfaite, mais elles n'ont évidemment pas la même valeur éducative, la même importance sociale. D'autre part, les difiTicultés qu'elles rencontrent, pour le recrutement de la main-d'œuvre, la faible productivité des travailleurs qu'elles emploient, les aléas de ces entreprises lointaines, dirigées trop souvent par des hommes inexpérimentés et ne sachant rien du pays, ont été jusqu'ici la cause de multiples déboires, de nombreux échecs. ^

Quant aux plantations d État, on pourrait croire, peut-être, que notre collectivisme doit approuver le ministre belge des Colonies, lorsqu'il annonce l'intention de créer, au Congo, de vastes plantations caoutchoutières pour le pompte du gouvernement.

En principe, certes, nous admettons parfaitement que la colonie, pour se procurer des ressources, fasse du caoutchouc, comme l'État suisse fait de l'alcool, ou l'État français du tabac.

Mais ce collectivisme fiscal ne ressemble pas plus au collectivisme véritable que le gouvernement du Congo ne ressemble à un gouvernement socialiste, et, d'autre part, eu fait, le projet de M. Renkiu ne nous dit rien qui vaille.

On veut planter des arbres à caoutchouc sur plusieurs milliers d'hectares — 2.000, pour commencer, paraît-il — dans les réserves forestières créées par le décret du i'I mars 1910;

■244 i.A iiEi.r.iorK kt i.e congo

soil, mais où ira-t on dierclior la inain-d'duivre nécessaire pour elTectuer ces plantations ?

Le ministre des Colonies a formellement déclaré, à la Chambre belp;e, ([ii'il ne les décréterait pas d'utilité publique afin d'y pouvoir employer des réquisilionnaires. Mais le gouvernement colonial ne se procurera-t-il pas, en recourant à 1 intermédiaire des chefs, une main-d'œuvre volontaire en apparence, servile en réalité ? Et, à supposer (juil ne le fasse pas, qu'il n'emploie, vraiment que des ouvriers libres, qui ne voit que les diflicultés, déjà si considérables, (jne l'on rencontre pour le recrutement du personnel de la marine, de l'agriculture, des postes de bois, du chemin de fer des Grands Lacs, des mines de Kilo et du Katanga, seront considérablement augmentées le jour où l'ou aura besoin, en outre, de quelques milliers de travailleurs pour les plantations gouvernementales '!

Aussi croyons-nous que mieux vaudrait renoncer à ces projets d'agriculture fiscale, ne créer des plantations d'État que comme modèles, et s'engager dans la voie, bien autrement féconde, des encouragements donnés aux plantations indigènes, en s'inspirant de ce qui a été lail. entre autres, au Sénégal pour les arachides, à la Cote de l'Or pour le cacao, dans le Togo, l'Africiue orientale allemande, le Soudan et le Dahomey pour le coton.

1" Les antchiili's. — Au Sénégal, la culture des arachides — surtout depuis la mise eu exploitation du chemin de fer de Dakar Saint-Louis — constitue le principal produit commercial de la colonie : les exportations darachides, dont l'huile est employée surtout dans la savonnerie, se sont |)rogressivement élevées de l'i.iiOO tonnes en ISS(i. à HO. ()()() en IHi»l, 9().000en \H\)H, 141.000 en 1900, 149.0(10 en l'.Ki;;, 01 .'iOO en lOO'i. 100.000 en 1900, pour atteindre, eu I9()S, l-iO.OOO tonnes, représentant une valeurà l'exportation de H2.SS9.312fraucs'.

1. llKtiKiiuK l.'A/iiqinf nrciitenlale /nnniiiiie, \t. 'iiUi. cl Mkhsimv Htipport kui- /r Hitdi/el tif tUKi (MiniHl^ri' des Coloiiies), p. 20.').

LE SOCIALISME ET LA l'OLITIQUE IXDKiEXE 245

Or, la totalité de cette exportation provient des plantations indigènes, qui réussissent d'autant mieux que la culture des arachides ne présente pas de ditTicultés : le noir gratte légèrement la terre avec un vieux sabre, l'hilaire ou la daba, à la fin de la saison sèche; il ensemence après les premières pluies, puis il laisse aux femmes les travaux de sarclage ou de récolte, qui commencent en novembre. Il n'y a plus, ensuite, qu'à porter les sacs au comptoir, pour avoir les cadeaux des traitants, les verroteries, le fusil, Talcool, la poudre, les <■< gourdes » qui serviront à payer l'impôt, à acheter une femme, à rétribuer les louanges des griots.

'i' Le cacao. — Bien que la culture du cacao soit également assez simple, elle exige plus desoins et plus de connaissances techniques que la culture des arachides.

Cela n'a pas empêché que, dans lAfrique occidentale anglaise, les plantations indigènes de cacao n'aient pris, dans ces dernières années,.une importance considérable.

En 1891, la production ne fut que de 40 kilogrammes de fèves. Elle s'est élevée successivement à 1.700 kilogrammes en 1893, -2 1/2 millionseu 1902, 5 1/2 millions en 1904. 10 millions en 1906, 14 millions en 1908, et l'on compte qu'eu 1909 l'exportation aura dépassé 20 millions de kilogrammes, représentant une valeur de près d'un million de livres sterling'.

Des industries analogues ont grandi dans nombre de colonies anglaises et avec la même rapidité : l'industrie du café, par exemple, et puis du thé à Ceylan, et, plus récemment, l'industrie du caoutchouc à Ceylan. Mais dans ce cas, elles ont été créées par des planteurs européens.

Par contre, dans les colonies de l'A. 0. A., et spécialement dans la Côte d'Or, où se trouvent les plantations de cacao les plus anciennes et les plus importantes, tout ce qui ne provient

1. SiNr.Ei.MWN. IMantagenbetrieb uud Tingabcircnkiillnr in Kakavanhan. Zeilschrifl fur Kolonial polilik, april d'JIO.

•2*6 i. V iiKur.iyL'E kt i.k ixixiîu

pas des slalious iii^ricoles du sjouveruemeul est produit par des plauteurs iudii;èues'.

Auparavant, cétaieut l'huile de palme et les cocttnollcs (ainaudes de palme) qui coustituaieut le priucipal article d'échauge ; mais leur récolte et leur préparatiou exigeaient beaucoup de labeur, et la uouvelle industrie est, à la fois, moins péuible et plus lémuuéralrice. Aussi teud-elle à s'iutroduire également dans la Nigeria, où, eu 1908, ou a produit deux millions de livres de fèves, et dans les colonies françaises de l'Afrique occidentale-.

Pour ce qui concerne la Cùte d'Or, l'industrie du cacao, d'ailleurs si prospère, manifeste, actuellement, trois desiderata principaux : l'amélioration de la qualité des produits, qui sont, il faut le dire, assez défectueux ; le perfectionnement des méthodes de culture; le développement des moyens de transport : prolongement du chemin de fer jusqu'au cœur des districts à cacao, afin d'épargner aux femmes le pénible travail du portage.

Or, à ces trois points de vue, l'intervention gouvernementale est, à la fois, légitime et nécessaire. Nul doute qu'à la longue elle ne fasse disparaître les inconvénients de ces plantations indigènes, tout en laissant subsister leurs énormes avantages, tant au point de vue éducatif qu'au point de vue économique el social.

3° Le raton. — On fait, en ce moment, de sérieux ellorts pour développ(»r l'industrie indigène du coton, dans les colonies allenjandes, françaises et anglaises de l'Afrique '. «

Kn Nigeria, les récolles se sont élevées de 200 balles en li>0.'i à 20.000 balles en 1007.

Dans r.\fri(|ii(' ocridcnlalo all('ni;mde, où la valiMir des

1. TiiuHti'K. The (li;vcli)|mi('iil of llic (iucoa iiidiislrv. .lniintdL o/ llir Africa Society, ocloltrc liiO'.l.

2 Srlbsliitidif^c Produkliuii dri Eiiii^cluiiiirii. Knlonialr liiimlsi hmi , \'m, p 13i.

.1. Ibul., p. \i\.

exportations de colon a passé de 44.000 marks eu 1903 à 450.000 marks en U)07, le linlletin de colonisation comparée de janvier 1909 dit : « Ou peut évaluer aux deux tiers de la production totale la part revenant aux indigènes dans le coton provenant des districts côtiers. Les espérances qu'ils ont fait naître à cet égard sont considérables. Par contre, la culture du coton, dans l'intérieur du Protectorat, n'a pas encore dépassé la limite des tâtonnements '. »

Les résultats obtenus ont été plus décisifs dans le Togo, où l'exportation du coton, en balles de ^50 kilogrammes, s'est développée de la manière suivante :

1901 » balles.

La presque totalité de coton produite est l'œuvre de cultivateurs indigènes. Les plantations européennes n'y contribuent que dans des proportions insiguifiantes-.

On a fait, également, de sérieux efforts pour développer la culture indigène du coton dans les colonies françaises de l'Afrique occidentale. Mais, jusqu'ici, l'on n'est pas arrivé à grand'chose. Même au Dahomey, où les indigènes cultivent le coton pour leurs propres besoins, depuis longtemps, l'exportation ne porte encore que sur des quantités minimes : 68.G9o francs en 1908 ^

D'après M. Yves Henry '*, cependant, « le coton du Dahomey donne au point de vue technique de son traitement eu lilalure

1. Bullelin de colonisation comparée, p. 'M. Brii.xt'lles, l',)0',),

2. Scii.\.NTZ. Baumwollbati in dmitschen Kolonicn. Zeilschrifl fiir Kolonial politik, janvier liMO.

3. Messlmv. Rapport sur le budget des colonies de 1910, p. 207.

4. IIenuy. Le coton dans l'Afrique occidentale française, p. 227.

248 LA BELGIQUE Eï LE CdNf.O

et eu lissaije des résultats excelleuls. On peut nit>me(lire que, pour uu coton de « brousse >>, il est de ([ualilé parfaite ».

D'autre i)art. les cultivateurs dahoméeus, lorsqu'ils travaillent pour leur compte, sont actifs et habiles.

Dans une lettre récente, publiée par le Tfmps\ M. Malan, gouverneur du Dahomey, disait :

Je viens d'acromplir une tournée do plus do doux mois dans le nord du Dalioniov, ol les constatations tpio j'ai eu l'occasion ih' faire sont dos plus oncouragcantes pour l'avenir écononii(pio âc notre colonie. l*artout le pays est fertile et produit en abondance du mil, de l'arachide, du mais, de l'igname, des haricots, du riz et du colon. Ce qui manque, ce sont les ntoyens do transport ; sans cela, tout doscondrait à la côte et serait expédié en lùiropo. Lo coton, iiolainnionl. est superbe.

Tue fois de plus nous saisissons donc, sur le vif, l'importance capitale de la question des transports.

Plus nous son^ïeons au problème de la colonisation, plus nous sommes convaincu que le plus grand service que les Européens puissent rendre aux indigènes, c'est de construire des chemins de fer.

Mais, en outre, il faut, pour donner une sérieuse extension aux cultures indigènes, créer des stations agricoles gouvernementales, organiser un enseignement agricole pratique, améliorer la (pialité des espèces par l'introduction de variétés étrangères, apprendre aux noirs à cultiver les |)lanles en vue de l'exportation sur les marchés européens.

Il va sans dire que si les dillit^ultés de pareille transformation sont déjà grandes dans des colonies comme lo hiliomey ou la Côte d'Or, dont les habitants sont, depuis des siècles, en contact avec les blancs, elles .seront bien plus grandes encore dans la plupart des régions du liant Congo où les indigènes n'ont jamais fait de (Miltures industrielles.

Mais nulle (nnvre ne saiirail être |)lns féconde en résultats l)0ur l'avenir, car il ne s'agil de rien moins ({u'aider les po|iu-

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