III
dépèches, surtout si Ton a soin de glisser sous les lignes officielles les révélations du dossier Dutnont.
L*honorable M. Frère est obligé sans cesse de jouer le rôle de Mathurine et de dire à Rome : <c Je crois que vous me trompez. » Et quand le cardinal Nina proteste de sa sincérité, les évéques ou leurs journaux parlent en sens contraire, affirment qu'ils ont des contre-lettres et viennent édifier le public sur la valeur des protestations du saint-siége. A Thonorable M. Frère, Rome assure qu*on veut la paix, et Rome, au même moinent, adresse des félicitations au Bien public, qui veut la guerre. Au gouvernement, on affirme qu*on conseille aux évéques belges la modération, et à révéque de Namur, on dit dans le tuyau de l'oreille : « Tenez ferme! » Devant M. d*Anethan, on réprouve les attaques contre la Constitution, mais on fait exprimer à M. Périn ses sentiments d*estime et d*affection, et on approuve la ligne générale de conduite adoptée par la presse belge contre le Journal de Bruxelles.
M. Bara, Ministre de la Justice, — C'est bien cela!
M. Couvreur. — On accueille les plaintes des inopportunistes, mais on a bien soin de ne leur donner aucune espèce de sanction, c'est le cardinal de Malines qui le fait observer.
Vous vous plaignez qu'on accuse le pape de duplicité. Mais cette accusation, ce sont les journaux des évéques qui Font fait naître.
A un moment les contradictions entre les affirmations des évéques ou de leurs journaux et celles des agents du saint-siége étaient devenues tellement scandaleuses, que le Jaurrud <if fifttxeU^ s en est ému et a fini par dire à ses coreligionnaires, aux oignes des évéques : Mais prenez donc garde aux conséquences de vos paroles. « Nous ne pouvons laisser accuser le souverain pontife de duplicité, et le devoir des publicistes catholiques est de faire la lumière sur cet incident, non pas pour venir en aide au minis-
:ère, mais pour défendre la papauté contre Tinjure nouvelle qu on lui adresse. »
Ce cri de détresse des inopportunistes n'a pas eu d'écho. Le leu a continué de plus belle jusqu'au jour ob les évéques victorieux ont £ait reculer Léon XIIL
Messieurs, je pourrais multiplier ces exemples, mais j'ai h&te d'arriver aux faits les plus graves, ceux pour la justification desquels M. Jacobs a déployé ses plus brillantes qualités.
Si la Chambre veut le permettre, j'aborderai ce point dans la séance de demain.
M. le président. — La parole est continuée à M. Couvreùrr
M. Gonvrenr. — Messieurs, j'ai tâché, hier, d'établir que si
des accusations de duplicité se sont produites contre le Vatican,
la responsabilité de ces accusations doit remonter aux actes contradictoires mêmes du Vatican et surtout à la révélation de ces actes et aux commentaires dont ils ont été l'objet de la part, soit des évéques, soit de leurs organes.
J'ai promis d*aborder aujourd'hui l'examen des plus caractéristiques de ces actes, de ceux pour la défense desquels l'honorable M. Jacobs a déployé ses plus brillantes qualités et toutes les ressources de la casuistique.
Pour atténuer le revirement qui s'est fait dans l'attitude de la papauté, l'honorable préopinant a réduit à un minimum la divergence de vues entre le pape et les évéques.
Beaucoup d'explications ont été formulées pour rendre cette divergence insensible, impalpable ; mais il n en est pas de plus ingénieuse que celle produite par l'honorable M. Jacobs. Cette divergence n'a porté, dit-il, que sur la nature des exceptions, des tempéraments qu'il fallait apporter aux anathèmes ecclésiastiques. ^ -
Les évéques voulaieul excepter les individus; le pape voûtait excepter certaines écoles; mais tous maintenaient la condamnanation comme la règle et Tabsolution comme l'exception. L'honorable M. Frère a cru que le pape admettait la laïcité comme la r^e pourvu que Fécole ne fût pas irréligieuse. Cela, le pape ne Ta jamais admis.
Celte idée de fiaire de la condamnation lexception ne se trouve nulle part dans la correspondance. Il y a eu malentendu, oui ; duplicité, non.
Malheureusement pour cette trop ingénieuse explication, elle est contredite par les fisiits. Tai le droit de dire à H. Jacobs : Avocat, relisez donc les pièces du dossier.
Cest dans une dépèche du 1^' juillet 1877 que Thonorable Ministre des AfTaires étrangères suggère à Rome sa solution. Le 8 juillet 1879, M. d'Anethan lui répond :
« Tai donné connaissance au cardinal Nina du contenu de la dépèche que vous avez bien voulu m'adresser sous la date du l** de ce mois. Conformément à votre désir, et à vos instructions, je lui ai laissé copie de ce document. Immédiatement après avoir revu cette communication, Soii Emitietice ma annoncé que U moyen sugg&é par rous dafis le but de diminuer tiiitefisité de l'opposition que rencontre la loi sur finstruction primaire avait obtefiu t approbation du pafte. Avec Tautorisatiou de Sa Sainteté, des instructions très sages ont été transmises en Belgique afin de tempérer dans lexéculion la rigueur des dispositions du dernier mandement. >)
L*honoi^ble Ministre des Aiïaires étrangères trouve que ces assurances sont trop x-agues. Il fait observer, à la date du 15 juillet 1879, que le cardinal Nina ne s'explique pas suffisamment sur radhësion qu'il a donnée au moyen suggéré par lui. — Au mois lie novembre, quatre mois après, communication de ces dépêches est donnée ;") la Chambre, et là, Thonorable Ministre précise
encore ses conseils et rinterprétation qu*il a donnée de Tadhésion lIu saint-père à ces conseils.
Ainsi donc Thonorable Ministre n*avait cessé de maintenir son interprétation; il l'avait fait connaître à Rome, il Tavait répétée publiquement dans cette enceinte. — Voilà Tissue de la difficulté, iisait-il : ne pas condamner en masse; ne condamner que les §coIes qu'il est juste de condamner.
Vous venez dire aujourd'hui : Il y a eu malentendu entre M. le Ministre des Affaires étrangères et le saint-siége. Mais alors pourquoi la rectification ne s'est-elle pas produite; pourquoi Lorsque, au 8 juillet, M. le Ministre des Affaires étrangères demandait qu'on voulût bien préciser l'adhésion donnée par le saint-père à sa décision, pourquoi n'a-t-on pas donné alors l'explication que donne aujourd'hui l'honorable M. Jacobs?
Et lorsque l'honorable Ministre des Affaires étrangères est venu répéter dans cette enceinte son conseil et son interprétation, pourquoi ne l'a-t-on pas désabusé sur l'heure? Voilà où gtt la déloyauté. A Rome, on n'a jamais protesté contre l'interprétation ministérielle. Non seulement on n'a pas protesté, on n'a pas désabusé M. Frère-Orban, mais on lui a dit, ou fait dire, en termes formels, dans cette dépêche du 15 juillet : « Vous avez raison, le moyen suggéré par vous a obtenu t approbation du pape. »
Est-ce clair?
D'ailleurs, Messieurs, est-il bien nécessaire d'insister sur cette explication donnée après l'événement par l'honorable M. Jacobs? Est-il bien nécessaire d'insister sur le prétendu malentendu?
La divergence est insignifiante, dites-vous, et c'est pour cette divergence si insignifiante que le pape finit par donner des ordres aux évéques par l'intermédiaire de son nonce? C'est pour cette divergence si insignifiante, de savoir si l'on condamnera les individus ou les écoles, que les catholiques opportunistes vont s'émouvoir, qu'ils vont porter leurs plaintes à Rome et que M. le
cardinal de Malines les rappellera à Tordre? A qoi donc fe vous croire cela?
Messieurs, la vérité est que le dissentiment a été beaucoup pi profond, beaucoup plus grave entre le pape et les évëques q vous ne voulez Tavouer. Mais ce qui est vrai aussi, c'est que 1 pape n'a pas osé pousser jusqu'au bout et qu'il a plié devant le^intransigeants. Je ne lui en fais pas un crime. Je ne lui reprochi même pas'ce que Ion a appelé de la duplicité. Son attitude a celle des hommes faibles, qui veulent remonter le courant, qui ne savent trop comment sy prendre, qui flattent ceux qu'ils veulent ramener, et qui, à force d*habileté, finissent par se mettre dans des situations inextricables.
Je veux être indulgent, mais à condition qu'on ne vienne pas glorifier ce qui ne doit, ne peut pas être justifié.
Et c'est là ce qu'a fait Thonorable M. Jacobs.
11 a été trop avocat, il a trop défendu son client.
Sur un autre point, il a commis la même faute. Voyez, lui dit-on, les actes de votre client. Le Vatican connaissait le second mandement des évêques. Il a prétendu ne pas le connaître.
Pas le moins du monde, répond Tbonorable M. Jacobs; le mandement avait été renvoyé en Belgique avec les modifications, le cardinal ne savait pas si ces modifications avaient été acceptées, et il pouvait dire avec raison qu'il ne connaissait pas le mandement.
Ouida ! c'est là votre morale ! La nôtre appelle cela mentir avec réticences. Gela peut être pratiqué par les disciples de Loyola et enseigné par les docteurs de l'école.
Un serviteur, interrogé sur le point de savoir si ses maîtres sont chez eux, répond qu'ils ne sont pas là, en mettant la main dans sa poche. Il ne ment pas, dit un père jésuite, parce que celii veut dire que ses maîtres ne sont pas là où il met la main. {Rires à droite. — Approbation à gauche.)
Je puis dire que je ne connais pas tel document, parce que je i*en connais pas toutes les parties.
Voilà la doctrine de Thonorable député d'Anvers.
Nous disons, nous, que le cardinal Nina eût dû dire la vérité. Slle est la force de la diplomatie moderne. C*est ce dont à Rome >n ne se doute pas encore.
Mais, Messieurs, où Tbonorable M Jacobs s*est véritablement surpassé, cest dans la défense du nonce et de cette fameuse lettre lu cardinal Dechamps annonçant à Mgr Dumont, avec une senûble satisfaction, qu*il tient l'approbation du saint-père, mais lu elle doit rester secrète.
Ceci, Messieurs, est un comble.
Ecoutez Texplication :
L'intervention du pape, dit M. Jacobs, devait être discrète et secrète. Gela avait été convenu. Le pape s'est conformé à cette convention; il a demandé aux évéques le secret. Vous n'avez rien k lui reprocher. Et quant au nonce, il n'a fait qu'obéir au désir du pape, celui de maintenir l'unité d'action dans l'épiscopat.
Quand j'ai entendu l'honorable député d'Anvers tenir ce langage, je me suis demandé de qui il se moquait. Etait-ce de son auditoire, de son client ou de lui-même?
La publicité éventuelle des négociations a toujours beaucoup gêné le saint-siége. II n'est pas encore fait à ces procédés, à ces formes de la diplomatie contemporaine.
Il est encore de la vieille école. Devant cette diplomatie des anciens temps, il était permis de mentir ; c'était encore un devoir de mentir, et celui qui mentait le mieux était le meilleur diplomate, pourvu qu'il le ftt avec art et sans se laisser prendre.
Aujourd'hui nous avons changé tout cela; la meilleure diplomatie est celle qui ne ment pas.
Rome donc, à différentes reprises, a insisté sur la nécessité de garder Iç secret sur les négociations. L'honorable M. Frère
y eoQsenuit, mais avec des réserves et pour un temps dél^^ miné.
Pour qui, coQtre qui le secret était-il demandé? Évidemmei coutre ceux qui auraient pu nuire au résultat poursuivi de part à*autre. Contre la presse épiscopale et radicale, contre les intran ^ sigeants de droite et de gauche, et, par conséquent, aussi contre* les évéques.
Ceux-ci, d'ailleurs, sont expressément désignés dans une dépêche du sous-secrétaire d*Etat en date du 15 juillet. Elle dit en termes formels : « 11 faut ménager les personnages dont le prestige doit être sauvegardé au profit tant de l'Église que de lÉtat. »
On se méfiait des bâtons que les évéques pouvaient mettre dans les roues pour empêcher les concessions faites ou à faire.
Ce secret, ainsi consenti par Thonorable Ministre des Affaires étrangères, Rome va s'en servir, auprès de qui? Auprès des évéques, et pourquoi? Pour dire aux évéques : « Ne croyez pas tout ce qu affirme M. le Ministre des Affaires étrangères; je ne lui ai rien donné qui vaille; je ne lui ai donné que de vaines protestations; au fond, je suis avec vous, mes bons amis, je vous approuve; tenez ferme; mais gardez-moi le secret, sinon M. Frère va se fâcher. »
Le secret avait été obtenu, dit l'honorable député d'Anvers, mais avait-il été convenu aussi que le pape dirait en secret aux évéques qu'il approuvait leur conduite?
Messieurs, si nous transportions ces négociations dans le domaine de la vie privée, ne diriez-vous pas qu'il y a là de la déloyauté?
II est dommage, Messieurs, que M. Jacobs soit venu si tardivement avec son explication ; il eût pu la souffler à M. le cardinal Dechamps lorsque M. Malou lui a demandé des éclaircissements sur Yassolutamente segreto. Peut-être cela a-t-il été fait, mais à
Malines, on aura trouvé la version trop compromettante, puisque dans sa pauvre lettre du 19 juillet, destinée à couvrir le souverain pontife, M. le cardinal a fait sortir d'une botte un illustre et mystérieux inconnu qui Taurait renseigné sur les dispositions de Léon XIII.
Ce grand dignitaire romain, c*est sans doute « Yon » du rapport de M. de Villermont, cet ce on » dont M. Jacobs a fait état le ménechme du pape, qui n*est pas le pape, mais qui lui ressemble si bien qu*on les confond toujours eux et leurs déclararations.
L'autre explication de M. Jacobs, celle i^oncernant la conduite du nonce, est encore beaucoup plus extraordinaire. Le nonce, en engageant Tévéque de Tournai à signer un acte accepté par ses collègues, a agi au nom de Tintérét de l'unité du clergé, rien de plus.
Ici, Messieurs, laissez-moi ouvrir une parenthèse, car jamais le saint-siége n'a pu être mieux accablé sous le poids de ses fautes.
Cet acte qu'il s'agit de faire signer par i'évéque de Tournai, c est le premier acte d*une déclaration de guerre, c*est un document dont le texte et l'esprit sont en contradiction formelle avec toutes les déclarations publiques qui, à celte époque, émanaient de la cour de Rome, en opposition avec les protestations les plus solennelles que le pape avait fait entendre au lendemain de son avènement au pouvoir.
Dans une circulaire qu'il avait adressée aux nonces le lendemain de son avènement à la secrétairerie d'État, circulaire qui ne fut pas livrée à la publicité par la cour de Rome, mais que M. Reusens cite dans sa dépêche du 29 septembre 1878, le cardinal Nina s'exprimait en ces termes :
« Le vœu du pape est de vivre en paix avec toutes les puisce sances, et Sa Sainteté, loin de vouloir se séparer du mouvement
« et de li vie civile des États et des nations, désire leur apporter c< le contingent des trésors de TÉglise et de la force des peuples c( catholiques intimement liée à la puissante organisation du c( saint siège. »
Puis il trace une règle de conduite pour les nonces :
« Afin d'arriver à ce but, ils (les nonces) doivent veiller à ce « que, dès qu'une difficulté surgit entre le pouvoir religieux et a le pouvoir civil, ni Tun ni Tautre ne se fasse justice à lui- « même, mais recoure au saint-siége, lequel veut non seulement « éviter les malentendus, mais encore peut les empêcher plus « facilement lorsqu'il en a connaissance à temps (c'est-à-dire avant c( que la publicité n'eii ait altéré le fond et envenimé les termes), ce et se trouve plus en mesure^ au moyen de son impartiale action, « de sauvegarder la convenance et la dignité des parties inté- « ressées. »
Plus loin, il dit encore :
« Le rapprochement désiré avec les puissances et la pacifica- « tion des âmes ne pourront, dans aucun pays, être compromis « ni par le fait du saint-siége, ni par une attitude contraire' à « leurs devoirs (indebita) de ceux qui considèrent comme leur « plus grand honneur d'en exécuter, à quelque prix que ce soit, K les ordres vénérés. »
Dans une dépêche postérieure du 31 octobre 1878, du même M. Reusens, il est dit :
(( Le saint-siége désapprouve hautement (altameiUe) tout acte d'hostilité contre des pouvoirs établis. »
Voilà donc les déclarations officielles : paix et bonne volonté. Cependant des doutes sur la sincérité de ces déclarations s'élèvent en Belgique.
M. d'Anethan est chargé d'interroger; c'est le 15 janvier 1879 qu'il s'acquitte de sa mission, et voici ce qu'il dit :
c( J'ai eu l'honneur d'appeler l'attention du secrétaire d*État de
I Sainteté sur une nouvelle publiée par les journaux belges, inonçant que le saint-père avait fiait approuver, par dépèche légraphique, la récente lettre pastorale des évêques.
« J ai demandé à M. le cardinal Nina, à titre de renseignement ersonnel, si cette nouvelle était exacte. Il m*a répondu qu'elle e Tétait pas : que ni le saint-père, ni lui-même n'avaient chargé ersonne d envoyer un télégramme à ce sujet. »
Eq présence de ces affirmations si nettes, le gouvernement dgese rassure; il tient ces déclarations pour vraies, il doit les enir pour telles. Mais bientôt de nouveaux doutes s*élèvent, et, ^mme toujours, ils s'appuient sur des allégations de la presse ^piscopale. C*est toujours cette presse et par elle les évêques qui veillent les soupçons sur la sincérité, sur la loyauté du saintiége.
Le gouvernement s'émut, et, le 30 avril 1879, il revint à la barge.
(( Le gouvernement verrait avec un vif déplaisir, écrit-il, que OQ se servit du nom et de l'autorité du souverain pontife pour xercer une influence sur l'opinion publique dans un sens hostile jx propositions soumises aux Chambres. » « C'est ce que nous n avons permis à personne de faire, nia replilé le secrétaire de Sa Sainteté. Je puis vous f affirmer, » Voilà donc deux déclarations bien précises. Nous n'avons pas envoyé de télégramme.
Nous n'avons permis à personne d'exercer une influence sur pinion publique dans un sens hostile aux propositions soumises X Chambres.
J'ouvre le dossier Dumont et qu'est-ce que j'y trouve? J'y trouve flagrantes contre-vérités.
Le télégramme nié par le cardinal Nina existe; nous en avons texte et il est signé de sa main. Mais il n'avait chargé personne l'expédier; non, il l'avait expédié lui*mème. {Rires à gauche.)
Voilà le premier mensonge. Voici le second : « Je suis ceriaiiT^ il*étre le fidèle interprète des désirs du saint-père en vous enga ^^ géant, monseigneur, à adhérer au projet qui a déjà mérité Tap^-^ probation de tous vos vénérés collègues. »
Voilà ce quécrit le nonce à Tévéque de Tournai, le 19 décem- bre 1878, et cela à propos d*un mandement qui doit ouvrir une campagne des plus violentes contre les droits de l'autorité civile.
<c Nous n'avons permis à personne d'exercer une influence sur l'opinion dans un sens hostile aux propositions soumises aux Chambres », dit M. Nina à M. d'Ânethan.
Voilà le second mensonge.
Avocat, vous avez la parole pour défendre votre client, M. le cardinal Nina.
Vous avez défendu le nonce, et votre explication a été aussi audacieuse que toutes les autres affirmations ont été téméraires.
Le nonce, dites-vous, a voulu seulement maintenir l'unité d'action de répiscopat et calmer un indiscipliné. Tout au plus a-t-il commis une imprudence; jamais une violation du droit des gens. La preuve en est que ce nonce si maltraité par vous, la cour de Vienne le réhabilite.
Messieurs, nous sommes devant des juges, et c'est ici que se justifie le mot si dur que j'ai adressé hier à l'honorable M. Jacobs: Vous avez galvaudé votre talent dans un plaidoyer de police correctionnelle ! Des accusés ont ourdi un complot ; le président dit à l'un d'entre eux : « Vous avez été bien coupable de vous mêler à ces intrigues. »
M. le président, répond lavocat, vous êtes bien injuste; mon client est innocent; tout au plus a-t-il péché par imprudence; c'est un enfant inconscient; le ciel n'est pas* plus pur que le fond de son cœur; il a seulement voulu rétablir la concorde entre ses amis, les subordonnés de son maître.
En d*autres termes, dit le président, le coup allait rater et votre ient s*est chargé d'en assurer le succès.
L'accusé est naturellement condamné sur les bancs, et Tavocat }t sifflé.
Trop de malice, trop de malice, mon cher collègue. M. Vanu- $lli ne sera pas content de vous et vous aurez un pensum. Haarité.)
Le nonce ne s'est pas aventuré sur ce terrain ; il a essayé de aire croire qu'il avait ici joué un rôle de modérateur. Il n'a eu ^rde de parler de son désir de maintenir Tunité d'action au sein h Tépiscopat belge, parce qu'il savait que c'était précisément !ette unité d'action assurée par lui qui constituait une violation lagrante de ses obligations diplomatiques.
Comment! voilà un nonce, un agent diplomatique qui, avec ^assentiment, par les ordres de son gouvernement, encourage ^ évéques dans leur résistance, prend connaissance de leurs Manifestes, les communique à son gouvernement, y apporte des Modifications, ramène au bercail un indiscipliné, et tout cela >our mieux assurer le coup qu'il s'agit de porter au gouverne- Qeot près duquel il est accrédité ! Et ce sont de tels procédés [ue nous devrions tolérer, ce sont de tels procédés que vous ous chargez de défendre !
Quel diplomate a jamais agi de la sorte? Quel citoyen, qui ent à la dignité de son pays, a jamais pris la défense d'actes atreils?
L'histoire contemporaine ne connaît qu'un petit nombre de tuations analogues. II s'en est produit une, en France, au n* siècle. Alors aussi, pour empêcher Taccès au trône d'un roi irétique, le nonce du pape à Paris était le guide, le conseiller es conspirateurs. Ils allaient prendre le mot d'ordre chez lui. st-ce que la gloire des Ligueurs tente l'ambition de M. Jacobs . de ses amis?
Simple imprudence, dit Thonorable membre. Mais les nonces commettent trop souvent de ces imprudences. Faut-il rappeler le pèlerinage de Mgr Cattani à Verviers et les discours compromettants tenus par Mgr Yanutelli à une députation de zouaves pontificaux, discours que M. d*Aspremont-Lynden fut obligé d*eiCQser dans cette enceinte, tout comme Thonorable M. Frère, avec une générosité extrême, couvrit la présidence des enfants de Saint- Xavier, acceptée par Fenvoyé pont i Real? Faut-il enfin rappder rintrusion de cet envoyé dans les conflits de Tépiscopat, et, en dernier lieu, cette dépêche que vous connaissez et qui fut relevée si justement par Thonorable Ministre des Affaires étrangères?
Qu invoque encore le député d*Anvers pour son client? La conduite et les jugements de M. Vilain XIIII sur la Rome de Grégoire XVI et l'admission de Mgr Vanutelli à Vienne.
Je ne suis pas chargé de défendre la mémoire de M. Vilain XDHi mais j affirme qu'il n*a pas compromis son honneur. J en appelle, au besoin, au témoignage de ses amis, de ses anciens collègues au gouvernement.
Que, dans ses dépêches à son gouvernement ou dans ses communications avec le saint-siége, il ait laissé percer les sentiments d'indignation que devaient lui inspirer les tristes procédés du gouvernement de Grégoire XVI, cela est possible. C'était son droit. Mais que M. Vilain XIUI, lui, Tbonneur même, se soit jamais abaissé à ourdir des intrigues avec des citoyens romains^ sujets du pape, pour miner l'autorité du souverain auprès duquel il était accrédité, cela je le nie, et vous n'avez pas le droit de lui imputer une pareille action!
M. Vanutelli, dites-vous, a été réhabilité à Vienne. Si la thèse était vraie, s'il était vrai que lagréation de M. Vanutelli à Vienne fût une leçon donnée au gouvernement belge, que diriez-vousdu patriotisme de celui qui produirait une pareille allégation dans cette enceinte?
Mais la thèse n*est pas vraie. M. Vanutelli était agréé à Vienne, il avait sa nomination, à titre provisoire, avant la rupture et avant la publication des documents qui s*y rapportent. Refuser de le recevoir! mais cela eût été, de la part de la cour de Vienne, une injure gratuite à l'adresse de la cour de Rome.
La cour de Vienne n'avait pas à prendre parti ni pour ni contre nous, pas plus que jadis la France, sous la présidence de M. de Hac-Hahon, ne prit parti pour Rome contre la Bavière, lorsqu'elle accueillit comme nonce à Paris M. Meglia, qui avait dû quitter Munich précisément pour des infractions au droit des iBns analogues k celles commises par M. Vanutelli.
Le stock des diplomates romains serait vite épuisé si les États "Montraient trop de susceptibilités. Mais qu*ils tiennent en observation les envoyés du saint-siége, vous pouvez en être convainquis. La situation de M. Vanutelli à Vienne ne sera pas facile dans ses rapports avec la cour d'Autriche et surtout avec celle ^e Berlin.
Là encore l'honorable M. Frère a rendu un grand service, non Seulement à la Belgique, mais encore au monde civilisé. Notre Rupture avec Rome est un avertissement pour toutes les puistaoces. 11 ne pourra que renforcer les répugnances de celles qui, dès à présent, refusent d'ouvrir aux nonces Taccès de leurs capitales, même lorsqu'ils consentent à se faire représenter à Rome. Aussi, Messieurs, l'honorable M. Jacobs en at-il fait hier Taveu. Aveu dépouillé, celui-là, de tout artifice. Ce qui loffusque, ce n'est pas la rupture, cest la fo...orme, comme dit Bridoison. {Hilarité générale.)
Ce trait est délicieux, et si Molière vivait encore, il le retiendrait pour son immortelle comédie. J'entends Tartufe s'écrier, parlant d'Orgon : « L'abominable homme! Il m'a mis hors de sa maison ; il avait peut-être des raisons pour cela, mais il m'a démasqué, et cela je ne le lui pardonnerai de ma vie. »
Messieurs, nous nous passerons du pardon de Tarlufe. Et, sil essaye de nous calomnier devant TEurope^nous saurons bien le
réduire au silence.
J'avais une grande répugnance, Messieurs, à rentrer dans Texamen des docunoents diplomatiques; c*est le discours deThonorable M. Jacobs qui m*a obligé à montrer quel rôle pitoyable et indigne d'un gouvernement des âmes le saint-siége a joué dans cette affaire.
Faut-il aller plus loin?
Faut-il discuter si le pape a blâmé ou s*il n'a pas blâmé les évéques, peu ou prou? Examiner si en disant : « Ils agissent sous leur responsabilité », le pape les a oui ou non désavoués.
Faut-il suivre l'honorable député d'Anvers dans tes méandres et les contradictions de son discours? Faut-il vous le montrer établissant à la fois que le pape nous a tout donné et qu'il a toujours été d'accord avec les évéques, lesquels ne nous ont rien donné du tout?
Voilà deux choses qui s'excluent, et il ne me paraît pas nécessaire de les réfuter.
Je ne veux pas prolonger ce discours. Occupons-nous donc de ce qui est et non de ce qui aurait pu être si l'échange de vues avait eu une autre solution.
La droite a assumé la responsabilité de nous démontrer que le pape a sanctionné les actes des évéques, qu'il n'a jamais entendu les blâmer. Soit ! nous la prenons au mot et nous disons : Vous plaidez notre thèse, que le pape soit complice des évéques ou que ceux-ci soient les complices du pape, c'est bonnet blanc et
blanc bonnet. Peu importe.
En attendant que nous ayons raison de nos évoques, nous rompons avec leur chef, parce que nous ne pouvons pas tolérer qu'un pouvoir étranger, même moral, sur lequel nous ne pouvons exercer aucune action directe, vienne substituer sa volonté à '*
lôtre, à celle de nos pouvoirs légaux et se permettre de para- ]rser nos lois librement votées et sanctionnées par la nation dans es comices.
Si vous voulez condamner la rupture diplomatique avec Rome, i vous voulez repousser les termes employés par le texte de adresse pour justifier celte rupture, vous n'êtes encore qu'à la loitié de votre tâche.
Vous avez établi que le pape a connu et sanctionné les actes des véques, ces actes qui, de votre aveu, ont rendu TÉglise odieuse.
Il vous reste à défendre ces actes; il vous reste à les justifier,
établir leur légitimité.
Jusqu'ici il n*y a que M. Struye qui s'y soit employé. Eh bien, présentez un amendement dans ce sens; dites que les évêques »iit bien fait de combattre la loi d'instruction par les procédés [ne nous connaissons. Dites que nous n'avions pas le droit de t)mpre avec le pape parce qu'il a approuvé ces actes et qu'il en ^ accepté la solidarité.
Oh! Messieurs, le terrain n'est pas bon, je le sais. Et voilà K)urquoi vous attaquez la forme de la rupture en abandonnant â fond. Que pourriez-vous faire de plus que ce que vous avez fait usqu'à présent? Vous avez nié, vous avez plaidé les circonstances tténuantes, et sous main vous avez encouragé les résistances )mentées par le clergé.
M. Jacobs s^est plaint hier des commissaires spéciaux; nous e les aimons pas non plus, mais nous aimons encore moins la Sbellion à l'eut permanent dans nos campagnes.
Les évêques, agissant par personnes interposées, ne nous im- ^seront pas leurs volontés. Vous pouvez y compter; nous irons issi loin qu'il fanxi aller, parce qu'il faut que force reste à Tautoté des lois. Cela se fera sans représailles, sans colère, sans assion et sans violence; cela se fera, froidement, résolument, igalement.
Vous plaidez les circonstances atténuantes; les évéques ont changé leurs instructions» dites-vous. Tai ici un dossier des lettres venues de tous les coins du pays où l'on affirme qu'à cbaqitf occasion le clergé rappelle aux fidèles qu'il n'en est rien, qoeles instructions n'ont pas varié, qu'il est inutile d'espérer l'absolution ; que quiconque est en révolte contre l'Eglise, c*est-!Hlire quiconque envoie ses enfants aux écoles publiques ne recevra pis les sacrements ; qu'on peut les escamoter, mais qu on n'en est pas moins damné. Voilà ce qui se dit encore dans toutes les chaires.
Ah! je le sais, il y a des variantes dans certains diocèses^dans celui de Tournai, par exemple, là où Ton ne se sent pas assez fort, on modifie les premières instructions.
Eh bien, les nouvelles sont plus mauvaises que les anciennes. L'excommunication en masse, cela n'opérait plus. Les excommuniés se groupaient et inscrivaient sur les cabarets où ils se réunissent : A la réunion des gueux. Voilà le résultat que l'on anit atteint par les excommunications en masse.
Maintenant on fait mieux. On livre les récalcitrants à l'arbitraire de prêtres fanatiques. Ils peuvent choisir leurs victimes, ménager les forts, écraser les faibles. C'est plus habile, mais c*est aussi plus perfide.
Mais, — et c'est Thonorable M. Woeste qui a trouvé cela, il ny a pas d'excommunication; il n'y en a jamais eu. Cest une invention des libéraux.
Voilà encore la casuistique qui reparaît.
L'excommunication? Jamais! jamais! ce serait beaucoup trop terrible, et le pape aime trop la Belgique, et l*Église est uns trop tendre mère. L'excommunication, mais elle arrêterait la ^e sociale dans toutes ses manifestations. Elle frapperait l'homme dans toutes ses fonctions. Nous connaissons la formule, (litres.) Ce n'est qu'un refus de sacrements, ce n'est pas une excommunication.
Ah ! ce n*est pas une excommunication que de refuser le pain le sel au pécheur quand il a faim, le gtte quand il a besoin de pos, le salut quand il passe, et une tombe décente quand il 3urt.
On n*excommunie plus. Et hier, dans un village des Flandres, jetait encore dans le trou aux chiens un honnête homme, parce *il avait refusé d'enlever son enfant aux mains de l'instituteur, n frère, et Ton fiaisait signer le lendemain à sa veuve une prestation contre l'enlèvement du cadavre du pilori où l'avait cloué charité catholique! {Très bien! à gauche.) Ah! l'honorable M . Woeste nie; nous lui ferons entendre les ameurs des populations. Elles se pressent en foule aux portes » prétoires que nous avons ouverts pour accueillir leurs aintes. Les témoins nous débordent. Et c'est à qui produira ses rie{3,ses souffrances. Nous ne nous attendions pas à de pareilles fiuences. Et ils disent tous la même chose. C'est toujours et irtout la même histoire douloureuse. Et il faut écouter et acter. faut laisser aux opprimés le droit de soulager leur cœur! {Rires droite,) Ils ont comme un vague espoir que la loi ou l'opinion iblique les protégera dans leur indépendance de père de famille, los leur amour pour leurs enfants, dans la paix de leur méige, dans l'obéissance de leurs enfants, dans l'affection de leurs 'oches.
Voilà les résultats de l'enquête ; voilà ce que nous ferons entende à l'honorable M. Woeste s'il s'avise encore de nier les faits s plus patents. {Très bien ! à gauche.)
Il est l'Eiiacin de l'épiscopat ; il n'est pas grondé, il ne le sera niais! Eh bien, qu'il profite de sa situation; qu'il aille demander Halines la permission de lire les procès-verbaux de l'enquête ; l'obtiendra peut-être. On lui a bien défendu de siéger dans l'enlête scolaire {protestations à droite), de même qu'on lui avait ifendu jadis de présenter des amendements à la loi scolaire, de
même qu'on vous a défendu. Messieurs, de prendre la direction de vos écoles libres, qu'on s'en est réservé la direction. (Bruit à draile.) Ne venez pas fidre ici les fiers; cela ne serait pas en situation.
Llionorable M. Woeste nie. Dans quel monde vit-il? Dans le monde des persécuteurs. Qu'il vienne avec nous entendre les persécutés, il pourra s'assurer quelles haines ont semées dans nos villages ces procédés contre lesquels des catholiques sensés, raisonnables, sont allés porter leurs plaintes à Rome, que beaucoup d'entre vous. Messieurs, avez été les premiers à regretter et à blâmer dans votre for intérieur, procédés qu'il suffit d'exposer au grand jour pour que 1 opinion publique fasse reculer ceux ([d les appliquent
Cest à l'indignation publique que soulèvent les instructions i des évëques que nous âûsons appel. C'est cette indignation, I chaque jour plus marquée, qu'il vous &ut combattre pour blâmer notre rupture avec Rome. Irez-vous jusque-là? Approuverez-vous publiquement ce que vous avez condamné secrètement? Je œ veux pas le croire.
Il était temps. Messieurs, d'en finir avec ce système où nous accordions une situation privilégiée au plus grand ennemi de nos institutions. Chacun chez soi. Le pape à Rome, nous ici. Si nos évéques nous créent trop d embarras, nous en viendrons bien à bout sans le pape. Et si le pape doit s'en mêler, nous aimons mieux Tavoir en face de nous qu'à côté de nous. i
D ailleurs. Messieurs, ne nous y trompons pas; nos adversaires i sont enchantés de la rupture avec Rome. Ils reviendraient dem^" . au [H>uvoir qu*ils ne rendraient pas au pape ce qu'il a perdo* ^ Los discours que vous avez entendus sont tous des discours i^ parade faits pour la galerie.
On \n^ut couvrir la papauté; mais, en réalité, on l'aime bien mitHix siégeant à Rome qu*à Bruxelles ; cela donne la mesure de la sincérité et de Futilité de ces longs débats.
L*honorable H. Struye ne rétablirait pas la légation, et si un catholique inopportuniste le tentait, — eux seuls peuvent le désirer, — Mgr le cardinal de Malines ne manquerait pas de lui dire : PTen faites rien, je ne veux pas de vice-roi au-dessus de moi, et si le Vatican a des ordres à vous donner, il vous les donnera par ma bouche.
Mais les évéques, Messieurs, sont enchantés d*être débarrassés de la nonciature. Toute leur politique pendant l'échange de vues a tendu à ce résultat. Ils sont les véritables auteurs de la rupture, beaucoup plus que le pape, ou l'honorable M. Frère, ou les radicaux.
La nonciature, cela peut être un appui, mais cela peut devenir aussi un contrôle gênant. Tout dépend des papes et des nonces. Ne perdons pas de vue (et c'est ce qui excuse dans une certaine mesure les actes de ceriains nonces) que la nonciature est une institution diplomatique d'une nature toute particulière.
Elle implique la délégation d'une souveraineté étrangère sur un organisme national. Le nonce joue un double rôle : il est à la fois le représentant du saint-siége auprès du gouvernement auprès duquel il est accrédité, et le représentant du saint-siége auprès de tous ceux qui placent les intérêts de l'Eglise catholique audessus des intérêts de l'Etat. Voilà pourquoi les nonciatures disparaissent à mesure que la société civile se sépare de l'Eglise.
Cest par des légats et des nonces que l'évêque de Rome a établi jadis sa suprématie sur toutes les Eglises nationales. C'est par les nonciatures maintenant qu'avec et par les évêques il tient en échec les gouvernements. Aussi, tous les Etats qui sont jaloux de leur indépendance ont-ils successivement supprimé les nonciatures, même ceux qui entretiennent encore des agents à Rome. Nous avons eu raison d'imiter leur exemple.
Aurons-nous des moti& pour regretter cette situation nouvelle;
pour regretter cette étape que nous venons de firanchir sur la route vers la séparation absolue des deux pouvoirs?
Quant à moi, je ne le pense pas. Sans doute, le pouvoir des évêques pourra s*en accroître encore ; le saint-siége sera plus qae par le passé sous leur direction. Ensemble ils écraseront mieux t ces pauvres catholiques inopportunistes, si tant est qu'il j ait encore quelque chose à écraser chez ces âmes timorées.
Quant à nous. Messieurs, nous n*en serons que plus à notre aise pour réaliser notre programme mieux et plus vite : la Constitution, toute la Constitution ; mais rien que la Constitution. — Plus de privilèges pour les cultes ; TEglise catholique dans le droit commun, comme toutes les autres Eglises ; l'Eglise catholique se soutenant par ses propres forces, sans rien emprunter au bras séculier : ni prestige, ni autorité. L'Eglise coosenrera les droits qui lui ont été reconnus par le pacte de 1830, mais l'Eglise ne faisant plus ménage avec TEtat.
Nos pères. Messieurs, ont fiait en 1830 une expérience téméraire; et nous nous en félicitons; cette expérience a réussi. Elle est une des raisons de notre existence comme nation.
Nous prouverons à l'Europe qu'un peuple peut vivre avec et par la liberté et que, par la liberté, il peut vaincre ceux qui ne se servent de la liberté que pour la tuer.
Cette expérience-là, nous voulons la continuer jusquà son triomphe complet.
Si nous avions eu un concordat, des lois assurant un contrôle de l'Etat sur l'Eglise, nous eussions protégé l'Eglise contre ses fautes. Nous, pouvoir civil, nous eussions eu pour elle la sagesse qui lui a fiait dé&ut.
En lui accordant la liberté, nos pères lui ont enlevé les freins qui l'empêchent de rouler aux abîmes. Elle a pu développer à l'aise en Belgique ses instincts de domination, se donner uoe hiérarchie livrée à l'arbitraire le plus absolu ; elle a pu confier
es destinées à des prélats incapables, qui se détestent et se alousent; elle a pu écraser les consciences, tourmenter, oppriler les âmes faibles et timorées.
Nous recueillons aujourd'hui les fruits de cette sagesse et de ette hardiesse de nos pères. Vous, Messieurs de la droite, vous herchez hors de l'Eglise l'explication de ces défaites et des 6tres. C'est la faute de M. Frère-Orban, du parti libéral, des *ancs-maçons.
Les coupables. Messieurs, c'est vous qui avez manqué de couige et d'énergie pour arrêter vos chefis. Ce sont vos évêques itransigeants et aveugles qui ordonnent la rébellion, ce sont les rêtres fanatiques formés par eux qui l'organisent, ce sont les gents de l'autorité qui obéissent aux détestables inspirations e la chaire ou du confessionnal ; c'est enfin toute cette armée e ïifUematianale noire. {Protestations à droite. Approbation à auehe.) Voilà les forces qui ruinent votre Eglise.
En Belgique, Messieurs, retenez cette prophétie, l'Eglise luera Eglise ! Je dis l'Eglise et non la religion. Celle-là ne s'en portera ue mieux. Mais l'Eglise, telle qu'elle a été faite par le Syllabus, Eglise qui a chassé de son sein tous ceux qui aiment la liberté, Eglise, telle que nous la connaissons, cette Eglise-là se suiciera. Elle mourra d'une pléthore de liberté, et quand cette Eglisei aura disparu, comme ni saint Norbert, ni les iconoclastes, ni Inquisition ne la feront revivre, nous pourrons dire : Morte la été, mort le venin. {Sensation à droite.)
Ayons confiance. Messieurs, dans la liberté. Elle est notre leilleure alliée. {Applaudissements à gauche,)
M. Malon. — Messieurs, la Chambre ne s'attend pas, j'en suis mvaincu, à f;e que je réponde au discours que vous venez d'enindre et où l'on a qualifié d'une manière fort injuste l'admirable iscours de mon honorable ami, M. Jacobs.
Dans cet échange d'explications, nous plaçant tous au point de
vue de Tiotérêt du pays comme nous TentendoDs, nous pouvons nous respecter les uns les autres et même parfois nous rendre justice.
Messieurs, il ne me reste guère qu*à glaner dans ce champ où d'autres ont si bien moissonné. Mais ce champ est vaste. Voici, par exemple, dans ce manuel, plusieurs ares de documents où se trouveraient, si nous voulions être obstructionnistes, les éléments d'interminables discussions. Et ce n'est que le premier volume, les documents fournis sont encore incomplets. Nous auricospu demander de remettre ce débat beaucoup plus tard ou même de le fixer au prochain centenaire.
M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Il s'agit de publier les documents parlementaires.
M. Malon. — Je l'apprends avec plaisir, mais je ne sais pas encore quand ils viendront. Je constate seulement que nous avons engagé le débat dès aujourd'hui sans avoir tous les documents, parce que nous avons déjà, dans le volume gris que vous avez bien voulu nous distribuer, une ample matière à discussion.
J'aurai, Messieurs, à discutçr dans ce discours deux ordres d'idées.
La première partie portera sur la question générale et pour ainsi dire philosophique qui se dégage de l'échange de vues. Dans la deuxième partie je m'expliquerai d'une manière aussi complète que possible sur l'interpellation, en quelque sorte personnelle, que l'honorable M. Janson et l'honorable M. Frère, qui s'entendent si bien, m*ont adressée à peu près dans les mêmes termes d'une parfaite courtoisie.
J'aborde le premier point : Je compatis trop aux infortunes diplomatiques de l'honorable Ministre des Maires étrangères pour lui adresser en ce moment des reproches très amers.
En m'exprimant ainsi, ce n'est pas une injure que je lui adresse, c'est un compliment.
Je suppose, en effet, que I*honorable Ministre a eu l'intention, i bonne volonté, le désir sincère de maintenir des relations lire le gouvernement belge et le saint-siége. Hais, de la .part du gouvernement, le débat, jusquà présent, eu un caractère tellement exclusif, tellement personnel qu'il est ipossible de ne pas le faire remarquer à la Chambre et au pays. Dans une question qui touche à tant d'intérêts, aux droits de conscience, aux susceptibilités de ce qu'on a de plus cher, 3st-à-dire de son culte, de sa religion, je ne crois pas qu'on ait mais entendu un discours aussi personnel, aussi exclusif au >int de vue de parti, que celui auquel je réponds. Ni M. le Ministre des Affaires étrangères et ses amis ne sont pas pays entier. 11 y a une autre partie du pays qui a le droit de ire entendre sa voix, je veux parler des millions de catholiques ixquels vous avez oublié de songer. Voix a droite : Très bien ! très bien ! M. MaJon. — Je l'ai déjà dit : vous avez plus besoin que nous avoir un représentant de la Belgique auprès du saint-siége et avoir un représentant du saint-père en Belgique. Votre politique beaucoup plus besoin d'explications que la nôtre, et c'est présèment parce que nos institutions donnent au clergé une liberté )solue, qu'il y a un intérêt gouvernemental permanent à ce que )\Xe représentation existe.
De cet intérêt-là vous n'avez pas dit un mot ; vous n'y avez pas mgé non plus.
J'interromps donc sur ces deux points la prescription de )ubli.
La négociation même qui vient d'avoir lieu, quand on l'exaine dans son principe et dans son ensemble, qu'est-elle donc, )rès tout, sinon un hommage rendu à cette grande puissance orale qui existe aujourd'hui, malgré la perte du pouvoir tem- )rel? Y a-t-il quelqu'un d'entre vous qui eût approuvé un seul
instant un gouvernement s*il eût appelé une puissance étrangère à intervenir à l'intérieur, si ce n*est cette puissance morale que vous avez reconnue, dont vous connaissez la force, dont à favenir vous aurez encore besoin et que vous regretterez peut-être d*avoir chassée? {Approbation à droite.)
Et pourquoi ? Vous avez eu des espérances et des désirs, voos n*avez pas pu les réaliser tous immédiatement et vous brisez riostrument. Vous me faites l'effet d'un joueur qui s'est dit : Je crois que je ne gagnerai pas cette partie, je renverse Téchiquier et je renverse la table qui le supporte.
Mais voyons de plus près quel a été le point de départ, le bot, la donnée fondamentale de cette campagne diplomatique.
Je n'hésite pas à le dire, cette donnée fondamentale est radicalement fausse, complètement irréalisable.
Le gouvernement pouvait-il ignorer quels sont les pruicipes de l'Eglise catholique à l'égard des écoles mixtes ou neutres? Evidemment non, et l'honorable Ministre des Affaires étrangères connaît trop ces choses-là, il en a trop souvent parlé pour pouvoir prétexter cause d'ignorance.
Ces principes ont été vingt fois proclamés, ont été constammeot appliqués, et l'on a cru, et l'on s'est fait cette illusion, je ne veux pas dire ceiiefoUe lusinga, puisque le mot a déplu, mais enfin ou s*est créé cette illusion que pour maintenir les relations diplomatiques entre le gouvernement belge et le saint-siége, celui qui est le représentant de ces vérités permanentes et étemelles abdiquerait un principe qui est de l'essence même de l'Eglise!
Il est presque incroyable qu'un gouvernement ait pu avoir de pareilles espérances : illusions, illusions, abus d'un autre &g6, de l'âge de jeunesse.
Et que demandait-on au saint-siége pour continuer avec lui des relations? Tout bonnement ceci : Aidez-moi donc, saint-père, ii accomplir plus facilement le programme de ma politique, qui esl
nent hostile aux droits et aux iatërêts de TEglise. Oa ne lait rien que cela, mais tout cela, au saint-père, était la donnée fondamentale, tel le caractère gênéa campagne dont nous apprécions aujourd'hui le résultat
îeurs, il semble vraiment que Thonorable M. Frère se ux gageures impossibles. D'après la définition même que ; de donner, cette tentative ne pouvait pas aboutir. Mais elle même la conséquence d'une autre gageure non moins im- 3 : c'est de décréter une loi qui froisse les sentiments relies désirs, les vœux de l'immense majorité de la populad'arriver avec la plus grande iacilité du monde à obtenir 3urs volontaire de tous ceux qu'on a vexés, qu'on a conet qu'on appelle à concourir volontairement à cette loi, il n'y a absolument aucune contrainte. L'une gageure vaut et le gouvernement, qui a perdu la première, je n'hésite ! dire, perdra la seconde.
fort heureux pour nous que le Ministre des Affaires étran- ^ette fois, n'ait pas été logique. Car s'il avait appliqué à es cours avec lesquelles il a des relations ce même prin- 1 avait été dire à Vienne, à Berlin, à Paris, à Londres : *etiens avec vous des relations diplomatiques formelles, st à une condition : c'est que vous servirez ma politique re au détriment des intérêts qui vous sont confiés et dont 3S les défenseurs? »
lerait-il arrivé et qu'arriverait-il si l'on appliquait le même I à tous les pays? Il arriverait que nous n'aurions plus de iplomatique, ni de représentation nulle part; et cela aurait e un certain avantage en ce que désormais l'honorable ! des Affaires étrangères n'aurait plus à convoquer ofBnt aux Te Deum non officiels tout le corps diplomatique; Belgique serait isolée du reste de l'Europe. {Très bien !
L'honorable Ministre nous disait à rorigine : Oh! il ny apas de négociation ; la Constitution vous le défend ; il ne peut y avoir de concordat; nous échangeons des vues; nous ne pouvons avoir qu'une simple mission de courtoisie.
Messieurs, d'après la définition et d'après l'exposé que je viens de faire, n'est-il pas clair que c'était une courtoisie d'un genre tout à fait spécial? C'était la courtoisie intéressée, celle qui disait: Vous me donnerez tout ce que je voudrai; moi, je ne donnerai rien ; mais je suis d'une courtoisie complète envers vous !
Je n'insiste pas sur ce point; évidemment quiconque lira ces 728 pages se dira qu'il ne s'agissait pas d'une mission de courtoisie, mais bien plutôt du contraire.
Et si l'honorable Ministre a voulu être courtois jusqu'au bout, et si c'est là le langage courtois de la diplomatie belge, je frémis, grand Dieu, en songeant à ce qui arriverait si un jour Tbonorable Ministre des Affaires 'étrangères se décidait à n'être pas courtois, (fttre* à drotte,)
Revenons un instant encore sur les caractères généraux, et, pour ainsi dire, sur la physionomie de l'échange de vues.
Tout va très bien d'abord; on est dans la lune de miel; un succès magnifique sur la question constitutionnelle.
Il est vrai que déjà le saint-père s'en était expliqué sous l'administration précédente, de sorte que ce triomphe diplomatique équivaut un peu à celui d'un homme qui enfonce une ports ouverte.
On arrive à la question de l'enseignement primaire. Les premiers pourparlers sont encore excellents; on reconnaît qu'au point de vue doctrinal, le saint-père doit condamner la loi. Oa admet que le saint-père se borne à donner simplement des conseils de calme, de prudence, de modération. Tout marche ainsi; on pelote, on échange des vues jusque vers le 5 octobre 1878. L'honorable M. Frère n'avait indiqué qu'une seule idée positive,
il avait suggéré la distinction entre écoles et écoles. Mais ces ouvertures étaient en quelque sorte restées sans suite jusqu*à €^€tte époque-là; j'y reviendrai plus tard; mais avaid de suivre mon résumé historique, je dois m*arréter à deux points qui se
l'attachent à cette première période. L'un de ces points, c'est la lettre où se trouve Yagsohtamente segreto, \elive dont M. Couvreur vous a parlé encore tout à l'heure.
Eh bien, Messieurs, qu'y a-t-il au fond de cet incident, et est-il inexplicable, comme plusieurs l'ont prétendu ? Je suis autorisé à £aire usage, à cet égard, d'une lettre particulière et je vais vous la lire.
La question pour laquelle on a voulu incriminer la lettre du cardinal Nina, secrétaire d'État, se pose ainsi : Lorsque le cardinal a dit qu'il ignorait la lettre pastorale du 12 juin, il la connaissait, et cela résulte de la publication de la première pièce exhumée du dossier deVillers-Perwin,qui s'est adjoint au dossier officiel et qui a été même en grande partie l'objet de la discussion et spécialement du discours de Thonorable Ministre.
J'en parle une première fois, sous réserve de m'en expliquer un peu plus complètement et sur le fond et sur la forme dans la seconde partie de mon discours.
Or, voici ce qu'écrivait un prélat belge qui habite Rome, le 10 juin 1879, à Son Éminence le cardinal de Malines :
« Rome, le 10 juin 1879.
c( Je crois être agréable à Votre Éminence en lui apprenant que, reçu ces jours derniers en audience privée par le saint-père et m'étant permis de soumettre à Sa Sainteté le résumé de la lettre pastorale que les évêques se proposent de publier à l'occasion et au sujet de la malheureuse loi sur l'enseignement, loi si évidemment spoliatrice des droits de l'Église, Sa Sainteté a daigné en exprimer sa haute satisfaction, ayant pleine confiance dans le zèle et la prudence qui animent l'épiscopat belge : je ne crois pas
être indiscret en communiquant à Voire Éminence cette haute appréciation approbative, ce que je fais du reste d'une manière toute réservée et confidentielle.
« J. M., archevêque de Hélitène. »
Cette lettre est de Mgr de Neckere, qui s'occupe des intérêts des fondations belges qui existent à Rome,
Ainsi» le cardinal, lorsqu'il a écrit sa lettre, disait que le saint-père avait approuvé les principes généraux de l'instructloQ du 12 juin, et Son Éminence de Malines, quand elle a écrit i ses suffragants, avait été informée de cette approbation en dehors du cardinal Nina.
M. Jottrand. — E^-ce en italien que Mgr de Neckere avait écrit à Malines?
M. Malon. — Monsieur Jottrand, je voudrais bien discuter sérieusement. Est-ce qu'un cardinal ne peut pas employer dans une lettre des expressions en italien ?
M. Jottrand. — L'argument est beaucoup plus sérieux que vous n'avez lair de le croire. Vassolutamente segreto du cardinal de Malines est une citation.
M. Malou. — En présence de la preuve que j'apporte, je suis en droit de dire que l'interruption n'a pas le sens commun. (Protestations à gauche.)
M. Jottrand. — Il est plus facile de la dédaigner que de la réfuter.
M. Bara, Ministre de la Justice. — Vous oubliez le commencement de votre discours.
M. Malou. — En quoi?
M. Bara, Ministre de la Justice. — En disant de vos adversaires qu'ils n'ont pas le sens commun.
M. Malou. — Je dis cela de ImterrupUon de M. Jottrand. Vous avez fait si souvent la même distinction que vous ne pouvez refuser de l'admettre maintenant.
If. le président. — Pas de colloques, Messieurs. If. Malon. — Je ne me plains pas de ce qu'on m'interrompe, md une interruption peut aider à la discussion, quand elle it 7 être utile.
H. Jottrand. — La mienne est très utile et vous gêne fort. If. le président. — Monsieur Jottrand, pas de conversation. Iff. Malon. — rexplique comment et pourquoi le cardinal a a pu dire avec vérité qu il ne connaissait pas le texte de la re pastorale du 12 juin, je ne puis pas expliquer pourquoi le linal de Mailines, en communiquant à des suffragants la con- Dce de Mgr de Neckere, a écrit les deux mots italiens a^zoluente segreto. D'ailleurs, cela ne signifie rien. Si Thonorable Jottrand a à dire quelque chose d'important, qu'il le fasse, )n qu'il me laisse parler !
K. Wasseige. — Qu'il demande la parole ! ft. le président. — Monsieur Wasseige, je vous prie de laiscontinuer l'orateur.
A. Malon. — Le deuxième point dont je désire dire quelques ;s est celui-ci On a déjà lu et je ne relirai plus, pour ne pas nger le débat, une lettre du nonce au cardinal, du 7 juillet 9. Elle se trouve à la page 719 du recueil; elle est relative à [uestion de la condamnation en masse des écoles, /honorable Ministre, en discutant ce point qui est d'une nde importance, a fait une première confusion d'idées. I y a deux manières d'entendre ses expressions, et voici, selon , le sens vrai de la dépêche du 7 juillet dont je parle. L'ho- Me Ministre demandait que la cour de Rome établit une distion entre écoles et écoles, de telle manière que toutes les les fondées et dirigées conformément à la loi du l*'' juillet ent présumées bonnes, sauf preuve du contraire, [ais, au mois de juillet, il ne s'agissait plus de la condamnaen masse des écoles. Cette condamnation avait été prononcée
par le mandement du 12 juin; ce mandement avait reçu, comme je viens de le dire, Tapprobation du saint-père et plus tard du cardinal Nina par sa dépêche du 1^ juillet. Il ne s'agissait plus de cela. Entre le nonce et l'épiscopat, il y avait un échange de vues sur un projet d'instructions pratiques, pour les confesseurs. Ce n'était donc pas de savoir s'il y aurait une déclaration condamnant en masse les écoles et les déclarant bonnes, sauf preuve du contraire, mais c'était de savoir quelles étaient les règles que les confesseurs auraient à suivre au tribunal de la pénitence pour l'application ou la non-application à chaque cas spécial des conséquences de la condamnation en masse déjà prononcée.
Ainsi, dans la lettre du 3 mai, que vous trouverez à la page 3U, le cardinal déclare que, tout en maintenant fermement la condamnation en masse, on aurait pu arriver à user d'une certaine indulgence dans la pratique en faveur de ceux qui fréquentent des écoles qui ne présenteraient pas les dangers qu'on redoute pour la foi des enfants. {Bruit à gauche.)
La différence est substantielle. Je ne sais si j'ai réussi à la faire bien saisir. Mais lorsque l'honorable Ministre disait à la cour de Rome : Distinguez entre les écoles et prononcez votre décision en ce sens que toutes soient réputées bonnes jusqu'à preuve du contraire, il disait ce qui pouvait à peine entrer dans une tète bien organisée.
11 commence par dire : Déclarez que vous acceptez toutes les écoles comme bonnes, et puis examinez si le contraire existe. Mais, Messieurs, c'est dire que dans chaque cas il faut une enquête sur l'état de l'école et que cette enquête ne signifiera rien et sera toujours à recommencera raison des changements qui peuvent y survenir. Je ne m'arrête pas plus longtemps sur ce point; j'y reviendrai.
Je reprends l'analyse des documents qui ont été échangés entre le gouvernement belge et la cour de Rome.
J*examiiie d*abord la lettre du il novembre (retirée). L'hoQorable Ministre en a parlé très longtemps. Çest pour lui un triomphe.
Il s*en aperçoit un peu tard, car, dans sa première circulaire ^Qx agents diplomatiques après la rupture, il a consacré plusieurs P^es pour montrer combien cette lettre du 11 novembre était un acte monstrueux.
Cela prouve peut-être que fhonorable ministre est modeste et 9u*il n*aime pas les triomphes.
Tai remarqué que Thonorable Ministre n*avait pas répondu à I*argument principal qu on peut encore lui opposer à ce sujet.
La loi du 1^' juillet 1879 est, selon moi, la cause de la triste situation où Ton a mis le pays. C*est un acte insensé : on n'aurait pas dû mettre en accusation les ministres qui Tout proposé, on aurait dû les mettre à Gheel. {Protestations à gauche.) Voilà mon opinion. {Nouvelles protestations.) M. Bara, Ministre de la Justice. — Voilà comment on traite ses adversaires.
M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — C'est le langage courtois qu'on doit avoir pour ses adversaires.
M. Malou. — Monsieur le président, ces expressions, je le reconnais, dépassent le diapason ordinaire de ma voix.
M. Bara, Ministre de la Justice. — Mais pas de votre cœur... M. Malon. — Je les ai ditCB après y avoir réfléchi et avec Tintention de les retirer. {Hilarité.) M. Bonvler. — C'est une cabriole.
M. Maloo. — C'est un retrait non pas provisoire et sauf revision de la rédaction» mais c'est un retrait définitif; toutefois j'y tuets une condition, elle est naturelle et j'espère qu'elle sera ac^'eptée, c'est que demain on ne me prêtera pas une opinion diamétralement opposée àc^lle que- j'ai exprimée; on ne me fera
pas dire demain que j'admire la loi de 1879 et que j'en suis m. 28
devenu un parlisan fanatique ; que la première place au ^an théon national de Koekelbergh doit appartenir à Ihonoral)/^ M. Van Humbeeck pour avoir proposé la loi et l'avoir défendue. (Rires à droite.)
Par cette espèce de manœuvre de discussion, cette petite rase de guerre que je prie la Chambre d*excuser, j ai montré en quoi les explications de Thonorable Ministre sont incomplètes;]'» prouvé qu*on ne peut prêter à quelqu'un, même lorsqu'il retire complètement une expression, une opinion absolument opposée à ce qu il a dit. {Allons donc! à gauche. — Btnit.)
M. Bonvier. — Voilà de la subtilité.
M. Malon. — Messieurs, l'honorable Ministre nous dit encore à ce propos : J*ai toujours maintenu mon appréciation ; j*ai toojours soutenu que le désaccord existait, qu'il y avait blâme caté* gorique, blâme formel, blâme avec toutes les variantes- qu on peat imaginer; je l'ai affirmé vingt fois!
Vous Paffirmeriez cent fois, lorsque ceux avec qui vous traitez disent le contraire, lorsqu'ils prétendent que vous interprétai mal leur opinion, comment pouvez-vous persister, persister pendant une année entière h soutenir que vous connaissez mieux leur opinion, leur sentiment qu'ils ne le connaissent eux-mêmes.
Supposons un instant que ce qui se passe sur le théâtre de la diplomatie se passe sur un théâtre plus restreint; qu'il y ait en scène un doyen, un vicaire et un laïque et que le laïque dise: Vous avez grondé votre vicaire ; vous êtes en désaccord avec lui; je soutiens qu'il en est ainsi et je le soutiendrai jusqu'à ce que mort s'en suive ; je le dirai mille fois, dix mille fois ! Combien de minutes pourrait durer celte scène avant que le public ne sif* tlîU? Pas dix minutes, et voilà ce que vous faites durer depuis une année.
Voilà une autre chose étrange. Nous sommes en plein échange de vues.
Vous me dites : Echangeons nos vues, et la première fois que celui avec qui vous vous entretenez se permet d*émettre une idée, une opinion que vous jugez n'être pas en concordance complète avec les opinions précédemment émises, bien que votre interlocuteur soutienne le contraire, vous lui dites : Si vous maintenez cette opinion, qui, d'après mon appréciation, ne concorde pas avec les vues antérieures comme je les interprète, je ne veux plus avoir à l'avenir aucun rapport avec vous.
C'est là l'échange de vues tel que vous le comprenez. Ex puis encore quelque chose. Parcourez ce volume, qu'y trouvei*ez-vous à chaque page? Dès qu'il y a quelque chose qui ne P^r^t pas s'harmoniser avec l'opinion de l'honorable ministre, il ^î^ â son interlocuteur, qui avait le droit d'avoir aussi son opinion ^ lui et de la maintenir, il dit : Je vous avertis, il y a danger; je ^^îs supprimer la légation. Rupture immédiate! et toujours la ^^Dace, la négociation conduite pour ainsi dire à la schlague. ^'^ menace de rupture £ait,au point de vue diplomatique, le même ^*ï5ce que fait, dans l'ordre administratif à l'intérieur, ce fameux ^^>iiimissaire spécial qui est devenu votre agent ordinaire. M. Bouvier. — C'est votre faute.
M. Malou. — Nous discuterons cela une autre fois; mais j'ai ^ présenter encore sur le même point une observation.
Vous interprétez ma pensée, ou je crois que vous allez interpréter ma pensée de telle manière. Je vous dis qu'elle n'est pas telle, qu'elle est autre. Et vous dites : Cela donnerait matière à un acte de duplicité. Mais quel est donc cet acte? C'est un acte de loyauté; c'est empêcher de se méprendre sur une opinion. Et c'est là ce que vous appelez un acte de duplicité.
On a gardé le silence pendant six mois ! Qu'avait-on h vous dire? On devait vous attendre; et vous qui aviez été six mois sans écrire, qui, à ces avertissements directs ou indirects, h ces manifestations de l'opinion du saint-siége, aviez été à la fois sourd
et muet pendant six mois, vous vous étonnez de ce silence ! M il vous était facile de le rompre, vous pouviez parfaitement, jours après, le lendemain si vous vouliez, vous pouviez dissip^^*^ cette équivoque sans attendre comme vous avez attendu jusqu*^^^ mois d'avril.
Je n insiste pas davantage sur les faits relatifs à cette périod ^, ils ont été expliqués hier d'une manière tellement claire et cocx3« plète, que ce serait abuser des moments de la Chambre.
Nous arrivons maintenant. Messieurs, à la seconde partie de réchange de vues; après la lune de miel, la lune rousse arrive quelquefois.
Voici comment Thonorable Ministre reprend réchange de vues après six mois de silence.
* Dans la lettre du 7 avril, l'honorable ministre, après avoir maintenu une fois de plus son appréciation, continue comme ceci (page 3S4 du Livre gris) :
(( Mais si telle est, comme je le crois, la vraie situation, il bal que toute équivoque disparaisse; il faut que la parole du saintpère cesse d'être interprétée dans deux sens absolument contraires, d*une part par l'organe du gouvernement, de l'autre par le chef de la hiérarchie catholique en Belgique. Une déclaration explicite de celte nature ne suffirait même plus aux exigences du moment. Ce serait peu que le pape accentuât son dissentiment au sujet de la conduite du clergé belge s'il ne prenait en même temps la résolution positive de s'en faire obéir. »
Ainsi, lorsque la personne avec laquelle vous négociez vous a fait savoir de plusieurs manières qu'il n'y avait pas de dissentiment, vous lui dites : Non seulement il faut que vous accentuiez ce dissentiment; mais il faut que vous agissiez comme si, moi» j'avais raison.
Voilà comment est inaugurée la phase plus troublée que celle dont j'ai esquissé le résumé.
On demandait donc que Tëquivoque disparût. Le cardinal Nina, par sa lettre du 3 mai, donne une édition nouvelle, corrigée et augmentée, de la lettre du H octobre. On lui avait demandé de faire disparaître Téquivoque; il la fait cesser complètement.
II nie de nouveau ce prétendu dissentiment qu'on lui demandait d accentuer; il reconnaît qu'une nuance a existé sur le mode et sur les mesures d'application. En d'autres termes, il définit, il ^^treint, il caractérise la nuance d'appréciation qui a existé fl^sint aux mesures d'application, h peu près comme je Tavais ^^pliqué et indiqué d'après les premiers documents, à la séance ^^ -19 novembre 1879. Mais il y a cependant dans cette dépêche ^^ amendement et en quelque sorte un progrès.
Il n'y est pas parlé du commissaire spécial..., pardon... de la 'Rupture des relations.
Mais, en retour, on y trouve la menace ou la prédiction d'une série de représailles. L'un n'était guère plus aimable que l'autre. M. Frère-Orban, Ministre des Aff'aires étrangères, — Vous lavez fait avant moi.
~M. Malou. — N'anticipons pas. J'ai bien l'intention de parler de cela avec l'espoir de vous satisfaire, bien que cela soit souvent très difficile.
L'honorable Ministre rattache cette lettre du 3 mai à l'idée qu'on aurait eue à Rome, que le gouvernement belge ne voudrait pas rompre les relations avant les fêtes du cinquantenaire national. Cette supposition est complètement inadmissible. Le gouvernement du saint-père s'explique de nouveau sur un principe séculaire, permanent de TEglise ; il vous a dit plusieurs fois quels sont les principes de l'Eglise; vous les connaissez d'ailleurs, vous n'en avez jamais nié l'existence, et lorsque vous avez interpellé pour avoir une réponse formelle dissipant toute équivoque, vous reprochiez en quelque sorte à celui avec qui vous
négociez de vous ravoir donnée, puisque vous attribuez sa réponse non pas à votre demande, mais à une supposition purement gratuite et presque puérile.
Et, vraiment, Iorsqu*il s*agit de lois auxquelles, dans ropinioo de I*EgIise, se rattache l'avenir des jeunes générations catholiques, pouvez- vous croire qu*un gouvernement sérieux, sensé, convaincu de ses devoirs et voulant les remplir, aurait pu s'occuper de cette circonstance que nous avions à célébrer les fêtes de notre indépendance nationale ?
Vous demandez une réponse; vous l'obtenez; elle est claire, péremptoire; elle l'est peut-être trop; mais enfin, vous ne pouvez pas attribuer cette réponse à autre chose qu'à la question que vous avez posée.
M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Tantôt c'était la schlague.
M. Maloa. — Si vous voulez, je dirai que vous avez remplacé la schlague par le martinet. Les représailles, au lieu de la rupture : la pensée est la même. Vous voyez que cela ne valait pas la peine de m'interrorapre.
L'honorable Ministre a eu une distraction : cela peut arrivera tout le monde; cela arrive surtout aux grands hommes {sourim)', il a eu une distraction l'autre jour en parlant de la célébration de nos fêtes nationales.
N'est-ce pas une chose vraiment originale que de voir un ministre reprocher à l'épiscopat de n'avoir pas célébré un Te Deum au Champ des manœuvres, alors que vous et vos amis avez récemment décidé que vous n'assisteriez plus désormais aux Te Deum {hilarité) ; que, constitutionnellement, vous ne pouviez plus y assister.
Le clergé, Messieurs, avait plusieurs raisons pour ne pas célébrer de Te Deum ailleurs que dans les églises. La première, c'est que vous ne vouliez plus aller aux Te Deum,
Il y avait une autre raison, c*est que vous aviez accompli à cette époque la rupture violente, j'allais presque dire brutale, des relations avec le nonce, avec le saint-siége. Vous aviez en outre fiait cette menace directe et complète des représailles. C'était plus qu'assez pour que le clergé se bornât à chanter un Te Deum dans toutes les églises.
Mais étiez-vous bien sûrs, dans la situation que je viens d'exposer, que, si le clergé avait décidé de chanter le Te Deum au Cbamp des manœuvres, il ne se serait pas produit un immense scandale? Pouviez-vous garantir que l'évêque titulaire de Tournai, qui, à cette époque, était privé de juridiction, mais non de titre épiscopal, ne s'y serait pas présenté? Etait-il de la dignité de l'Eglise de vous demander de la garantir contre un pareil scandale? {Interruptions à gauche. — Très bien ! à droite.) M. Bouvier. — C'est la feute à Dumont! M. Malou. — Cette parenthèse close au sujet du Te Deum, reprenons les autres fiaits.
Il en est un qui, jusqu'à présent, reste inexpliqué et pour moi inexplicable.
Lorsque la lettre du 11 novembre est arrivée à l'honorable Ministre, il a dit immédiatement : Si cette lettre n'est pas retirée, rupture des relations. Lorsque la lettre du 3 mai arrive à l'honorable ministre, et elle est plus complète, plus précise, plus nette, plus catégorique que la première, est ce que l'honorable membre parle encore de rupture? Pas le moins du monde! Tout est changé! L'honorable Ministre, après le 3 mai, reprend de plus belle et en allongeant beaucoup les lettres, les mémoires, les dissertations; il reprend de nouveau la polémique ou l'échange de vues avec le cardinal secrétaire d'Etat. D'oii cela vient-il? Quel est le mystère caché sous cette diiïérence de conduite?
L'honorable Ministre l'a dit lui-môme. A la séance du 9 mars 1880, on terminait la discussion du budget des afTaîrps étran-
gères. Le Ministre seatait bien qu*il y avait quelque répugasince, quelque opposition dans les rangs de ses amis, et il fit sentir d*une manière très habile, que je vais rappeler à la Chambre, qu il était de Fintérêt électoral du parti libéral de ne point supprimer, dans ce moment-là, notre légation auprès du saintsiège.
Voici, Messieurs, le langage que tenait le gouvernement ii la séance du 9 mars 1880 :
« M. LE Ministre des affaires étrangères : Il fout compter avec la réalité, avec les erreurs, avec les préjugés...
cf En quoi et à qui peut nuire la situation que nous vous proposons de maintenir? Voilà ce que je vous demande. A qui cela peut-il nuire? Quel mal cela peut-il foire et à qui? Il est impossible de le dire. Et nous sommes à la veille de la plus grande bataille électorale que le pays ait été appelé à livrer. — Savezvous combien peuvent compter dans cette bataille ces éléments que vous dédaignez? Et sans raison, sans motif, pour de pures abstractions, on sacrifierait de gaieté de cœur le résultat qui noos est acquis. Lhonneur d'un principe, nous pourrons le discuter -— rtionneur d*un principe abstrait dominerait tout et Ton irait risquer de compromettre, sans aucune utilité, une des situations politiques les plus graves qui puissent se présenter pour le pays! »
L'honorable M. Orts reprend la même thèse et dit : « L'honorable Ministre nous a rappelé ensuite que nous étions à la veille d'une grande bataille politique, d'une bataille dont personne, ni à droite ni à gauche, ne méconnaît l'importance décisive. U est utile, au point de vue de celte lutte électorale, que la majorité se présente devant le pays pour obtenir son approbation entourée
de tout le prestige moral qui résulte de la phis grande union possible. »
Moi-même, Messieurs, je dis quelques mots, que je demande
la permission de citer. Voici comment je m'exprimais : « Nous savons maintenant qu il y a un intérêt de plus, au point de vue de la gauche, au maintien de la légation de Rome, c'est l'intérêt électoral de l'opinion libérale, (il droite : C'est cela.)
« Tel est l'aveu dépouillé d'artifice qui vient d'être fait et qui a été acte et accepté par l'honorable M. Orts... »
Ainsi on s'abstient de rompre, on échange des dépêches en polémique parce qu'il importe aux intérêts électoraux du parti libéral que la rupture des relations avec Rome ne soit pas connue avant les élections du mois de juin.
Je n'ai aucune prétention à l'infaillibilité, mais je dis que ce qui confirme cette appréciation, c'est que l'honorable Ministre se plaint amèrement que de longs jours s'écoulent sans qu'il reçoive âe dépêche ; il s'était écoulé trois semaines et l'honorable Ministre ^vait, lui, supendu la correspondance pendant six mois.
L'honorable Ministre dit : J'ai attendu la dernière minute ; et, selon lui, la dernière minute, c'est le 5 juin. Or, les lettres mettent trois jours pour arriver à Rome, on ne pouvait donc plus répondre de Rome, même télégraphiquement, que le 9 juin, c'est-à-dire trop tard pour arriver avant la fin des élections.
Voilà, sans doute, pourquoi on n*a pas donné à la dépêche du 3 mai la même suite ni attaché les mêmes conséquences qu'à la dépêche du 11 octobre.
La Chambre me permettra de placer encore ici une parenthèse. La première fois que le fait a été cité, M. Bouvier s'est écrié que l'honorable Ministre des Aiïaires étrangères était un Machiavel.
L'honorable Ministre s'en est défendu très longuement. Cela était inutile. Ceux qui ont lu au moins le livre le plus célèbre, il Principe, de Machiavel, peuvent se dire que cet écrivain, qui a créé un mot nouveau dans la langue française, à côté d'un scepticisme dégoûtant, scandaleux, sur les moyens d'atteindre un but poli-
tique, était un réaliste; un des observateurs les plus profonds de la nature humaine et du jeu des passions humaines.
C'était un homme qui ne se faisait jamais aucune illusion; je viens de vous prouver que, de temps en temps, notre honorable premier ministre a des illusions; il n'avait donc pas besoin, !i part toutes les autres différences, de se justifier du reproche d'être un Machiavel. {Rires à droite,)
On avait donc signifié à M. le baron d'Anethan son rappel.Mais les liens diplomatiques existaient encore, et la preuve, c*estque, dans des circonstances analogues, notamment dans les Pays-Bas, le représentant du saint-père est resté à son poste, après quêta Chambre avait supprimé le crédit pour la légation de Rome.
Ici se place encore un fait qui exige aussi une explication nouvelle de Thonorable Ministre ou de ses amis. . Lorsque je lis avec attention toute la polémique dont je viens de parler, du 3 mai jusqu'au 13 juin, je n'y découvre comme idée fondamentale que ce qui suit : les instructions du {''septembre 1879 sont excessives; je demande qu'elles soient tempérées, qu'elles soient modifiées.
Il n'y a que cela, tout le reste, ce sont des développements historiques, des développements sur les législations étrangères, des retours sur ce qui a été dit. C'est là le but que vous poursuiviez.
Kh bien, il est démontré à la dernière évidence, les faits soal patents comme les chiffres; vous avez consommé la rupture lorsque vous saviec que les instructions étaient modifiées, radical^ ment modifiées, comme je rétablirai tout à l'heure.
Il est vrai que vous nous dites aujourd'hui que ces modifications ne suftîsaient point. Mais vous ne nous dites pas quelle était votre pensée et dans quel cas vous auriez été satisfait. Vous nous laissez dans Tignorance de vos vœux h cet égard. '•«'S insiriKMions sont, je lo répète, un chan}?ement profond, un
•hangemenl radical de celles du 1" septembre. Elles ne vous satisfont pas, dites-vous. Que vouliez-vous? Vous eût-il suffi de la neutralité? Et si Ton avait imposé silence aux évêques, si on avait, non pas blâmé, mais si on avait paralysé les efforts des catholiques, eussiez-vous été satisfait? J*en doute. Vous n'eussiez été satisfait, vos exigences allant toujours en croissant à mesure qu'on s'eflbrçait de les satisfaire, qu'à une condition, c'est qu'il intervint un bref, une bulle papale, dans laquelle évéques, doyens, curés et tous les catholiques eussent été invités à devenir les agents, les collaborateurs du Ministre de l'Instruction publique.
Et ici un mot encore sur le caractère étrange de cette campagne diplomatique.
Incessamment cette idée : Mais, saint-père, faites donc taire ^ catholiques, faites taire les évéques ; empêchez donc qu'on ^e me fasse de l'opposition. Faites-les donc finir : ils sont réelle- Dientt insupportables ces gens-là?
Mais qui vous a attiré tous ces embarras? Vous n'aviez qu'à ne pas faire la loi du 1*' juillet.
M. Bara, Ministre de la Justice, — Il y avait des précédents. Vous aussi avez demandé au pape de faire taire les évéques.
M. Bouvier. — Et il n'a rien obtenu. iVon possumus.
M. Malou. — Monsieur le préludent, M. le Ministre de la justice est d'une bonté extrême pour nous.
Oui, nous avons eu plus d'une fois, sous notre administration, l'occasion d'éprouver combien il était utile au gouvernement d'avoir un représentant à Rome, et nous en avons usé. Cela nous a été utile en plusieurs circonstances. Mais nous n'avons pas fait de loi qui nous mit dans la nécessité de demander au saint-père la millième partie des choses que l'honorable M. Frère s'est cru dans la nécessité de lui demander.
Et, de plus» nous n'avons jamais dû le menacer de rupture.
Un mot à l'adresse de l'honorable M. Couvreur.
L*hononible membre croit que, si notre politique venait k avoir ta majorité, on ne rétablirait pas la légation de Rome? Mais c'est la première chose qu*on ferait... {Rires à gauche.)
M. 'Vraieqaet. — Comme pour les bourses d'études!
M. Malon. — Et cela aux applaudissements de tout ie pays catholique! {Très bien! à droite. Rires à gauche.)
Il semble vraiment. Messieurs, que vous soyez toute h Belgique. Eh bien, non, il y a encore et il y aura toujours une majorité catholique réelle et forte dans le pays! {Très bien! à droUe.)
M. Gonvrear. — Vous rétablirez la légation, si les évéques le permettent; or, ils ne le permettront pas.
M. Halou. — Nous la rétablirons.
Ceci dit sur réchange de vues entre Thonorable Ministre des ARiaires étrangères et le saint-siége, j*aborde la seconde partie de mon discours qui se rapporte à un échange de vues d*unepart entre Thonorable M. Frère et Thonorable M. Janson, et moi d*autre part; il aura aussi, je Tespèrcun certain intérêt, quoi([ue dans des proportions moindres.
Je formule d abord quelques réserves.
Je pourrais adopter, en rappliquant bien, un mot que Vhonorable Ministre de Tlntérieur a créé un jour en rappliquant mal : Cela ne vous regarde pas.
Je pourrais refuser de répondre à des interpellations venant du banc ministériel; le gouvernement constitutionnel et parlementaire est établi pour que lopposition interpelle les ministres, mads je n*ai jamais cru que la réciproque fût vraie, et que les ministres eussent à interpeller lopposition.
Cependant, sous réserve de tous droits, et notamment sous toute réserve expresse en ce qui concerne le célèbre dossier de Villers-Perwin, je suis très heureux, pour ma part, d*avoir Toccasion de m expliquer, et je le ferai en toute franchise.
Assurément, je déplore profondément,^incèrement, Tusageet
Tabus qui sont faits des lettres confidentielles et privées : cest à certains égards une véritable violation du secret professionnel ; c'est une violation de la morale universelle et moyenne.
J ai assez bonne idée de la morale universelle ou moyenne ou de la morale qui est dans Tair ou en Tair pour croire qu elles ne légitiment, qu'elles n'approuvent pas de pareils actes et qu'elles ny applaudissent pas.
Nous avons même, dans nos lois pénales, un article contre la violation du secret des lettres. Un article de la Constitution dit que '^ secret des lettres est inviolable. Qu'a-t-on voulu par là, et quel ^t le véritable principe d'une société civilisée? C'est que la corl'espofadance privée soit envisagée comme un contrat bilatéral qui existe et qui doit être respecté.
Je le sais, Messieurs, il arrive très souvent que la passion oblitère le sens moral d'un homme, au point qu'il oublie absolument les plus élémentaires de ses devoirs.
Je comprends que la passion de la vengeance porte un homme i publier, contre ses ennemis ou contre ceux qu'il croit être ses ennemis, tout ce qu'il trouve pour leur nuire ou les abattre.
Mais il y a quelque chose de pis dans le dossier de Villers- Perwin; il y a la violation des sentiments les plus puissants et les plus doux du cœur humain; il y a la trahison de l'amitié.
On croit pouvoir traîner sur la claie ou traduire à la barre de l'opinion publique, démonétiser, détruire d'anciens amis dévoués, et cela pour exercer une vengeance contre des tiers !
Non, Messieurs, pas un honnête homme ne peut donner son approbation à qes actes. {Très bien! à droite.)
M. Bbjtb,, Ministre de la Justice. — Ne jugez pas; vous êtes trop intéressés.
M. Malou. — Une partie du dossier de Villers-Perwin est entrée non seulement dans une collection de documents officiels, mais il est entré dans le domaine de nos délibérations.
Voyant que des documents provenant de celte source font corps avec des circulaires diplomatiques ou y font suite, il m'est vena une idée... On nous annonce que nous aurons un second volume. Peut-être encore une partie sera puisée dans le dossier de Villers-Perwin; eh bien, je vais vous donner une préface pour celte partie du deuxième volume. Je la trouve dans un jonroal, ÏUnion de Dinant, reproduit d*aprës la Tribune de Mom, numéro du 19 mai 1880.
Cette lettre est adressée à Mgr Dumont... Vous avez sans doute remai*qué, Messieurs, que généralement, dans le langage libéral, on dit : monsieur Tévèque ou monsieur le cardinal. Naisiei il y a une exceptiotf : depuis que M. Dumont n est plus sur son siège, on rappelle monseigneur. {Hilarité à droite.)
Voici donc la lettre dont on pourrait faire la préface de votre prochaine publication :
c< Monseigneur,
« Si vous avez été fou, certes vous ne Têtes plus.
a S*il nous était permis de vous donner quelques conseils nous vous engagerions à devenir le correspondant régulier delà Flandre libérale, oii votre collaboration serait appréciée à sa jusie valeur. Une fois engagé dans les rangs des polémistes libérau^t vous vous trouveriez en compagnie d'aimables garçons qui proressent pour le pape Léon XIH des sentiments absolument semblables aux vôtres. Cette communion d*idées avec nous vous ferait seiuir rinanité de la communion des dévotes; vous confirmerïei peu ;\ peu dans cette opinion que la confirmation est une plaisanterie qui ne manque pas de sel. *
« Hélas! noussommes loin du temps où les catholiques de votre diocèse venaient pieusement déposer à vos pieds la crosse en or, produite par la fonte de leurs souscriptions. Temps heureux où vous étiez vénéré à Tégal d'un saint, où vos inspirations passaient pour vtMiir d'en haut!
« Hélas! qu*allez-vous faire de cette crosse? La mettrcz-vous au iQOQt-de-piété pour combler les vides opérés dans voire escar-r celle par le pneumatique Du Rousseaux? G*est à frémir, en vérité !
« Venez avec nous, monseigneur, rompez avec des gens indignes de vous comprendre; rentrez en possession de toutes vos acuités. Nous vous trouverons une jolie petite femme que vous épouserez régulièrement à Thôtel de ville. Un évéque démitré est UQ morceau de marquise libérale... »
M. Bara, Ministre delà Justice. — Voilà la vengeance contre ^gr Dumont!
M. Malou. — J*ai dit que je faisais la préface de votre future )ublication.
M. Bara, Ministre de la Justice. — Oui, c*est Tesprit de vengeance qui vous fait faire cette lecture.
M. Malou. — Vous n*étes pas recevable à m'interrompre
C[uaad je lis un article de journal, par la raison que vous en avez
beaucoup lu. Rappelez-vous combien de fois Thonorable M.Frëre-
Orban nous a donné lecture d*un article du Bien public où Ion
pdrle d*un tombereau d*ordures à propos de la Constitution. Et
moi, je ne pourrais vous faire une lecture analogue? {Interrup-
M. Bara, Ministre de la Justice. — Je ne biàme pas votre citation, mais je dis que vous la faites par vengeance contre M. Dumont, parce qu'il a fait tort à votre cause! (Interruption,)
M. Malou. — Vous n'avez pas le droit de qualifier mes intentions. Je donne lecture de la lettre dont il s'agit pour démontrer combien il est déplorable qu'on ait introduit dans nos débats un élément comme celui-ci :
a Vous ferez fondre votre crosse pour fabriquer des boucles d'oreille et des bracelets... » (Interruption à gauche.)
M. le président. — Ne croyez-vous pas, monsieur Malou,
qu*il vaudi-ait mieux cesser cette lecture? Je déclare que je uela considère pas comme digne de la Chambre, ni digne de vousmême.
Plcsieirs voix a gauche : Tràs bien !
M. Malou. —Si rhonorable président veut bien me permettre de continuer ma lecture, je la continuerai. (Intenupiion.)
M. le président. — Je n*ai pas le droit de vous en empêcher, je me borne à émettre un avis.
M. Bara^MinistredelaJustice. — Laissez lire, le pays appréciera!
M. Malou. — J abrégerai.
M. Bara, Ministre de la Justice, — Non ! Lisez complètement.
M. Malon. — Je passe quelques alinéas, me bornant à lire les derniers :
o Quel superbe enterrement civil nous vous ferons ! Soyez traoquille, du haut du ciel, qui sera certainement votre demeure dernière, tu devras être content, Edmond-Joseph, a Vous êtes en bonne voie : le premier pas est fait ! Courage. »
Je ne crois pas avoir compromis plus la dignité de la Chambre en lisant cette lettre, que d*autres en lisant des articles de journaux dont ils prenaient texte pour s*indigner contre les violences, contre les outrages d*une certaine partie de la presse.
L'honorable Ministre de la Justice disait tout k Theure : C'est par vengeance que vous donnez lecture de cette lettre. Je nai aucune espèce de vengeance à exercer à Tégard de Mgr Dumool 11 ne m'a jamais rien fait. {Hilarité à gauche.) Il ne m*a jamûs rien dit. Je ne puis donc pas avoir la moindre idée de vengeance contre lui : il peut avoir, au contraire, à se plaindre de moi.
Messieurs, j*ai été charmé de la publication des documentsque nous examinons en ce moment. (Rires à gauche.) Oui, je le répëtei j en suis charmé, parce que je trouve ainsi Toccasion d expliquer ce qui a été fait, non pas par la droite, mais par quelques membres de la droite. (Interruption à gauche.). ,
J'ai pour principe, dans toutes les positions de la vie, d'être jaloux de ma complète indépendance, et lorsque, dans une discussion qui avait lieu entre M. Frère-Orban et moi, moi étant au banc ministériel, lui dans l'opposition, il me disait : Vous éies les serviteurs des évéques! je me suis permis de répondre : Je ne resterais pas un instant au banc des ministres si je n y avais ma pleine et entière liberté d'action en matière politique.
Tel a été le principe de toute ma vie politique, et ce n'est pas, Messieurs, au déclin de ma carrière, déjà longue, que je consentirai à abdiquer l'indépendance de ma conscience et de mes actes, (il droite : Très bien !)
Je suis encore à mon aise sur ce point pour un autre motif.
La première fois qu'il s'est agi des instructions pratiques du i*' septembre, — c'était au mois de novembre dernier, — j*avais une occasion magnifique d'approuver, de louer ces instructions.
L'ai-je fait? Pas un mot. Au contraire, raisonnant sur cette question, j'ai dit : Si c'est une faute, de quoi vous plaignez-vous? Vous en profiterez.
J'ai dit dès lors assez clairement que je considérais ces instructions comme une faute au point de vue politique, le seul dont j'aie à m'occuper.
Je parle ici en mon nom personnel ; la droite, je le répète, n'a jamais délibéré à ce sujet et n'a jamais pris aucune décision sur ces faits. La droite n'est pas engagée ; chacun a fait ce qu'il a voulu.
Le Ministre se trompe encore lorsqu'il suppose que ceux d'entre nous qui ont agi Tout fiait pour favoriser sa politique.
Cest une erreur. S'il y a eu des nuances entre nous, ce n'était jamais que sur le choix des meilleurs moyens pour vous combattre et pour vous battre. Vous nous placez parmi vos troupes
et c'est à un régiment dans lequel je ne veux pas servir. (Rires.) m. 2S)
U y à eu une singulière ironie du sort dans les négoci; aciuelles.
U s*est trouvé que, sans nous être concertés, nous avioni deux points importants, le même intérêt et le même but.
Ainsi, en ce qui concerne la question constitutionnelle, lœ si^^ 1 honorable Ministre demandait une décision formelle pouLT* des motifs que j'approuve hautement, nous avions le même iotéiâ que lui à ce que cette décision intervint.
Ensuite, lorsque, dans la correspondance de mai à juin i8N, le Ministre demandait des modifications aux instructions do 1"' septembre, plusieurs d*entre nous les demandaient aussi. Niis nous nous placions à des pôles absolument opposés.
Quelques-uns d'entre nous, à certains moments, ont vu dus certaines mesures un danger politique.
Vous aviez, en vue dobtenir le gain de cette gageure impos-
sible qui consiste à vouloir exécuter, malgré les populations (r^ mations à gauche), la loi du 1"^' juillet 1879, pour laquelle vous avez besoin du concours volontaire de ces mêmes populations.
Dans ce dossier de Viliers-Perwin, on a parlé de deux objets différents.
Le premier est tout à fait secondaire ; il concerne Torgaolsation des moyens de résistance légale à votre néfaste loi du l'-^ juillet.
On a voulu insinuer, en publiant quelques lignes d une leUrCi qu'il y avait eu sur ce point dissentiment. On se met souvent eo chasse de dissentiments, mais souvent aussi on revient bredouille. {Rires à droite,)
Nous étions tous d*accord qu'il fallait unir Faction des forces ecclésiastiques et des forces laïques pour combattre, sur le terrain légal, les effets désastreux de la loi du i""' juillet. De concert a^ec (]uelques amis, j'avais proposé un plan d'organisation générale, ridée d'une sorte de fédération des provinces.
Ce plan, je né le développe pas, il doit se trouver au dossier de ^ilIers-Perwin ; on ne Ta pas publié jusqu'à présent; on peut le ^re quand on voudra; cela ne me fera pas la moindre peine, ^ien au contraire.
Ce plan n'a pas été immédiatement accepté par tout le monde.
On a préféré l'organisation fractionnée par province, mais avec le même concours. Je n'ai pas insisté. Il était évident pour moi que, quel que fût le dissentiment sur ce point secondaire, l'es- ^ntiel était l'association même des forces qui doivent combattre totre loi, et que, plus tard, le lien fédéral se formerait de luimême sous l'empire de la force des choses.
C'est, en effet, ce qui a eu lieu : l'organisation existe, elle est complète, elle est solidement établie, elle durera, et elle prospérera, et elle contribuera à accroître de plus en plus le dépeuplement de vos écoles.
Je suis donc, sous ce rapport-là, très satisfait, très content, très rassuré pour l'avenir.
L'autre objet concerne directement les instructions du l""' septembre et j*en ai déjà parlé plus d une fois.
Je ne lirai pas une troisième fois la lettre du cardinal Nina. Elle a été lue par l'honorable M. Janson et par l'honorable M. Frère.
Le cardinal dit que plusieurs personnes de diQ'érentes conditions se sont adressées à lui et lui ont suggéré des conseils de modération ou des tempéraments à observer dans la pratique.
Je ne connais pas toutes les personnes qui peuvent avoir fait des démarches de ce genre; outre un de mes amis qui ne fait pas partie de la Chambre, je ne connais guère que moi.
J'ai adressé à Rome des observations respectueuses, le 15 septembre, contre plusieurs dispositions des instructions du 1^' septembre. Les journaux ont parlé d'un mémoire collectif de plusieurs membres de la droite qui aurait été fait à cette époque. Ils
soni conplèleiiieat dans Terreur. A ma connaissance, à celte éfoqse, il n y i pas eu de mémoire collectif signé par plusieurs membres de la droite.
M. Trèn<Mmik, Ministre des Affaires étrangères. — Vous par-
Ihi au nom de vos amis.
M. Mmhna. — Vous savez bien que vous ne me ferez pas dire ce que je oe veux pas dire. II est inutile de m*interrompre.
Je dis donc qu aux mois de septembre, d^octobre, de novembne, eo 1ST9, il ny a pas eu, à ma connaissance, de mémoire collectif de la droite, comme les journaux Font supposé. Ils ont même été plus loin; ils ont donné les noms de ceux qui odI signé ce mémoire, qui n a jamais existé.
Beaucoup plus tard, au mois davril, et, chose singulière, le jour même où Ilionorable M. Frère envoyait sa première dépèche au cardinal Nina, un certain nombre de membres des droites des deux Ciiambres ont si$^éune lettre collective par laquelle ilsiaisaieni des instances pour que quelques modifications fussent apportées aux instructions du l*'^ septembre.
Je n ai pas, comme Thonorable Ministre Ta supposé, écrit ou dioié la lettre du cardinal Nina; il y a, dans cette lettre, certaines idées qui peuvent avoir été puisées dans ma lettre au saint-père; il y ea a d'autres qui n'y ont pas été puisées, et cela s'explique, puisque le cardinal dit qu'il a reçu de différentes personnes des observations au sujet des instructions pratiques; et quant au point signalé spécialement par Thonorable Ministre des Affaires élraugères, quant aux i^présailles, voici ce que j avais écrit :
« Je ne suppose pas que les ennemis de l'Eglise voudraient entrer dans la voie des représailles. »
Vous transformez cela en une menace; ce n'était pas le moins du monde une menace; c'était une supposition flatteuse pour vous, et jespère que vous la justifierez, quoi qu'en ait dit Thonorable M. Janson lautre jour.
Messieursr l'objet de ces représentations respectueuses n'était pas d'obtenir du saint-siége que la condamnation en masse dos écoles neutres ou mixtes fût retirée.
Jamais je n*ai eu cette idée; non seulement les effets en eussent été mauvais, mais je crois, d'ailleurs, qu'il eût été absolument impossible de faire prévaloir cette solution.
Or, de quelle manière, pourquoi aller demander une chose évidemment impossible?
Je me défends d'avoir jamais demanda cela, comme on se défend d'avoir fait une sottise.
Je n*ai pas non plus contesté qu'il entrât dans les droits et dans les devoirs du clergé de déclarer que les écoles ofilcielles, sous le régime de la loi de i879, doivent être présumées mauvaises jusqu'à preuve du contraire.
Mais ici vient la deuxième confusion d'idées de Thonorable Ministre des Affaires étrangères.
Dans la lettre du cardinal Nina, dit-il, on parle de la proscription en masse, et il applique cela aux écoles. Nullement, il s'agissait de savoir si on devait préalablement proscrire des catégories de personnes qui se présentaient au tribunal de la pénitence. Cela n*a aucun rapport avec la condamnation des écoles officielles comme telles.
On pourra, avec une certaine curiosité, qui serait peut-être légitime jusqu'à un certain point, me demander quelles étaient les modifications désirées.
Messieurs, je répondrai à cela d'un seul mot : J'ai demandé, et je crois que d'autres ont demandé comme moi, que Ion modifiât les instructions du 1" septembre précisément comme elles l'ont été par les instructions du 14 juin 1880.
Et vous verrez par là quelle est la nuance, quels sont les points auxquels plusieurs d'entre nous ont pensé qu'il y avait lieu de foire certaines modifications.
Quanta Tespoir exprimé par Thonorable Ministre que je publierais ces lettres, cela n*est pas sérieux, c*est pour me faire poser quelque peu que l*honorable Ministre a parlé dans ce sens. Il sait très bien que cela n*est pas possible, et ce en vertu du principe que je professe en matière de lettres privées.
M. Ppère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Comment! vous ne pouvez pas publier votre lettre?
M. Malou. — Je considère une lettre comme un contrat entre celui qui la reçoit et celui qui Ta écrite. Je ne la publierai donc pas, il serait inutile d'insister.
D'ailleurs, il y a un autre motif : je vois dans les discours, ci^ culaires, dépêches, etc., que vous ne comprenez pas certaines choses parce que vous ne connaissez point votre catéchisme ou que vous l'avez oublié !
Et moi. Messieurs, j'irais vous donner, pour poursuivre h guerre, des lumières qui vous font défaut? Non, vraiment, je ne le ferai pas.
L'honorable M. Janson a parlé seulement des instructions primitives du i*^' septembre. Elles appartiennent à l'histoire, et la discussion ne peut plus porter utilement que sur les instructions nouvelles. Je vais essayer, en quelques lignes, de faire ce parallèle.
Quant aux parents, d'après les instructions primitives, il fallait en référer à l'évêque.
D'après les nouvelles, tout est laissé au jugement prudent des confesseurs. Or, Messieurs, cest là, pour moi et dans la réalité de la vie catholique pratique, c'est là un changement profond des instructions.
Pour les écoles normales, défense absolue dans les premières instructions ; dans les secondes, distinction : les externats, c'està-dire les cours normaux, sont exceptés de plein droit; pour les autres, pour les écoles normales à l'égard des élèves desquels il
7 avait interdiction absolue, sans aucune exception, tout est remis, comme pour les parents, au jugement des confesseurs. Pour les instituteurs, il y avait trois conditions, et Thonorable M. Janson en a déjà indiqué une qui a disparu. Il en est de même des autres ; il n*en reste pour ainsi dire plus rien.
On va même plus- loin : on admet que les instituteurs pourront enseigner le catéchisme avec lautorisation du clergé. Je suis convaincu que rhonorable Ministre de Tlnstruction publique, qui a an si grand zèle pour propager renseignement du catéchisme dans renseignement officiel, sera extrêmement satisfait de cette dernière modification et qu'il la fera valoir.
On ne refuse pas non plus les sacrements, même d'une manière générale, aux inspecteurs de renseignement : tout est laissé au jugement des confesseurs ; les inspecteurs étaient frappés d'une manière absolue d'après les instructions premières.
On ne parle plus des comités scolaires ni de ceux qui favorisent les écoles officielles. Tout cela est supprimé.
L'honorable Ministre de la Justice pourra confronter les instructions du 14 juin avec la pièce qu'il nous a citée hier et qui n'était pas inédite; il verra, en faisant ce parallèle, que si le mandement de Mgr Du Rousseaux, de février, diffère des instructions du 1^ septembre, les instructions du 14 juin différent énormément plus encore, en termes d atténuation, du mandement de Mgr Du Rousseaux. Vous verrez cela en faisant la comparaison par juxtaposition des textes. Si cela vous était agréable, je pourrais même m'en charger.
M. Bara, Ministre de la Justice. — C'est inutile. M Malou. — La preuve en est que l'évêque de Tournai, lorsque les instructions arrêtées au mois de mai et publiées au mois de juin ont été mises au jour dans le diocèse de Malines, il avait déjà, lui, publié ces mêmes instructions pour le diocèse de Tournai. 11 ne l'aurait pas fait, c'eût été sans objet, si déjà
toutes ces atténuations s'étaient trouvées dans son mandement de février.
M. Berge. — Tout cela vient d*un pape infaillible.
M. Maloa. — Vous n*avez donc jamais vu quelle était ladéBnition de Tobjet de rin£aillibilité. Le pape est-il infaillible lorsqu*il s*agit de questions de discipline, de Tapplication d*uDe instruction? Cela n*a jamais été ensei^é ni professé par aucun catholique.
On peut se demander si cet acte important qui change complètement la situation a été spontané ou non. J*ai lieu de croire que Tinfluence modératrice du saint-siége n*y a pas été étrangère. Et qu*importe ! G*est un fait : pendant toute la dernière phase des négociations, vous ne demandiez pas autre chose et vous avez rompu quand le résultat était acquis.
Nous, les inopportunistes, nous avons obtenu ce que nous désirions ; nous sommes satisfaits. Je regrette beaucoup que rhonorable Ministre ne dise pas ce qu*il lui fallait encore pour qu*il fût satisfait à son tour.
M. Prère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Je n'ai pas cessé de demander que les catholiques belges fussent traités par les évéques belges comme les catholiques romains sont traités par le pape lui-même. Rien de plus.
M. Malou. — S'il y avait une différence entre les instructions premières de Tépiscopat et ce qui se fait en pays étranger, elle consistait surtout en ce que, dans ces pays-là, il n*y a pas des applications expresses à des catégories, de personnes, des cas d'exclusion de ce genre, que tout y est laissé au jugement des confesseurs. {Bruit à gauche.) Les instructions du 14 juin vous apprendraient, si vous vouliez vous donner la peine de les Ure, qu'aujourd'hui ce grief que vous énonciez n'existe plus et que vous le reproduisez maintenant sans raison.
M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Du tout! absolument pas !
M. Malou. — Quand on vous accorde une chose, vous en demandez une autre.
Je m*excuse d'avoir entretenu si longtemps la Chambre, mais je dois cependant faire encore une citation.
Je ne suis pas le seul qui apprécie les instructions de cette &Con-là.
Voici un extrait de la Flandre libérale du 6 septembre 1880 :
« Ces revers inattendus »
Ces mots, par lesquels la Flatidre libérale débute, s'appliquent aux élections du 8 juin, mais assurément elles ne pouvaient avoir un autre résultat après que vous aviez supprimé des milliers d'électeurs catholiques. {Hilarité à gauche.)
Nous devions nous y attendre; personnellement je m'attendais même à un résultat bien plus mauVais.
A gauche: Allons donc!
M. Malou. — Pourquoi avez- vous feit ces mutilations du corps électoral si ce n'est pour vous préserver d'un échec?
Je reprends ma citation :
a Ces revers inattendus ont jeté la consternation dans le camp épiscopal. De là, les nouvelles instructions aux curés, publiées au mois de juin dernier et qui mitigent considérablement la rigueur des résolutions précédentes. On a substitué au système de la proscription en masse le régime de l'arbitraire, du bon vouloir du curé...
« Le changement est profond, radical et dans la pratique, on en ressent déjà les effets... C'est l'abandon, au moins partiel, des actes de rigueur auxquels on avait précédemment recours...
(c Nous qui détestons la religion catholique, nous pourrions regretter ce résultat, si nous ne voyions que la condescendance actuelle des prêtres leur sera aussi fotale que leurs insolences d'autrefois... »
Suit une longue énumération pour prouver que le clergé a
toujours tort. S*il est violent, on se révolte; s*il est deux, il recueille la raillerie et le mépris public.
Je ne lis pas cela. Je constate seulement que la même appréciation des instructions du 14 juin a été faite par un journal non suspect.
Je termine ici mes observations.
Je pourrais certainement faire, comme Thonorable Ministre, une péroraison retentissante, bien étudiée sur quelque problème historique; je pourrais même poser un problème plus large, plus vaste, en ne me préoccupant pas seulement des 200 millions de catholiques qui existent dans le monde.
Je pourrais démontrer que chez toutes les nations chrétiennes, c'est-à-dire civilisées, les hommes d*Etat vraiment dignes de ce nom, en présence des mauvaises passions qui grondent dans les bas fonds de la société ou plutôt qui y grouillent, se préoccupent surtout de la conservation et du développement du sentiment religieux.
M. Couvreur. — Qu'il ne faut pas confondre avec l'Eglise.
M. Malou. — Je ne confonds rien; je dis seulement que les hommes d*Etat comprennent que la conservation du sentiment religieux est la digue qu'il faut opposer à une nouvelle invasion des barbares menaçant toutes les conquêtes de cette civilisation dont nous sommes si fiers : la propriété, la richesse et la liberté.
Je fais grâce à la Chambre des développements que je pourrais donner à ces idées, je me borne simplement à lui proposer, comme conclusion, un amendement qui reproduit la pensée exprimée au début de mon discours.
Je propose à la Chambre de remplacer le paragraphe de ladresse par un paragraphe dans lequel on dirait : « La rupture violente des relations diplomatiques existant depuis un demisiècle entre le gouvernement belge et le saint-siége a profondé-
ment blessé nos populations catholiques. » {Hilarité à gauche et vive approbation à droite.)
— L'amendement est appuyé; il fait partie de la discussion.
M. le président. — Nous pourrions clôturer la discussion générale, sauf à revenir sur ce débat à propos du paragraphe.
M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Je ne pense pas que la discussion générale puisse être clôturée dans Ib situation actuelle.
Il est certainement des assertions dans les discours qui ont été prononcés, soit par M. Jacobs, soit par M. Malou, qui ne peuvent pas être considérées comme des vérités et maintenues sans réfutation.
M. le président. — La parole est à M. Jottrand.
M. Jottrand. — Messieurs, dans notre dernière séance, l'honorable M. Malou,qui est toujours très poli lorsqu'il a raison, et qui Test toujours très peu lorsqu'il a tort, afin de se débarrasser d*une interruption dont j*étais Fauteur et qui le gênait, s*est écrié qu'elle n'avait pas le sens commun.
H ne me convient pas de laisser ainsi mon argument sous le coup de cette exécution sommaire; je tiens à Texposer et à le justifier, d'autant plus que cela me fournira l'occasion de mettre en pleine lumière une ruse de plus à ajouter à toutes celles que les fins renards auxquels nous avons affaire ont tirées de leur sac à malice, pour tâcher de dépister l'opinion dont la clameur les effraye.
Je ferai cette démonstration, Messieurs, sans passion, quoique j*aie le droit d*en ressentir, car, je l'avoue, j'ai cru et sincèrement cru à l'utilité des rapports diplomatiques avec le Vatican. Tai cru ^ Texistence chez le nouveau pape d'un désir sincère de vivre en paix avec tous les gouvernements, même libéraux, qui, comme
le nôtre, laissent à TEglise, à son clergé, non seulemeDt une liberté qu*il ne connaît nulle part au même degré, mais lui concèdent en outre des avantages que partout il paye par le sacrifice d'une partie de cette liberté. J'ai cru à l'existence chez le pape d'un ferme désir de faire régner dans notre pays la tolérance passive envers les écoles neutres dont il donne l'exemple à Rome, à Rome même, dans le diocèse dont il est le chef immédiat et direct et dont il a seul, vis-à-vis de Dieu, la responsabilité! Cet exemple papal montrait à l'évidence que cette tolérance passive — c'est là le terme officiel dont se sert la diplomatie romaine — que celte tolérance passive était possible sans sacrifier aucune des thèses générales que le saint-siége ne peut abandonner, et j'ai cru que ce que le pape pouvait ainsi faire à Rome, il le voulait réellement faire chez nous dans l'intérêt de la paix. Lorsque les faits qui ont amené la rupture de nos relations diplomatiques et les révélations nombreuses et inattendues qui se sont succédé depuis ont renversé mon illusion, je suis tombé de haut, d'assez haut pour avoir le droit de dire que je m'étais fait mal et de crier, au besoin.
Néanmoins, Messieurs, je ne crierai pas, car aujourd'hui la contusion est guérie et je n'ai plus d'autre préoccupation que d'éviter à autrui et à moi-même le renouvellement du danger de tomber dans le piège auquel je me suis laissé prendre.
La ruse dont l'honorable M. Malou s'est fait ici l'instrument consiste à essayer de justifier le pape du soupçon d'avoir d'avance, sous le sceau d'un secret absolu, connu, loué et approuvé dans son texte le mandement collectif des évêques belges, rendu public le i8 juin i879, en même temps qu'il laissait le chef de sa diplomatie, le cardinal Nina, déclarer le 20 juin à notre gouvernement que le texte du mandement était à Rome complètement inconnu, et que, par conséquent, il ne pouvait l'apprécier, ni favorablement, ni défavorablement. Et tout en tentant cette jus-
tification, de bien se garder daccuser le cardinal Dechamps d'avoir trahi la vérité lorsque, le 17 juin, il affirmait à ses suffragants avoir reçu dVance les louanges et Tapprobation complète du saint-père.
Pour achever cette double œuvre, après cinq mois d'attente vaine, après cinq mois de discussion dans tous les organes de la presse, sur lexistence ou la non-existence, sur la nature, soit verbale, soit écrite, de la communication de Rome, reçue par le cardinal-archevêque de Malines au mois de juin 1879,rhonorabIe M. Malou,à la fm du débat, vient tout à coup confirmer que cette coaimunication existe ; que c est une lettre, que cette lettre est datée du 10 juin et qu'elle a pour signataire M. J. M., évéque de Héiitène. La Mélitène était jadis une province de la Cappadoce, rArménie actuelle; évéque de Mélitène, c'est donc comme on dirait évéque d'Erzeroum, évéque d'un pays où, depuis des siècles, il n'y a plus de catholiques, oii il n'y a plus que des Grecs et des musulmans, c'est-à-dire d'un pays sans fidèles. Mais passons. Rome est remplie de ces anomalies.
Je ne sais pas si réellement la lettre existe, je ne sais pas si réellement elle a été envoyée de Rome, le 10 juin 1879, au cardinal Dechamps, par M. J. M., évéque de Mélitène; je ne suis pas obligé de croire tout cela.
Nous avons aujourd'hui le droit d'être fort défiants et, quant à moi, je déclare que je le serai jusqu'à exhibition du texte original de la lettre, revêtue du timbre postal prouvant qu'elle est partie de Rome le 10 juin 1879 pour être expédiée en Belgique.
Mais je suppose que les affirmations de l'honorable M. Malou, dont je ne suspecte pas la bonne foi, bien entendu, mais qui peut-être est plus crédule et moins défiant que moi, soient exactes.
Admettons que la lettre existe et qu'elle a été réellement envoyée le 40 juin par l'évêque de Mélitène au cardinal de Malines. Eh
bien, cette lettre ne prouve rien, elle n atteint nullement le but dans lequel on Ta produite.
En eifet, à moins que le cardinal de Malines ne soit le plus audacieux, le moins scrupuleux des affirmateurs — j'évite avec soin les gros mots — il ressort à l'évidence de la lettre quil a écrite à ses suffragants le 17 juin 1879, telle que nous Ta bit connaître M. E.-J. Dumont, le 18 juin 1880, il ressort, dis-je,de cette lettre que le cardinal Dechamps a reçu soit de Rome, par lettre particulière, autre que celle de Tévêque de Mélitène, soit de Bruxelles, par le nonce Vanutelli ou tout autre chargé d'affaires du pape, une autre communication des dispositions existant chez la papauté, à cette époque, que celles que nous révèle la letlre attribuée, dès aujourd'hui, à l'évéque de Mélitène.
C'est tout ce qu'il y a de plus facile à démontrer.
La communication qu'a reçue le cardinal Dechamps et dont il fait part à ses suITragants le 17 juin 1879 était évidemmeot conçue en italien, ou tout au moins était en cette langue la partie de cette communication qui faisait connaître la volonté du pape quant au secret qu'il faut garder — assolutamoUe segreto, ces mots qui répètent sans nécessité les mots « absolument secret » qui les précèdent, — ces mots sont une citation textuelle, une auguste parole sortie de la bouche sacrée du saint-père et pieusement recueillie par notre métropolitain.
Pas du tout, dit l'honorable M. Malou. C'est tout bonnemenl une fantaisie du cardinal. Est-il donc défendu à un cardinal de parler italien dans ses lettres? 11 répète en italien ce qu'il vient de dire eu français, sans nécessité, pour son plaisir, pour satisfaire à une légère manie et sans que cela tire en rien à conséquence.
C'est drôle, mais s'il est ainsi, si c'est un tic chez notre archevêque de Malines de répéter en italien, sans aucune nécessité, 1^ mots qu'il vient de citer en français, nous allons certaincmeui
trouver, dans les nombreux écrits de lui qui nous sont connus, d'autres manifestations de cette manie bizarre.
Je les ai cherchées et cherchées en vain; j*invile Thonorable H. Halou h les chercher à son tour.
Je ne les ai pas trouvées, il ne les trouvera pas davantage.
Je me trompe. J*ai trouvé dans une autre lettre de M.Dechamps d*autres mots italiens encore. G*est dans sa lettre du 10 juillet i880 par laquelle, après la révélation de Yassolutamenie segreto fidte par M. Dumont, il se décide, après trois semaines d*attenté et de silence, à parler des documents qui lui ont permis d*écrire eomme il Ta h\i le 17 juin 1879.
C'est même tout au début de cette lettre qu il parle encore cette langue étrangère. Voici comment il commence :
«c Le document romain {esposizione documentale)^ etc. »
Encore une citation ! La citation de l'intitulé officiel de la première réponse faite par le cardinal Nina au mémorandum de M. Frère-Orban après la rupture.
J*eD conclus que lorsque le cardinal emploie des mots italiens ]K>ur répéter ce quil vient de dire en français, ce nest, comme je Vai déjà dit, que lorsqu'il a un texte officiel italien à citer ; ce n'est qu'alors qu'il ressent ce besoin spécial de répéter en italien ce qu'il vient de dire en français.
Assolutamente segreto est donc bien extrait d*un texte officiel; il y a autre chose que la lettre de l'évéque J. M de Mélitène.
L'honorable M. Malou continue-t-il à prétendre que mon interruption n'avait pas le sens commun? Ma démonstration n'est pas encore suffisante? Soit; je la poursuis.
Le cardinal Dechamps, lorsqu'il a écrit à ses suifragants, le 17 juin, avait autre chose sous les yeux que la lettre de l'évéque de Mélitène.
Voici pourquoi :
Uue dit, en eiïet, la lettre du 17 juin? « La lettre pastorale
colkcùve» teiU que vous lavez reçue, est hauiemenl approuvée ei loaée par le saint-père ; mais Sa Sainteté désire que cela reste absolument secret {assoluiamente segreto). »
Le cardinal Dechamps aflSrme donc que la lettre pastorale, bien connue de ses sutTraganls et qu il a arrêtée avec eux, le \î juio 1879. e;sl approuvée dans son entier, fHnir le fond et pour lafcnm, telle qu'il la communiquée à ses sutTragants.
Cette affirmation* je Tespère, n*est pas téméraire. Le cardinal Dechamps, en matière aussi grave, doit être bien sûr de ce qu'il
D*où lui vient donc cette assurance? Est-ce dans la lettre de Tev^u^ de Mélitène qu^il a trouvé cela? Pas le moins du monde.
Voici ce qui y est dit :
«^ Revu ces jours derniers en audience privée par le saiot-père et metant permis de soumettre à Sa Sainteté le résumé de It ietrtn^ pastorale que les évéques se proposent de publier à Toccasion et au sujet de la malheureuse loi sur renseignement, loi si cv: jem!!:ent spoliatrice des droits de rEglise,Sa Sainteté a daigné en exprimer sa haute satisfaction, ayant pleine confiance dan$ le :(\e et !a prudence qui animent lepiscopat belge. »
Aînsu ce que rapporte lëvêque de Mélitène, c'est une approhaiion vague du sens général de la pastorale avec, pour nos évèvjuo;^» lieauooup deau bénite de cour, de la cour romaine, oii doit s'en trouver un stock inépuisable, alors même qu'il n'y en aurait plus nulle pan.
Voilà donc tout ce que 1 ou trouve dans la lettre de l'évêqucde Meàtèno; d'approbation du fond et de la forme de la lettre pastoraîe» elle ne porte pas trace.
Si donc cette approbation complète a été donnée, elle est parvenue de Rome par un autre canal.
C'est par un autre canal, et sous une autre forme.
Nul ue peut croire que le cardinal Dechamps se soit permis de
parler à ses sufTragants comme il leur a parlé le i7 juin, n'ayant ^us les yeux que cette formule vague contenue dans le billet de M. Tévéque de Mélitène. On le peut d'autant moins que, s*il avait agi ainsi, il aurait manqué gravement aux instructions que lui "avait données le saint-père et qu'un mois auparavant, le 19 mai, il avait fait connaître à ses sufTragants, en leur écrivant que le pape voulait tout connaître et ordonnait qu'ils attendissent les instructions avant de rien publier.
Ayant reçu celte consigne le 19 mai, il se serait permis, le 17 juin, d'affirmer que la pastorale était bonne à publier dans les conditions voulues par le pape, tout en n'ayant sous les yeux que la lettre d'un tiers sans mandat rapportant sa conversation accidentelle avec le pape, sans précision de date et dans des conditions qui faisaient de l'approbation du pape une simple politesse sans conséquence.
Je ne crois pas, Messieurs, en présence de ce que je dis, que le moyen employé par M. Malou puisse réussir; je maintiens plus fermement que jamais que le cardinal a autre chose dans son portefeuille secret que l'inoiTensif billet de l'évéque de Mélitène, si tant est que celui-ci existe.
Mais la lettre du 10 juillet 1880, de Son Eminence de Malines, lettre que j'engage M. Malou à relire, contient de ce que je soutiens une preuve plus évidente encore.
« J'avais communiqué à Rome, y dit le cardinal Dechamps, un simple projet de lettre pastorale, qui m'a été renvoyé avec le conseil d'une modification de détail que j'ai eu soin de faire au plus tôt. »
Où est, dans le billet de M. l'évéque de Mélitène, s'il vous platt, la mention du renvoi du projet qu'avoue le cardinal Dechamps? Où est le conseil de la modification qu'il a reçue de Rome?
Rien de cela ne s'y trouve : ni mention du renvoi, ni conseil, ni observation, ni proposition de modification de forme quelm 30
conque. Et cela ne pouvait s'y trouver, puisqu'il ne s'agit cette lettre que d'un résumé verbal que le pape aurait approuvé dans son ensemble.
11 y a donc dans la correspondance entre Rome et Halines autre chose que la bribe que l'on veut bien nous communiquer. Il y a à Rome un correspondant de M. le cardinal-archevêque de Malines, qui reçoit les pastorales dans leur texte, qui les lit, les corrige et les renvoie corrigées. Eh bien, c'est cette correspondance authentique et ayant date certaine qu'il faut que ron dous livre et non le billet de M. l'archevêque de Mélitène qui n*a rien à fau*e dans tout cela. Qu'on nous livre cette correspondance et alors nous y trouverons les lettres qui accompagnaient le renvoi fait à M. le cardinal-archevêque de Malines de sa pastorale, revue, corrigée et approuvée; et dans cette lettre, qui est évidemment en italien, nous trouverons, en même temps que l'approbation, la recommandation textuelle, Yassolutamente segreto que Ton veut aujourd'hui faire passer comme l'effet d'un caprice de Son Excellence révérendissime et illustrissime l'archevêque de Malines, humble disciple du Christ.
En présence de tout cela, j ai le droit de dire que ce qui n'a pas le sens commun, ce n est pas mon argument, ce nest pas mon interruption, c'est la tentative faite par Thonorable M.Malou de noujs faire prendre le change en nous livrant ce petit prélat officieux, M. Tévéque de Mélitène, pour nous détourner de la piste qui nous conduit directement au cabinet officiel, mais secret, du pape, c'est-à-dire à l'officine d'où sortait, en définitive, revue, corrigée et hautement approuvée et louée,la pastorale épiscopale du i8 juin i879, au moment même où l'on affirmait à M. Frère- Orban, par notre ambassadeur, que cette pastorale était complètement inconnue à Rome.
Le lamentable échec subi déjà par notre métropolitain devan l'opinion publique, — car Thonorable M. Malou ne fait que re-
i^OQveler on essai qui avait déjà été tenté au mois de juillet dernier par notre métropolitain, — cet échec aurait dû éclairer l'honorable M. Malou. Gomment n*a-t-il pas vu qu'essayer de restreindre au billet de larchevéque de Mélitëne les communications échangées entre Rome et Malines au mois de juin i879, ce l n'est sauver le pape qu*à la condition de couler à fond Tarchetéque de Malines, et, comme résultat final, de les faire sombrer ensemble tous les deux.
Rome a été bien plus prudente que Fhonorable M. Malou, elle a eu plusieurs fois Toccasion de s'expliquer sur Yassolutamoite iegreto; jamais elle n'en a rien dit. La première fois, c'était dans son esposizione documentata, — comme dit Tarchevéque de MaUnes — du 10 juillet 1880.
Elle s'y efforçait d'expliquer, à son point de vue, en long et en large tous les incidents de l'échange de vues qui s'est prolongé pendant le temps que vous savez.
Arrivé à ce point sensible et délicat du mois de juin 1879, le rédacteur glisse, n'en parle pas, et passe à autre chose; apparemment c'était trop difficile à expliquer, lorsqu'on prétend avoir été toujours franc et loyal.
Quinze jours après, nouveau document, la grande dépêchecirculaire du cardinal Nina à tous les nonces de la chrétienté.
Là encore, le 25 juillet 1879, alors que l'on connaît les explications essayées le 10 juillet par le cardinal de Malines, on se tait sur la question de l'approbation par le pape. Décidément c'est un terrain dangereux, et cela aurait dû servir de leçon à l'honorable M. Malou.
Un autre exemple plus récent aurait dû lui servir de même ; c'est celui de l'honorable M. Jacobs.
Non moins audacieux que Thonorable M. Malou, mais, suivant moi, beaucoup plus habile, Thonorable M. Jacobs a laissé de côté toutes les explications du cardinal Dechamps sur l'origine de
K et reiosant de s'empêtrer dans la question ip ee tomspOÊÊàasH romaÛD ou antre qu'on a depuis KÛz rûsomié comme si approbation complète ém silence absolo existaient avec le pape pour ler»^ <c fmuft hiaieaeut le taorean par les cornes, admettant omime «nt «^aie T^gaÊimUmemte scgreto est une citation et noopas me iunaBse^ îl s'est mis à défendre 1 absolue convictioa de 'siuDt «Qf a£kre, méae dans ces conditions, en souteniot xue «Bi^ ^-^M dTagîr n ècaiu en somme, que Texécution loyale Às< ^nMtvcBSàx&s aieiiMS entre la papauté et lliononble
Kes^acs^ aa wmk cria est carré; c'est d'un grand stjle;
,^>ù& pofsic SLT radversaiie le même effet que ressent, au 5* acte, vàfvaac Ai^^xsie^ ^ Gua de Corneille : il demeure stupide. Poor mK. f 2v»Be qa A présence de cette explication grandiose que V ÎLsse à riioaoribte M Frère-Orban le soin de réfuter, si tant «5t ^^eue rvî; la peîce d'âne réfutation, je me suis trouvé dans r^îcafi ie Orira. Mais oc revient bien vite de cette stupéfaction fc 2^' ce nvwis ne dovte de Finsuccès final de Faudacieuse i^âwse i^ rbccorabie M. Jacobs, aussi bien que du système ira;:i5 ie rbcconble M. Maloa; car aucun d'eux n'est dans la
0*^ nî>-;^ 2saia:ecant conclure de tout cela ? Que vais-je cono'-ire ec pré$«of de u>ui cet arsenal de ruses, de détours, d'arî: dires q**;e ne us avoirs vus s eialer sous nos yeux depuis plusieurs mo*>? Ce que je vuis conclure, c «t que si, comme le prétendent n:> hocorab'.es adversaires de la droite, la civilisation court de Cl s dirger>. si des flots de barbares nous menacent, ce que pour mi part je CvHiteste, si tout cela est dû à la diminution deTiD' fluecoe de Tidée religieuse dans la société, ce que je conteste encore plus, ce serait en définitive aux prêtres et à leur parti que cette situation dangereuse serait due.
Croyez-vous donc. Messieurs, que les dogmes mystiques et Tesclavage de cœur et d*esprit, qui pour vous sont toute la religion, soient les moyens par lesquels se fait l'éducation sociale des masses? Non, en cette matière comme en fait d'instruction la plus élémentaire, c'est par l'exemple et par le fait qu'il faut agir.
L'enseignement, nous le savons maintenant, n'est bon qu'à la condition d'être intuitif. Eh bien, l'éducation des masses s'opère par l'intuition aussi bien que l'éducation des enfants des écoles primaires.
Vous voulez que le peuple respecte la loi, et dès qu'une loi vous contrarie, vous vous insurgez contre elle! Vous faites appel à Dieu, à votre conscience, à toutes sortes de droits supérieurs et antérieurs à la souveraineté nationale; on voit les autorités provinciales et communales que vous inspirez, autorités constitaées exclusivement pour procurer l'exécution des lois, et qui, en dehors de cette exécution, ne sont rien, on les voit se coaliser pour entraver cette exécution et frapper ainsi de discrédit les plus précieuses de nos libertés, les libertés locales.
Et lorsque le gouvernement, pour maintenir Tordre et lautorité des lois, un des droits que les lois lui confèrent, lorsqu'il procède par commissaires spéciaux, en dehors de cette enceinte, c'est à coups de pavés que vous les faites accueillir; ici vous vous contentez de les couvrir de sarcasmes, mais on entend ces sarcasmes tomber des lèvres d^anciens Ministres et de Ministres d'Etat, qui ont eu la responsabilité du pouvoir et qui l'auront peut-être un jour encore. Dans leur aveuglement, ils coupent la branche sur laquelle ils auront à s'asseoir.
Que faites-vous donc. Messieurs, en agissant ainsi, des préceptes de celui dont vous vous dites les disciples, dont vous voulez que les lois et les inspirations servent de guide à toute l'activité sociale? Loin de les respecter, vous n'écoutez que vos haines.
VOS passions, vos colères; car le Christ, dont vous vous dites les disciples et les seuls défenseurs, préféra mourir plutôt que de résister par la force à une sentence légale, quelque inique qu'elle fût.
Condamné par Pilate et se soumettant à son sort : < Moo royaume n'est pas de ce monde, disait-il; si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu pour m'empêcher de tomber entre les mains des Juifs. Mais mon royaume Q*estpas ici. » — (Evangile suivant saint Jean, cbap. XVIII, 36.) — Il donnait par ces paroles Texemple du plus grand et du plus profond respect pour Fautorité sociale, même dans ses écarts et jusque dans ses crimes.
Vous voulez que le peuple soit patient, qu*il soit doux, qu'il ne cherche, dans aucune circonstance, à abuser de sa force; et, dès que quelqu'un désobéit à vos injonctions, dès qu'il vous cootrarie, dès qu*il fait mine de quitter vos rangs, il n*est pas dlnjures, pas d*outrages que vous lui épargniez; et le débordeoeot de vos haines va si loin que votre victime en est réduite i craiodre pour ses jours !
Oh ! ce n*est pas d'ici bien certainement que viendront les violences matérielles sur un évéque récalcitrant et désobéissant. Mais nous avons pu voir aux paroles sorties ici de la bouche des honorables BIM. Halou et Comesse et d'autres encore, quels trésors de haine contiennent vos cœurs contre le révolté.
On peut juger par là quel traitement vous lui infligeriez si vous étiez les maîtres. Sont-ce encore là les préceptes du Christ?
Voici qu'il enseignait à ses disciples :
ce Vous avez appris qu'il a été dit : Vous aimerez votre prochain et vous haïrez votre ennemi.
(( Et moi je vous dis : Aimez vos ennemis, faites du bien ^ ceux qui vous haïssent et priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient, afin que vous soyez les enfants de votre père
qui est dans le Ciel, qui £ait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, et qui fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes.
« Car si vous n'aimez que ceux qui vous aiment, quelle récompense avez-vous à prétendre? Les publicains ne le font-ils pas aussi? Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous de plus que les autres? Les païens ne le font-ils pas aussi? » (Evangile selon saint Mathieu, chapitre V, versets 43 à 47.)
Vous voulez enfin que le peuple soit loyal et droit, qu*aucun mensonge ne sorte de sa bouche. Il doit être la vérité, la pureté, h sincérité même; et vous, qu'est-ce que vous faites quand il s*agit d'atteindre un avantage quelconque ou de vous tirer d'un embarras? Nous le voyons encore dans toute cette discussion ; il n'y a pas de ruses, il n'y a pas d'artifices auxquels vous n*ayez recours. Sont-ce encore là les préceptes de votre maître? Voici ce qu'il enseignait :
« Vous avez encore appris qu'il a été dit aux anciens : Vous ne vous parjurerez point; mais vous vous acquitterez envers le Seigneur des serments que vous aurez faits.
ce Et moi je vous dis de ne point jurer du tout; ni par le ciel, parce que c'est le trône de Dieu ; ni par la terre, parce qu*elle est l'escabeau de ses pieds; ni par Jérusalem, parce que c*est la ville du grand roi : vous ne jurerez pas non plus par votre tète, parce que vous ne pouvez en rendre un seul cheveu blanc ou noir; mais que votre parole soit : Oui, oui; non, non; car ce qui se dit de plus vient du mal. » (Saint Mathieu, chapitre V, versets 33
Voilà ce que l'on n'aurait pas dû oublier à Rome ni sur les bancs de la droite.
Vous voulez que le monde soit chrétien; soit, je le veux comme vous, mais commencez par Tétre vous-mêmes, non seulement en paroles, mais de cœur, en pratique. Faites de la grande propagande, propagande de lexemple. Inspirez>vous un
pBfi Bons d« otédûsnie de Iblines et un peu plus de l*Evao- ^je. fcfoaify aux soorees. Et ne prétendez pas que nous ne cotauôssoos p>s ee catéchîsiiie; tous tous tromperiez grossière-
S: TOCS n agisseï pas comine je tous le conseille, si vous ne pas obéissants aux lois, sincères et Trais dans ?os d»x, patients et tolérants dans tos actes, je vous le jœcâ : rocs De saoTerez pas plus Rome que jadis les pharisieDS, zzi iJ2Jaz tOQS TOS Tiees, n*ont sauvé Jérusalem. (Vive approbû-
M Pïcac Ori— a, Mimisire des Affaires étrangères. — MesiôArs. faivs qae^ne raison de croire que la Chambre aurait Uij'icrii^ ie f<aisîr dratendre Tbonorable M. Delhoungoe. KLiMLnniïâcmerit il est indisposé, et je suis obligé de me km rC£5 : '^ q» îe m !e pensais.
it z: ex^TïLje tout d*abord de prendre encore la parole dans ^Ece diâc.::s£ioii. Je prie la Chambre d être bien convaincue que ;•* i-e If aïs q^.e pour accomplir un devoir. Nul plus que moi n'est ziiLf^ç^ sin:ne. i5e TaSaire qui nous occupe en ce moment. Xaani5 Tc -l- dtfîormais garder le silence. Je ne le puis. Mais je ::"f«»i c::e :a Chambre, fatiguée elle-même, ait le droit d'exi- ^r :.:':n De loxbe pas dans dlnutiles redites, qu on ne vienne r«i5 :>^rr>i:::re des arguments déjà plusieurs fois énoncés et
Jr ce suivrai donc point pas & pas les honorables orateurs
if I':rr«Cî5:uc'n que tous avez entendus. Je tcux seulement
5;^i;rr, — pour qu'on ne puisse induire de Tabsence de
.-^r.ii.;:-:: dir^^ie de quelques points de ces discours que j'au-
ri:> i:,îu:e:soê aux a£rmations qu'ils contiennent, — je veux
<^r..e-e::; $;^:;a!er le mo-Je daj^umentation prédominant
^Î-Vn: exrioyé Thonorable M. Jacobs d abord et M. Malou eus^iie.
Jugez Tart de raisonner de mes honorables adversaires ; je cite oeci à titre d'exemple. J'ai dit que le sentiment universel avait apprécié comme nous l'avions fait nous-méme le résultat de Féchange de vues.
L'honorable M. Jacobs m'arrête à ce moment : Quelle erreur est la vôtre ! me dit-il ; voici un journal qui parle tout autrement qoe vous ! Et l'honorable membre croit avoir ainsi renversé l'ar- £ament que j'ai tiré de l'expression des opinions pour ainsi dire unanimes consignées dans la presse des deux mondes.
J*ai dit encore que jamais l'Eglise n'a récupéré ce qu'une fois elle a perdu. Y pensez-vous? s'écrie M. Jacobs; vous avez donc oublié votre histoire? Ignorez-vous qu'au xii® siècle, à Anvers, les hérétiques qui s'étaient laissé entraîner dans un schisme furent ramenés au catholicisme par saint Norbert? Ignoi^ez-vous qu'au xvi® siècle encore, une grande partie de la Belgique, qui était acquise aux protestants, fit retour à la foi catholique?
Et l'on dit cela sérieusement. Messieurs; ce sont ces petits faits locaux et exceptionnels qui doivent détruire l'enseignement que j'ai tiré de la séparation de l'Orient et de l'Occident qui subsiste et des pertes qu'a éprouvées l'Eglise par la réforme du xn* siècle et qui ne sont pas réparées.
M. Thonissen. — Il y a d'autres faits à vous opposer.
M. Frère Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Oui, je le sais, vous en trouverez d'autres encore de la même importance que ceux de l'honorable M. Jacobs, et même sans remonter si haut que l'honorable membre lorsqu'il rappelle saint Norbert et fait des révérences à l'inquisition pour démontrer que l'Eglise a parfois récupéré ce qu'elle a perdu.
Ainsi pourquoi l'honorable M. Jacobs ne s'est-il pas contenté de nous dire à l'appui de la réfutation qu'il avait entreprise : il a quelques années on comptait jusque vingt protestants à $art-
Dtme-Avelines, il n*y en a plus an seul anjourdliui. (Rires), Ceùt (\é tout aussi concluant (1).
Voilii, Messieurs, le mode d'ai^mentation de Thononble membre; il s*est reproduit dans touies les phases du discours, et il n*e8t pas un seul de ses arguments que je ne puisse réfuter de la même fiicon.
Llionorable H. Halou a usé du même système, avec moins de luxe cependant; mais le procédé lui est également familier.
Vous avez gardé le souvenir des petites malices qui ont émaillé son discours, et en Técoutant, je me rappelais un sonenir de jeunesse que je crois pouvoir placer ici, au risque de paraître un peu manquer de gravité.
Il y a longtemps de cela, — nous pourrions peut-être en câébrer ensemble le cinquantenaire, — lorsque nous étions toas les deux sur les bancs de l'Université, Fhonorable M. Naloo, déji i droite et moi... déjà à gauche, nous nous disions parfois, fiûsaot allusion à ces étymologies dont on était alors fort épris : Naloo vient de malice en changeant ou en ice. {Hilarité.)
Je ne serais pas étonné que Honorable M. Gornesse... qoe rbonorable M Wasseige qui se trouvait également sur nos bancs, — mais pas à droite alors {Rires à gauche), — ne se souvint parfaitement de cette étymologie-15 .
M. Wasseige. — M. Gornesse ne se trouvait pas en même temps que nous sur les bancs de TUniversité. Je rectifie vos souvenirs sur ce point.
'\ Quant à moi, à cette époque, je n étais ni à droite, ni à gauche,
j'étais un joyeux étudiant votre condisciple et je n'avais pas de parti politique.
i. (I) Une contestation s'éiant élevée à Sari-Dames-Avelines entre le clergé
; • et les paroissiens, ceux-ci résolurent d'appeler un ministre protestant pour
leurs l>esoins spirituels. En fait, la communauté protestante s'est mainienoe (.4 dans cette commune. Elle compte aujourd'hui 185 membres dont 1 10 adultes
et 75 enfants.
M. FrèreOrban, Ministre des Affaires étrangères. — J*ai parlé 3e H. Cornesse parce que, dans ce moment, je regardais l'hono-" *sd)le membre et que son nom m'est venu sur les lèvres; mais c*est >ieQ de M. Wasseige que je voulais parler. L*honorable M. Corlesse pourrait se plaindre que je l'eusse un peu vieilli.
Donc, la petite malice de M. Malou a été celle-ci : ceux qui ont ait la loi sur renseignement sont fous ; il ne faut pas les mettre m accusation; il faut les interner à Gheel. Sur quoi, réclamaions; il retire son expression et avoue qu'il ne Ta produite pi'en vue de la retirer. Oui, mais à une condition, dit-il, c'est ]u'on ne me fera pas dire après cela que je suis l'approbateur de la loi, que je la trouve admirable et merveilleuse.
Voilà le procédé inventé par M. Malou pour réfuter un de mes arguments au sujet de la dépêche retirée.
Mais je demande à l'honorable membre la permission de rétablir les faits tels qu'ils doivent être exposés dans sa propre malice.
L'honorable M. Malou s'est adressé au Pape pour dénoncer les instructions des Evéques. Il Ta £siit de la manière la plus vive, en termes bien autrement acerbes que je ne l'ai fait moi-même. Ces instructions sont, suivant lui, destinées à rendre l'Eglise odieuse. L'honorable membre pense, comme le Pape, que les Evêques ont tiré de principes justes des conséquences excessives et inopportunes, et il exprime ses regrets, comme le Pape, de ce que les conseils du Vatican n'aient pas été suivis par l'Episcopat.
Après avoir entendu l'honorable M. Malou, après avoir lu la requête qu'il a adressée au Pape et qui est reproduite en entier dans la lettre de Son Eminence le Cardinal Nina...
M. Jacobs. — Non.
M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Je pense que cela ne peut être contesté.
M Jacobs. — Il y a bien autre chose.
If. Frère Orban, Ministre des Affaires étranghes. — Il uy a que cela.
M. Ja4M>b8. — Le Cardinal Nina dit le contraire. M. Frère-Orlmn, Ministre des Affaires étrangères. — Le Cardinal Nina ne dit pas le contraire. 11 dit : Je reçois de différeots côtés... et il énumère ce qui a été écrit au Souverain Pontife par rbonorable M. Malou parlant au nom de ses amis de la droite. Je continue donc.
Après avoir lu la dépêche du Cardinal Nina ou la requête adressée au Pape par Thonorable M. Malou, ce qui revient aa même, je lui dis : a Vous avez déploré les mesures qui oot Aé prises par les Evêques ; vous avez déploré que les conseils do Pape n'eussent pas été suivis. Vous étiez d'accord avec lui et tous avez implicitement et même formellement blâmé les Evêques, cela ne peut pas s'appeler en français autrement ; car daprès vous ils ont commis une faute et vous les blâmez naturellemeat d'avoir commis cette faute. »
L'honorable M. Malou, lorsque je qualifie ainsi les expressions dont il s'est servi, la plainte qu'il a formée, Thonorabie M. Malou, dis-je, cherche quelque échappatoire et veut se rétracter.
Vous vous exposez à une accusation de duplicité, lui dis-je, si vous maintenez des explications, des commentaires qui sont en contradiction formelle avec les déclarations que vous avez faites l'f^ dans la requête que vous avez adressée au Pape.
Ij L'honorable membre répond : Je retire mes explications, mon
commentaire; considérez-les comme non avenus.
Je lui oppose, en conséquence, ses déclarations, et alors Tbonorable membre de s'écrier : Vous prétendez que j'approuve la
loi!
Mais pas du tout, ce que je prétends, c'est que vous avez blâmé les Evêques; ce que j'affirme, c'est que vous avez écrit au Pape pour lui dénoncer une situation qui rendrait l'Eglise odieuse.
Et ainsi, ThoTiorable M. Malou, bien loin d'avoir réfuté Targumentation que je lui avais opposée, Ta confirmée de nouveau, et réduit lui-même à rien les objections qui sont faites contre le retrait de la dépêche du il novembre.
Aussi bien. Messieurs, tous les arguments produits au sujet de cette fiameuse dépêche retirée se trouvent écartés.
Tout ce qu'ont prétendu les honorables MM. Cornesse, Woeste et de Moreau, tout cela est abandonné.
L'honorable M. Jacobs reconnaît que mes objections sont, sous ce rapport, irréfutables, et il est obligé de prétendre aujourd'hui que j'ai mal compris les arguments qui m'ont été opposés par ses amis.
Vous vous imaginez, dit l'honorable M. Jacobs, que l'on vous a reproché d'avoir fait abstraction d'une dépêche retirée, de n*en avoir tenu aucun compte, de lavoir celée, à quoi vous répondez que vous auriez manqué à l'honneur en l'invoquant. Mais ne sont-ce pas là précisément, Messieurs, les objectionsqui m'avaient été feites ; n'est-ce pas là ce qu'on disait. . .
M. Woeste. — Pas moi.
M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Pas vous, mais vous exprimez le même avis que vos honorables collègues de la droite en prétendant qu'aucune puissance humaine ne pouvait faire que je n'eusse pas eu connaissance de la dépêche du il novembre.
M. Woeste. — J*ai dit que vous connaissiez la pensée du Pape parla dépêche du il novembre, et que vous ne pouviez dès lors dire que le Pape blâmait ce qu'il ne blâmait pas.
M. Frère Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Je pouvais dire, et j'ai dit et pas autre chose, que la lettre du 5 octobre subsistait avec toute sa portée, par suite du retrait de la dépêche du il novembre. Mais l'honorable M. Jacobs intervient : Non, il ne s'agit pas de cela ; vous avez mal compris ce que vous ont dit
mes unis. Ce qoUs tous ont dit, le voici : on vous reproche, non pas d*atQir gardé le secret sur une dépèche après avoir consenti à son reirait, c*est précisément le contraire : on vous reproche de vous être prèle au retrait de la dépêche sans provoquer des explications n^tes et cat^riques !
Et rhoDoraUe membre ajoute, tant Targument parait paissant à ses yeux, que si la gauche était consultée au scrutin secret, eOe serait de cet avis. {ProUsialUnu à gauche.) C*est un moyen assurément coounode de se prêter, d'emprunter des auxiliaires anonymes; mais j*estime que les honorables membres de la gauche sont trop gens d honneur pour ne pas repousser comme une injure cette opinion de llionorable M. Jacobs. Ce que les honorables membres de la gauche diraient au scrutin secret, ils le diraient tout haut. {Vm appnéaiion à gaueke.)
M. Teseli. — Pourquoi pas?
M. I«e Hardy de BeanUea. — (Test évident !
M. Frère-OrlMLn, Minisire des Affaires étrangères. — Mais, Messieurs, mes honorables amis ont trop de bon sens pour se payer d*une pareille défaite, qui montre combien Topposition est aux abois. On est réduit aujourdliui, touchant cette fameuse dépêche qui necélait tant de promesses, on en est réduit à me reprocher de n avmr pas provoiiué des explications nettes et catégoriques lorsque j en ai exigé le retrait. Et d'abord, exiger le retrait! Est-ce que je pouvais, moi, exiger le retrait d'une dépèche (pi m'était pr^ésentée? Étais-je maître de la retenir?
M. Jaeobs. — Certainement !
M. Frère- Orban, Mimisire des Affaires étrangères. — Non, Messieurs, ceux qui 1 ont retirée l'ont fait volontairement après avoir apprécié les objections que j'avais formulées.
M. VToeste. — Vous avez demandé son retrait.
M. Frère-Orban, Ministre des A foires étrangères. — Tai dit comment je la qualiiiais et quelles en seraient les conséquences;
mais celui qui retirait la dépèche le faisait librement, volontairement» appréciant les objections que je faisais à son maintien.
M. Gomesse. — Et la menace du retrait de la Légation?
M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Sans doute. J*ai expliqué suffisamment tout cela; nous n'avons plus à y revenir. Je répète que je n'avais» moi, ni à exiger le maintien de la dépèche, ni à consentir à son retrait; j*ai exposé mes objections contre son maintien ; j'ai déclaré qu'elle était en contradiction formelle avec les déclarations antérieures et que, si elle était maintenue, le Saint-Siège s'exposerait au reproche de duplicité. C'était à celui qui me la présentait et à lui seul de la retirer.
M. Jacobs. — On ne peut pas retirer une pièce d*un dossier sans le consentement de l'adversaire.
M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Il ne s'agit pas de cela. On vient, dans mon cabinet, me lire une dépèche; incontinent, je fais des objections; je déclare que le maintien de cette dépêche exposerait son auteur à une accusation de duplicité. Libre à lui, dis-je, libre à lui de la maintenir, j'en tirerai les conséquences qui me paraîtront justes; mais s'il veut la retirer, il n'est pas en mon pouvoir de la retenir.
D'après mes honorables contradicteurs, j'aurais dû dire : Cette dépèche m'appartient, vous ne la retirerez pas ; elle est à moi, je la garde, j'en ferai contre vous tel usage qu'il me conviendra. Mais, Messieurs, comment eût- on jugé une telle attitude de ma part? Quelle position aurais-je eue devant cette Chambre, devant le pays, devant l'Europe ? J'aurais été accusé d'avoir extorqué en quelque sorte une dépèche alors que, invoquant un malentendu, celui qui me la présentait voulait la retirer et m'écrivait de la considérer comme non avenue.
M. Bara, Ministre de la Justice. — Quand même la pièce serait restée au dossier, c'eût été la même chose.
i. Wnisire des Affaires étrangères. — Assorémenu do moaient que la pensée était connue.
H. Bum* MiMMsire de la Justice. — Ce qu on retirait, ce n'étâl pas le moreeau de papier.
H. FMre-OiiMn, MinisÊre des Affaires étrangères. — L'dMervatîoii que Ton fidt à côté de moi est d'une évidence palpaUe. Ce que Ton relirait, ce n était pas la feuille de papier, c*était h pensée qui y était exprimée. (Interruption à droite.) Comment! c'était la feuille de papier, dit llionorable M. Cornesse? {HikriUè fùudie.) M. Gomesse. — Je n*ai rien dit du tout. M. Frère OrlMm, Ministre des Affaires étrangères. — Pardon! Cest donc la pensée que Ton retirait; c*est la pensée qui était ebcée, déclarée non aTcnueetla pièce elle-même, la feuille depa{Her' fût restée au dossier que c*eàt été elactement la même chose et que je n eusse pas pu m*en prévaloir en aucune circonstance.
M. Woeste. — Vous n*avez pas laissé au Saint-Siège le temps de délibérer. Vous le menaciez du retrait de la Légation le mardi suivant. (Interruption)
M. Frère-Orban, Misiistre des Affaires étrangères. — A notre époque nous avons le télégraphe heureusement, mais par malbeor pour lobjection de l'honorable membre. On a correspondu pir télégraphe et c*est par télégraphe que le Vatican a autorisé le Nonce à retirer la dépêche.
M. Bara, Ministre de la JusHee. — On est resté six mois sans la faire reparaître.
M. Frère Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Ultérieurement, lorsque la presse épiscopale a parlé, j'ai demandé des explications; la dépêche n'a plus reparu; j'ai, du reste, traité ce point dans mon premier discours.
Mais, dit-on, je n'ai pas demandé d'explications catégoriques! Gomment!
Oa me présente la dépêche, je la qualifie, je dis qu'elle esi en contradiction avec les déclarations antérieures. Le Vatican :^pood : Je la retire, considérez-la comme non avenue. Quelles ^lications plus catégoriques voulez-vous donc?
Hais, dit l'honorable H. Jacobs, vous n'avez pas tenu compte les protestations! 11 y a eu un discours de l'honorable M. Halou, 1 y a eu les explications de la presse épiscopale, il y a eu une léclaration du Cardinal de Malines, et qu'avez-vous &it en fiace le ces explications qui contredisaient le sens que vous attribuiez lux déclarations consignées dans la correspondance diplomatque? Ce que j'ai £ait? Mais j'ai répondu à l'honorable M. Malou iéance tenante! Je lui ai dit : Je maintiens que les pièces ont la lignification que je leur donne, et j'ai dit pourquoi. J'ai exposé [oe le Saint-Siège blâmait implicitement les instructions données m Belgique par l'Episcopat. Je l'ai dit dans cette Chambre à "honorable M. Malou, je l'ai dit au Nonce; j'ai parlé dans cette Ihambre, il m'a lu.
Est-ce que ces déclarations n'étaient pas catégoriques ?
La presse épiscopale a parlé ! Oui, elle a dit qu'à côté de la ^rrespondance diplomatique, il y avait une correspondance ecclésiastique qui infirmait la première.
Est-ce que je me suis arrêté ?
Immédiatement, j'ai demandé des explications. J'ai interpellé .6 secrétaire d'Etat de Sa Sainteté : Il s'agit de savoir, ai-je écrit, li Ton a dit aux Evéques autre chose que ce qu'on a dit au Gouvernement. Voilà quelle a été ma manière franche, nette et très oyale de demander des explications. Et que m'a-t-on répondu ? X Que le langage avait été partout le même ».
On confirmait donc les déclarations de la correspondance, et j'avais parlé alors !
Reste la déclaration de M. le Cardinal de Malines. L'ai-je laissée passer sans observation !
En aucune maniftre. Interpellé par la section centrale qui mminait le budget du Département des Affaires élrangëres, j u h, après avoir rappelé les assertions de la presse épiscopale et b réponse qui j avait été &ite par le Secrétaire d'Etat, j'ù dit d Aucune publication n'a été feite qui vtm infirmer ce qui i et communiqué à la Chambre. La déclaration de H. le Cardia laisse subsister, sans aucnne réserve, les faits attestés par ! correspondance diplomatique. »
Est-ce clair ? Les déclarations que j'ai faites sont-elles aisi caloriques 1
Et, veuillez le remarquer, Uessieurs, j'aurais pu ae tu aucun compte de ce que disaient la presse épiscopale et le Cani oal de Halines. Je pouvais m'en tenir aux déclaratioDs du Siii Si^ et o'atlacber d'importance qu'aux communications officiel transmises par le Nonce accrédité auprès de moi ou par nol Ambassadeur auprès du Vatican.
Cependant je ne l'ai pas foit. Chaque fois que j'en ai eu l'occ sion, je n'ai pas hésité à provoquer des explications. Toujoo j'ai interrogé : Sommes-nous d'accord ? Expliquons-nous ! L'i cord, en eifet, était seul la raison d'être de nos relations iv le Vatican.
Hais, Messieurs, voyant qu'ils sont obligés d'abandonner thème tiré d'une dépêche déclarée nulle et non avenue, o contradicteurs ne se déclarent pas encore vaincus : ils aea pas h bout de ressources; ils ont les lettres du Pape au Roi.
Je me suis expliqué déjà sur ce point dans ma correspondao
Je comprends que des personnes étrangères au r^ime codj tutionoel puissent croire qu'il soit licite de tirer argument lettres personnelles échangées entre souverains et de les oppo à des ministres responsables. Certes, sous un Gouvernem absolu, ces lettres pourraient parfbis être invoquées cou documents officiels. Hais il est impossible de comprendre
^tttaane Chambre belge, sous un Gouvernement constitutionnel, paisae invoquer semblables documents, non communiqués Ministres responsables, comme devant servir à éclairer, à interpréter une négociation ! {Très bien ! à gauche.)
Et voyez. Messieurs, sur quelle pente d'inconvenance vous gUuez!
Vous invoquez les lettres du Pape au Roi, vous, représentants constitutionnels de la nation ; ces lettres ne sont pas restées nus réponses. Les réponses, je ne les connais point ; mais je rais convaincu qu'elles sont fermes et dignes. {Approbation à §mielie.)
Vous le savez aussi bien que moi : ces lettres sont inséparables xle la réponse qui y a été faite. Avais-je le moyen d'obtenir les réponses ? Et, les ayant obtenues, quelle attitude eût été la mienne si j*étais venu livrer ici, pour en faire l'objet d'un débat public, des lettres privées du Roi ? Des lettres de ce genre œ peuvent engager la responsabilité, puisqu'elles n'ont pas mon contre-seing. {Appivbation à gauche.)
Messieurs, je ne croyais pas devoir apprendre à l'honorable ■•Jacobsqui a siégé au banc ministériel, que les lettres royales, lorsqu'elles ne sont pas privées, lorsque ce sont des lettres officielles échangées entre souverains, portent le contre-seing do Ministre des Affaires étrangères. Celles-là seules peuvent .être invoquées dans un débat ; celles-là seules peuvent être produites dans une Chambre constitutionnelle.
Mais, dit l'honorable H. Jacobs, il peut y avoir des lettres royales qu'on communique aux Ministres et même qu'on livre à la publicité ; et il cite l'exemple de lettres échangées, dans un cas identique à celui qui nous occupe, entre le Pape et l'Empereur d'Allemagne, et ensuite entre le Pape et le Lieutenant de de l'Empereur, au sujet de la question des catholiques.
Eh bien, l'honorable M. Jacobs a été fort malheureux dans le
choix de son exemple; il ne s'est pas douté qall allait coufirnier ce que je viens de dire.
Les lettres qui ont été publiées et qu*il invoque sont des loties royales portant le contre-seing du prince de Bismarck.
Les voici. {Uoraiewr les montre à la Chambre.) Elles poufue&t donc être publiées ; ce sont des documents officiels.
Hais je prends pour un instant les lettres du Pape. Qa'est^e qu elles nous apprennent, ces lettres, et en quoi étaient-elles de nature à m'édairer?
Tj vois d'abord que le Pape blâme les principes sur lesqoeh repose le projet de loi. Mais la correspondance diplom^ifM atteste qu il a souvent déclaré ne pouvoir approuver de parais principes. Cela n'est pas contesté.
Tj remarque autre chose encore, dans ces lettres, et ici graid est mon étonnement de les voir invoquer par un représeitiDl si dévoué à nos institutions, au sein d'une Chambre belge, fj vois que le Pape demande « le retrait spontané de la loi » votée par les Chambres, conformément au vœu de la nation, et qu'on j substitue une loi qui consacre les principes de l'Eglise catholiiiue en matière d'enseignement !
Est-ce que vcus voulez être l'éditeur responsable de ce désir du Pape ? Quant à nous, nous y aurions répondu comme le fit le Prince impérial d'Allemagne, sous le contre-seing du Prince de Bismarck, lors de la régence qu'il exerça pendant la maladie de l'Empereur son père. Ayant à s'expliquer sur cette préteotion que le Pape élcN-ait à l'égard de l'Allemagne, comme il l'a élevée ensuite à r^rd de la Belgique, il dit : a Quant au désir que vous exprimez dans votre lettre du 17 avril, de voir modifier la constitutioo et les lois prussiennes d'après les doctrines de l'Eglise catholique romaine, aucun monarque prussien ne pourra y satis&ûre, puisque l'indépendance dont la garde m'est confiée comme un héritjj'e de mes ancêtres et un devoir envers mon pays recevrait
1KD6 atteinte si le libre mouvement de la législation était subor- ^iiné à une puissance qui se trouve en dehors de cette législation. »
Eh bien, à nous seuls aussi, sans contrôle étranger, sans asggestion étrangère, à nous seuls à foire des lois pour la Belgique. (Très bien ! à gauche.)
Toutes les ressources échappent ainsi à mes honorables adversaires. G*est une vraie fatalité.
Os se promettaient monts et merveilles de l'argument tiré des iastructions modifiées ; ils devaient m'en accabler; on en parlait dans les journaux. L'organe de la droite faisait pressentir d*importantes révélations. J'avais rompu, connaissant les modificatioiis qui avaient été fiaites aux instructions du 1"^ septembre; j'avais prouvé par là que je voulais amener quand même la rupture dea relations avec le Vatican, et j'avais ainsi négligé l'occasion dTan grand triomphe diplomatique ! Les dates, disait-on, étaient accablantes pour moi ! Aussi lorsque j'ai cité les dates, j'ai été interrompu immédiatement par l'honorable M. Malou et par rhonorable M. Jacobs : Il y a erreur, s'écrient-ils. Ils semblaient croire que je prétendais n'avoir eu connaissance des modifications apportées aux instructions premières que postérieurement à la rupture, et l'on espérait bien prouver que je les avais connues auparavant. Eh bien , j'ai moi-même indiqué que les instructions modifiées avaient été publiées dès le 24 juin , et que la rupture avait eu lieu le 28, quatre jours après. La lettre du Nonce, contenant des révélations si accablantes pour lui, avait été connue dès le 25 juin.
Messieurs, j'ai, comme vous le savez, voulu donner une consolation à l'honorable M. Malou au sujet de ces instructions.
J'espérais pouvoir lui laisser croire que sa lettre au Pape n'avait pas été sans influence ; je voulais lui laisser croire que Gros-Jean en avait remontré avec succès à son Evéque.
Mais nous avons vu comment les organes de la presse épiscocale traitent l'honorable M. Malou à ce sujet.
Ils lui adressent des leçons qui sont assez désagréables pour oq homme qui se prétend le chef d*un parti. Cependant, malgré tout, rhonorable membre est content; il est satisfait, et c'est en triomphant qu*il fait étalage de ces instructions modifiées, concession qui, selon lui, aurait dû déterminer un Gouvernement sage à se montrer également satisfait.
Eh bien. Messieurs, quoique l'honorable M. Malou nous ait affirmé qu'il n'était pas, comme moi, un homme plein d'illusions, je regrette beaucoup de devoir faire tomber la douce illusion dans laquelle il s'est complu jusqu'à présent. M. le Cardinal- Archevêque de Malines ne veut à aucun prix admettre qu'il y ait dans les instructions modifiées un changement radical aux instructions du 1^' septembre 1879. Voici ce qu'il me charge de notifia à rhonorable M. Malou. (Rù^es à gauche.)
c( Au clergé du diocèse de Malines.
(c Messieurs et chers coopérateurs, en résolvant les cas nombreux qui nous ont été soumis relativement à la question scolaire, nous avons usé d'une grande iudulgence, sans que cependani nous ayons jamais fait fléchir les principes sur lesquels s'appuienl les i< instructions pratiques » que nous vous avons communiquées de concert avec nos vénérables collègues. Afin de mieux fixer voire jugement et de nous épargner d nous-mêmes des consultations superflues, nous vous adressons ici un nouveau texte de ces instructions. Vous verrez que plusieurs modifications pratiquées par nous dès le PRINCIPE vous y sont proposées comme règle de conduite à suivre désormais. 11 va sans dire que le texte ci-joint devra donc remplacer les instructions pratiques du !•' septembre 1879 et du 23 février 1880.
« Veuillez agréer, etc.
c( Victor -AuG., Cardinal Dechamps,
Archevêque de Malines. n
Ainsi, suivant M. le Cardinal, il n'y a rien, dans ces modificalioiis, qui n*ait été déjà admis dans la pratique dès le principe; il le déclare en termes formels. Je suis porteur de la lettre de M. le Cardinal -Dechamps.
M. Malou. — Elle est imprimée.
M. Prère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Sans doute, vous la connaissiez. Mais comment, en présence de cette lettre, peut*on fidre étalage des modifications apportées, au mois de juin, aux instructions, en laissant croire que ces modifications constituent une concession aux réclamations de la droite ?
D*après H. le Cardinal, les modifications du mois de juin 1879 étaient pratiquées dès le principe sous Fempire des instructions du 1*' septembre. Or, nous avons pu constater, les membres de la commission d'enquête surtout ont pu constater de quelle manière et avec quelle indulgence étaient exécutées les instructions modifiées que le clergé avait reçues de TEpiscopat.
Messieurs, je crois que vous n*étes pas satisiiaits ; — vous êtes soumis, voilà tout. {Rires à gauche.) Vous avez obtenu l'absolution; dites cela, je Tadmets.
Vous avez montré — et je crois que le Cardinal le déclare quelque part dans ses lettres qui contiennent tant de choses intéressantes — vous avez montré que vous étiez décidés à marcher d'accord avec les Evoques, que vous ne vouliez rien faire sans eux; et, dès le mois d'octobre 1879, il était parfaitement convenu, je crois, que vous n'aviez plus aucune velléité de rébellion ou de résistance, que vous vous courbiez humblement devant les exigences de TEpiscopat. Voilà la vérité. {Vive approbation à gauche.)
Tout ceci, Messieurs, nous donne un avant-goût du régime que rêve pour la Belgique le parti ultramontain. La Belgique doit être un fief du Pape, notre Roi, son vassal ; les Evoques, les représentants du Pape, doivent être les suprêmes directeurs
poliDfK àm ^y%\ le8 Binistres qu'As consentent ï délégo» benrs nqiîfatioos el, pour &cUîter la tâche des mmis- BiCilMi Wfom— nieat tous ceux qui ne sont nas de
Ob ne Mgfife rien pour prépuoi les populations an noamo
cttholiques se réunissent, non pas pour des motife dans des assemblées politiques, quand ils se it, MB pas pour prier Dieu, mais pour maudire leurs quand ils se réunissent pour célébrer des triomphes . ils poneot avant tout la santé du maître, do Pape- Tîeai ensuite cdle du Roi vassal ! Les ultramontaios ainsi que le Pape est véritablement pour eux le v'à«f âe ITtat dans notre pays.
Les ET«qaes sont, dans le pays, les chefr de Tarmée da Pipe. 1:5 OSA po«r soldats œs moines innombrables qui ont perdu letrr nàc«nali*>. aux ywx du Vatican, en entrant dans les ordres !7eËpKK. SAMlm.) Car il faut bien qu'on le sache, le Vslicin M KffiEsàiène plus comme des Beisres ceux de nos compatriotes ^ Mat cnms dans la rie monastique. (IntemipUmi à dmU)
E; » a*<s; pas une vaine parole que je hasarde ici ; j'ai de « ^ j^avmaee la fffwvv irrécusable.
C œsae des catbobqnes orientaux, ils ont un couvent à Rome. [^ àisiecsisiûns se sont engagées en Orient entre ces catholiques fc > Pap^^ Les moines, tous OUomans, occupant le couyent if Rcvme. qu «t Imt propriété, ont pris £iit et cause pour îe3» ccira^>Qnaire5 et leurs oeuvres. Cependant le Pape a TA^^ je$ vaincre, il a ordonné qu'ils passeraient dans d'autres
U$ SKvnes ottomans ont résisté, ils ont déclaré qu'ils aimaient S3MX mc«rir que céder et ont réclamé la protection de leur ASLÎiftSsadj'ur à FVv>ence, Rùstem-Bey. Celui-ci s'est adressé sno-
cessivement aa cardinal Barnabe, protecteur de ce couvent, tu Cardinal Antonelli et au Saint-Père ; partout il a échoué.
Il a échoué, et voici ce que le cardinal Antonelli lui a répondu:
« Que des individus f à quelquenation quils appartiennent, cessent^ aussitôt quils embrassent la vie religieuse, éCappartetiir à une nationalité et deviennent des sujets du Saint-Siège dépendant unique ment de lui et que, à leur égard, il ne saurait admettre tinterverUian iun gouvernement étranger. »
Voix A GAUCHB i Ah ! ah !
M. Couvreur. — Ce sont de bons sujets !
M. Bouvier. — Les moines sont des Romains !
M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Or, en présence des menées des ultramontains chez nous, la soumisaioD de la droite, après la tentative d*insurrection contre les instructions épiscopales qui ont été jugées par elle plus sévèrement que par moi, dans des termes assurément plus vifs que ceux que j'ai employés, soit dans ma correspondance, soit dans nos discussions, l'humble soumission de la droite dans de pareilles conditions, en semblables circonstances, Tabdication de ses OfHnions devant les injonctions épiscopales, son impuissance manifeste de reproduire à la tribune aucune des protestations qu'elle a Ëiit entendre, cette soumission est un symptôme grave ! Cest un signe du temps.
Il ne manquerait plus vraiment, pour mieux assurer chez nous l'introduction du régime ultramontain, que de justifier l'intervention des Nonces apostoliques dans nos affaires intérieures!
Vous connaissez les faits et gestes du Nonce accrédité en dernier lieu auprès du Gouvernement. Us sont condamnables au premier chef. Pour essayer de les excuser, l'honorable M. Jacobs a essayé d'établir un parallèle entre le Nonce et le Vicomte Vilain XIllL
Ife88ieiir8,jen*ëtais point Tami politique du Vicomte Vilain XIUl, mais j*ai sa apiuréder, en maintes rencontres, sa loyaulé, sa délicatesse. Aussi, je considère comme un devoir de le venger de Toffense qui lui a été faite, de protester contre Tatteinte qu'on a voulu porter à Thonneur d*un ancien ministre plénipoteoUaire de Belgique, d'un ancien Ministre des Affaires étrangères de notre pays.
Plcsiecrs membres a gauche : Très bien ! très bien !
M. Frère-Orhan, Ministre des Affaires étrangères. — Après une première mission extraordinaire auprès de la Cour de Rome, il fut désigné par le Roi comme Ministre définitif. La Goar de Rome refusa d*agréer M. Vilain XIIII sous prétexte qu'il s'âait montré mécontent du pouvoir temporel. Selon M. Jacobs, Ilionorable Vicomte Vilain XIlll, en agissant ainsi, avait commis une faute, et cette faute, il Fassimile à celle du Nonce.
L*honorable Vicomte Vilain XIIII n*avait commis aucune tiate. Il ne pouvait être récusé à raison de ses opinions.
D*après M. Jacobs, cette faute du Vicomte Vilain XIIII était légère ; le Nonce avait aussi commis une faute légère, et ce que Ion pardonne au Vicomte Vilain XIIII, on devrait évidemment le pardonner au Nonce.
Je proteste contre Tassimilation : car, je le répète, le Vicomte Vilain XIIII navait commis aucune faute.
Ses opinions ne pouvaient à aucun degré être incriminées ; il n'avait nullement été se compromettre avec des adversaires du Gouvernement; il n'avait pas, lui, contribué à élaborer des actes publics destinés à attaquer les mesures que proposait ce Gouvernement.
M. Viirm XIIII avait exprimé des opinions sur les hommes et les affaires de Rome ; et certes, il avait le droit et le devoir de le faire; j'ajoute que, suivant la tradition et suivant ce que rapportait lui-môme le Vicomte Vilain XIIII, la Cour de Rome
n'avait eu connaissance des opinions exprimées dans les dépêches adressées au Gouvernement belge que par des indiscrétions coupables dont la curie romaine profitait. {Sensation.) Il n y avait donc là de ikute à aucun degré. Si c'eût été une faute d*avoir exprimé dans sa correspondance une opinion peu favorable au Gouvernement temporel du Pape, elle eût pu être reprochée à tous les Ambassadeurs accrédités auprès de lui, et notamment aux ministres des grandes puissances, qui ne cessaient de faire des représentations au Saint- Siège sur les vices du Gouvernement des Etats pontificaux.
Bien loin d'avoir commis une faute, le Vicomte Vilain Xllil ii*avait lait que remplir un devoir vis-à-vis de son Gouvernement en lui communiquant loyalement ce qu'il savait, ce qu'il apprenait du Gouvernement auprès duquel il était accrédité. {Très bien! d gauche.)
Messieurs, le motif invoqué pour écarter le Vicomte Vilain XIllI ëtait tellement peu admissible, qu'on aurait été autorisé à rompre les relations diplomatiques, si l'on avait persisté dans un pareil refus. {Interruption.)
11 y avait des précédents qui auraient justifié la rupture. En 1584, Sixte-Quint, après avoir révoqué son Nonce auprès d'Henri 111, lui désigna un successeur. Le Roi, qui n'était pas satisfait de la nomination de ce prélat parce que, dans une précédente nonciature, il ne l'avait pas fort obligé — c'est ainsi que les faits sont rapportés — demanda au Pape de lui désigner un autre Nonce. Le Pape refusa. 11 répondit qu'on ne pouvait pas l'empêcher de se servir de tel ministre qui lui plaisait.
De là un conflit. Un courrier fut dépéché à Lyon pour empêcher le Nonce d'arriver jusqu'au Roi. Dès que le Pape' l'apprit, il ordonna au marquis de Pisani, ambassadeur du Roi de France, de quitter ses Etats dans les trois jours, à quoi, par parenthèse, le marquis de Pisani répondit que les Etats de Sa Sainteté
D*<lûent pas » grands qu^il n*en pût sortir dans les vingt-qimtre heures, et c*est ce qu'il fit. {On rit) Mais il ne faut pas remonter si haut. Voulez-vous des. foits plus récents?
En 1823, Ferdinand Vil, roi d'Espagne — celui-là non plosne vous sera pas suspect — désigne M. le Chanoine de Villanum, comme son ambassadeur auprès de Sa Sainteté. M. le Chanoioe de Villanueva, homme très considéré, avait écrit un livre sar des matières théologiques qui avait été censuré à Rome; mais c'était là un point secondaire; il faisait partie des Cortès, et en qualité de député, il avait exprimé des opinions qui déplaisaient ii b ' Cour de Rome. Refus d*agréation. Ferdinand Vil persiste i demander que son Ambassadeur soit reçu, et il dit avec raison; Reconnaître un semblable refus d*agréation, ce serait reconnaître qu'un député aux Cortès (ce qui était un peu le cas pour M. Vilain XIIII) est responsable de ses opinions vis-à-vis d'an Gouvernement étranger. Le Pape persista. Le refus d'agréation continua. Ce que voyant, Ferdinand VII envoya ses passeports an Nonce accrédité auprès de lui et rompit ses relations avec le Saint-Siège.
Mais, Messieurs, Facte du Nonce est tout autre chose que celai de l'honorable M. Vilain XIIII.
Le Nonce, comme vous le savez, cela est établi aujourdliai d*une manière irrécusable, le Nonce est intervenu pour solliciter les Evoques de signer un mandement politique que nous consdérions, nous, comme un véritable appel à la révolte de la pari (1 du clergé contre le Gouvernement. Un tel fait est inexcusable, il
,\\\ constitue une violation flagrante du droit des gens; il est con-
damné partout, il ne saurait être toléré nulle part un seul instant! {Très-bien! à gauche.)
Voulez-vous des exemples?
Je les prends d*abord chez les Papes, cela pourra plus bdlenoent vous éclairer; je crains même que par lexemple que je
Yâis citer je ne soulève peut-être les susceptibilités de Thonorable M. Cornesse, au sujet des lettres privées ; je le prie cependant de ne pas laisser paraître son indignation. {Rires à gauche.)
En 1556, Paul IV fit arrêter Garcilas de la Véga, ambassadeur ûTBBJiagae auprès de lui , après avoir intercepté les lettres particulières confidentielles adressées au duc d*Albe , vice-roi de Naples , et d*où le Pape inférait que Garcilas de la Véga avait excité le Roi à lui Mre la guerre.
Philippe II protesta contre la violence exercée à Tégard de son aaibassadeur.
Le Vice-Roi protesta également.
« Le Pontife répondit que» comme supérieur des autres princes, il était en droit de leur demander un compte que lui ne devait à personne; qu*il pouvait justement voir et retenir toutes sortes de lettres, lorsqu*il y avait des indices de quelque trame contre l'Eglise, que si Véga avait fait le devoir d'un ambassadear, il ne lui serait point arrivé de mal ; mais qu'ayant ému des Méditions et machiné contre le Prince à qui il était envoyé, son crime était tadion dCun particulier et quil voulait le punir comme tel (1). »
Mous ne prendrons pas exemple de ce fait pour intercepter les lettres; nous ne nous abriterons pas derrière Tautorité du Pape; nous laisserons ce soin à Thonorable M. Gornesse; nous ne nous prévaudrons pas non* plus de cette doctrine : que le Pape étant supérieur aux autres princes, peut foire ce qui est interdit à ces derniers; mais nous relevons cette maxime qui est de droit public européen que les ambassadeurs ne peuvent pas comploter contre le Gouvernement auprès duquel ils sont accrédités. C'est ce qu'enseignent tous les auteurs qui se sont occupés de la question.
En 1709, pendant la guerre de la Succession d'Espagne, un
(i) RoMNET, Dictionnaire universel, tome XXII, page 57.
entre le Roi Philippe V et le Pape Clément XI.
Je mt Teox pis eotrer dans les détails. H suffit quon sadie
qfà ; est eonflit et qae le Pape mit le Roi en demeure de retirer
cotaÎBS décrets et de rappder le Nonce à qui il avait envoyé ses
passeports. Le Roi s*j refiiisa et écrivit en ces termes à Sa Sain-
< Totre Stimeië se fdaint hautement de Texpulsion du Nonce, « pmeodim fussement qull a été traité en ennemi du pays. Je oe p«îs mt dispenser de dire à Votre Sainteté que l'expulsion des Asbissidews des Prinees qui ont commis envers des États une ofieeae îMoléfable est eonCmne au droit des gens et à la pratique de tovies les d^khis; les l^ts ou Nonces apostoliques ne 9Mt pu csnnpts de eette règle générale et ne jouissent, sous ce nppofft, draMon privil^. Les royaumes étrangers fournissent ies eseaples fréquents et pertinents de ce £siit ; mais, sans re- {osrir à ieisr histoire, ni rappeler la conduite tenue par FerdibunI le GathDliqoe envers le légat Centurion, on se souvient bien dus cette coar et Ton ne peut avoir oublié à Rome que Pbihpç« U, pocr ce seul motif qu*il était mécontent du Nonce, le fit ioctir dEspagne avee plus de célérité et moins d*^ards que je 9 « li prescrits envers FEnvoyé de Votre Sainteté. »
El des faits d'une bien moindre gravité, des infractions mnises au droit des gens de la part des Nonces, les a-t-on laissés
En 17^, loseph D renvoya le Nonce accrédité auprès de liû «t Id nwùt ses passeports par le seul motif quMl avait coopéré ï la pubacation d*une bulle papale ou d*un bref du Pape sans aroîr obtenu le plmeti.
Le Nonce reçut son congé en ces termes :
« Sa Majesté, snr le rapport qu'elle a eu de votre conduite dans Tafaîre de la bulle qui porte condamnation de Fouvrage d^Eybel, veut que, dans le terme de huit jours, vous vous retiriez
avec votre auditeur hors de Bruxelles, et dans quinze jours hors des provinces belgiques de sa domination. »
Cette dépêche était datée de Bruxelles, 14 février; elle portait la signature de Grumpipen, secrétaire d*Etat, M. le comte de Belgiojoso étant alors absent.
En 1833, le Nonce du Pape accrédité près de Louis XVIII, ayant notifié directement aux Evéques de France la nomination du nouveau Pape et leur ayant demandé des prières à ce sujet, le Gouvernement français, le Gouvernement très catholique de Louis XVlil, protesta contre cette irrégularité et adressa aux Evêques une circulaire qui se trouve dans le recueil spécial à ce genre de publications, aux mois d'octobre 1823 et de février
Plus récemment encore, des infractions beaucoup moins importantes ont donné lieu à des réparations, même publiques, de la part des Gouvernements. Au moment du concile du Vatican, il y avait en France, comme dans la plupart des pays, des opinions divergentes sur le point de savoir s*il fallait ou non proclamer Tinfiaillibilité pa]pale, ce dogme auquel Pie IX attachait une si grande importance. Des adresses furent envoyées au Pape; le Nonce à Paris, Mgr Ghigi, transmit aux signataires les remerciements du Pape. La nonciature remplit cet office en faisant insérer un avis dans le journal YUnivers.
Le gouvernement de Fempereur Napoléon III réclama incontinent contre cet acte du Nonce. Mgr Ghigi reconnut que c'était une erreur et promit que cela ne se représenterait plus. Le gouvernement de l'Empereur répondit que l'acte ayant été public, Mgr Ghigi devait trouver juste que la réparation fût également publique, et une note officielle, préalablement communiquée au Nonce, fut insérée au Journal officiel au mois de juin 1870.
Voici en quels termes elle était conçue :
« 11 résulte d'une récente publication que la nonciature apos-
tolîque aurait communiqué à la rédaction d*un journal français une lettre du secrétaire des brefe de Sa Sainteté, invitant Soo Excellence le Nonce à répondre aux adresses envoyées au Saint- Père, à Toccasion du condle, de différents points de la France. Notre droit public interdisant formellement, dans l'intériear de TEmpire, ce genre de communication et assimilant en tous points le Nonce du Saint-Siège à un ambassadeur étranger, le Unistre des Affaires étrangères s'est vu dans Tobligation d'appeler Fattention de Mgr Ghîgi sur une pareille irrégularité. Les explicatkms de Mgr Ghigi ont été que ladite publication a eu lieu par suite d'une erreur. Il a exprimé son regret, en déclarant qu'à Taveoir un pareil incident ne se renouvellerait plus. »
Gomme vous le voyez, Messieurs, nous sommes aujoordlioi bien loin d'infractions aussi légères aux devoirs diplomatiques. Les actes du Nonce VannutelU ont une tout autre gravité*
Une première fois, vous le savez, le Nonce s'était rendu dans une assemblée politico-religieuse. La presse signala le bit et le Nonce vint spontanément me donner des explications, disant qu'il avait agi sans aucune espèce de pensée politique et protestant hautement contre les suppositions que l'on faisait à cet égard. Ici même, je pris la défense du Nonce, en donnant des explications sur sa conduite. Le Nonce avait reconnu l'infractioD, il l'avouait en donnant de son propre mouvement des explioatioBS que certainement je lui eusse demandées s'il ne les avait pas fournies. Il savait donc manifestement qu'en collaborant aux mandements dirigés ouvertement contre le Gouvernement, il commettait une infraction d'un caractère autrement condaninaUe.
La lettre par laquelle il s'explique à ce sujet est claire et formelle. 11 a lu ce mandement, et il doit avouer qu'il l'aj^uve complètement dans toutes ses parties.
Oh! dit rhonorable M. Jacobs, ce n'est pas ainsi que vous devez prendre les choses ; c'est là une phrase générale. On dési-
rait que les Evéques fussent complètement d*accoFd pour demander le maintien de la loi de 1842. L*Evéque de Tournai refusait de souscrire à ce mandement à cause du passage relatif à la loi de 4842. Oui, l'Evoque ^de Tournai refusait pour ce motif. Et pourquoi?
n ne voulait pas, disait-il, flaire un acte d'hypocrisie, et il disait à ses collègues : Vous n'êtes pas plus que moi favorables à la loi de 1842 ; cette loifn'est qu'un pis-aller. Prenons donc une position nette et firanche et disons que cette loi ne peut nous suffire. V(Mlà pourquoi il ne voulait pas signer, et il était instamment prié par le Nonce de s'associer aux protestations de ses collègues en frveur de la loi de 1842.
Que tel fût le sentiment de l'Episcopat, on ne peut guère en douter. Indépendamment des faits nombreux qui ont été cités lorsque nous avons discuté cette question, j'en ai encore une preuve dans un écrit de Mgr Gravez, Evéque de Namur.
En effistt dans une lettre adressée par lui le 27 janvier 1880 à ses chers coopérateurs, je lis le passage suivant :
« Pour nous donc aussi l'année 1879 n'a pas été sans consolation et elle s'est terminée en nous donnant de grandes espérances. Si nous parvenons à créer, à maintenir nos écoles libres, ce sera pour la catholique Belgique un grand bienfait, et la loi de 1879 qu'on a justement qualifiée de loi (te malheur se transformera pour nous en loi de bonheur. Oui, car il faut bien le reconnaître, la loi de 1842 ne produisait pas les fruits qu'on en attendait. L'éducation religieuse était toute superficielle ; on est forcé d'en convenir en présence de tant d'instituteurs et d'institutrices qui sont passés sans résistance à l'enseignement officiel et qui enseignent le catéchisme malgré la défense de l'Eglise. Si leurs convictions religieuses éiaient bien affermies, serions -nous témoins de pareils spectacles? L'espoir d'une meilleure position,
un billet de cent firancs qu'on fait miroiter à leurs yeux sont un
appât suffisant pour les rendre infidèles! Espérons que ceux qui vont être élevés sous Finfluence exclusive de la religion montreront plus de fermeté de caractère. Espérons qu'ils se rendront i plus fidèles à la grande maxime que nul chrétien ne devrait perdre de vue : que sert à thomme de gagner tunivers, s*U vient à perdre son dmeî »
Ainsi, lorsque le Gouvernement belge, à tort ou à raison, voulait la revision de la loi de 1842, le Nonce, qui n'avait absolument rien à y voir, disait de l'opposition au Gouvernement, il provoquait des protestations en £siveur du maintien de la loi de 1842!
Etait-ce là son rôle? Etait-ce le rôle d'un ambassadeur? D*après rhonorable M. Jacobs, le Nonce, en agissant comme fl Ta fait, remplissait les vœux du Pape. Celui-ci avait dit qoeronion de TEpiscopat était chose désirable et c'est pour cela que sod envoyé appuyait le £simeux mandement!
Mais en quoi ce fait peut-il justifier le Nonce, en quoi peot-il l'excuser de l'acte que je déplore?
Unir les Evoques pour soulever le pays contre les actes du Gouvernement, c'est là ce qui vous paraît justifiable?
Vraiment, Messieurs, vous avez mal défendu le Nonce dans cette circonstance !
Je connaissais, comme je l'ai répété, je connaissais cet acte du Nonce, avant la rupture, avant que celle-ci lui eût été notifia- Je me suis abstenu, pour ne pas aggraver encore la situalioQi d'invoquer contre le Nonce cet acte si condamnable — puisqu'il ne pouvait que motiver l'envoi de ses passeports et que ses passeports allaient lui être envoyés — et vous savez que j'ai eu pour récompense une injure inqualifiable de la part du Nonce avant son départ.
J'ai donc eu raison de dire que, pour l'honneur du vicomte Vilain XIIII, on ne peut lui faire l'offense d'assimiler le fait qui lui
a valu le refus d*agréation opposé par la cour de Rome, à Facte absolument sans excuse dont \e Nonce s'est rendu coupable envers le pays. .
Plusieurs membres : Très bien ! Très bien !
M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Cependant, bien que la défense que Ton poursuit ne soit pas souteoable, et qu*il eût mieux valu pour le Nonce que l'on fit le silence à son sujet, voici, Messieurs, ce que l'honorable M. Jacobs a cru devoir dire encore : « Dans quelques mois, la Famille royale se trouvera à la Cour d'Autriche; elle y trouvera Mgr Vannutelli entouré de la considération et de l'estime qu'il mérite. »
Je laisse à la Chambre et au pays le soin d'apprécier la convenance de ce rapprochement.
Je laisse à la Chambre et au pays le soin d'apprécier. Messieurs, s'il est convenable, en présence de l'acte si grave justement reproché au Nonce, de &ire intervenir la Famille royale pour montrer devant elle, comme entouré « d'estime et de considération », celui-là même qui a commis une offense envers Te pays ! {Approbation à gauche.)
Je sais toutes les habiletés qui se cachent sous ces finesses de langage; mais je sais aussi que nous avons le bonheur d avoir un Roi Belge de cœur et d'&me, qui aime son pays, qui est dévoué à ses institutions, qui pratique avec une fidélité et une loyauté que les partis admirent ses droits et ses devoirs constitutionnels. (Très bien I à gauche,)
A ce double titre, un tel Roi ne sera jamais indifférent à une offense qui est faite à son pays. {Approbation à gauche.)
Jamais un tel Roi ne reconnaîtra à un agent diplomatique accrédité auprès de lui le droit d'offenser ses Ministres, quels qu'ils soient, en quelques mains que le Gouvernement soit placé. (Vive approbation à gauche.)
S'il jugeait, Messieurs, que la politique de ses Ministres est
dangereuse pour le pays, qu'elle compromet sa situation extérieure ou sa tranquillilé intérieure, il saurait user de son droit constitutionnel qui est de révoquer ses Ministres. L'honorable M. Jacobs le sait mieux que persomie. {Vive approbatm et Mbrite à gauche.)
Peut-être si cette situation se présente pour moi, la Gouronoe sera-t-elle disposée à entendre le discours que dès à présent loi adresse l'honorable M. Jacobs. « Sire, H. le Ministre des Affaires étrangères a un successeur désigné, lui dit M. Jacobs : c'est aox clairvoyants, c'est aux perspicaces, ce n'est pas aux aveugles et aux dupes qu^appartient la direction des affaires publiques; gouverner, c'est prévoir; voilà l'homme qui a tout prévu; il est le premier ministre indiqué. »
En effet. Messieurs ; j'ai cru à la loyauté du Pape. (Rira i gauche.) Tai défendu cette loyauté contre des accusations de duplicité! Tétais un niais, un sot, un homme ridicule! Cestà ceux qui l'accusent à prendre le pouvoir!
Voilà ce que l'honorable M. Jacobs entend dire apparemment pour glorifier le Saint-Père!
Le Ministre des Affaires étrangères de Belgique, continue Ilionorable M. Jacobs, le Ministre des Affaires étrangères de moa pays... - Non, je ne crois pas qu'il ait dit de mon pays, — le Ministre des Affaires étrangères de Belgique « a été joué, berné, mystifié ! » Ce sont ses propres expressions.
M. Jacobs. — C'est vous qui dites cela ; c'est vous qui tous dites victime d'une duplicité. Moi, je prétends que vous ne Têtes pas.
M. FrôreOrbaji, Ministre des Affaires étrangères. — Je n'ai rien dit de semblable. Votre thème était fait pour un autre plan, que vous supposiez, que votre presse avait annoncé et qui na pas été suivi, ce qui vous a bien quelque peu dérouté. Mon langage n'a pas été celui que vous attendiez. Mais vous navet
M8 voulu renoncer aux gros mots que vous aviez trouvés ; j*ai loue été, selon vous, joué, berné, mystifié. Or, si quelqu'un ii*a joué, m*a berné, m*a mystifié, c*est le Pape ! Est-ce là ce que rous voulez dire? {Grande hilarité à gauche.)
M. Bouvier. — Voilà la conséquence.
M. Jacobs. — (Test vous qui dites cela !
M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Quand donc ai' je dit pareille chose? G*e8t en vain que, dans cette discussion, j*ai rendu hommage à la loyauté du Pape; vous parlez oomme si vous ignoriez ce que tout le monde sait, ce que personne ne peut contester. Sans approuver, et loin de là, bien des moyens qui ont été employés, j'ai dit qu'en conscience, après avoir examiné les faits, à la suite de révélations faites par M. l*Evéque de Tournai, j'étais arrivé à cette conviction que le Pape avait été loyal vis-à-vis de moi, qu'il avait essayé d'obtenir des Evoques des satisfactions que j'avais moi-même indiquées.
Non! non! dit l'honorable M. Jacobs, vous avez été joué, berné, mystifié.
Et ce sont les fidèles catholiques, ce sont les bons catholiques qui peuvent ainsi impunément et sans nécessité aucune se jouer de ce qu'ils proclament auguste, de ce qu'ils ne souffrent pas qu'on attaque, du Pape lui-même, car c'est lui qui a joué le Ministre de Belgique ! (Rires à gauche)
Messieurs, j'avais expliqué le mot de duplicité dont je m'étais servi dans une dépêche à M. d'Anethan; dans la circonstance, le mot était si peu offensant que, mis sous les yeux de M. le Cardinal Nina, celui-ci ne s'en était pas offusqué. Il y avait vu un avertissement sur le sens que l'on pouvait donner à un de ses actes, et il s'était empressé de retirer la fameuse dépêche du li novembre.
L'honorable M. Jacobs ne veut absolument pas qu'il en soit ainsi
Llionorable membre 8*écrie : Ah! vous avez prononcé le mot de duplicité alors, et l'on a pu croire que c'était un avertissement; mais le 6 août, vous avez repris le même mot en déclarant que vous qualifiez ainsi la dépèche lorsqu'elle a été produite, le 11 novembre, et que si on la reproduisait, vous maintiendriez votre « accusation ». Donc c'était une accusation!
Toujours le même argument ! Mais l'honorable membre n*} a pas pensé. L'honorable membre a oublié toute cette longue dissertation que j'ai &ite, dans mon premier discours, pour établir que jamais la dépêche du 11 novembre n'avait été reproduite. Elle n'a jamais été opposée au Gouvernement; elle a été publiée à la suite des documents, après la rupture, pour essayer (expliquer l'oflense inqualifiable que le Nonce m'avait £sdte.
Voilà le motif; il n'y avait pas d'autre raison de reproduire cette dépêche.
Je m'étais tellement abstenu de tout ce qui aurait été désagréable sans nécessité impérieuse pour la discussion, que je n'ai point parlé de diverses révélations qui semblaient bien compromettantes pour le Souverain Pontife lui-même, et notamment de cette lettre fameuse de Mgr le Cardinal Deschamps où il se prévaut (d'une approbation que le Pape lui aurait donnée, directement contraire aux assurances diplomatiques, et qui était communiquée en recommandant le secret le plus absolu. Et l'honorable M. Jacobs, dont le siège était £siit, a cru devoir prendre la défense du Pape et se livrer à une discussion, peu habile assurément, sur Yassolutamente segreto.
Messieurs, je dois dire que les honorables membres, y compris rhoQorable M. Malou, ont, à mon sens, très mal défendu la cause du Souverain Pontife.
Il y a dans ses actes des choses fort peu explicables et qui peuvent donner lieu à des appréciations sévères.
Toutefois, si j'avais entrepris la défense du Pape, je me serais
])ien gardé d*adopter le système soutenu par mes honorable adversaires et qui a eu si peu de succès.
Tai trouvé pour le Pape une défense qui est peut-être vraie, mais qui, à coup sûr, est meilleure que celle qu'on nous a fait entendre. {Interruption à droite.)
Vous Favez peut-ôtre entrevue aussi, mais vous n'étiez pas en mesure de la produire. Vous n*étes pas assez indépendants pour la produire. {Rires à gauche.) La défense du Pape ne peut se faire qu'aux dépens des Evéques.
A GAUCHE : C'est cela !
M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étranghes. — Et voilâ^r:^ pourquoi vous avez si mal défendu le Pape.(i4 gauche : Oui ! oui!)
A DROITE : Quelle trouvaille !
M. Frôre-Orban , Ministre des Affaires étrangères. — Après avoir examiné l'ensemble des faits r(^vél(^.s, voici ce qui me paraît pouvoir être soutenu : le Pape a trouvé qu'il avait devant lui des Evéques intraitables; rien n'est plus difficile, peut-on dire, que d'obtenir d'eux un acte raisonnable. Il a tenu aux Evoques ce langage : Vous ne publierez rien sans me l'avoir communiqué ; vous ne publierez ni mandements, ni instructions sans qu'ils m*aient été soumis.
Je vois, en effet, par les révélations que vous connaissez, qu'il a écrit dans ce sens; il s'est dit : La chose importante, ce sont les mesures à prendre au sujet de l'exécution de la loi ; ici je réserve formellement mon examen.
Le Pape a ajouté : Il faut faire la part du feu. Il faut donner une certaine satisfaction aux Evéques. Laissons donc publier des mandements ; je les ai lus, mais tout cela doit être assolutamente segreto. Je ne veux pas avoir une fausse position vis-à-vis du Gouvernement belge.
Viennent les instructions. Ah! cettefoisvous connaissez comment intervient le Souverain Pontife. Vous savez comment il charge le Nonce de communiquer aux Evéques l'ordre d'introduire telle mo-
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S^VCE DC » DÉCEMBRE 1880.
— Li parole est ooitmiiée à M. le ICnistre
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Mimartia Afmns èfiwmfirti. — Ifesûeurs, 11 pis oicbaé à qiel genre d'iccositîcMis f li été 1 je scNii«BÎrdes oitnges Téritibles contre lesquels
f li dt lie iéfendne.
J*ai été représenté comme un homme indigne, sacrifiant ses convictions à son ambition, désertant ses principes par amour du pouvoir; fai été représenté comme un homme brutal, manquant de savoir-vivre, violant toutes les convenances ; et, mis en &ce d'un agent étranger qui m'avait offensé, qui avait offensé le pays, mais qui trouvait pourtant des défenseurs dans cette encante, j'ai été obligé de démontrer que je n'avais point manqué vis-à-vis de lui aux règles usitées en matière diplomatique.
Le reproche qui m'était adressé sous ce rapport n'a prouvé, il est vrai, que l'ignorance de ceux qui le formulaient.
Non contents des accusations offensantes qu'ils tiraient de leur propre fonds, mes adversaires ont cru devoir emprunter à la presse des injures à mon adresse, et, reconnaissant qu'ils publiaient des injures, ils ne se sont Mi aucun scrupule de les rééditer contre moi dans cette Chambre même.
Us ont fait, en un mot, tout ce que la passion la moins scrupuleuse peut faire pour dénigrer un homme ; et il m'est permis de dire que, dans cette discussion, on a épuisé à mon égard le vocabulaire du dénigrement.
Et c'est précisément. Messieurs, lorsque cette belle œuvre venait de s'accomplir, que l'honorable M. Jacobs s'est levé pour combler la mesure en m'accusant « d'avoir l'art de dénigrer ceux qui m'offusquent ! » Il était impossible d'être plus habile et de mieux choisir son temps.
a Depuis les violences des circulaires et des discours de juillet ei d'août, M. Frère-Orban, dit-il, a continué à faire la guerre au Saint-Siège sous une autre forme; il nous a prouvé que, s'il a Fart (le rinvedive ardente, passionnée, il n'a pas moins l'art de dénigrer ceux qui t offusquent, fussent-ils Papes, sans avoir Cair dy îouchBr.
« Les cent pages qui servent d'introduction au Livre gris ont surtout pour but d'amener quelques citations de nature à faire
entendre en passant que Léon XIII est un homme sans valeur, pour ne pas dire pis.
a Pendant plus de trois ans, il a représenté le Saint-Siège ï Bruxelles, et cette période n*a été qu*me parenthèse vide. Les Evéques belges, pendant sa nonciature, auraient élevé des prétentions excessives; on ne sait s*il en a été le complice ou le spectateur impuissant et passif; les archives de la Légation ne font pas plus mention de lui que s'il n'existait pas.
(X On comprend que cette démonstration négative n'est pas suffisante; il faut discréditer davantage le Nonce P^cd, et puisqa on a fouillé en vain la correspondance du département avec notre Légation à Rome, il faut chercher ailleurs. Fouillons! fouillons!
(X On trouve enfin un mot écrit de Berlin à la fin de 1847, par M. J.-B. Noihomb {Yon ne sait à propos de quoi) où Tautcur de la loi de 1842, après avoir exprimé le regret bien légitime que lui a causé le départ du Nonce Fornari, qui a contribué à l'adoption de la loi de 1842, où M. Nothomb ajoute : « Son successeur « m'a surtout fait regretter le non-envoi de Mgr Garibaldi. » La phrase n'est pas obligeante; cependant le lecteur qui neconnaii pas Mgr Garibaldi se demande si c'est faire tort à un jeune Nonce de trente ans que de lui préférer cet autre prélat?
« II s'agit donc de lui apprendre que Mgr Garibaldi n'était pas un Nonce modèle; et Fauteur de l'Introduction avance, à quelques pages de distance, qu*il n'est guère douteux (on n'en est pas bien sûr, mais on le dira néanmoins) que le Gouvernement français a cherché à se défaire de Mgr Garibaldi parce qu'il « ne rencon- « trait pas en lui les qualités nécessaires pour négocier utile- « ment avec lui. »
« Concluez, lecteurs : il n'est guère douteux que Mgr GaribcMi fût un Nonce médiocre, il s'ensuit que MgrPecci était au-dessous à médiocre.
« On insinuera, en outre, que les raisons de santé alléguées par
Home pour rappeler Mgr Peccî n'étaient qu'un prétexte, et, brocliant sur le tout, on empruntera deux lignes à M. Alphonse Dechamps, deux lignes où celui-ci, craignant de voir Grégoire XVI n'envoyer en Belgique qu'un internonce, insiste pour qu'il 8*y fesse représenter par un Nonce et même un homme d'Etat. Cela permet au lecteur de comprendre que, du temps de JÊfgr Pecci, on avait bien un Nonce ^ mais point un homme dEtat.
(c Ces petites misères, ces petits riens n'ont évidemment aucune portée au point de vue de l'historique de la Légation belge à Rome, mais comme œuvre de dénigrement, c'est assez réussi. Tfi
Et la droite applaudit. L'honorable H. Jacobs continue en ces termes :
« H. Frère eût pu compléter son introduction historique en y ajoutant l'opinion de Léopold P' sur le Nonce Pecci. Le premier Bol des Belges se connaissait en hommes. Lorsque Mgr Pecci quitta Bruxelles, le Roi Léopold ne se contenta pas de lui donner le grand cordon de son ordre, chose usuelle, il écrivit à Grégoire XVI pour obtenir que, contrairement aux usages et par une distinction spéciale, l'archevêque de Damiette obtint le chapeau du Cardinal. » {Applaudissements à droite.)
J'ai cru. Messieurs, devoir reproduire en entier cette partie du discours de l'honorable M. Jacobs pour faire mieux comprendre à quel point elle m'incrimine et justifier, malgré votre lassitude .et la mienne, ma demandé de ne pas clore cette discussion; vous concevez, en effet, qu'il m'était impossible de laisser subsister dans nos Annales parlementaires, sans contradiction, sans réfutation, des imputations aussi offensantes que celles-là.
Messieurs, je n'entends assurément rien dire de désobligeant pour le Nonce, Mgr Pecci, aujourd'hui le Souverain Pontife. Mais il me sera permis de faire remarquer que le grand cordon de rOrdre de Léopold, qui lui a été donné à son départ, est remis à
tous les diplomates qui ont été accrédités auprès du Roi lorsqu'ils nous quittent. Quant à la lettre du roi Léopold, j'ignore si elle a été écrite et si elle avait l'objet dont parle llionorable M. Jacobs ; mais je crois pouvoir affirmer qu*on prête au roi Léopold P' beaucoup d'appréciations qu'il n'a point exprimées, et fort souvent des lettres qu'il n'a point écrites. J'ai vécu assez longtemps dans les conseils de S. M. le roi Léopold 1^ pour avoir à ce sujet des convictions bien arrêtées.
Mais je dois protester contre cette accusation d'avoir falsifié l'histoire et, ce qui est plus grave, de l'avoir felsifiée dans une pensée de dénigrement. Un pareil acte, qui serait abominable à l'égard d'un simple particulier, le serait plus encore à l'égard du Souverain Pontife.
L'Introduction historique que j'ai mise en tête du Recueil des documents relatif h l'afiaire du Vatican relate avec fidélité tout ce qui se trouve dans nos archives. Gomment n'a-t-on pas compris tout ce qu'il y avait d'inepte, il &ut bien le dire, à tomber dans les suppositions, dans les accusations de l'honorable M. Jacobs? Est-ce que les archives de l'Etat sont à moi? Ces archives sont là; mes successeurs les trouveront. Et moi, j'y aurais puisé, d'une manière infidèle, les éléments d'un acte de dénigrement !
Je l'aurais fait, alors que chacun, demain ou après, n'aura qu'à étendre la main pour trouver la preuve de mon injustice! A moins qu'il ne faille ajouter plus tard à toutes ces suppositions ontrageantes celle que j'aurais &it disparaître les pièces qui prouveraient ma fraude. (Sensation.)
J'aurais donc stupidement altéré la vérité dans le but qu'on vous a fait connaître. Ne faut-il pas, je le demande, être possédé de la passion du dénigrement pour pousser jusque-là la malveillance ou, si l'on veut, la légèreté!
Messieurs, ce n'est pas ma faute si les archives de l'Etat ne
contiennent que ce qui s'y trouve; ce n'est pas ma faute si» d*après ces archives, la nonciature du Nonce Pecci est une parenthèse vide. Pour remplir cette parenthèse eût-il fellu que j'invente?
Hais ce que j'ai pu constater aussi » c'est qu'il existe des lacunes dans nos archives ; elles n'ont pas toujours été tenues avec soin. Tai pu constater que des documents ont disparu ou sont égarés. Je dirai même que» par événement» des lacunes correspondent surtout aux époques des ministères catholiques. {Mouvemetits divers.)
M. Bouvier. — Voilà qui est bien singulier.
M. Gomesse. — C'est une insinuation, cela.
M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Le fait est là; il n'y a pas la moindre insinuation de ma part; je signale simplement un &it indéniable. J'ai eu l'occasion de réclamer des pièces et j'en ai obtenu. Maintenant il se peut qu'il y ait eu très peu de choses à noter dans nos rapports diplomatiques pendant l'existence des ministères catholiques. Ainsi» par exemple^ en ce qui concerne les relations de la Belgique avec le Vatican, les huit années du ministère de Thonorable M. Malou constituent une parenthèse à peu près vide.
M. Malou. — Pas tout à fiait.
M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Je dis à peu près. Je découvre en effet les dépêches relatives au mariage civil et Celles qui sont relatives aux écoles de Soignies et de Tournai ; je ne pense pas qu'il y ait rien autre à signaler pendant ce temps-là. Y a-t-il eu autre chose que des négociations ofTicielles alors et à l'époque du Nonce Mgr Pecci? At-on traité oflScieusement? A-t-on spécialement traité avec la nonciature? Je l'ignore. Mais ce que je sais» c'est que, appelé à produire un exposé historique» je ne puis pas déclarer que des documents qui n'existent pas existent» ni faire l'histoire autrement qu'avec
les éléments que je possède. Toutefois, je ne demande que la vérité et la lumière. Si l'on croit pouvoir compléter Texposé historique qui est publié en tête des actes diplomatiques à Taide d*autres documents empruntés à la nonciature ou au Vatican, qu'on le fesse, je ne demande pas mieux. Je serai toujours enchanté de voir éclater la lumière. Vous devez le reconnaître, Messieurs, l'objection tirée de « la parenthèse vide » n'est pas un seul instant soutenable. Je ne puis que constater qu'il n'y a rien dans nos archives.
M. Bouvier. — 11 y a quelque chose à Halines !
M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Selon l'honorable M. Jacobs, c'est dans le but de dénigrer le Nonce Pecci que j'ai produit quelques citations extraites, soit de dépêches officielles de l'honorable M. Nothomb, aujourd'hui notre Ministre à Berlin , et qui fut particulièrement en contact avec Mgr Pecci, soit d'une dépêche également officielle aussi de rhonorable M. Dechamps, ancien Ministre des Affaires étrangères et non d'une lettre de M. Alphonse Dechamps, comme le dit l'honorable M. Jacobs.
L'honorable M. Jacobs, répétant ce qui avait été, sous ce rapport, inventé par l'organe de la droite, tire en ces termes la conclusion des paroles suivantes du baron Nothomb : c< Son successeur m'a surtout fait regretter le non-envoi de Mgr Garibaldi. »
« La phrase n'est pas obligeante, dit-il ; cependant le lecteur qui ne connaît pas Mgr Garibaldi se demande si c'est faire tort à un jeune Nonce de trente ans que de lui préférer cet autre prélat? »
« Il s'agit donc, continue-t-il, de lui apprendre que Mgr Garibaldi nélait pas un Nonce modèle; et l'auteur de l'Introduction avance, à quelques pages de distance, qu'il n'est guère douteux (on n'en est pas bien sûr, mais on le dira néanmoins) que le gouvernement français a cherché à se défaire de Mgr Garibaldi
parce qu'il « ne rencontrait pas en lui les qualités nécessaires pour négocier utilement avec lui. »
a Concluez, lecteurs, s'écrie l'honorable M. Jacobs : il n'est ^ère douteux que Mgr Garibaldi fût un nonce médiocre, il s'ensuit que Mgr Pecci était au-dessous du médiocre. »
Voilà la manière de raisonner de l'honorable membre. S'il ivait lu attentivement, dans l'exposé historique, les pages qui précèdent celles auxquelles il fait appel, au lieu de s'en tenir aux appréciations aventurées de la presse, il aurait vu, page 16, que Mgr Garibaldi passait pour un prélat d'habitudes peu graves qui Quisaient à son prestige, et firent craindre au Gouvernement qu'il fOit incapable d'acquérir l'ascendant nécessaire pour exercer 3ur l'Episcopat l'autorité qu'il jugeait indispensable au succès de sa mission. Le Gouvernement craignait qu'il n'eût pas, en un mot, la fermeté de Mgr Fornari. D'un autre côté, il semble que le clergé appréhendait que le nouveau Nonce ne fût un instrument trop souple, entre les mains du Ministère. 11 ne s'agit donc là ni de capacité ni de dignité.
En opposant Mgr Garibaldi à Mgr Pecci, M. le baron Nothomb ne faisait absolument rien de désobligeant. Il avait eu beaucoup à se louer da Nonce Fornari, tout le monde le sait. Ce prélat s'était montré très favorable à nos institutions, il avait su résister aux entraînements de l'Episcopat, et sa réputation de tolérance était établie, même à Paris, où on désira le voir devenir le représentant du Vatican.
Je le répète donc : il ne s'agit pas le moins du monde d'incriminer le Nonce Pecci en l'opposant, dans ces circonstances, à Mgr Garibaldi.
Les paroles de M. le baron Nothomb signifient plutôt que Mgr Pecci a fait cause commune avec les Evêques dans l'opposition violente qu'ils ont dirigée contre ce ministre, en 1844, ou bien qu*il a manqué de fermeté pour résister à TEpiscopat,
comme aujourd'hui nous pouvons dire que, devenu Léon XIII, il a manqué de fermeté pour résister aux prétentions de l*Episcopat belge.
M. Juste, qui a écrit la biographie du baron Nothomb, — et déjà rhonorable M. Couvreur a cité un passage de cette biographie, M. Juste écrit ceci qui confirme manifestement ce qui précède : « La presse catholique proclama que le parti quelle r^résentait n'avait pas été battu (aux élections de 1845). Le Nonce Pecci, successeur de Fornari, qui n'eût pas faU pareille démarehe, se rendit chez M. Nothomb, pour rengager à se serrer désarmais contre le parti catholique (c'est-à-dire les Evêques) disposé à le soutenir s'il lui faisait des concessions. Il n'en fallut pas davantage pour fortifier M. Nothomb dans sa résolution suprême.
c( Un conseil fut tenu le 19 juin, à Laeken, et M. Nothomb réitéra sa démission, exigeant qu'elle fût immédiatement acceptée. Elle le fut, en effet, sans objection, presque avec empressement (1). »
Inutile de Caire remarquer que cette biographie a été écrite sous les yeux du baron Nothomb et qu'elle reproduit textuellement, littéralement ce qu'il a exprimé lui même. Je ne serai pas contredit sur ce point.
L'explication est donc évidente, simple et naturelle, et vous devez approuver comme moi les conjectures de l'historien : « des fi*oissements graves avaient dû se produire ».
Les mêmes réflexions s'appliquent au deuxième fait invoqué par l'honorable M. Jacobs, à propos de la dépêche qui, d'après les Annales parlementaires, est attribuée à M. Alphonse Dechamps, alors qu'elle émane en réalité, comme je l'ai fait remarquer tantôt, de M. Adolphe Dechamps, Ministre des Affaires étrangères.
Dire : « Non seulement il nous faut un Nonce, mais il nous faut un Nonce homme d'Etat », — ainsi s'est exprimé H. De-
(1) Page il7 de la Biogruphie.
champs, c'est — d'après M. Jacobs — faire œuvre de dénigrement» c'est déclarer que Mgr Pecci n'était pas un homme d'Euu!
Pourquoi, je vous prie, ces interprétations a seiisu contrario, que Ton pourrait traduire ici à rebours du sens commun et uniquement pour en faire dériver des offenses? C'est vous qui les faites» c'est vous qui les inventez. {Bruits à droite.) Car il esi à présumer quelles n'étaient pas dans la pensée de M. A. Dechamps. Les termes employés né comportent pas nécessairenieni celte signification, et il est plus que maladroit de vouloir les leur attribuer.
Au surplus, si telle avait été réellement la pensée de Thonorable H. Dechamps, si M. Dechamps, Ministre des Affaires étrangères, collègue de M. Nothomb, avait eu cette opinion concernant le Nonce Pecci, et leût exprimée dans une dépêche, pourquoi Êiudrâit-il supprimer la dépêche; pourquoi faudrait-il supprimer cette opiniou ? Pourquoi l'histoire devrait-elle s'incliner devant le Nonce Pecci? Pourquoi faudrait-il supprimer la vérité? Serait-ce pour ne point être désagréable aux membres de l'opposition d'aujourd'hui?
La conjecture sur « les froissements graves », qui est relevée tout particulièrement par moi, elle ressort de tous les foits historiques ; déjà, la sagacité de l'honorable M. Couvreur s'est exercée sur ce point.
Cette conjecture, non seulement elle est justifiée par ce que je viens de dire, mais elle est confirmée encore par l'étude intitulée: LEpiscopat et t Instruction publique en Belgique de 1830 à 1879, que j'ai lait imprimer, qui se trouvait sous les yeux de rhonorable H. Jacobs, où il aurait pu lire lexplication de tous ces faits historiques (1).
Aux pages 547 et 552 de cet exposé, il aurait pu voir la lutte
(!) La Belgique et te Vatican, u>me 1^, page 526 et suiv.