III
qui s*est engagée entre le clergé et Thonorable M. Nothomb à la fin de son ministère.
11 aurait pu apprendre là que l'honorable M. Nothomb , représenté aujourd'hui dans la presse cléricale comme ayant reçu des mains de TEvêque Van Bommel le projet qui est devenu la loi de 1842, n attribuait pas à cette loi, dont il était Tautcur, le même sens que les Evoques, et que de graves dissentiments éclatèrent à ce sujet entre eux.
L'honorable M. Nothomb, on le sait, avait cru pouvoir gouverner avec les centres, ce qu'on a nommé, dans notre politique intérieure, la politique m/x(e; il représentait dans le cabinet de cette époque Topinion libérale, à laquelle il a toujours appartenu depuis Torigine de sa vie politique jusqu'à présent.
Il fit de grandes concessions aux prétentions du clergé en matière d'enseignement. Mais il y eut un terme qu'il ne voulut pas dépasser. Il résista fermement, et voici les actes qui le constatent.
Dans un document étendu qui porte la date du 23 novembre 1844, les Evéques reprennent et confirment toutes leurs prétentions. Ils conviennent que ce qu'ils réclament de l'honorable M. Nothomb n'est pas dans là loi. Mais ils rappellent au Ministre ce qu'il a dit à la Chambre de représentants : « il y a beaucoup de choses qui ne sont pas écrites dans la loi et qui se feront », et c'est de cette phrase générale qu'ils partent pour réclamer une série de concessions de l'honorable M. Nothomb.
Ils veulent être consultés sur la création des écoles normales, afin d'empêcher toute concurrence aux écoles normales organisées par eux ; ils veulent faire assimiler les élèves de cellesci aux normalistes de l'Etat sous le rapport de la collation des bourses ; ils veulent être associés à l'autorité civile pour tout ce qui concerne l'éducation morale et religieuse. Us exigent que le l'èglement général des écoles, suppléant au silence de la loi.
leur permette d'être entendus préalablement au sujet de toute nomination dans le personnel enseignant, contestant formellement à Tautorité civile le droit de nommer sans intervention de leur part. Leur concours est à ce prix.
Le Ministre de l'intérieur de 1844 avait-il autorisé de pareilles espérances ?
Dans une lettre du 2 décembre 1845, adressée à M. Van de Weyer, son successeur, M. Nothomb, sans désavouer sa correspondance, n'a pas reconnu qu'elle contint les engagements qu*on en voulait déduire.
Il fit une déclaration plus expresse, dans la séance du 17 décembre 1847 de la Chambre des représentants. Après avoir dit qu'il n'avait jamais admis qu'un instituteur, reconnu capable par le Gouvernement, pût être écarté parce que le clergé aurait contesté son aptitude à donner l'enseignement moral et religieux ; après avoir dit que le Ministre pouvait bien, dans certains cas, — et il reconnaissait Favoir fait — consulter Fautorité religieuse à titre officieux, mais qu'il ne le devait pas, M. Nothomb résuma en ces termes la politique qu'il avait suivie : « En premier lieu, on me demandait d'écrire, h titre d'obligation, l'engagement, pour le Gouvernement, de prendre toujours l'avis des Evéques pour les nominations à foire. J'ai refusé de prendx^e cet engagement.
<c En second lieu, on me demandait de renoncer à l'adjonction des cours normaux à certaines écoles primaires supérieures, désignées au nombre de huit. J'ai refusé de prendre cet engagement. L'exécution a été poursuivie en tant que le comportait le genre d'organisation que j'avais adopté.
a En troisième lieu, on m'a demandé de m'engager, au nom du Gouvernement, à ne pas dépasser le nombre d'élèves admis dans les deux écoles normales de FEtat. J'ai refusé encore de prendre cet engagement. »
Ainsi, Messieurs, l'honorable M. Nothomb, Fauteur de la loi de 1842, ne put se mettre d'accord avec le clergé sur l'exécution de cette loi, et le conflit en arriva à ce point de gravité que, le 38 novembre 1844, les Evéques adressaient au Roi une requête contenant l'exposé de leurs exigences. Il n'a pas été fiiit de réponse à cette requête, pas plus qu'à la lettre du 23 novembre.
Et comprenez-vous maintenant quelle était la situation à cette époque? Comprenez-vous maintenant que l'honorable M. Nothomb ait pu écrire ce qu'il a écrit? De quel côté se rangeait Mgr Pecci, au milieu de ce conflit entre l'honorable M. Nothoffll) et les Evêques? Du côté des Evêques.
L'honorable M. Nothomb a donc pu exprimer avec beaucoup de raison qu'il regrettait le départ de Mgr Fornari, qui avait ea une attitude toute différente, et même qu'on ne lui eut pas donné pour successeur Mgr Garibaldi au lieu de Mgr Pecci.
Messieurs, aurait-il fallu laisser ignorer pour la plus grande gloire de Mgr Pecci, mais au détriment d'un de nos homoies d'Etat, qu'il y avait eu entre eux des causes d'irritation, des dissentiments graves? Fallait-il laisser ignorer l'histoire vraie? Fallait-il laisser ignorer que l'honorable M. Nothomb avait exprimé le regret de n'avoir pas été appuyé, en certaines circonstances, parle Nonce accrédité auprès du Gouvernement belge^
Non certes, c'eût été là peut-être de l'histoire comme certain parti la désire ; c'eût été de l'histoire comme nous n'en voulons pas.
Et ce serait, en vérité, à désespérer du bon sens, si des assertions telles que celles qui ont été produites par l'honorable M. Jacobs dans cette enceinte pouvaient maintenant consener quelque créance dans une tête dégagée de préjugés, dégagée des passions qui animent nos contradicteurs!
Messieurs, à voir ce qui se passe ici, il semble que l'influence de la politique du suzerain dont je parlais hier a déjà fait de
tels ravages dans certains rangs, que Ton ne recule devant rien pour conspuer la politique nationale. (Vive approbation à gauche.) Les ministres de la politique du suzerain sont exaltés, béatifiés; on tombe en extase devant leurs actes, devant leurs moindres paroles. Tout ce qu*ils disent, tout ce qu'ils écrivent est admirable ! Les ministres de la politique du pays, ceux-là sont bafoués. On inculpe le Vicomte Vilain XIIII, pour essayer de défendre le Nonce. On incrimine, on répudie presque le Baron Nothomb parce qull a eu à se plaindre ou seulement parce qu'il n'a pas eu à se louer du Nonce Pecci !
Ne craignez-vous pas. Messieurs, qu'à ce jeu dangereux à l'aide duquel on espère agir sur les masses, on n'en arrive à émousser le sentiment national, à affaiblir le patriotisme?
Je ne puis le cacher. Messieurs, il y a dans ce débat des choses qui m'attristent profondément. En haine de la politique que nous représentons et croyant mieux nous combattre, on trouve tout naturel et légitime de nous opposer des assenions comme celle que l'honorable M. de Moreau a cru devoir invoquer.
L'honorable membre s'est chargé de dénoncer la politique belge en apportant dans cette enceinte des paroles attribuées à
Lamartine et d'après lesquelles la politique belge serait « tortueuse et amphibie ». On nous dira sans doute où, quand et pourquoi Lamartine a prononcé ces paroles. Quant à moi, je n'en sais absolument rien.
M. de Moreau d'Andoy. — C'est dans sa correspondance.
M. Prère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Très bien; mais je désire savoir quand il l'a dit; je désire que vous me citiez le livre ou le discours ob se trouvent ces paroles de Lamartine : « la politique belge est une politique tortueuse et amphibie » (1).
(i) M. de Moreau a fait connaître depuis que les paroles de Lamartine ont été Inexactement citées par lui. Lamartine a parlé, non dans sa Correspondance, mais dans son Cours familier de littérature, de la politique belge qull a
Est-ce lorsque Lamartine était Ministre des Affaires étrangères qu il a tenu ce propos? Il avait alors en bce de lui M. le Prince de Ligne ; faudra-t-il que le Prince de Ligne soit sacrifié par vous comme le Vicomte Vilain Xliil, comme le Baron Nothomb, et viendrez-vous prétendre que c*est la politique qu*il représentait qui fut qualifiée de politique « tortueuse et amphibie » ?
A cette époque — nous étions en 1848 — on préparait Texpédition destinée à envahir la Belgique pour la régénérer; on ouvrait les arsenaux de Lille pour livrer des fusils aux ennhisseurs.
fêtais Ministre à cette époque ; je dirigeais le Département des Travaux publics. Nous apprîmes qu'un train était organisé dans la gare de Lille pour amener les envahisseurs à la fi*0Qtière. Je demandai que Ton me désignât dans ladministration un ingénieur, jeune, énergique, capable d'une entreprise difficile. Je le fis venir, et comme nous avions le service de la traction entre les gares, je le chargeai d'aller accrocher ce train dans la gare de Lille et, au lieu de l'arrêter à la frontière, de l'amener dans une gare belge où se trouvaient des soldats pour désarmer les envahisseurs.
Cet acte fut accompli avec la plus louable énergie par Fingénieur que je choisis. Il vit encore, je pourrais le nommer. (Mouvement,)
Pendant qu'il était sur la machine, les envahisseurs placés dans les wagons tirèrent des coups de fusil pour abatti'e l'ingénieur, car, le train ne s arrêtant pas à la frontière, ils comprirent qu'ils allaient être mis dans Timpuissance d'agir et £sdts prisonniers sar le territoire belge. (Setisation.)
qualifK^e, non de politique « tortueuse », mais de politique « ombrageuse el amphibie ». 11 suflii «le lire le passage d'où ces mots sont extraits, pour se convaincre que l'apprf^riation de Lamartine n*avait pas le caractère qui lui a é\é attribué par M. de Moreau.
Etait-ce alors que nous faisions de la politique « amphibie el tortueuse »? et faut-il que ce soit un Belge qui vienne éditer dans cette enceinte une pareille accusation? {Applaudissements prolongés à gauche.)
M. de Moreau dAndoy. — Tai cité Lamartine en le critiquant moi-même. (Interruption.)
M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Vous Tavez si peu critiqué que vous avez voulu renforcer les paroles que vous rapportiez en disant : Si Lamartine vivait encore, il ajouterait, en voyant votre politique, qu'elle est violente, passionnée, de nature à compromettre le pays! (Marques dopprobation à gauche.)
M. de Moreau d'Andoy. — J*ai dit que M. de Lamartine s'était exprimé avec une sévérité trop française sur notre diplomatie, mais que s il avait connu la politique d aujourd'hui, il aurait pu se servir d'expressions plus sévères encore. (Interruption.)
M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — La passion vous égare ! Vous auriez dû refléchir qu'apporter une pareille accusation dans cette enceinte, c'était incriminer vos propres amis. Ai-je* donc été Ministre des Affaires étrangères depuis cinquante ans dans ce pays ? Âi-je seul dirigé notre politique? Vos amis, M. de Theux, M. de Muelenaere, M. Dechamps, ne l'ont-ils pas dirigée eux aussi? Voilà ce que vous oubliez; mais vous oubliez surtout que, sous prétexte de m'atteindre, vous offensez la dignité nationale. (Très bien! Bravo l à gauche.)
M. de Moreau d*Andoy. — J'ai cité Lamartine et je n'ai pas approuvé sa critique. Ce passage est tiré de sa correspondance. Je demande la parole pour un fait personnel.
M. Frère Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Je le répète : la droite se laisse égarer par des passions dangereuses. Lorsque le calme sera revenu dans les esprits, l'opposition jugera avec plus de justice. Peut-être se demandera-t-elle si dans les
ciroooslaoces que nous traversons elle a rempli son devoir. (Marqmes ^approbation à gauche.)
Qu CD y réflëcliisse ! Les oppositions ont aussi leur responsabilité.
Tai Eût une tentative lople, de bonne foi, pour constater s il était utile pour le pays, abstraction feiite de mon opinion, que f avais sacrifiée, j*ai fait une tentative loyale, dis-je, pour constater sll était utile au pays de conserver une représentation auprès du Vatican.
Vous savez quels ont été mes efforts, et vous savez — je puis le rappeler moi-m^me — dans quelles conditions périlleuses je les ai faits. Tétais attaqué dans mon propre camp.
De quel côté s*est placée Topposition? Elle s*est placée du côté de ceux qui m*attaquaient pour affaiblir autant qu elle le pouvait la position que j avais prise.
Quand j'ai apporté dans cette enceinte les résultats obtenus, est-ce que ce sont mes honorables contradicteurs dans le camp libéral qui se sont levés les premiers pour constater la valeur de ces résultats?
Non. Lbonorable M. Malou s*est empressé, après la simple audition des dépêches, sans avoir rien lu officiellement, sans avoir rien médité, de prétendre que je n avais rien obtenu... ou peu de chose. Les déclarations relatives à la Constitution, disait ensuite Tbonorable M. Jacobs, elles sont inutiles pour nous, nous n*en avons pas besoin, nous savons tout cela depuis longtemps. Mais enfin elles sont bonnes : elles vous enlèvent une arme dont vous vous serviez contre nous. Il n*y avait pas d'adversaires de nos libertés constitutionnelles dans les rangs catholiques !
En matière scolaire, je n'avais rien obtenu, absolument rien. Le Pape était d'accord avec les Evêques. J'avais tort de prétendre qu'il y eût dissentiment. Croire, quoique cela fût écrit, « qu'une outre solution semil intervenue si les conseils du Pape avaient
été suivis », et induire surtout des regrets exprimés à ce sujet que le Pape blâmait implicitement ceux qui ne Pavaient pas écouté, quelle abomination ! Je ne pouvais être assez honni pour une telle audace!
J^avais demandé une seule chose au Vatican : j*avais demandé que les catholiques belges fussent traités par nos Evéques comme les catholiques romains sont traités par le Pape lui-même. Quelle arrogance, quelle exigence déraisonnable !
L'opposition savait ce que favais demandé, Topposition le demandait comme moi ; elle pensait tout bas ce que je disais tout haut, et au lieu de m'appuyer ostensiblement, elle niait les résultats obtenus et se rangeait du côté des Evêques, dont elle blûmait en secret les instructions; et le jour où, par un bonheur providentiel, je répète le mot, des révélations inespérées ont prouvé que l'opposition, s'adressant au Pape, avait tenu le même langage que moi quand elle appréciait — et avec plus de virulence que moi — les instructions de l'Episcopat, ce jour-là qu'a £ait l'opposition? Pour rester sous l'aile des Evêques et excuser sa capitulation, elle se prévaut de concessions qui n'ont pas été faites !
C'est l'opposition qui a suivi une marche tortueuse et amphibie en ce qui concerne la loi scolaire !
Elle savait que la présentation de cette loi était fatale, inévitable. L'opinion publique l'exigeait; on avait assez longtemps attendu et les actes des Evêques venaient la rendre plus indispensable que jamais.
Le projet de loi est présenté dans cette enceinte. Que fait la droite? Va-t-elle chercher à l'amender, à l'améliorer?
Non. Point d'amendement! Tel fut le mot d'ordre. On ne chercha pas à convaincre la majorité. Bien plus : l'opposition faisait un grief, par exemple, de ce que le projet de loi ne permettait pas de recruter le personnel enseignant ailleurs que dans
le écoles normales de TEtat. L'opposition savait qu'il existait sur nos bancs un certain nombre de membres disposés à introduire dans la loi un amendement sur ce point.
Un membre de la droite en informa ses amis; il fut accueilli comme une brebis galeuse; on déclara qu'on ne voulait point d'amendement !
Lorsque la loi arriva au Sénat, on sut que le prince de Ligne était disposé à proposer quelques amendements. Des efforts furent faits, et l'on s'en est vanté, pour qu'il y renonçât. M. Malou le sait.
M. Malou. — C'est une erreur..
M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Je crois qu'au moins vous avez connu le fait. Des efforts furent faits pour l'empêcher de présenter ces amendements.
M. Malou. — C'est complètement inexact en ce qui me concerne.
M. Prère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Il suffit que vous le disiez pour que je n insiste pas.
Mais des efforts ont été faits, cela est indubitable, pour empêcher que l'on proposât certains amendements qui pouvaient rendre la loi plus ou moins acceptable par l'opposition, qui l'aurait améliorée dans le sens de ses idées.
Pourquoi cette abstention? Parce que vous avez cru que la loi serait désastreuse pour l'opinion libérale. Vous étiez convaincu qu'elle écraserait le parti libéral, et voilà pourquoi vous n'avez pas voulu d'amendements. Voilà pourquoi vous avez tenu la conduite que je viens de rappeler au sujet de nos relations avec le Vatican.
Eh bien, l'histoire ne dira pas seulement que vous avez fait un faux calcul politique; elle dira aussi que vous avez fait une mauvaise action politique. {Applaudissements à gauche.)
M. de Moreau d'Andoy {fait personnel). — Messieurs, Ton
pourrait croire, à la suite de ce que vient de rappeler l*honorable Ministre des Affaires étrangères, que j'ai cité Lamartine pour l'approuver. Cet historien, ce correspondant, — car c'est dans une correspondance que Lamartine se sert de cette expression, — a dit de la diplomatie belge qu'elle était tortueuse et amphibie (1).
Je n'ai pas à rappeler les circonstances ob cette appréciation a été formulée, ni les faits historiques qui Tout provoquée ; je n'ai pas plus à les examiner aujourd'hui que je ne les ai examinés dans mon précédent discours.
Mais, après avoir cité Lamartine, j'ajoutai que je n'approuvais pas ce langage et que Lamartine avait parlé de notre diplomatie avec une sévérité trop française. {Rires à gauche.)
Ce n'est certainement pas là une approbation ; c'est un blâme, non pas formel, mais un blâme, en langage firançais, que saisissent très bien tous ceux qui comprennent les finesses de cette langue. {Exclamations à gauche.)
Après cela, j'ai ajouté que, si Lamartine avait connu la diplomatie actuelle de l'honorable M. Frère, il l'aurait certainement taxée d'une manière plus sévère encore. {Murmures à gauche.)
M. Bouvier. — Voilà qui est national !
M. de Moreau d'Andoy. — Et c'est pour en venir à cette déduction que j'ai rappelé le passage de Lamartine. Lorsqu'on vient étaler au grand jour, dans des pièces diplomatiques et dans des actes destinés aux chancelleries étrangères, nos divisions ; quand on n'a pas un mot pour les excuser, pas un mot de patriotisme en faveur de ses adversaires, j'ai le droit de dire que c'est une diplomatie compromettante pour notre pays. Cette diplomatie n'est pas seulement tortueuse et amphibie, elle est encore dange-
(i) Le texte de Lamartine est « ombrageuse et amphibie. »
reuse et antinationale ! (ApplaucUstemenU à droite. — Murmum à gauche.)
M. Jaeobs. — Est-il vrai que la passion égare roppositionet Tempêche de rendre justice à M. le Ministre des Affaires éim- j gères? Vous allez en juger :
Au mois de février, nous avons discuté rechange de vues; avons-nous prétendu qu'il n'eût produit aucun résultat? Voici comment j'appréciais, le 27 février, ce qui touche la question constitutionnelle :
(c L'intervention directe du saint-père, disais-je, pour faire cesser ces disputes, est un fait nouveau et considérable. Voilà le résultat obtenu. »
Etait-ce là méconnaître la portée de cette négociation, était-ce Ik se laisser égarer par la passion? La déclaration que j*ai faite alors est le témoignage de notre sincérité. Quand vous étiez opposition, vous n'avez pas souvent été aussi justes à notre égard.
Quelle était mon appréciation par rapport à la question scolaire?
(c La correspondance diplomatique, disais-je, constate qu'un désaccord a surgi entre le saint-siége et l'épiscopat belge; ce désaccord ne porte ni sur les principes, ni sur la nécessité de combattre l'enseignement neutre de l'Etat; sur ces points essentiels l'accord est complet, parfait. Il porte sur des mesures d'exécution, sur les moyens à employer pour combattre l'enseignement de l'Etat. Nous savons qu'un désaccord existe, rien de plus; nous ignorons même en quoi il consiste et sur quoi il porte. »
Etait-ce là dénier à l'échange de vues toute valeur? C'était reconnaître loyalement ses résultats sans admettre les commentaires que M. Frère ajoutait à la correspondance; bien nous en a pris, car nous constatons aujourd'hui que la portée du désaccoi^.
i plutôt de la divergence d'opinion, n*était pas ce que disait alors
. Frère.
Voilà comment nous nous sommes montrés injustes à Tégard lu gouvernement.
M. le Ministre des Affaires étrangères a compris qu'il ne pouvait pratiquer le cumul des arguments contradictoires, pas plus qu'on ne peut exercer celui des fonctions inconciliables.il voulait d'abord soutenir à la fois la duplicité du saint-père et la rébellion des évêques. Il s'est rendu compte qu'il fallait choisir ; il a abandonné la duplicité du pape, pour s'en tenir à la rébellion des évêques; l'épiscopat est le bouc émissaire chargé de tous les péchés d'Israël.
Il est donc acquis désormais qu'il n'y a aucun reproche de duplicité à adresser au saint-siége.
Je dis indifféremment le saint-siége et le saint-père, car, puisqu il ne s'agit pas ici d'un gouvernement constitutionnel, où le souverain est irresponsable, il est évident que l'opinion du saintsiége se confond avec celle du saint-père.
De duplicité, plus question ; c'est une accusation abandonnée. Le saint-siége a persisté loyalement dans son actidn modératrice, bien que, d'après M. Frère-Orban,il ait, dans les derniers temps, fidt preuve de faiblesse. M. Frère a emprunté cette nouvelle version au Journal des Débats.
En écoutant le premier discours prononcé par le chef du cabinet au cours de cette discussion, il m'avait semblé qu'il n'abandonnait l'accusation de duplicité que pour la période antérieure au 3 mai 1880. Depuis hier nous savons qu'elle est abandonnée sans distinction d'époques; jamais le saint-père ne s'est rendu coupable de duplicité.
Mais l'honorable Ministre, intervertissant les rôles, prétend que c*est moi qui aurais proféré cette accusation ; à l'entendre, c'est moi qui aurais dit qu'il a été berné, dupé, mystifié par la diplo-
latie romaine. Je reconnais là i*art de M. Frère-Orban ; il me jréte sa seconde manière, celle de Tépoque où il était d*accord avec M. Janson, alors qu*il disait ici, le 6 août : « Je reproduis mon accusation de duplicité », alors qu'il écrivait, dans sa circulaire du 8 août : « On se rend enfin compte au Vatican du discrédit qu*a jeté sur l'autorité morale du saintrsiége une politique qui manqua dès le début de franchise et de droiture. j>
Ne pouvant effacer le souvenir de ces accusations, il voudrait bien me les endosser.
Vous vous rappelez, Messieurs, le langage que j'ai tenu il y a quelques jours. Je déclarais à M. Frère que, si ses accusations du mois d'août étaient fondées, ce que je niais, l'honorable M. Janson avait été plus perspicace que lui.
J ajoutais qu'en se disant victime de cette prétendue duplicité, 1 il se calomniait lui-même.
M. Frère- Orban m'avait interrompu en ces termes : a De telle sorte que vous me reprochez de ne pas avoir cru à la duplicité du Vatican? »
Et moi de lui répondre : « Je vous reproche d'y croire maintenant, après avoir été dans le vrai lorsque vous n'y attachiez pas foi ; mais il faut bien reconnaître que, si cette duplicité avait été réelle, M. Janson aurait été plus perspicace que le gouvernement. Eti résumé, et en me plaçant au point de vue libéral, M. Janson a tout prévu, tout prédit, tout deviné. M. Frère a été dupé, joué, berné, mystifié. »
rajoutais encore cette phrase qui ne permet aucune équivoque : c( Je veux démontrer que l'honorable Ministre se calomnie aujourd'hui, qu'il n'a été ni aussi joué, ni aussi berné, ni aussi mystifié qu'il voudrait le faire croire. »
Voilà mon langage. Il expos&votre deuxième manière, celle de la période où vous étiez d'accord avec l'honorable M. Jansoo, alors qu'ont été jetées dans le domaine public ces accusations
>utrageantes de duplicité et de politique sans droiture ni firanzlàse. Je protestais contre elles, je m'engageais à les réfuter, et je démontrais que le gouvernement n*a été ni dupé, ni mystifié. Cela n'a pas empêché M. Frère de me faire passer hier pour l'inventeur de la duplicité; j'espère au moins qu'il ne le répétera plus demain; le bon sens public mérite plus d'égards.
Il n*est donc plus question de duplicité. M. Frère revient à sa première manière; mais, eût-il complètement abandonné la seconde dans son discours du 1^' de ce mois, encore aurais-je eu le droit de rappeler ces accusations, reconnues fausses aujourd'hui, ne fût-ce que pour mettre en garde contre les jugements téméraires.
Il ne suffit pas qu'on abandonne, au début de cette discussion, les attaques publiques des mois de juillet et d'août. Quand nous avons voulu les discuter alors, on nous a empêché de le faire. Des documents nouveaux sont venus, dans l'intervalle, éclairer l'honorable Ministre; il revient sur ses pas; il reconnaît qu'il a été induit en erreur, qu'il s'est trompé; c'est fort bien, mais nous avons le droit de nous élever contre les injustices commises, môme après qu'elles sont reconnues.
Il est' donc convenu qu'il n'y a rien à reprocher au saint-siége, au point de vue de la loyauté.
Gela dispense l'honorable M. Malou de répondre au discours de l'honorable M. Jottrand ; en effet, que l'explication vraie de Yasêolutameule segreto soit la mienne, celle qui a stupéfié M. Jottrand (je traduis en français moderne les mots rendu stupide que H. Jottrand a empruntés à Corneille), ou que ce soit celle de M. Frère, opposition et gouvernement sont d'accord pour mettre hors de doute la loyauté du saint-siége; tous, nous constatons que les faits postérieurs à Yassolutamente segreto sont exclusifs de toute déloyauté, notamment la lettre de MgrVanutelli au cardinal Dechamps, du 7 juillet 1879.
Dès lors, la question de savoir si le cardinal de Malines a reçu deux lettres ou n*en a reçu qu'une est un problème historique qui reste intéressant pour les érudits, mais cela n'intéresse plus nos débats parlementaires.
La loyauté du saint-siége est reconnue ; l'honorable M. Jansoo continue-t-il à être satisfait du gouvernement? Ne va-l-il pas retirer les remerciements, les félicitations, les encouragements qu'il a prodigués au gouvernement?
Le capitaine a repris le commandement du navire, il a jugé que le pilote le menait droit sur l'écueil et il l'a congédié. (Rvt(i à droite.)
L'honorable M. Frère m'a fait l'hoqneur de relire, en l'accei'tuant de son mieux, la partie de mon discours où je qualifiais l'Introduction historique du Livre gris d'œuvre de dénigrement.
11 a paru fort sensible à ce reproche ; mais il n'a manifesté aucun regret d'avoir à tort accusé le saint-père de s'être rendu coupable de duplicité, d'avoir eu une politique dépourvue de franchise et de droiture. Assurément, s'il fallait choisir entre les deux accusations, chacun opterait pour le dénigrement de préférence à la duplicité.
Il y a quelque chose d*inepte, d'après M. le Ministre des Affaires étrangères, dans le reproche qui lui est adressé; je conviensque M. Frère m'a prêté des inepties que je suis heureux de n'avoir pas commises. A l'entendre, je l'aurais accusé d'avoir falsifié l'histoire, sinon d'avoir soustrait des pièces! Il n'y a pas dans mon discours un mot de ce genre. Falsification n'est pas synonyme de dénigrement; ce sont deux choses qui s'excluent.
La falsification, c'est l'invention de faits faux; le dénigrement, c'est l'acte de celui qui, animé d'un esprit préconçu, réunit de petits faits vrais, les groupe de façon à former un édifice qui a quelque apparence mais aucune solidité et qui, sous l'empire Je
ses préventions, agence ces petiis fails de façon à produire une impression défavorable à un tiers.
Les petits riens accumulés par M. Frère dans son Introduction historique ne sont-ils pas de nature à donner aux lecteurs une impression défavorable au nonce Pecci? Ne sont-ils pas groupés de &çon à leur donner la conviction que ce nonce était un homme médiocre? Si tel n*a pas été le but de M. Frère — il s'en défend et je l'en félicite — sa plume Ta bien mal servi. Eût-il voulu obtenir ce résultat, il n'eût pu s'y prendre autrement.
Sans s'en douter, — je veux le croire, — il continue aujourd'hui même son œuvre sous l'empire de préventions dont il ne sait se dégager.
A quoi bon mettre en doute ce fait que j'ai emprunté à des livres que nul jusqu'ici n'a démentis, ce fait de la lettre du roi Léopold demandant à Grégoire XVI le chapeau de cardinal pour Farchevéque de Damiette?
M. Frère ignore ce qui en est. Il lui était si aisé de n'en rien dire ; mais non, tout fait favorable au pape actuel doit être révoqué en doute; M. Frère laissera entendre que la lettre en question pourrait bien être imaginaire, attendu qu'on en a beaucoup prêté au roi Léopold P'. Cette révocation en doute est aussi inutile qu'étaient inutiles la plupart des détails relatifs à Mgr Pecci qui figurent dans l'Introduction historique.
Devais-je tronquer l'histoire? m'objecte M. Frère. Voulez-vous une histoire incomplète? L'histoire doit-elle s'incliner devant le nonce Pecci?
Assurément non ; mais, en supposant que ces misères aient nn véritable intérêt historique, était-ce le moment de faire cette histoire, alors qu'un pénible dissentiment venait de se produire entre le gouvernement belge et le saint-père? Etait-ce le moment de faire un exposé historique d'où l'on pût déduire des conclusions fâcheuses pour celui qui est aujourd'hui le chef de l'Eglise? m. 54
Il fallait d'autant moins le foire que l'on avait des torts à réparer envers Léon XIII; éclairé par le dossier Dumont, M. Frère venait de rétracter l'accusation de duplicité ; il fallait être d'autant plus circonspect vis-à-vis de celui que l'on reconnaît avoir accusé injustement.
L^honorable Ministre proteste contre l'intention d avoir voulu dénigrer Léon XIII. J'en suis heureux, mais je l'engage à Tavenir à mieux choisir son moment lorsqu'il voudra faire des publications historiques du genre de celle qu'il a mise en tête du Livre gris.
Messieurs, si l'on bat en retraite en ce qui concerne le saintsiége, il n'en est pas de même en ce qui touche le nonce.
Ici l'on s'acharne ; il semble qu'il faille une victime.
Cette grosse affaire qu'il reproche au nonce, M. Frère la connaissait dès le 25 juin ; il n'en a rien dit au nonce dans sa lettre du 28, sa lettre de rupturot
Il ne l'a pas fait, nous dit-il, à cause de leurs bonnes relations, et jamais il n'en eût fait tout ce bruit si le nonce, dans sa dépêche du 29, ne s'était permis de l'outrager.
C'est ce trait de Parthe, décoché par le nonce avant de quitter Bruxelles, qui aurait déterminé M. Frère à reprocher si amèrement à Mgr Vanutelli le billet adressé par lui, le 19 décembre 1878, à l'ancien évéque de Tournai.
Vendredi dernier, Thonorable M. Malou nous lisait une lettre ouverte adressée par la Tribune de Morts à l'ancien évêque de Tournai. Il n'était pas inutile de faire connaître l'invitation outragéante que contient cette lettre, puisque, à la suite de cette lettre, M. Dumont a choisi le rédacteur en chef de ce journal comme homme de confiance, comme éditeur de son dossier.
Malgré l'utilité de ce rapprochement, en présence de l'abus que l'on fait du dossier Dumont, M. Bara interrompit M. Malou pour lui dire : C'est une œuvre de vengeance que vous faites là !
Que dira-t-il de Taveu de M. Frëre-Orban, qui n'eût point parlé du billet du nonce si, le 29, celui-ci ne Tavait, au jugement de M. Frère, grièvement offensé?
M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Qui vous dit que je n'en aurais pas parlé?
M. Jmobs. — Qui? Mais Thonorable Ministre lui-même. Bien fue je Feusse appris le 25, nous a-t-il dit, je n'en fais pas mention dans ma lettre hu 28 à cause des bonnes relations que j'avais eues avec le nonce; elles m'auraient empêché de le lui reprocher...
M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Du tout!
M. Jacobs. — ... sans ce que vous appelez loffense du 29, vous n'eussiez pas reproché le fait, car au moment où il venait d*étre révélé, écrivant au nonce, vous n'y avez pas même fait allusion; c'était bien là passer l'éponge sur ce qui, grâce à la blessure du 29, est devenu depuis, à vos yeux, un acte d'une gravité exceptionnelle.
En quoi consiste donc ce méfait du nonce relevé, le 25 juin, par Téditeur du dossier Dumont?
Le gouvernement belge était exposé à ce que cinq évêques publiassent le mandement collectif que tous les six ont signé en décembre 1878, tandis que le sixième en aurait publié un autre plus violent que le premier.
. Au lieu de cela, l'accord s'est établi sur la base la plus modérée.
Voilà le fait.
Le nonce, à la demande des évêques, a consenti à écrire à révêque de Tournai pour l'engager, dans l'intérêt de l'unité de Tépiscopat, à ne pas se séparer de ses collègues; il a échoué; un autre a réussi depuis. L'énormité qu'il aurait commise se réduit à cette simple démarche sans résultat.
Voilà le grief.
Le nonce sait combien le pape, en toutes matières, tient à
Tunion de Tépiscopat ; il sait qu*il déplore la tendance de Tévêque de Tournai à Fisolement; il sait qae le pape tient à la loi de 1842 et, sous Tempire de ces sentiments, il écrit à Mgr Dumont : Ne faites donc pas bande à part.
Le nonce eût-il mieux fait de ne s*immiscer en rien dans ces tiraillements de Tépiscopat malgré la demande qui lui était fisdte? G*est possible. Je veux, au point de vue de la correction diplomatique rigoureuse, vous faire cette concession, mais à condition que, d*autre part, vous admettiez sincèrement à votre tour que c'est là un mince grief que Ton a gonflé outre mesure dans un but politique.
Ce qu'on a dit de cette intervention rappelle à tout esprit non prévenu la fable des Animaux malades de la peste.
J'en appelle à l'équité de M. le Ministre des Affaires étrangères, lorsqu'il aura pu se dégager des passions du moment : voilSi un nonce qui, pendant deux ans, entretient avec lui des rdations dont il n'a eu qu'à se louer, que toujours il a trouvé loyal, d'un esprit élevé, conciliant, modéré; un jour, pendant ces deux années, il aurait commis un acte qui, au point de vue diplomatique, ne serait pas correct, et cela suffirait pour tout faire oublier, pour donner le droit de traiter cet esprit élevé et conciliant comme l'a fait M. le Ministre des Affaires étrangères !
Lorsqu'il appréciera les choses avec plus de calme, sans passion, même s'il persiste à voir une faute dans l'acte du nonce, il se dira que chacun, même lui, peut en commettre, qu'il n*est pas de cheval si bon qu'il ne bronche, et que, si nous sommes jugés avec cette rigueur au jugement dernier. Dieu ne trouvera pas parmi npus beaucoup de justes.
Au surplus, les faits personnels au nonce n'ont aucune connexité avec la rupture des relations entre le gouvernement belge et le saint-siége ; la conclusion eût pu être la demande d'un nouveau nonce, rien de plus.
Eh bien; je vous le demande sincèrement, si Ton n'avait pas rompu les relations diplomatiques, si l'entente avait été maintenue entre le saint-siége et la Belgique, si ce que M. Frère appelle Feutrage du 39 juin n*avait pas été commis, le gouvernement belge aurait-il demandé le changement du nonce par le motif que le billet du 19 décembre 1878 aurait vu le jour? Auraitil demandé que, pour ce motif, le nonce Vanutelli fût remplacé? Il s*en serait bien gardé !
Il se serait dit : Tapprécie ce nonce; voilà deux ans que je le connais ; c'est un esprit élevé ; un changement pourrait me faire éprouver un jour les regrets que le défaut d'agréation de Mgr Garibaldi inspirait à M. Nothomb; je garde le nonce, je passe l'éponge sur son billet du 19 décembre, je le considère comme une peccadille.
Llionorable Ministre nous a longuement entretenus de Thistoire des nonces renvoyés par les souverains de différents pays. Je n'ai pas à ma disposition toute une division politique, disposée à me venir en aide et à faire des recherches pour mon compte. Je ne suivrais donc pas M. Frère sur ce terrain. J'observerai cependant qu'il eût pu remonter plus haut encore qu'il ne l'a fait, remonter, par exemple, jusqu'à l'empereur Frédéric Barberousse ;
lui aussi a renvoyé un nonce. Si cet exemple n'a pas été cité, c'est peut-être parce que, quelques années après, Frédéric Barberousse vint à Venise faire ce que Henri IV avait fait à Canossa : foire amende honorable au pape.
L'exemple n'était donc pas bon à invoquer.
Je ne souhaite pas à l'honorable Ministre des Affaires étrangères de devoir aller un jour à Venise ou à Canossa {Rires à droite.)
M. Bouvier. — Les temps sont changés. {Rires à gauche.)
M. Jacobs. — Je suis sensible au reproche qui m'a été adressé d'avoir fait injure à M. le vicomte Vilain XIIIL L'injure est basée sur un mélange habile des idées de M. Frère et des miennes.
A condition d*iiiterpréter le billet du nonce comme Tinterprète aujourd'hui M. Frère, comme un cas pendable, ce contre quoi je proteste, d'ajouter alors, comme je Tai fait, qu'il y a quelque analogie entre le foit reproché et le fait que l'Introduction historique attribue & H. Vilain XIII, on arrive à une injure, mais œ n'est pas dans ma bouche qu'elle se trouve.
Je me reprocherais plus que personne de dire un mot blessant pour notre ancien collègue le vicomte Vilain XIIII; il m'honorait de son amitié et, je puis le dire, car d'autres le savent, si je sois entré au ministère en 1870, c'est sous l'influence de ses conseils; il tenait autant à m'y voir entrer qu il tenait à voir M. Frère eo sortir. {Rires à droite.)
L'Introduction historique du Livre gris devait amener tous ses lecteurs àpenser que les « jugements rigoureux x>deM.VilainXilll avaient été émis par lui à Rome même, dans les salons* pendant sa première mission. Gomment, sinon, le gouvernement pontifical les eût-il connus? Hier M. Frère nous a appris qu'il Maitlire entre les lignes de Tlntroduction et deviner que le secret des lettres avait été violé, de sorte qu'un acte malhonnête avait renseigné le gouvernement pontifical sur le contenu des dépèches adressées par le vicomte Vilain XIIII à son gouvernement.
J'ignore si le foit est exact. M. Vilain XIIII avait ses défauts comme ses qualités, beaucoup de qualités et peu de défauts, JB suis le premier à le dire; il causait volontiers et cédait aisément à la tentation d'exprimer, où qu il fût, les appréciations d*uû jugement souvent très sûr, toujours spirituel. Je ne serais donc
pas étonné qu il eût exprimé, à Rome même, les sentiments que traduisent ses dépêches; la franchise de son caractère me porte h le croire, et, loin de lui en fiaire un reproche, j y verrais l'acte sincère d'un ami.
Le gouvernement pontifical ne s'en est d'ailleurs pas ému outre mesure, puisque, après avoir présenté quelques observations, il a fini par le recevoir comme Ministre de Belgique.
M. Bara, Ministre de la Justice. — Après Tavoir mis en quarantaine.
M. Jacobs. — Ce que j'ai dit de Thonorable vicomte Vilain XIIII n'est pas une critique. Ce n*est qu'en exagérant outre mesure le fiait reproché au nonce et en le rapprochant alors des jugements rigoureux de M. Vilain XIIII qu'on arrive à la déduction de M. Frère contre laquelle je m'élève. Après réflexion, quand la blessure du 29 juin sera cicatrisée, M. Frère comprendra luimême que si la Belgique a eu raison d'insister pour la réception de H. Vilain XIIII, malgré ses jugements rigoureux, et si Grégoire XVI a eu raison de déférer au désir du gouvernement belge, on a eu tort de faire autour du billet du nonce tout le bruit qu'on a fait.
Mais, profanation ! j'ai eu l'inconvenance de dire que, lors du mariage de la princesse Stéphanie, la fomille royale trouverait, à Vienne, le nonce entouré de l'estime publique!
La seule mention de ce fait, qui se réalisera dans quelques mois, si Dieu prête vie à tous ceux qui doivent se rencontrer à Vienne, constitue un rapprochement peu convenable; j'aurais découvert la Couronne !
Ce qui me paraît peu convenable, c'est la réponse de l'honorable Ministre ; c'est lui qui a découvert la Couronne.
II a semblé dire que le Roi épousait sa querelle, de telle sorte que la querelle entre Thonorable M. Frère et le nonce deviendrait la querelle personnelle du Roi. {Protestations à gauche.)
M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — C'est trop fort! Je proteste contre une pareille accusation; c'est de la plus haute inconvenance et c'est inconstitutionnel. Ce que j'ai dit, je l'ai dit sous la responsabilité ministérielle. (Approbation à gauche. — Bruit à droite.)
M. Jacobs. — Je rappelais...
M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Et je vous conteste le droit de foire de pareils commentaires ! {Protestations à droite. — Très bien ! à gauche.)
M. Jacobs. — rengage Thonorable Ministre, s'il craint qu'on saisisse mal ses paroles, à ne plus mêler le Roi à nos débats. {Bruit à gauche.)
M. Bouvier. — C'est vous qui avez commencé !
M. Jacobs. — Je n'ai prêté au Roi aucune appréciation ; je ne me suis livré à aucun commentaire de nature à engager son opinion. M. Frère a-t-il agi de même? Une nuance est souvent difficile à saisir, et les Annales n*ont pas paru, mais j'ai compris hier que l'honorable Ministre indiquait que, dans une ceilaine mesure, le Roi prendrait fait et cause pour lui... {Oui! oui! à droite), qu'il ne serait pas insensible à l'injure faite par le nonce à son Ministre.
M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Jamais le Roi ne sera insensible à l'offense qui a été Ëûte par un agent étranger aux Ministres du pays ! Il est trop bon patriote pour cela ! {Vive approbation à gauche.)
M. Jacobs. — Voilà la confirmation de ce que j'affirmais; d'après M. Frère, le Roi serait trop bon Belge pour ne pas prendre fait et cause, dans la mesure indiquée par l'honorable Ministre des Affaires étrangères, dans la querelle qui a éclaté entre celui-ci et le nonce.
Eh bien, je dis que ni dans cette mesure, ni dans aucune autre, cela ne peut être dit sans découvrir la Couronne. {Très bienl)^ droite.) Le Roi reste absolument en dehors de cette querelle. {Très bien! à droite,)
Il est irresponsable de la rupture de nos relations avec le saint-siége; il est irresponsable de la loi du 1*' juillet 1879, il l'est plus encore de vos attaques contre le nonce, et c'est la force de la Royauté de rester en dehors et au-dessus de ces démêlés;
c*est parce qu* il n*y prend jamais parti qu'il en est irresponsable. {Vive adhésion à droite.)
n n'épouse les querelles, les idées d'aucun de ses Ministres, pas même lorsqu'il leur livre sa signature; à plus forte raison lorsqu'il n'a pas eu à l'apposer. Tous nous croyons être Belges de coBur et d'âme, malgré ce qui nous divise. Nos débats sont étrangers au Roi et, s'il a des Ministres, c'est précisément pour rester en dehors de toutes ces querelles.
M. Bara, Ministre de la Justice. — Nous savons tout cela.
M. Jacobs. — L'honorable Ministre a si bien mis le Roi en cause, dans la mesure que j'indiquais, qu'il ajoutait : Si le Roi ne m'avait pas approuvé, il eût pu me révoquer, vous en savez quelque chose.
Singulière théorie vraiment ! Le Roi approuve-t-il donc tous les actes des Ministres qu'il ne révoque pas? et quand, successivement, des Ministres de droite et de gauche se remplacent au banc ministériel, le Roi approuverait donc les choses contradictoires qu'ils présentent les uns aprèâ les autres à la signature de Sa Majesté !
Cela n'a rien de sérieux, et M. Frère n'a introduit cet argument dans le débat que dans la pensée de m'être quelque peu désagréable, en rappelant qu'à une époque, qui remonte à une dizaine d'années, le Ministère dont j'ai fait partie a vu ses pouvoirs révoqués par Sa Majesté...
M. Goomans. — Et la majorité tout entière.
M. Jacobs. — L'honorable M. Rolin se serait servi probablement d'un terme plus gracieux et il eût dit que nous avions été relevés. Le mot révocation n'a d'ailleurs rien qui m'offusque. Tout Ministère doit finir par être révoqué : révoqué par la Couronne, révoqué par les Chambres ou révoqué par le corps électoral. Eh bien, révocation pour révocation, chute pour chute, j'aime mieux tomber, comme je l'ai fait, entouré des regrets de mes amis que
de tomber, comme Ta fait M. Frère en 1870, au soulagement des siens. {Approbation à droite.)
Un mot encore sur la Couronne et je quitte ce chapitre scabreux. Ce qui dépasse Timagination de Thonoi^ble M. Frère, c'est que, dans un pays constitutionnel, j*ai pu invoquer, comme un élément de négociation, une lettre adressée par le pape au Roi ! Suit une savante théorie sur les réponses royales dont les unes sont revêtues du contre-seing ministériel, les autres point.
J'ai précisément demandé dans laquelle de ces deux catégories se trouvait la réponse Mte à la lettre du pape du 4 novembre 1879. Mais à quel propos ai-je invoqué la lettre du pape? Est-ce comme argument contre l'honorable M. Frère? Du tout; c'est pour disculper le saint-siége de cette accusation de duplicité qu'on faisait planer sur lui et qu'on abandonne aujourd'hui, de l'accusation d*avoir caché qu'il ne blâmait pas l'épiscopat. J'ai observé que le saint-siége, en envoyant cette lettre exclusive du blâme, ne pouvait savoir si elle serait ou non communiquée aux Ministres.
J'ai invoqué cette lettre, non comme élément de négociation, mais comme élément de bonne foi. Cela est nettement indiqué dans mon premier discours, dont on ne réfute pas les arguments, on les travestit.
La dépêche du 11 novembre 1879 a fourni hier à M. le Ministre des Affaires étrangères l'occasion d'essayer de mettre les membres de l'opposition en contradiction les uns avec les autres. Vous allez juger s'il y a réussi.
A l'entendre, j'aurais abandonné mes amis : j'aurais jeté pardessus bord MM. Woeste, Cornesse et de Moreau. Leur thèse aurait été qu'il ne fallait pas garder le secret au sujet de la dépêche retirée, la mienne qu'il ne fallait pas se prêter à son retrait.
D'abord, leur thèse n'était pas ce qu'a dit M. Frère; ils lui ont
reproché d'avoir déclaré, le 19 novembre 1879, le contraire de ce qae contenait la dépêche retirée. Voilà leur thèse, et c'est aussi la mienne. Il ne fallait pas, disions-nous, parler de blâmç le 19 novembre parce que ce mot ne se trouve dans aucune pièce de la correspondance; parce que cette correspondance vous apprenait que le pape sait se servir du mot propre lorsqu'il veut blâmer; parce que le 17 mars 1879 toute désapprobation de répiscopat vous avait été refusée et qu'on n'est jamais revenu sur ee refus; parce que, enfin, vous saviez que le saint-siége approuvait la substance de la lettre pastorale collective de juin 1879; lorsque à tout cela venait se joindre cette dépêche du 11 novembre qui protestait contre tout blâme, vous deviez être circonspect et ne pas apporter à la tribune, sans vous être concerté avec le nonce, cette affirmation téméraire : « Le saint-siége blâme les évéques. d Tel était le raisonnement de mes amis reproduit par moi.
Mais, d après l'honorable M. Frère, il suffit qu'à ce premier raisonnement j'en ajoute un second pour que je désavoue, par là même, le premier! Il ne fallait pas, ajoutais-je, vous prêter au retrait de la dépêche sans explications catégoriques ; il ne fallait pas mettre tout le monde dans une fausse position, comme vous Tavez fsdt.
M. Frère me répond : « Je ne pouvais me refuser au retrait de cette dépêche. »
Erreur complète. Une fois qu'une dépêche est entre les mains de la personne à laquelle on l'a adressée, ce n'est qu'avec le consentement de celle-ci qu'elle peut être retirée. Je veux admettre que l'honorable membre eût eu tort d'user strictement de son droit, qu'il dût se prêter à des remaniements, à des éclaircissements de nature à dissiper les malentendus ou les équivoques. D'accord; la loyauté le lui commandait. Mais, jusqu'à réception de la rédaction nouvelle, il conservait l'ancienne ; il ne la laissait pas anéantir ; elle ne devait sortir de ses mains que par voie
d*échange. "Et puis, ce que Ton ne peut admettre, e*est que le gouvernement belge se prêtât à une rétractation et restât en rapports avec le gouvernement pontifical qui se rétractait.
Se prêter à des modifications explicatives, à tout ce qui tendk éclaircir la pensée, à dissiper les malentendus, les équivoques, c'est parfait; mais se prêter à une rétractation, cela ne se peut, car celui qui rétracte une affirmation sans qu'aucun &it nouveau soit survenu de nature à l'éclairer avoue qu'il a dit sciemment le contraire de la vérité; il avoue qu'il est un malhonnête homme! Celui qui affirme ses sentiments, ses idées, ses propres actes, dans une lettre mûrie, écrite à tête reposée, et qui vient vous dire ensuite le contraire, sans qu'aucun élément nouveau justifie ce revirement, uniquement parce qu'il craint la suppression de la légation ou toute autre chose, celui-là commet un acte malhonnête auquel il ne faut pas se prêter. {Très bien! à droite.)
On ne pouvait se prêter à une rétractation. Supposer une erreur est réellement puéril. Une erreur sur les sentiments du saintsiége dans une dépêche écrite par le cardinal Nina pour les exprimer, erreuf consistant à dire absolument le contraire de la réalité, erreur retractée sans qu'aucun fait nouveau fût allégué de nature à la dissiper, aucun esprit sérieux n'admettra cela.
Au moins fallait-il suspendre tout commentaire, toute appréciation de la lettre du 5 octobre jusqu'à ce que vous eussiez l^ version définitive du saint-père. Il fallait communiquer la correspondance à la Chambre sans commentaires, sans parler de blâme, livrer la correspondance telle quelle, sans plus.
Voilà notre second reproche, celui de nos honorables amis comme le mien.
Je disais l'autre jour qu'il était d'autant plus étrange que M. Frère eût persisté, même au mois de mars dernier, à parler de blâme, que, dans l'intervalle de la discussion de novembre à celle de mars, plusieurs avertissements, de nature à éclairer
complètement l'honorable M. Frère 3*il ne Tétait pas assez, lui avaient été donnés.
La déclaration du cardinal de Malines du 1^' décembre 1879 protestait dans les termes les plus énergiques contre ce blâme. L'honorable Ministre, qui s'est ému d'articles de journaux, comprend qu'il doit paraître étrange qu'après cela il ait laissé passer inaperçu un document de cette importance. Il n'a pu ne pas l'émouvoir.
Aussi, m'interrompt-il lorsque je cite la déclaration et me dit-il: « J'ai répondu le 17 décembre. »
Je ne m'imaginais pas ce que pouvait être cette réponse de l'honorable Ministre. Il m'intriguait davantage encore en ajoutant que je l'avais eue sous les yeux; M. Bouvier interrompait en disant : « Voilà qui est péremptoire ! » et j'ignorais toujours ce à quoi l'on faisait allusion.
Hier, M. Frère nous a appris, à M. Bouvier et à moi, qu'il faisait allusion, non pas à une réponse faite par lui le 17 décembre, mais à une réponse sans date, faite par lui à une question posée par la section centrale chargée de l'examen de son budget et consignée dans le rapport déposé à la date du 17 décembre. Maintenant que nous savons où trouver sa réponse, voyons en quoi elle consiste. La voici :
a Aucune publication, écrit M. Frère à la section centrale, n'a été faite qui vint infirmer ce qui a été communiqué à la Chambre. La déclaration de M. le cardinal-archevêque de Malines laisse subsister sans aucune réserve les faits attestés par la correspondance diplomatique. »
Voilà tout. Ainsi les faits consignés dans la correspondance communiquée à la Chambre restent debout. D'accord, nul ne prétend les infirmer; mais que deviennent les appréciations, les commentaires que M. Frère y a ajoutés le 19 novembre? Ils sont nettement démentis, la déclaration du cardinal en est l'antipode.
Et cela n'émeut pas M. Frère, et il ne demande aucune explication à Rome... jusquau 7 avril 1880.
Reprenons sa dépêche du 7 avril. Nous verrons conunent il se plaint de cette déclaration qui n*a cependant» il Tavoue, rien de contraire aux faits consignés dans la correspondance.
« Ce qui rend la situation plus grave, écrit-il, c'est que l'épiscopat même, après la publication de la correspondance diplomatique avec le Vatican, se couvre ostensiblement du nom et de l'autorité du saint-père. Dans sa déclaration officielle du 1^ décembre 1879, M. le cardinal Dechamps, non content de nier l'existence de toute dissidence de principe ou d'application entre Rome et les évêques, dit en propres termes :
ce Si les évêques étaient en dissidence avec le saint-siége, le grand pape qui gouverne aujourd'hui l'Eglise, Léon XIII, ne parlerait-il pas? Mais cette phrase de désaveu, cette parole de blâme, non seulement le saint-père ne l'a pas dite, mais, nous le savons de source certaine, nos adversaires l'attendront en vain. »
Plus loin, la dépêche du 7 avril observe encore que « les actes et le langage de l'épiscopat interprètent dans un sens diamétralement opposé (à celui de M. Frère) l'attitude du saint-siége. »
Ainsi, le 19 novembre, on déclarait en pleine Chambre que le saint-père blâme les évêques, que jamais bl&me ne fut plus formel ; le cardinal de Malines répond le 1^ décembre : « Cette parole de blâme, le saint-père ne Ta pas dite, et, je le sais de source certaine, il ne la dira pas », et vous ne télégraphiez pas à Rome pour obtenir des explications, et vous vous contentez d'écrire à la section centrale : « La déclaration n'infirme aucun des faits attestés par la correspondance! »
Vous avez raison en ce point. La déclaration n'infirme aucune des pièces de la correspondance, mais elle ne laisse rien subsister des commentaires que vous y avez ajoutés.
En passant ces commentaires sous silence, dans votre réponse
à la section centrale, vous avez implicitement reconnu que vous aviez eu tort de les ajouter, comme vous Tavez reconnu dans votre circulaire du 17 juillet 1880, lorsque vous vous êtes défendu d*avoir commenté la correspondance. Vous avez reconnu que le cardinal Nina était en droit de ne pas tenir compte de vos commentaires, et que la seule chose dont il fallût se préoccuper, c'était des pièces officielles.
Quand vous avez plus tard reproché au saint-siége de ne pas avoir protesté contre vos commentaires, le cardinal Nina était en droit de vous répondre : Vos déclarations à la section centrale prouvent que vous en faisiez bon marché ; je n*avais pas à y attacher plus d'importance que vous ne leur en donniez vous-même.
L'échange de vues et la rupture qui lui sert de couronnement peuvent se résumer ainsi :
Après avoir beaucoup obtenu du saint-siége, sans rien lui donner en échange, H. Frère ne s'est pas contenté de ce qu'il avait obtenu.
Pour grossir le succès diplomatique, il a exagéré les résultats obtenus par des commentaires non autorisés, non concertés.
Il s*est complu dans l'équivoque, malgré les avertissements tels que la déclaration du cardinal Dechamps; il gagnait du temps, et dans l'intervalle les événements pouvaient amener ou l'entente ou la rupture; puis il a rompu, non point pour avoir trop peu obtenu, non point parce qu'un acte quelconque de duplicité aurait été commis, mais par un calcul électoral, sans attendre une réponse annoncée, sai\s prévenir qu'il la fallait pour telle date, et sans permettre aux électeurs d'apprécier le fait de la rupture en les en prévenant vingt- quatre heures heures au moins avant l'élection.
Ce n'est pas nous qui cherchons à amoindrir les résultats obtenus par l'échange de vues. C'est vous qui prétendez ne rien avoir obtenu; c'est vous qui, sur la foi de ce qu'on appelle le rapport
de Villermont, essayez de mettre en doute les déclarations répétées de Léon XHI au sujet du pacte fondamental ; c*est vous qui prétendez n'avoir rien obtenu dans la question scolaire, qui aujourd'hui iiaites fi de l'abstention du saint-siége dont vous leur saviez gré naguère ; c'est vous qui prétendez que ses efforts modérateurs ont été infructueux, qu'ils n'ont rien produit d'efficace. L'honorable Ministre a invoqué à l'appui de cette thèse nouvelle la lettre du cardinal-archevêque de Halines qui accompagne les nouvelles instructions pratiques ; il en résulterait, d'après lui, que ces nouvelles instructions n'ont fait que consacrer une situation existante.
Messieurs, cette lettre ne dit pas cela; mais en supposant qu'elle dise quelque chose d'approchant, ne conçoit-on pas que les évéques, que l'influence du saint-siége a déterminés à modifier leurs premières instructions, soient portés à se figurer que la concession faite par eux est minime et qu'il n'y a guère de différence entre leurs instructions d'hier et celles d'aujourd'hui. (Sottrires à gauche.)
L'amour-propre est un sentiment naturel à l'homme. Pour être évêque,on n'en est pas moins homme, nous a dit un jour M.Frère. Je pourrais le répéter après lui- Mais le cardinal- archevêque de Matines ne dit point que rien n'est changé. D après votre propre citation, il se borne à fiaire observer, chose exacte, que plusieurs des modifications consacrées par les nouvelles instructions étaient déjà pratiquées auparavant.
Plusieurs et non pas toutes; mais, même pour celles-là, il se présente une différence essentielle.
Les instructions données précédemment ont pu, dans la pratique, être jugées sévères et des dispenses ont pu être accordées en dehors du cadre tracé par elles ; mais c'étaient là des faits qui nécessitaient un recours à l'évêque.
Vous n'avez plus cette entrave résultant de la nécessité du recours, entrave devant laquelle on peut reculer, vous n*aurez plus une application isolée, vous aurez désormais une règle qui, dans tous les cas, se substituera à la règle ancienne.
Ce n'est d ailleurs, je le répète, que pour quelques-unes de ces modifications que la pratique avait devancé les instructions nouirelles.
Sans faire de la Flandre libérale un docteur de l'Eglise, je pense que M. Malou a eu raison d'invoquer son témoignage pour établir la différence réelle des instructions anciennes et des nou- ^velles.
Vous avez donc beaucoup obtenu ; ce n'est pas nous qui rape- ^ssons les résultats de l'échange de vues, c'est vous-mêmes et ^ous le faites pour justifier une rupture injustifiable.
L'honorable Ministre des Affaires étrangères s'est étendu sur ee thème, déjà souvent reproduit ici, que les catholiques seraient partisans de la théocratie, qu'ils voudraient faire de la Belgique un fief du pape, que la droite abdique devant les évoques.
Je pourrais à mon tour refaire les discours faits dans d'autres occasions pour démontrer que le parti libéral est l'émanation des loges, qu'elles le dominent, lui commandent, et que si nous recevons des pensums de Malines, vous recevez le mot des Toges. {Rùres à gauche.) M. Bouvier. — C'est de l'histoire ancienne. M. Jacobs. — Je pourrais opposer l'excommunication maçonnique à Texcommunication catholique. Je ne le ferai pas; vous l'avez entendu plusieurs fois déjà, comme nous avons entendu fréquemment la partie du discours de Thonorable M. Frère qui traite de la théocratie. Je me bornerai à faire observer qu'il est bizarre de voir, en certaines circonstances, la droite recevoir vos louanges : nous sommes le parti catholique constitutionnel, nous sommes attachés à nos institutions, nous les défendons sinm. 35
cërement; et puis, un peu après, nous ne sommes que les instruments des évêques, les suppôts de la théocratie, on ne peut assez nous blâmer.
Nous sommes, Messieurs, aussi indifférents au blâme qu*à réloge; c*est la seule réponse que j*ai à Caire à cette partie du discours de l'honorable Ministre.
Reste à m'expliquer sur une critique générale qu'il a élevée contre notre manière d'argumenter.
A l'entendre, nous opposons toujours de petits &its,des détails, des minuties, aux grands faits qu'il étale, lui, devant la Chambre. C'est ce que j'aurais fait au point de vue de l'impression produite par l'échange de vues ; c'est ce que j'aurais fait encore au point de vue de l'histoire de l'Eglise, esquissée à grands traits par M. Frère.
M. Frère invoque l'impression universelle produite par l'échange de vues sur la Chambre, le pays, la presse européenne, et j'y aurais opposé un seul journal !
J'en ai cité deux, la Flandre libérale et le Nord, Mais, chose bizarre, M. Frère, qui me reproche d'en citer trop peu, n'en a cité aucun en sens inverse; il s'est contenté d'affirmer.
J*ai cité M. Janson et j'ai fait mieux que cela, j'ai cité M. Frère lui-même.
J'ai rappelé sa dépêche du 7 avril 1880, dont je relis le passage suivant :
« Au sein des Chambres comme au dehors, l'impression première que produisit la correspondance avec le saint-siége ne fut rien moins que favorable ; on trouvait les déclarations du Vatican peu précises, ses conseils peu pressants, ses instructions nullement impératives. »
Voilà l'impression universelle constatée par M. Frère.
Voyez à quel point le jugement universel d'alors diffère du prétendu jugement universel d'aujourd'hui.
Examinons si le reprocha de l*bonorabIe Ministre est plus Ibodé en ce qui concerne la péroraison de son premier discours.
« Ce que je sais, disait-il, c*est que jusqu'à ce jour l'Eglise n*a jamais récupéré ce qu'elle avait perdu. »
' n invoque cette fois des faits : la réforme, le schisme grec. Tai osé opposer à ces grands faits Fexemple de la petite Belgique et même de la ville d'Anvers.
L'honorable membre me prend en pitié et s'étonne de ne pas xne voir citer Sart-Dame-Avelines.
Messieurs, j'ai cité un exemple qui nous crevait les yeux, l'exemple de la Belgique au xvi^ siècle ; mais si j'avais voulu me livrer à une vaste revue historique, je n'aurais pas eu à me donner grand'peine pour réfuter la philosophie de l'histoire, telle que Tentend M. Frère.
Je n'ai pas la prétention d'être un savant historien, de force à lutter avec l'honorable M. Frère et sa division politique ; je lui aurais opposé un rival plus digne de lui, Macaulay. Examinant, dans ses Essais historiques et philosophiques, YHistoire de la j^pautéy de Ranke, il montre l'Eglise résistant à tous les assauts, il la montre aux prises avec les Albigeois, avec la réforme, avec le schisme grec, avec la philosophie du xvin^ siècle, et après avoir dépeint ces épreuves, voici sa conclusion :
« L'Eglise catholique était grande et respectée avant que les Francs eussent passé le Rhin, quand l'éloquence florissait encore I Antioche, quand on adorait encore les idoles dans le temple de la Mecque et elle conservera peut-être encore toute sa vigueur première lorsque je ne sais quel voyageur de la Nouvelle-Zélande viendra, au milieu d'une vaste solitude, se placer sur une arche brisée du pont de Londres pour esquisser les ruines de Saint- Paul. »
Voilà l'histoire feite par un véritable historien en regard du
roman de M. le Ministre des Affaires étrangères. (Très bien ! à droite.)
Llionorable Ministre a terminé son discours en prétendant que nous affaiblissions le patriotisme en discréditant nos grands hommes et en prenant parti pour Tétranger.
Nous devons la vérité et la justice à tout le monde, aux étrangers comme aux Belges.
Mais nous pensons, avec M. Leclercq, que le manque de patriotisme consiste à chercher à enlever à la Belgique ce cachet de catholicisme et de liberté à la fois, qui, entre toutes les nations, est son caractère distinctif. {Très bien! à droite)
M. Frëre-Orban, Ministre des Affaires étrangères, — Si je me lève, ce n*est plus pour discuter, pour présenter une seule objection. La Chambre et le public ont sous les yeux les arguments qui ont été développés de part et d*autre. On jugera, et, je ne crains pas de le dire, nous attendons ce verdict avec confiance. Je veux simplement faire entendre une protestation et formuler une réserve.
L'honorable M. Jacobs m*a accusé d*avoir découvert la Couronne, d'avoir fait intervenir le Roi dans nos débats. Si ce reproche était fondé, c'est évidemment à l'honorable membre qu'il faudrait l'adresser. Je me suis borné, quant à moi, à répondre à ce que je considérais comme une haute inconvenance. L'honorable M. Jacobs, avec une habileté de langage que j'ai caractérisée, a montré le Roi et les membres de la Famille royale placés bientôt en présence du nonce que j'avais accusé d'avoir offensé le pays, d'avoir offensé les ministres, et l'honorable M. Jacobs, pour marquer l'accueil qui serait fait au nonce, a déclaré qu'il serait entouré de la considération générale. Il était facile de comprendre.
Qu*ai-je répondu alors ? J'ai dit que nous avions le bonheur de posséder un Roi Belge de cœur et d'âme, patriote sincère, aimant
vraiment son pays et ses institutions, et qui, à ce titre, ne serait jamais indifférent à une offense faite au pays ou aux membres de son gouvernement. (Très bien! à gauche.) El que me fait dire l'honorable M. Jacobs ? II me reproche d'être venu annoncer que le Boi épousait nos querelles personnelles. Messieurs, affirmer sous la responsabilité ministérielle que le Roi ne sera jamais indifférent à une injure faite au pays, aux ministres qui représentent le gouvernement du pays, est-ce prétendre que le Roi va épouser les querelles personnelles de ses ministres?
Cette façon de raisonner n'appartient qu'à l'honorable M. Jacobs. Oui, je persiste à affirmer, conformément à mon droit et à mon devoir, que jamais le Roi ne serait indifférent à une offense foite au pays...
Adroite : Au pays...
M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — ... et à ceux qui représentent le pays en son nom. J'ai établi qu'il y avait offense au pays...
A DROITE : Non ! non !
A GAUCHE : Oui ! oui !
M. Frère-Orban, Ministre des affaires étrangères. — Oui, offense au pays ! Le fait d'un nonce, d'un agent diplomatique qui intervient dans les querelles intérieures, qui excite contre le gouvernement, c'est là un acte d'offense envers le pays ! {Approbation à gauche.) J'ai établi que ce nonce violait le droit des gens, et aurait pu de ce chef être renvoyé du pays. Voilà la vérité. (Nou' veUe et vive approbation à gauche.)
Messieurs, à côté de cette offense faite au pays, il en est une autre qui a été adressée à moi personnellement, sans raison, sans provocation, sans justice aucune. J'ai dit que dans un pays constitutionnel comme le nôtre, un Roi patriote de cœur et d'âme comme le nôtre ne sera jamais indifférent à une pareille offense. C'est mon droit de le dire, sous ma responsabilité ministérielle. {Très bien !
à gauche.) Les bits que je dénonce sout, en effet, des actes poétiques, ils sont engendrés, non par des incidents de ma vie pnvée, mais par des aaes de ma vie publique et ministérielle. Sï y avait désaccord à ce sujet entre la Couronne et les ministres, chacun aurait le droit d*user des garanties constitutionnelles.
Messieurs, la seconde protestation que j*ai à feire est celle-ci. J*ai contesté que j*eusse produit une accusation de duplicité contre le souverain pontife. — Que me fait dire Thonorable M. Jacobs? — Vous désavouez ce que vous avez dit : vous reniez vos discours, votre correspondance diplomatique, tout ce que vous ave^ écrit. — Ici encore nous reconnaissons la façon de procéder de lliooorable M. Jacobs.
Je me borne à protester et à déclarer de nouveau que je n'ai pas un seul mot à rétracter ni de la correspondance diplomatique, ni de mes discours.
M. Jacobs. — Je demande la parole.
Voix a gauche : Aux voix ! aux voix !
M. le président. — M. Malou a demandé la parole.
Voix a gauche : La clôture.
M. Jacobs. — Puisqu'on veut rétablir les faits dans toute leur exactitude, je constate que ce n'est pas à propos d'une offense faite au pays que M. le Ministre des Affaires étrangères a fait intervenir la Couronne dans ce débat {Protestations à gauche.)
Il s'agissait d'une offense personnelle dont l'honorable Ministre s'est plaint.
M. Frère Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Cest complètement inexact; j'ai dit les deux choses.
M. Jacobs. — Mettons qu'il parlât des deux choses.
M. Frôre-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Commencez par être exact.
M. Jacobs. — Il me suffit que l'interventioo de la Couronne
se rapporte à la seconde. Je constate que M. le Ministre a déclaré que le Roi ne serait pas indifférent à l'offense qui, d*aprës lui, serait faite à un de ses ministres par la lettre du nonce. (Interruptions.)
Cest bien là ce que vous avez déclaré; le Roi, disiez-vous, ne peut être indifférent à Tinjure faite par le nonce au Ministre; sous ce rapport, il ne peut ne pas épouser la cause de son Ministre des Affaires étrangères. Sinon quel sens auraient vos paroles?
Déclarer d'une façon générale que le Roi n'est pas indifférent aux offenses faites à ses ministres, c'est presque une banalité; ce sur quoi porte notre désaccord, c'est sur la réalité de l'offense. Vous prétendez que, dans l'appréciation de ces faits, le Roi doit prendre parti pour vous.
M- FrèreOrban, Ministre des Affaires étrangères. — Cest votre interprétation.
M. Jacobs. — Ce n'est pas là une interprétation, c'est une constatation. Et moi, en quoi aurais-je découvert la Couronne? l'ai dit que lorsque la Famille royale se rendrait à Vienne, elle y verrait le nonce entouré de la considération qui lui est due. Ce serait là découvrir la Couronne! Découvrir la Couronne, c'est engager la responsabilité du Roi en lui prêtant des opinions, en l'associant à nos pensées, à nos déclarations, à nos affirmations, à nos querelles. Mais annoncer un foit qui se passera dans quelques mois, c'était mon droit et nul ne peut me prêter la pensée d'engager ainsi le Roi dans nos querelles.
M. Frère prétend n'avoir jamais proféré l'accusation de duplicité contre le saint-père, et d'autre part maintenir tout ce qu'il a écrit dans sa correspondance.
Je déclare n'y plus rien comprendre.
Que vous a donc appris le dossier Dumont? Sur quoi portent donc les reconnaissances que vous disiez vous être dictées par la loyauté? Qu'avez-vous appris si vous ne retirez rien?
Les trois maDÎères de M. Frère sont maiateDues à la fois!
Chacun pourra choisir celle qui lui conviendra le mieux, et, malgré leurs différences, Thonorable Ministre se réserve de les offrir toutes les trois à celui qui voudra les collectionner, (^/iplottiuamails à draUe,)
Pixsicns HEiBBEs A GiucHE i La clôturc !
M. Xaloa. — La Chambre reconnaîtra qu*il est juste de m*ao corder quelques minutes pour répondre notamment sur des bits quasi personnels. Je ne rentrerai pas dans le fond du débat; il est épuisé.
Llionorable Ministre nous a prêté le défaut qu*il apporte trop souvent dans les discussions, c'est-à-dire de choisir un point accessoire insignifiant, de gonfler ce ballon et de vouloir transformer ce rien en un argument formidable. Il a encore succombé hier à cette erreur de discussion dans deux circonstances que je vais rappeler.
Entraîné par Timprovisation à propos de la dépêche du 11 novembre, il dit : Cest la pensée que Ton a retirée.
Et lorsque !e retrait se fiait, on le justifie en ces termes :
^ On considère la dépêche comme non avenue; on prie de renvoyer la copie afin que Son Eminence puisse de nouveau en examiner la rédaction et y fiaire disparaîtie toute cause de malentendu et d*équivoque. »
M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Eh bien?
M Maloa. — « Examiner la rédaction et y faire disparaître toute cause de malentendu et d*équivoque. »
Oa ne relire donc pas la pensée, (il gauche : Oh ! — Approbation à droite.)
En second lieu, on prétaid que cette dépêche n*a jamais été reproduite. Mais qu*est la lettre du 3 mai, si ce n*est cette même dépêche complétée?
Vous l'avez reçue et vous n'avez pas à vous plaindre.
Second exemple : Nous nous sommes courbés dès le mois d'octobre, dit Thonorable Ministre, sous la crosse des évéques, ^t il est établi qu'au mois d'avril de l'année courante un certain nombre de membres des droites de la Chambre et du Sénat ont demandé des modifications aux instructions du 1*' septembre -J879.
L'honorable M. Frère-Orban voit du blâme partout.
Ni moi-même au mois de septembre, ni mes amis ni moi, en avril 1880, nous n'avons pas entendu blâmer les évéques ; nous nous sommes bornés à des observations contre certaines dispositions des instructions primitives.
L'honorable Ministre persiste non seulement dans la prétention de connaître la pensée d'autrui mieux que ceux qui Tont émise, mais il cherche à m'attribuer de nouveau la rédaction de la lettre du cardinal Nina et de certaines expressions qui s'y trouvent.
J'ai déjà déclaré et je déclare une seconde fois qu'il y a dans la lettre du cardinal quelques idées qui se trouvaient dans la mienne, mais qu'il y en a d'autres.
Un mot, Messieurs, sur le changement des instructions. D'après la manière de raisonner de l'honorable Ministre, le cardinal lui-même a déclaré que les instructions n'étaient pas changées.
Déjà tout à l'heure l'honorable M. Jacobs a relevé cette erreur, mais il y avait un moyen bien simple de me réfuter : il fallait démontrer que les différences signalées et énumérées n'existent pas.
Ce n'est pas ce que l'honorable Ministre a fait. C'est précisément le contraire.
Il restera de ce long débat la preuve complète, irréfutable que l'honorable Ministre a rompu par des considérations étrangères
k robjel de la négociitioD, pnisqae, au moment où il a rompu, le bot qa*il poursonraît, fe s^nlbot qu*il poursuivait, il rayait atteint.
Telle est la conclusioD pratique qui restera gravée dans lliistoire et dans la mëmcHre de tous les catholiques belges !
A QAzaz : La clôture !
M. Mftloa. — Messieurs, vous m'avez donné un quart d*heare; il n est pas expiré.
Lliooorable Ministre s'est occupé des intérêts et des devoirs de ropposition. Sans doute, elle a sa responsabilité à propos de ce qa elle a bit au sujet de votre maudite loi du 1* juillet 1879, mais on nous reproche de n'avoir pas offert en holocauste quelques amendements et d'avoir fait ainsi de la politique pessimiste.
Voici un £iit qui s'est passé dans cette enceinte au sujet de Tun des articles les plus importants de la loi, de celui qui cooceme les écoles normales.
Dans les rangs de la gauche, plusieurs membres n'étaient pas partisans de la disposition proposée, et deux d'entre eux sont venus me demander de proposer un amendement.
Je leur ai répondu : Proposez cet amendement, il aura plus de chance d'être adopté, et je suis convaincu que tous mes amis le voleront.
M. Olin. — Voteraient-ils la loi? (Longue interruptim.)
M. Malon. — Les honorables membres de la gauche qui se sont adressés à moi sont MM. Lambert et de Lhoneux. Je leur ai dit : Proposez Tamendement et nous voterons tous, et je leur ai demandé ensuite : Si l'amendement est rejeté, voterez-vous la loi, et ils m ont répondu affirmativement. Je réponds à M. Olin faisant cette citation.
Messieurs, le ministre ne nous reproche pas apparemment d avoir volé contre la loi; il nous reproche de ne pas l'avoir améliorée! Mais il ne tenait qu'à lui de l'améliorer... {rires à drmté) disposant de la majorité comme il en dispose.
11 a £ait un reproche plus singulier.
Je dois savoir que j'ai empêché au Sénat qu*on ne fit des amendements.
Je n'en sais absolument rien, car je ne me suis pas môIé de ce qui 8*est passé au Sénat.
La seule chose que j*ai apprise, c'est que Fhonorable Ministre avait £ait des démarches auprès du prince de Ligne et paraissait désirer qu'il présentât des amendements.
M. Prère-Orban, Ministre des A/faires étrangères. — C'est inexact. Je n'ai pas eu de conversation sur ce sujet avec le prince de Ligne avant le vote de la loi.
M. Malou. — Messieurs, d'après l'honorable Ministre, nous avons fait un mauvais calcul et une mauvaise action.
Quels sont donc ceux qui, dans les circonstances actuelles, ont &it un mauvais calcul? Quels sont ceux qui, en présentant cette loi sur l'instruction primaire, se sont dit : Oh! les catholiques, ce sont de si bons en&nts : ils crient beaucoup contre un projet; mais, dès que le projet est voté, ils l'acceptent, ils l'exécutent et l'on n'en entend plus parler. Faisons tout ce que nous voulons : les catholiques accepteront la loi, c'est l'affaire de quelques semaines et tout sera fini.
Voilà ce que j'affirme être un faux calcul : les événements l'ont bien démenti, sans compter les espérances.
Nous vous avons dit la vérité : nous vous avons indiqué nettement ce qui se passerait après le vote de votre loi ; vous n'avez pas voulu nous croire. Faux calcul ! Mauvaise action ! Mais qui donc a commis une mauvaise action? Ce sont ceux qui, sciemment, lorsqu'une situation était acceptée par les deux partis, sont venus substituer à ce régime de paix, de concorde et vraiment national, un régime nouveau qui a répandu dans le pays le plus &tal germe de discorde qu'on puisse y introduire. (Tré^ bien! à droite.)
Voilà ce que j'appelle, au point de vue national, au point de vue de rhistoire, une mauvaise action. {Applaudissements à droite.)
DISCUSSION DES PARAGRAPHES DE l'aDRESSE.
« § 13. L*honneur et la loyauté du gouvernement belge, sa responsabilité devant le pays, lui imposaient le devoir de rompre nos relations avec le Vatican. »
M. le président. — M. Malou a présenté Tamendement suivant :
a Paragraphe à substituer au texte proposé par la Commission d'Adresse :
<c La rupture violente des relations diplomatiques existant depuis un demi-siècle entre le gouvernement belge et le saintsiége a profondément blessé nos populations catholiques. »
Cet amendement a été développé ; est-il appuyé ?
Plusieurs membres : Oui ! oui !
M. le président. — Il est appuyé et fait partie de la discussion.
— La discussion est close.
Des membres : L*appel nominal !
II est procédé à l'appel nominal sur lamendement de M. Malou
108 membres y prennent part.
62 répondent non.
46 répondent oui.
En conséquence, la Chambre n'adopte pas.
Ont répondu non :
MM. A. Jamar, E. Jamar, Janson, Jottrand, Lambert, Le Hardy de Beaulieu, Lejeune, Lescarts, Lippens, Lucq, Mascart, Mineur,
Mondez, Mouton, Neujean, Olin, Paternoster, Pecsteen, Peltzer, Pinnez, Puissant, Rogier, Rolin-Jaequemyns, Sabatier, Sainctelette, Scailquin, Tesch, Tournay, T'Serslevens, Vandam, Vanderkindere, Van Humbeeck, Verhaeghe de Nayer, Jos. Warnant, Jul. Warnant, Washer, Willequet, Wincqz, Bara, Berge, Bergh, Bouvier, Couvreur, d*Andrimont, Dansaert, de Baillet-Latour, de Ghimay, Defuisseaux, de Hemptinne, d*EIhoungne, Demeur, Descamps, Dethuin, De Vigne, de Vrints, Durieu, Féron, Frère- Orban; Gillieaux, Goblet d*AIvielIa, Hallet et Guillery. Ont répondu oui :
MM. Janssens, Lefebvre, Magherman, Malou, Meeus, MuIIe de Terschueren,Notelteirs,Nothomb, Osy,Pety de Thozée, Reynaert, Smolders, Struye, Tack, Thibaut, Thonissen, Van Brabandt, Vandenpeereboom, Vanden Steen, Van Wambeke, Verbrugghen, Verwilghen, Wasseige, Woeste, Beeckman, Beernaert, Berten, Biebuyck, Coomans, Côremans, De Becker, De Bruyn, De Deker, de Haerne, de Jonghe d'Ardoye, De Kepper, De Lantsheere, Deicour, de Liedekerke, de Montbianc, de Montpellier, de Moreau d*Andoy, de Pitteurs Hiegaerts, Ae Zerezo de Tejada, Guyot et lacobs.
L*ensemble de l'Adresse est ensuite adopté par 63 voix contre 46 Les voix se répartissent de la même manière. M. de Macart, absent au vote snr l'amendement de M. Malou, émet un vote aiBrmatif.
Cbambre des repréaentanUi.