SEANCES DES 18 ET 19 NOVEM RE
Réponse de M. Frëre-Orban
MWISTBE DES AFFAIRES ÉTRANGÈBES
A L'raTEIUPELLATION DE M. D'ELHOUNGBTE.
:. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Messieurs, Timpatience que le public et la presse ont témoignée de recevoir enfin des explications sur l'état de nos relations avec le Vatican est assurément bien légitime. Elle s*est manifestée parfois d'une façon peu Dienveillante et même injuste. Il ne fendrait pas avoir traversé les affaires publiques pour s'en étonner ; bien moins encore m'en plaindrai-je ; je n'y puis voir que l'expression de l'irritation profonde provoquée par les manifestes, les discours et les actes inouïs du clergé dans ces derniers temps.
Aujourd'hui qu'il nous est permis de parler, les jugements droits et loyaux portés sur des documents et des faits qu'on ignorait vont succéder aux préventions nées de suppositions erronées.
Nous attendons de nos amis, aussi bien que de nos adver«
saires, une appréciation dégagée de tout parti pris sur la direction que nous avons imprimée à une affaire sans précédent, tout à £ait exceptionnelle, et qui peut-être marquera comme un événement dans rhistoire du pays.
Il importe, Messieurs, de rappeler d*abord quelle était la situation à Tépoque de notre avènement au pouvoir, pour que vous puissiez vous former une opinion juste et vraie des actes qui vous sont déférés.
Depuis huit ans, les catholiques avaient le gouvernement du pays. Cest sous leur règne que se produisit dans le clergé, dans la presse catholique, dans les écoles dirigées par les évéques, un mouvement extraordinaire d'hostilité et de dénigrement contre nos libres institutions. Le pape Pie IX exaltait de plus en plus Tardeur des adversaires de ces institutions. Il frappait k coups redoublés sur ceux qui étaient suspects de les aimer et de vouloir les maintenir. Les catholiques libéraux étaient surtout Tobjet de ses implacables condamnations.
Au mois de juin 1871, recevant une députation de catholiques français, sous la conduite de Tévéque de Nevers, qui lui portaient une pétition couverte, disait-on, de deux millions de signatures, le Pape s'exprimait ainsi :
ce Mes chers enfants, il &ut que mes paroles vous disent bien ce que j*ai dans mon cœur. Ce qui afflige votre pays et Tempéche de mériter les bénédictions de Dieu, c'est ce mélange des principes. Je dirai le mot, et je ne le tairai pas : ce que je crains, ce ne sont pas tous ces misérables de la commune de Paris, vrais démons de l'enfer qui se promènent sur la terre. Non, ce n'est pas cela : ce que je crains, c'est cette malheureuse politique, ce libéralisme catholique qui est le véritable fléau. Je Tai dit plus de quarante fois; je vous le répète, à cause de l'amour que je vous porte. Oui, c'est ce jeu... comment dit-on en français? nous l'appelons en italien altalena... oui, juste-
ment, ce jeu de bascule qui détruirait la religion. Il faut sans doute pratiquer la charité» £aire ce qui est possible pour ramener ceux qui sont égarés; mais pour cela il n*est pas besoin de partager leurs opinions. »
Nos journaux cléricaux répétèrent ces paroles avec force commentaires et les exaltèrent à Tenvi.
Les catholiques libéraux, si nombreux encore en Belgique, qui avaient essayé naguère, au congrès de Malines, une levée de boucliers, qui avaient applaudi à outrance, sous les yeux du Cardinal Archevêque de Malines, du Cardinal Wiseman et de rËvéque d*Orléans, aux paroles éloquentes de Montalembert en &veur des libei*tés modernes, les catholiques libéraux étaient donc avertis : ils étaient plus dangereux, ils étaient pires que des communards.
Le 6 mars 1873, non plus, cette fois, dans une simple allocution, où ce qu'il y avait d'excessif pouvait être mis sur le compte de l'improvisation, mais dans un bref apostolique adressé à la jeunesse catholique de Milan, le Pape Pie IX reproduisait les mêmes idées :
« Bien que, disait-il, les enfants du siècle soient plus habiles que les enfants de la lumière, leurs ruses et leurs violences auraient sans doute moins de succès si un grand nombre parmi eux, qui portent le nom de catholiques, ne leur tendaient une main amie. Oui, hélas! il y en a qui ont l'air de vouloir marcher d*accord avec nos ennemis, et s'efforcent d'établir une alliance entre la lumière et les ténèbres, un accord entre la justice et l'iniquité, au moyen de ces doctrines qu'on appelle cathoUqu^ libérales, lesquelles, s'appuyant sur les principes les plus pernicieux, flattent le pouvoir laïque quand il envs^hit les choses spirituelles, et poussent les esprits au respect, ou tout au moins à la tolérance des lois les plus iniques, absolument comme s'il n'était pas écrit que personne ne peut servir deux maUres. »
Ainsi, le simple respect, ou même la simple tolérance des lois qui consacrent les libertés modernes étaient dénoncés et eondamnës : ce seul sentiment suffisait pour faire tomber les catholiques libéraux au-dessous des communards. {Interruption.)
Et Pie IX ajoutait :
V Or, ceux-ci sont plus dangereux assurément et plus funestes que des ennemis déclarés, et parce qu*ils secondent leurs efforts sans ôtre remarqués, peut-être même sans s en douter, et parce que, se maintenant sur Textrême limite des opinions formellement condamnées, ils se donnent une certaine apparence d*intégrité et de doctrine irréprochable, alléchant ainsi les imprudents amateurs de conciliation et trompant les gens honnêtes, lesquels se révolteraient contre une erreur déclarée. De la sorte, ils divisent les esprits, déchirent Tunité et affaiblissent les forces qull faudrait réunir, pour les tourner toutes ensemble contre Tennemi. »
Deux mois après, le 8 mai 1873, la fédération des cercles catholiques de Belgique, présidée par un sénateur du royaume, recevait de Pie IX un bref exprimant absolument les mêmes idées.
Vous le savez. Messieurs, l'objet de ces cercles catholiques est la diffusion des principes consacrés par les Encycliques et par le Syllalms. Ils provoquent à les appliquer non seulement dans la vie privée, mais dans la vie publique. Ces cercles tendeot de plus en plus, et c'est pour cela qu'ils sont institués, à placer le parti catholique politique sous la direction exclusive des évêques. Vous allez voir l'approbation donnée à ces teodânces par le Pape de cette époque :
« Ce que nous louons le plus dans cette religieuse entreprise, c'est que vous êtes, dit-on, remplis d'aversion pour les principes catholiques libéraux que vous tâchez d'effacer des intelligences, autant qu'il est dans votre pouvoir.
c( Cette insidieuse erreur est plus dangereuse qu'une inimitié ouverte, parce qu'elle se couvre du voile spécieux du zèle et de la charité; et c'est assurément en vous efforçant de la combattre et en mettant un soin assidu à en éloigner les simples, que vous extirperez la racine &tale des discordes et que vous travaillerez efficacement à produire et à entretenir l'union étroite des âmes. »
L'association des catholiques allemands, le comité catholique d'Orléans, l'Évéque de Quimper, qui venait de fonder un cercle catholique dans son diocèse, recevaient en 1873 les mêmes encouragements et les mêmes excitations.
Nulle part, cependant, le mouvement contre les libres institutions n*avait le même caractère, la même étendue, la même impétuosité qu'en Belgique. La Belgique, terre privilégiée, était particulièrement favorable à la politique belliqueuse que pratiquait alors la papauté. Grâce aux libertés maudites, grâce à la liberté absolue de la presse, grâce à la liberté absolue de l'enseignement, grâce à l'indépendance absolue du clergé, une propagande néfaste s'organisait; d'odieuses tentatives, auxquelles on ne pouvait opposer aucun obstacle légal, étaient faites pour miner, pour saper nos institutions, pour détruire les conquêtes de l'esprit moderne.
Depuis la base jusqu'au sommet, toute la hiérarchie cléri* cale conduisait cet immense mouvement. Toutes les écoles da clergé pouvaient, sans que rien pût les arrêter, propager par* leur enseignement la haine et le mépris des libertés inscrite» dans notre pacte fondamental. Le professeur de droit public et d'économie politique de l'université de Louvain se signalait entre tous, par ses livres et son enseignement, dans la défense de doctrines qui mettaient nos institutions en péril.
Il reçut de Pie IX un bref où nous lisons ce qui suit :
a Plût à Dieu que ces vérités fussent comprises de ceux
qui se vantent d'être catholiques, tout en adhérant obstinément à la liberté de conscience, à la liberté des cultes, à la liberté de la presse et à ^autres libertés décrétées à la fin du siècle dernier par les révolutionnaires, et constamment réprouvées par l'Église; de ceux qui adhèrent à ces libertés non seulement en tant qu'elles peuvent être tolérées, mais en tant qu'il faut les considérer comme des droits, qu'il faut les favoriser et les défendre comme nécessaires à la condition présente des choses et à la marche du progrès, comme si tout ce qui est opposé à la vraie religion, tout ce qui attribue à l'homme l'autonomie et tout ce qui l'affranchit de l'autorité divine pouvait donner au peuple la prospérité, le progrès, la gloire. »
Ce même enseignement. Messieurs, fut dénoncé comme étant pratiqué jusque dans une école normale, épiscopale il est vrai, mais agréée par le Gouvernement.
Cette fois, le Ministère catholique, indifférent, au moins en apparence, à l'enseignement de l'université de Louvain, qu'il se bornait à favoriser dans « la vie privée », le Gouvernement catholique ne put résister aux protestations qui se firent entendre, lorsque l'on apprit que ce même enseignement se produisait dans une école subsidiée par lui. Il fit une tentative pour que les livres où ces doctrines étaient professées ne fussent plus admis dans l'école. L'auteur de ces livres, professeur dans l'établissement, s'empressa de soumettre au Pape l'écrit incriminé, et il en reçut immédiatement un témoignage d'approbation, ouvertement destiné à braver le Gouvernement du pays.
Mais, Messieurs, à côté de cet enseignement des écoles du clergé, il y avait un autre enseignement^ non moins actif et non moins dangereux, celui de la presse cléricale. Cette presse tout entière, à une ou deux exceptions près, c'est-à-dire, une centaine de journaux répandus sur la surface du territoire, se livrait
quotidiennement aux outrages les plus sanglants contre nos institutions. Les libertés publiques étaient dénoncées comme étant la source infecte d*où découlaient tous les maux qui affligent la société.
Il fallait hâter Theure où l'on pourrait restaurer « les véritables lois de la société chrétienne », c'est-à-dire, substituer le Syllabus à la Constitution. Et chaque journal important recevait à son tour un bref pontifical* l'encourageant à continuer énergiquement ses attaques et ses outrages. Plus ces journaux étaient violents et absolus dans leur absolutisme, plus ils recevaient d'encouragements du Vatican.
Un journal seul, un seul qui mérite d'être cité, était ou paraissait être infecté du virus du catholicisme libéral. Il ne maudissait pas à tous propos les libertés publiques !
Les évoques, aspirant à la direction sans partage du parti catholique, lui suscitèrent un concurrent : on créa dans la capitale le Courrier de Bruxelles^ pour l'opposer au Journal de Bruxelles^ qui restait l'organe d'une fraction de laïques et d'une partie de lai. droite parlementaire.
Le directeur du Courrier de Bruxelles ne tarda pas à soumettre son œuvre au Souverain Pontife ; un bref en son honneur ne fit pas longtemps attendre :
c( Votre lettre, porte ce bref, nous a assuré de votre zèle et votre constance dans l'œuvre que vous nous dites avoir entr^' prise, avec tappui des évéques belges, pour défendre par un jouirnal fondé par vous la cause de la religion contre ses ennemis. -» - Sachez qu'aussi longtemps que vous poursuivrez cette œuvre, ^^ vous conformant aux enseignements de votre évêque, rien tm^ saurait nous être plus agréable ni mériter davantage notre appr€^ ' bation. »
On sait, Messieurs, quel fut après cela l'embarras, la tris^^ condition — je le dis avec sincérité, sans ironie — de ceux q.tJ'
sç faisaient na^^ëre uq titre de gloire de se nommer catholiques libéraux : ils n'osèrent plus s'attribuer ce nom ' ils défendaient qu'on les interrogeât à ce sujet; ils se réfugiaient derrière le serment prêté à la Constitution, comme si tous ceux qui n*ont pas prêté ce serment, ç'e3t-à-dire la presque totalité de la nation, ne conservaient pas, à l'endroit des institutions constitutionnelles, cette liberté d'allures qui permettait de les mépriser hautement, en attendant le moment propice pour les renverser.
La constitution particulière de la presse catholique en Belgique, qui en &it une sorte de dépendance de l'Eglise, ne permet pas de la traiter Qomme les autres organes de la publicité. Cette presse se met sous le patronage des Evêques.Ses journaux proclament qu'ils sont fondés avec l'appui des Evêques, et qu'ils ont obtenu, à ce titre, l'approbation du Pape. Tous, sans exception, déclarent qu'ils sont prêts à se taire ou à parler, selon que les Evêques l'ordouneront.
Ainsi, Messieurs, qu'elles proviennent de l'enseignement, de la prédication ou de la presse, les attaques dirigées contre nos institutions ont toutes manifestement la même origine et le même but; et, aidées de ces mille moyens d'influence dont tout clergé dispose, elles acquéraient plus de puissance encore et inquiétaient à bon droit la nation. Toute cette fraction du peuple, qui sent, qui sait que Tbonneur et la prospérité du pays dépendent du maintien de nos institutions constitutionnelles, qu'on ne peut dès lors les outrag;er impunément ; toute cette fraction du peuple qui pense, qui raisonne, qui lit, qui agit, était de jour en jour plus émue et plus indignée. Elle s'indignait surtout en voyant à quelles mesures on commençait dès lors à recourir, afin de rendre ces attaques plus efficaces.
Le libéralisme était signalé comme constituant une hérésie. Les Evê(}ues déclaraient qu'un catholique ne pouvait plus en conscience faire partie d'une association libérale, et l'on com-
mençait à pratiquer, à Tégard des membres des associations libérales, ce système que nous voyons se pratiquer aujourd'hui à regard des écoles publiques, à l'égard des instituteurs primaires.
Le bourgmestre d*un chef-lieu de province, un homme considérable, catholique fervent, fut mis au ban de TËglise par cela seul qu il faisait partie d'une association libérale ; il était coupable d aimer et de défendre la Constitution !
Le Cabinet précédent ne se dissimulait pas les dangers d'un pareil état de choses, et il chercha à donner satisfoction au sentiment public à la veille des élections du 11 juin 1878.
Voici les paroles qu'il mit dans le discours du Roi , ouvrant la session au mois de novembre 1877 :
« Lorsque s'agitent des questions qui divisent les esprits, n'oublions jamais les sentiments, les principes et les idées communes qui les unissent : Tamour de notre autonomie nationale, l'attachement sincère, profond, inaltérable à toutes nos libertés constitutionnelles, la ferme volonté de tous de les maintenir intactes ».
Ce n'était pas à nous, libéraux, que s'adressaient ces paroles, c'était à d'autres, et ils le comprirent. Voici quelle fut, immédiatement après, l'appréciation du Bien public, appréciation reproduite, commentée, approuvée, exaltée par la plupart des journaux cléricaux :
(( Lorsqu'on nous parle à la Chambre, avec une profusion d'épithètes, de l'attachement 1^ sincère, 2^ profond^ 3® inaUérabk des Belges à leurs libertés constitutionnelles, nous trouvons que le substantif, tout au moins deux de ces adjectifs, excèden la mesure.
' « Nous sommes « sincèrement attachés à nos libertés consti^ — a tutionnelles » comme un cheval est attaché à une charrette^ et nous traînons dans ce tombereau, à côté de droits précieux.
bien des ordures légales et sociales qui répandent partout une affreuse infection, et dont le contact n'est guère favorable à la partie vraiment utile et saine du chargement !
€( Attelés à ce char, nous allons droit notre chemin, sans prendre le mors aux dents, sans descendre les pentes au grand trot, en évitant les précipices qui bordent la route. En d'autres termes, nous gardons notre place entre les brancards constitutionnels, et nous nous résignons à laisser les ordures exhaler leur infection^ de peur de voir se répandre, le long du chemin, des libertés vraiment bonnes i>.
Pendant que ces manifestations de respect pour nos institutions nationales se propageaient dans tout le pays, dans toutes les classes de la société, par une presse qui se plaçait sous le patronage des Evéques ; pendant que le Pape Pie IX envoyait à ces journaux ses brefs les plus encourageants, je ne serais pas dans la vérité, je m'exposerais à être accusé de manquer de gravité, si je vous disais que l'objet principal de nos préoccupations était de savoir si nous maintiendrions une Légation belge auprès du Vatican.
Toutefois, notre attention y fut appelée, et nous n'avons pas hésité un seul instant à reconnaître que, dans la situation nouvelle qui nous était faite par la suppression du pouvoir temporel du Pape, une Légation belge auprès du Vatican ne semblait pas pouvoir se justifier.
Nous indiquions toutefois comme possible, et on semble toujours l'oublier lorsqu'on cite ce que j'ai dit à ce sujet, une mission de courtoisie auprès du Souverain Pontife. Mais certes, en présence de ce qui se passait, il nous était impossible d'admettre que même une mission de courtoisie pût être justifiée. Une Légation belge auprès du Vatican, disions-nous, serait une dérision, les libéraux étant au pouvoir ; un danger, les catholiques ayant le gouvernement du pays.
Une dérision, en effet, d'avoir un agent auprès du Souverain Pontife fulminant les condamnations qne je viens de rappeler contre nos libertés constitutionnelles, agent qui ferait entendre, si même il était écouté, des protestations vaines et ridicules par leur inefficacité. Un danger, les catholiques étant au pouvoir, car ils sembleraient alors patronner eux-mômes ces condamnations dirigées contre nos institutions libres. En effet, Messieurs, les catholiques seraient restés muets, comme ils le furent invariablement pendant tout le temps que parlait Pie IX, ainsi que voui l'avez entendu.
Nous insistâmes donc et à diverses reprises pour la suppression de cette Légation. Mais ce n'était là qu'un point secondaire, accessoire dans les idées politiques que nous avions défendre.
Le maintien ou le rappel de l'Envoyé belge au Vatican ne pou — -vait avoir que le caractère d'une manifestation d'opinion, l'ei — ^^pression d'un principe abstrait, et n'avait pas en réalité d'utilit^^ pratique. Aux entreprises dirigées contre les droits de la puissance publique, contre l'Etat laïque, contre les libertés modernes il y avait autre chose à opposer que le rappel d'un Ministre belg^^'^ auprès du Vatican.
Nous combattions les égarements des catholiques; nous indi-^^' quions le péril qui nous menaçait; nous indiquions quel était \mMi^ devoir que l'opinion libérale aurait à remplir quand elle revien- ^^' drait au pouvoir. Nous disions qu'il Bsiudrait opposer une digu^ ^^^ au torrent qui menaçait de tout dévaster.
11 y aurait lieu, disions-nous, d'organiser « la défianse natio-^ nale » à l'intérieur; c'est alors que le mot a été prononcé.
L'enseignement public devait avoir pour base nos constitutionnels ; il devait servir, à tous les degrés, k fiiire et respecter nos institutions, que l'on flétrissait et que l'on mai dissait ailleurs.
Tel était, Messieurs, le programme qui s'imposait à Topinion libérale, et que nous eûmes Toccasion de développer en diverses circonstances, comme nous le fîmes encore à la veille des élections de 1878. C'est dans cette situation que les électeurs nous donnèrent, d'un même coup, le 11 juin 1878, la majorité dans les deux Chambres législatives.
Le Roi nous confia la direction des affaires publiques. Il n*était douteux pour personne que le Cabinet réaliserait le programme qu'il avait annoncé dans l'opposition ; et il continuera à prouver qu'il est bien résolu à l'accomplir jusqu'au bout. {Applaudissements à gauche.)
Afin de donner à ce programme une signification plus éclatante, nous créâmes le Ministère de l'Instruction publique. Il s'agissait de fortifier, de développer, d'étendre un enseignement national, ayant pour base la Constitution, et c'est ce qui justifiait de plus près la substitution d'un Ministère spécial de l'Instruction publique à la direction générale de l'instruction publique qui dépendait du Ministère de l'Intérieur.
L'opposition, par un aveuglement inexplicable, vit dans ce fait une déclaration de guerre aux catholiques. La grande persécution allait commencer! Le péril était si grand, si manifeste, l'Église catholique était à ce point menacée, que l'opposition tout entière, depuis ce moment, vota comme un seul homme contre toutes les dépenses relatives à l'instruction publique ! Il semblait quelle ne voulait plus qu'un enseignement, l'enseignement épiscopal, et nous avons vu ce qu'il était !
On pouvait croire, Messieurs, que le Pape nouveau, h la vue d'un pareil état de choses qui lui était signalé de toutes parts par la presse épiscopale, qui lui était en même temps dénoncé par l'opposition parlementaire, se qualifiant catholique, on pouvait croire, dis-je, que le Pape nouveau, à la vue d'une pareille situation, allait tout au moins rappeler le Nonce accrédité auprès d'un
aussi abominable Gouvernement. Ce n'est pas précisément ainsi que les choses se sont passées.
En prenant possession du pouvoir, les Ministres avaient unanimement reconnu qu'il y avait lieu de rappeler notre Légation auprès du Vatican. Il était évident que ce rappel devait avoir lieu d'une manière convenable, et non d'une £açon brutale, et nous fîmes pressentir nos intentions, le 21 juin 1878, en adressant une dépêche au représentant de la Belgique auprès du Vatican, l'honorable baron d'Anethan, dépêche qui a été publiée, mais que je reproduis dans cet exposé pour qu'il soit complet
Les intentions du Gouvernement y sont clairement exprimées :
a Bruxelles, 21 juin 1878.
« Monsieur le Baron,
<( J'ai l'honneur de vous informer que le Roi a daigné agréer la combinaison que j'ai soumise à Sa Majesté et me conférer les fonctions de Ministre des Affaires étrangères.
c< Le parti que le vœu du pays vient de porter au pouvoir a eu plusieurs fois l'occasion d'exposer, au sein de la Législature, ses vues sur le changement que les événements politiques de la Péninsule devaient entraîner dans la représentation diplomatique de la Belgique en Italie; à trois reprises, en 1872, 1873 et 1875, il a voté pour la suppression de notre Légation auprès du Saint* Siège.
c( Le Ministère, à peine formé, n'a pas encore délibéré sur l'époque à laquelle cette mesure pourra se réaliser.
c( Je me réserve donc de vous adresser en temps opportun une communication à ce sujet.
« En attendant. Monsieur le Baron, rien ne s'oppose à ce que
vous preniez le congé que vous avez demandé, et je saisis avec
empressement, etc.
c( Frère-Orbam. »
Un mois après, le 26 juillet, M. Reusens, Secrétaire de la Légation, remplissant les fonctions de Chargé d'affaires, m'écrivait :
a Monsieur le Ministre,
a Dans ma dernière entrevue avec le Secrétaire d'État, Son Éminence, en me parlant de la récente polémique de nos journaux, m'a dit qu'EIle déplorait et désapprouvait les attaques dirigées contre nos institutions nationales par certains écrivains catholiques. Le Cardinal m'a assuré que ces attaques ne recevraient jamais de sa part le moindre encouragement direct ni indirect. Son Éminence a ajouté qu'EIle désirait que ses sentiments à cet égard vous fussent connus. C'est donc d'après le désir exprimé par le Secrétaire d'État lui-même que je rapporte ses paroles.
« Ce langage ne doit causer aucune surprise, car il est non seulement l'expression de la manière de voir personnelle du Cardinal, mais surtout l'écho d'une voix plus autorisée encore, et qui s'est déjà élevée en plusieurs circonstances pour foire l'éloge de nos institutions nationales.
« Je vous prie d'agréer, etc.
« George Recsens. »
Messieurs, les malheurs annoncés en Belgique, ces malheurs qui devaient être la conséquence de la création du Département de l'Instruction publique, ne semblaient guère avoir produit d'effet au Vatican. Loin de là ! On me déclarait spontanément qu'on désapprouvait les attaques dirigées contre nos institutions libérales. Attitude inattendue et qui était bien faite pour nous étonner !
Le Cardinal Franchi, qui était Secrétaire d*État, mourut presque subitement. Il fut remplacé par le Cardinal Nina. Le 20 août 1878, nouvelle dépêche de notre Chargé d'affaires auprès du Vatican :
c( Monsieur le Ministre,
d Dans ma première entrevue avec le nouveau Secrétaire d*État, j*ai rapporté à Son Eminence les dernières paroles prononcées par le Cardinal Franchi au sujet de la Belgique. Ces paroles, vous vous en souviendrez, Monsieur le Ministre, étaient une désapprobation, un blâme formel à Tadresse de ceux qui atta* quent notre Constitution.
(K En foisant connaître au Cardinal Nina l'opinion exprimée par son prédécesseur, j'ai cru pouvoir lui demander s'il partageait» à cet égard, les mêmes idées.
« Son Eminence me répondit que très certainement tels étaient ses sentiments personnels, mais, a-t-elle ajouté, je veux en parler au Pape, et je vous donnerai la réponse prochainement.
a A l'audience suivante, c'est-à-dire hier, le Cardinal m'a dit qu'il avait, en effet, entretenu le Saint-Père à ce sujet. Sa Sainteté l'avait autorisé, de la manière la plus absolue, à me donner l'as* surance que les attaques contre les institutions nationales ne recevraient au Vatican ni appui ni encouragement, et que le Cardinal Franchi, en me parlant comme il l'avait fait quelques jours avant sa mort, avait exprimé non seulement une opinion personnelle, mais celle du Pape lui-même.
(c Léon XIII avait ajouté qu'il désirait que le même langage fût encore tenu aujourd'hui par son nouveau Secrétaire d'Etat, que lui-même d'ailleurs, déjà en différentes circonstances, avait recommandé aux catholiques le respect et l'obéissance aux lois de leur pays ; que cette recommandation il l'avait faite d'une manière spéciale aux catholiques belges, parce que leur régime
politique est des plus favorables au développement des intérêts de la religion. Enfin le Pape avait résumé sa pensée par ces mots : Ces attaques font du tort à la Belgique, elles en font aussi à l*Eglise ; il faut donc les désapprouver et les blftmer« »
Voix A GAUCHE. — Très bien !
M. Frére-Orban, Ministre des Affaires étrangèi^es. *- « Telle est, Monsieur le Ministre, la réponse que j*ai reçue du Cardinal Nina, et Son Eminence, en me la rapportant, a ajouté : Je suis heureux que les sentiments personnels que je vous ai manifestés il y a quelques jours aient reçu une si haute et si complète approbation.
« fai cru devoir vous signaler ce premier entretien que j'ai eu l'honneur d*avoir avec le successeur du Cardinal Franchi. 11 en résulte que Tavénement du nouveau Secrétaire d*Etat n'apportera aucun changement dans la conduite si heureuse que la politique du Vatican a prise à l'égard de notre pays depuis Tavénement de Léon Xlll. »
Vinrent les fêtes du vingt-cinquième anniversaire du mariage du Roi. Notre Chargé d'afTaires reçut la mission de remettre au Saint-Père une lettre du Roi en réponse aux félicitations qu'il en avait reçues.
Le 13 septembre 1878, j'ai reçu le compte rendu de cette mis^ sion. La dépêche est intéressante en son entier ; je me borne à en extraire ce qui se rapporte à notre cause actuelle :
« Léon Xlll m'a encore entretenu de la situation politique du pays, et il a répété à différentes reprises et sous différentes formes ce qu'il a déjà dit personnellement ou par l'intermédiaire de son Secrétaire d'Etat, au sujet du respect que les catholiques doivent témoigner à la Constitution : « C'est un pacte, a-t-il dit; « il faut qu'il soit loyalement observé, et puisqu'il a donné aux « Belges un demi-siècle de paix, je ne vois pas les raisons pour « y apporter des changements, ou même pour les désirer. >»
Fallait-iU Messieurs, refuser d*écouter ce langage, quelque influence qu*il pût exercer dans le pays? Devions-nous répondre : Il n*y a rien de commun entre nous ; nous entendons le principe de la séparation de TEtat et de TEglise en ce sens que non seulement nous ne pouvons pas traiter, mais que nous ne pouvons même avoir de conversation sur nos affaires? Devions-nous dire, comme quelques-uns le font entendre : Vous semblez vouloir le calme, nous voulons la lutte; dans la lutte, nous aimons mieux les violents que les modérés ; nous ne vous écoutons pas?
Des personnes sans responsabilité peuvent conseiller de pareilles attitudes. Mais il n*y a pas de Gouvernement sensé qui puisse les écouter. Le but de la politique, ce n'est pas la guerre, c'est la paix, et tout Gouvernement raisonnable serait inexcusable de répudier d'avance, sans le connaître encore, un moyen de pacifier les esprits.
Aussi personne, je pense, dans cette enceinte, n'aurait accepté la responsabilité de décliner des ouvertures qui nous étaient faites au Vatican et qui semblaient nous offrir quelques mesures favorables à la paix des esprits en Belgique.
Mais les positions devaient être nettement marquées.
Il n'y avait pas à traiter, il n'y avait pas lieu à des négociations proprement dites.
Pour négocier, il faut un objet sur lequel on puisse traiter. Dans notre politique et d'après nos institutions, il n'en existe pas entre la puissance temporelle et les autorités ecclésiastiques, quelles qu'elles soient. On n'en saurait découvrir que dans ce qu'on nommait, sous l'ancien régime, les questions mixtes, mais qui n'ont plus de raison d'être dans notre régime moderne. Il n'y a qu'un seul pouvoir dans TEtat, il n'y en a pas deux.
De là. Messieurs, l'attitude de nos adversaires, difficile, souvent embarrassée, parce qu'ils sont incessamment à la recherche d'ex* pédients, dès qu'il s'agit d'enseignement, de fondations charita-
Mes, de bourses d'étude, de mariages, d*inhumations, pour essayer d'un accord impossible entre l'ancien régime et le régime moderne. De là aussi le danger quand les catholiques sont au pouvoir et qu'ils peuvent aisément glisser sur la pente des réactions, de ces arrangements qu'on présente ensuite comme des transactions, et auxquelles il est toujours difficile d'échapper.
Il ne allait donc pas qu'il y eût d'équivoque possible. Il n'y avait pas à négocier. Il n'y avait à préparer ni un traité, ni un concordat, et c'est pour cela que, renonçant nettement, nous avons dit qu'il s'agissait d'un échange de vues entre nous.
L'échange de vues exprime donc une idée et garantit un principe. On dit ainsi de part et d'autre ce que l'on pense, ce que l'on veut; il n'y a place ni pour les habiletés, ni pour les finesses plus ou moins diplomatiques. Il n'y a place que pour la droiture et la franchise dans les paroles comme dans les actes, et tout en gardant vis-à-vis du Souverain Pontife le respect et la déférence qui lui sont dus, j'ai la certitude de n'avoir jamais manqué de tenir le langage qui convient au Ministre constitutionnel d'un Etat libre. {Très bien! très bien! à gauche.)
Le 22 septembre 1878, j'écrivis donc pour la première fois en réponse aux ouvertures qui nous étaient faites. La réponse ne se fit pas attendre. Elle est longue et intéressante. Elle confirme de plus près les paroles du Souverain Pontife. Mais nous ne pouvions accepter, sur un tel sujet surtout, de parler au nom du Pape.
Voici comment nous nous exprimions :
« Depuis la suppression du pouvoir temporel, des agitations, suscitées par des causes diverses ont troublé le pays.
€( Nos institutions ont été l'objet des attaques les plus violentes.
« Les doctrines des Encycliques et du SyllabuSy maintenues jusque-là dans l'ombre ont été produites ouvertement, et la
presse catholique, à une ou deux exceptions près, a été unanime à les opposer à nos principes constitutionnels.
<c Un journal a été spécialement fondé dans la capitale par un des Evêques belges, à cause de la tiédeur que Ton reprochait au Journal de Bruxelkê, qui était notoirement Torgane officieux an Cabinet.
« En môme temps, la Belgique devenait le fioyer d*une propagande dirigée contre des actes de gouvernements étrangers et de nature à compromettre nos relations internsitipnales; squs }a pression de Topiaion publique, dont Toppositipp parlementaire était I^écho, le Cabinet catholique se trouva même dans la nécessité d adhérer à une motion parlementaire de I9 miporité, ayant pour objet d*infliger un blâme à un Evéque,
a Des prétentions de tous genres se sont h\t jour, auxquelles le Gouvernement a dû résister et que les tribunaux ont condamnées.
« Une fois, appelé à s*expliquer sur des manifestations que de3 Belges, se disant les organes de tons les catholiques, allaient successivement faire à Rome, le Ministre des Affaires étrangère3, par forme de désaveu, déclara k la Chambre que Texistence d upe Légation auprès du Souverain Pontife serait justifiée par cela seul qu'elle aurait mission de dire au Pape que les catboUquea belges n*étaient point d*acoord avec ceux qui s'arrpgeaient le droit de parler en leur nom.
« Néanmoins, pendant toute cette période, la Légation restait absolument muette ; elle ne faisait aupune démarche, le Cabinet ne paraissant point avoir jugé utile de réclainer Tintervention du pouvoir spirituel pour modérer le clergé, dont TaUitudP inqui^ tait à bon droit le pays.
« La correspondance ne se compose, en effet, que de quelques lettres récentes portant sur des points secondaires, copime ceux qui ^qni relatifi k des inesures vei^g^oires prises par un ^véqup à
l*ëgard des élèves de certaines écoles laïques placées sous le contrôle de Fautorité publique; d*autres communications renferment des explications peu catégoriques et, d^ailleurs, assez inutiles, concernant la revision, qui semblait poursuivie par quelques personnes, des dispositions constitutionnelles qui régissent le mariage civil.
ce Au mois de mars dernier, lorsque notre Ministre remit à Léon XIII ses lettres de créance» Sa Sainteté se plaignit que Ton attribuât au Saint-Siège Tintention de dominer les pouvoirs civils, tandis qu'il recommandait, au contraire, Tobéissance aux Gouvernements établis, le respect des lois; quelques jours auparavant le Secrétaire d*Etat avait aussi eu l'occasion de faire part au Baron d'Anethan de l'intention du Pape de chercher à tempérer le zèle souvent excessif de la plupart des prélats belges.
c< C'étaient là de vagues aspirations, fort peu définies, indiquées seulement dans le cours d'une conversation générale.
c< Mais aussitôt après les élections de juin, l'attitude de la cour de Rome se modifie complètement.
« Par diverses dépêches, la Légation rend compte d'entretiens dans lesquels on désapprouve en termes formels les catholiques qui attaquent la Constitution; le Pape lui-même autorise le Secrétaire d'Etat h déclarer au chef de la Légation que les attaques contre les institutions nationales ne recevraient au Vatican ni appui ni encouragement.
c< Il est tout au moins singulier que l'on ait attendu, pour paraître condamner les agissements que je viens de rappeler, la chute du Ministère catholique et l'avènement d'un Ministère libéral, dont la mission est de sauvegarder les droits de la société civile.
« Vous le savez. Monsieur le Chargé d'affaires, nous n'avons provoqué d'aucune manière l'expression de ces sentiments.
« Nous ne nous croyons pas autorisés à entrer en discussion sur un pareil sujet.
« La Constitution a séparé TEtal et les Eglises en proclamante ^::\l la liberté des cultes ; elle a interdit à TEtat d*intervemr dans la .ms. la nomination et Tinstallation des ministres des cultes dans les actes et les rapports des supérieurs spirituels avec leurs subordonnés ou les fidèles.
« L*abstention est donc pour nous un devoir ; entièrmieot ^ m^A étrangers aux affaires de la Curie romaine, nous n*avons consti* tutionnellement aucune action à exercer sur le clergé.
« Nous ne saurions d'ailleurs nous prévaloir des qui vous ont été données, sans nous exposer à un désaveu oi tout au moins à des réclamations.
c( Les conversations particulières non destinées à la publiât^t^ité ont-elles été bien saisies? La pensée des interlocuteurs a-t-ell^f ^« été bien rendue? N*en a-t-on pas exagéré le sens de la m6illeur»-K.are foi et sans le vouloir?
« Ce n'est donc ni dans cette forme ni de cette manière que les^ Jles paroles rapportées pourraient produire quelque effet.
c( Elles tendraient uniquement à nous désarmer, tandis qu^mMjg^^ nos adversaires seraient laissés en pleine liberté de continuer \M rr te lutte.
c( Si l'on veut arrêter les entreprises que nous redoutons, i» « » ^^ auxquelles nous sommes tenus de résister, c'est ailleurs et autrear'v^trement qu il convient de parler.
c( Alors il y aurait une situation réellement nouvelle; le cl6i|3S|nKSsrS^ cesserait de répudier et de flétrir les institutions libres, et Yoo^t^ ^^^ pourrait espérer bientôt la pacification des esprits.
c< J'ai tenu. Monsieur le Chargé d'affaires, à vous &ire coof:KC>^><>o^ naître l'impression du Gouvernement du Roi; vous n'avez pas ; ^JS^as la communiquer au Vatican; car, officiellement, nous n'avons pa jsc^ ^ P^ le droit d'intervenir en ces matières, et je ne veux pas examiner»^ ^^^^^ pour le moment, quelle pourrait être la convenance, quels seraievs^-^^'^'^ éventuellement la valeur et les effets d'une intervention officieuse^^^-^^^'
MDar voie d'insinuation ou de conseil auprès du Chef spirituel de k^ catholicité, pour obtenir que Ton mette un terme aux attaques incessantes dirigées par le clergé et la presse catholique contre les droits que la Constitution garantit aux citoyens. »
Gomme vous le voyez, Messieurs, nous nous abstenions pru* demment de prendre la parole au nom du Pape; c*est ailleurs et autrement, selon nous, que le Souverain Pontife devait faire conûattre ses intentions.
Nous eûmes bientôt à nous applaudir de cette réserve. Des incidents, que la correspondance fait connaître, parurent rendre équivoques les déclarations qui nous avaient été faites, et donnèrent lieu à des correspondances étendues résumant toute notre situation politique intérieure dans ses rapports avec le clergé.
Je suis obligé, pour abréger, de passer tout cela sous silence et d'arriver à la conclusion.
C'est ailleurs et autrement que le Pape prit la résolution de parler sur le grave sujet qui nous occupe. J'en fus officiellement informé en ces termes :
« Rome, 13 janvier 1879.
ce Monsieur le Ministre,
<x J'ai l'honneur de vous informer du résultat de ma dernière conversation avec le Secrétaire d'Etat de Sa Sainteté.
(c La communication que je croyais pouvoir adresser au Gouvernement du Roi lui sera faite directement et prochainement par le Nonce, soit d'une manière verbale, soit au moyen de la lecture d'une pièce.
« Le Saint-Siège en a décidé ainsi à la suite d'un rapport de Mgr Vannutelli, dans lequel ce prélat rend compte d'un récent entretien avec vous.
« M. le cardinal Nina m'a dit qu'un des principaux points de
8é8 instructions au Nonce sera de portera votre connaissance* ce qu'effectivement ù la date du 1^^ octobre et à la suite de mek « observations (déterminées par la dépêche du 22 septembre der-* (c nier), le représentant du Saint-Siège à Bruxelles avait reçu (c Tordre de faire savoir aux Evéques et à tous les catholiques « belges qui Tentretiendraient sur ce sujet que le Saint-Père a ne peut, en aucune manière, approuver que Ton attaque la « Constitution belge, ni même que, dans les circonstances « actuelles... »
Je m'arrête sur ces mots « circonstances actuelles » pour dire qu'ils ont été expliqués dans la correspondance et effacés.
a ... on en demande une modification de quelque nature qu'elle <K soit, et cela par la raison que la Constitution, si elle contient « des articles non conformes à la doctrine de TÉglise, n'en ren- (c ferme pas moins des avantages auxquels le Saint-Siège attache a un très grand prix. 3»
a Le Cardinal se propose, tout en rappelant au Nonce qu'il l'a déjà loué d'avoir exécuté, avec le plus grand empressement, les ordres donnés antérieurement, de lui réitérer ces mêmes ordres, s'il est possible, d'une manière plus catégorique encore, afin de faire partager par le clergé et les fidèles belges les idées que Sa Sainteté désire voir acceptées.
« Je vous prie d'agréer, etc.
« Georges Reusens. >»
On a dit. Messieurs, que l'Église se gouverne hiérarchiquement et non diplomatiquement. On voulait essayer d'infirmer par avance les communications que le Gouvernement pourrait avoir à faire. Eh bien, ceux qui ont émis ce principe ont une entière satisfaction. Le Gouvernement n'a pas accepté d*ètre diplomatiquement l'organe de la Papauté ; mais la Papauté lui a &it con-
— id5 —
naître qu'elle a indiqué hiérarchiquement aux évoques quelle était la ligne de conduite qu'elle entendait qu'on tint.
Les déclarations que je viens de rapporter sont entre 'guillemets dans la dépêche. Gela signifie qu'elles sont textuelles. Et il est d'usage, lorsqu'on cite des paroles d'un interlocuteur, de lui soumettre, avant l'envoi, les paroles que l'on rapporte pour être bien sûr qu'il n'y a pas erreur et qu'il n'y aura pas réclamation.
On s'est parfaitement conformé à cet usage. De plus, j'ai averti à la première occasion, dès l'origine de nos négociations, de notre échange de vues, pour maintenir le mot, j'ai averti que je ne pouvais me soustraire h la publicité, que c'était une règle des Gouvernements constitutionnels, et que, dans les circonstances actuelles surtout, il ne me serait pas possible de celer la correspondance qui aurait pu être échangée.
On a donc su dès ce moment que la publicité serait complète, et pour prévenir toute espèce de doute, d'hésitation, de réclamation, et de discussion aussi ultérieurement de la part de la presse» je pris le soin, avant toute publication, mais sur l'annonce de la publication, de faire communiquer le dossier tout entier, sans exception ni réserve, à la Secrétairerie d'État, qui a tout vu, relu et examiné.
On m'a exprimé le désir que cette même communication fût faite au Nonce à Bruxelles, et j'ai déféré à ce désir.
Je le dis donc une fois pour toutes, afin de n'avoir plus à le répéter, il n'y a pas h discuter sur les termes qui sont consignés dans cette correspondance, et ce qui s'y trouve entre guillemets est textuel.
Sur ces entrefaites, le Bien public provoqua les journalistes belges à s'associer à une manifestation qui réunissait à Rome « les publicistes voués, disait-il, à la défense de TÉglise et à la propagation des vérités qu'elle enseigne ». C'était la continuation d'un procédé pratiqué sous le pontificat précédent, et qui consistait k
Â.*.fyj
aller, par des manifestations faites auprès du Pape, recevoir dlEdes approbations, des encouragements pour les idées qu^on défends lait dans la polémique politique.
L'adresse fut formulée par le rédacteur en chef du Bien publm. Zic; elle reçut Tadhésion de 114 journaux catholiques belges, c\ à- dire Funanimité, sauf le Journal de Bruxelles. {Rédamatioi droite).
Quand je parle d*une ou deux exceptions, tout le monde ■■me comprend. On sait que le journal la Belgique n'est autre quei^sle Journal de Bruxelles.
M. Coremans. — Il y a aussi les journaux à Anvers.
M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — î ^ quels?
M. Coremans. — Le Handelsblad, le RedU, YEseaut et d'autres.
M. Frère*Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Vo^boos connaissez des journaux catholiques qui se soustraient à la dir "CC* tion des Evêques? Moi, je n'en connais pas un seul.
M. Coremans. — Vous ne connaissez pas la presse flamao ^^ de, c*est acquis.
M. Frôre-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Je *^ 114 journaux; voulez-vous ajouter 4 ou 5 journaux au Jawmat^^^ Bruxelles? Je le veux bien.
M. Coremans. — Toute la presse flamande. (Exclamatim ^^ et hilarité à gauche.)
M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — délégués, en très grand nombre, se rendirent donc à Rome ^^ ^ furent reçus par le Pape. Le silence le plus complet a été obseï^ ^^ sur les résultats essentiels de l'entrevue au point de vue bel^pr S^'
Mais ce que ces journaux, si prompts, en d'autres temps, ^^* ' publier et à exaller les moindres paroles de Pie IX parce qa'el" -*^ poussaient au combat, — ce que ces journaux ont tu. Yenant ^^
Léon XIII, parce qu'il indiquait une voie nouvelle à suivre, — nous l'avons appris d'une manière officielle. Voici, Messieurs, ce qui m'a été écrit sur ce sujet :
(c J*ai eu l'honneur d'être admis samedi dernier en audience chez le Saint-Père et de lui présenter les félicitations d'usage à l'occasion du premier anniversaire de son élection et de son couronnement.
c( Léon Xlllm'a accueilli avec sa bonté habituelle et m'a exprimé de nouveau le vif plaisir qu'il avait à recevoir les témoignages de dévouement de la Belgique, « de ce pays, a ajouté Sa Sainteté, <c que j'affectionne entre tous et auquel me rattachent des souve- « nirs déjà lointains, mais toujours vivants.
a Le Pape m'a parlé ensuite de votre récente proposition à la Chambre des Représentants, au sujet du maintien provisoire de la Légation du Roi.
tt J'espère, m'a dit le Saint-Père, que le provisoire deviendra <c définitif. Au reste, après avoir lu les dépêches dont il a été « donné copie, je me suis parfaitement rendu compte des difficc cultes de la situation dans laquelle se trouve M. le Président du « conseil. Aussi, à plusieurs reprises, me suisje concerté avec a mon Secrétaire d'État pour trouver les moyens d'aplanir ces « difficultés. J'ai moi-même parfois ajouté quelques phrases aux a notes envoyées à Bruxelles, afin de correspondre plus efficaa cément aux désirs de M. le Ministre des Affaires étrangères.
a Je désire l'apaisement en Belgique , et, récemment encore, <c j'ai eu l'occasion de m*exprimer dans ce sens auprès des déléa gués d'un groupe de la presse catholique belge.
a Ces messieurs, à peine arrivés à Rome, ont instamment « sollicité d'être reçus par moi : ils désiraient un conseil du tt Pape au sujet des discussions que soulèvent certains articles de « la Constitution.
« J'ai accédé à leur demande et voici ce que je leur ai dit, après
« avoir fait ressortir les avantages qu*&8sure au Sàint-Sifr^[i
« l'œuvre du Congrès belge de 1830 :
ce Les œuvres des hommes ne sont pas parfaites : le mal me « trouve îk côté du bien, Terreur à côté de la vérité. Il en est aicisi a de la Constitution belge : elle consacre quelques principes q^ ua ce je ne saurais approuver comme Pape» mais la situation du c-sce tholicisme en Belgique, après une expérience d'un deaii-8ièal.09 « démontre que» dans l'état actuel de la société moderne» le « système de liberté établi dans ce pays est le plus iavorabl^ ft ce rËglise. Les catholiques belges doivent donc non seulement ce s'abstenir d'attaquer cette Constitution, mais ils doivent la ce fendre. {Très bien! à droite; rires, à gauche.)
a J*ai profilé de la circonstance, a ajouté LéouXIIi» pour reno ce vêler à ces messieurs les conseils que j'avais dounëSt ce mon discours à la presse en général : Ne sortez pas de la voi^ « constitutionnelle et ne vous écartez pas des limites de la mod^* « ration, leur ai-je dit; les causes justes et vraies ne gaga^^^^ tt rien à être défendues par la violence ou les excès de langage- * (Très bienl à gauche.)
tt Ces mots, Monsieur le Ministre, ont mis fin à l'audieno^- Cependant, en me congédiant, et au moment où je m^incUa^ii' devant lui, le Pape m'a encore dit : « J'aime la Belgique et je '' a bénis ; je bénis particulièrement la Famille royale, je b6<^ ce votre Souverain, sur lequel je reporte toute la haute estime cj^ue tt j'avais pour le Roi son illustre père. »
tt Après l'audience pontificale, j'ai été, selon l'usage, préseim-'^ mes hommages au Secrétaire d'État de Sa Sainteté, et comm^^î^ lui rapportais ma conversation avec le Saint-Père, Son Emine '^^ a bien voulu me dire que j'avais exactement retenu les parolei^*^^ Pape, et que c était dans les mêmes termes que Sa Saintetâ^*^^ avait parlé de son entrevue avec les délégués de la presse be^^S^* De mon côté, a dit le cardinal, j'ai tenu à ces messieurs un
gage identiqoe. Nous espérons maintenant que Ton suivra des conseils si sages et donnes de si haut. » • Le Pape, Messieurs* s'expliquait dans le même sens lorsqull reçut M. le Baron d'Anethan, qui allait reprendre son poste, ainsi que le constate une dépêche du 28 avril 1879.
L'expérience nous dira quels seront les résultats de la politique nouvelle que nous constatons.
Mais, en attendant, n'est-ce rien que de pouvoir la faire con*> naître, et d'affranchir bien des catholiques du joug que Ton feisait peser sur eux? N'est-ce rien que de pouvoir démontrer aujourd'hui que l'on peut n'avoir nul souci de cette presse si arrogante, si hautaine, si violente, et qui prétendait parler au nom de TÉglise?
Mais, si ce point était réglé, il en était un autre qui agitait les esprits, et peut-être avec d'autant plus de violence qu*on était obligé de se contenir sur un autre terrain, le terrain constitutionnel.
Le projet sur renseignement primaire soulevait l'opposition la plus véhémente ; cette opposition était déclarée par les Evéques et soutenue par la droite parlementaire, d'une manière tout à fait extraordinaire et inusitée. Les principaux orateurs de la droite, sous la conduite des chefs, provoquèrent des meetingi dans les villes et dans les villages, les villages surtout ou les petites communes, pour essayer de soulever le pays. Les Ëvâques men&ient la guerre au nom de la religion, les autres la menaient au nom de la politique. On tenta d'élever l'affaire à une telle hauteur, qu'on déclara que le projet du Gouvernement, s'il était adopté, serait un obstacle insurmontable à ce que les catholiques pussent participer aux fêtes de 1880. Nous étions menacés d'une sécession! L'esprit d'opposition dans ce sens n'a pas cessé de se manifester. Dans ces derniers jours encore, la presse catholique a foit entendre des excitations du genre de celles dont je vous parlais tout k riitare*
On dénonçait comme une sorte de trahison de la cause ^die TEglise le projet de paraître à ces fêtes. Peut-être bien auss^i» Messieurs, parce que ces fêtes, en même temps destinées à célébrer Tanniversaire de Tindépendance nationale, oontrib». ^^ raient, par cela même, à glorifier nos institutions et nos libert.^^8 publiques.
Eh bien. Messieurs, le Pape, médiocrement ému, sans douK^, de tant et de si bruyantes manifestations, n*a pas voulu coa: dérer le projet de loi dénoncé comme pouvant être le prêtes d*une retraite sur le mont Àventin. Je trouve dans ce fait a preuve qu*il n'admettait pas les exagérations auxquelles on livrait. Il ne pensait pas même qu'on ne dût au moins ne parât i à ces fêtes qu*en habits de deuil. {On ril.) Ayant appris que Tun de nos Evéques avait nettement refusé de participer à la célébsration de ces fêtes ou de contribuer à leur splendeur en laissa ni paraître à une exposition publique les objets d*art que Xes églises pouvaient posséder, le Cardinal Secrétaire d*État di€. ^ notre Ministre près du Vatican que le Pape inviterait les Ëvêqcmes à ne pas prendre une pareille attitude. Ceût été, en effet, donaser un très mauvais exemple aux catholiques.
Vous trouverez l'expression de ce sentiment du Pape coib- ^* gnée dans une dépêche du 10 juillet 1879.
Messieurs, tandis que se produisaient les actes importants c^3^ je viens de rappeler, un débat ardent s'engageait dans le p^^J* sur la question de renseignement primaire. Avant même ^ publication de notre projet de réforme, les Évêques avaient la^^^ leur manifeste politique sous le titre de mandement — je ^^ :apprécié dans ma correspondance — qui condamnait d'avair=3<^ un projet qu'ils ignoraient encore, et qui ne fut pas tel qu"'^'' l'avaient supposé.
Le Pape garda le silence le plus complet et sur ce documi^A' émané des évêques et sur le projet de loi même; il ne&'asso^oà
à aucune des manifestations épiscopales dans lesquelles on dénonçait, en vain, le péril social, les dangers dont la religion était menacée, la violation des lois divines et humaines; le Chef de la catholicité ne consentit pas à sortir de sa réserve; aucune suggestion ne parvint à l'en faire se départir. Attitude significative. Messieurs, qui tire surtout sa valeur du rapprochement que l'on peut en faire de l'acte émané de Pie IX à propos d'un projet de loi sur l'enseignement moyen, reposant identiquement sur le même principe que celui de notre loi nouvelle. Pie IX avait, en efiet, prononcé une allocution en consistoire, dénonçant la loi de 1850 comme lEaisant courir des périls à la religion catholique en Belgique.
On essaya vainement de répandre par la presse la nouvelle erronée que le Pape approuvait les Evêques. Des télégrammes datés de Rome étaient publiés avec empressement par tous les journaux catholiques, annonçant que le Pape avait approuvé les mandements. Ces télégrammes furent officiellement démentis dans notre correspondance. Le Cardinal Secrétaire d'État déclara (dépêche du 15 janvier 1879) « que ni le Saint-Père, ni luimême n'avait chargé personne d'envoyer un télégramme à ce sujet D.
On tenta une autre manœuvre, pratiquée avec succès sous le précédent pontificat. Des associations catholiques faisaient des adresses au Souverain Pontife pour obtenir l'approbation de leurs actes. Le Cercle Saint-Àmbroise, à Liège, exposa, dans une adresse, le but qu'il poursuivait et signala qu'il était surtout particulièrement hostile à la réforme de la loi sur l'enseignement primaire. On se borna, au Vatican, à accuser réception de Tadresse, en envoyant des remerciments. 11 fut constaté officiellement, dans la correspondance (dépêche du 30 avril 1879), qu'on avait pris le soin de passer sous silence le paragraphe de l'adresse relatif à l'enseignement.
— Kft -
Lorsque lo Pape publia, vers ce temps^là, utie lettre au Cardinal-Vicaire au sujet des écoles de Rome, on 8*empressa, dans la presse cléricale, de prendre quelques passages de cette lettre du Pape Léon XIII pour essayer de démontrer qu*elle était dirigée contre le projet de loi qui se trouvait soumis aux délibérations des Chambres.
Ce moyen, Messieurs, vous le comprene2, était mis en œuvre pour soutenir l'ardeur de Topposition, pour réchauffer les tiëdes et enflammer les ardents. Eh bien, ce moyen, comme tous les autres, fut officiellement désavoué.
Messieurs, je ne veux pas en déduire — et il ne fout pas qu'on interprète ainsi ma pensée — que le Pape approuve la sécularisation de l'enseignement. Ce serait absurde. Je ne conclus pas de là qu'il est fovorable au principe de nos lois en cette matière, retenez-le bien.
Je ne prétends pas qu'il les trouverait conformes aux principes de l'Ëglise catholique. Je ne prétends rien de semblable. Le Pape et les Evoques sont, j'en suis persuadé, parfaitement d'accord sur ce point de doctrine. Mais nous ne disons pas de la théologie» nous faisons de la politique : ce sont deux choses bien distinctes. Réserve faite quant aux doctrines, ce qui est de la théologie, réserve faite quant aux dogmes» ce qui ne nous regarde pas, il y a à voir ce qu'il fiiut faire — et c'est de la politique — ce qu'il faut faire dans des circonstances données, lorsque les doctrines viennent se heurter aux principes admis dans les sociétés modernes. Dans quelle mesure faut-il agir? C'est la question qui se pose alors.
Les Evoques sont belliqueux. Le Pape est pacifique. De la part des Evéques» la lutte est ardente et passionnée. Suivant un mot du Cardinal Nina, qui se trouve rapporté dans notre correspondance, « le Saint-Siège n'a pas voulu, dans la phase où nous sommes, apporter du combustible pour alimenter le feu »*
Voilk ce que cela sij^nifie, et o^est beaucoup.
Mais, Messieurs, il ne nous a pas paru cependant que cett6 attitude passive pût suffire. Elle n*était pas sans signification. Nous devons en savoir gré, et j'en remercie certainement le Souverain Pontife. Mais cette attitude passive, ou bien était mal interprétée, ou bien Ton en abusait; car la guerre était de jour en jour plus excessive, et nous pensâmes qu*une action plus active était nécessaire.
J'omets une série d'actes diplomatiques pour m'attacher, dans cet exposé, à ce qu'il y a de plus essentiel. J'omets même les actes auxquels je réponds. La réponse indique suffisamment pour le moment l'objet de la discussion.
J'exposai notre situation intérieure à ce moment dans une dépêche du 26 février 1870, qui explique et défend notre projet* Cette dépêche est ainsi conçue : •^c'à:;
« Monsieur le Chargé d'affaires,
« M. le Cardinal vous a fait remarquer la a réserve que, dans « l'intérêt de la pacification des esprits, s'est imposée le Sainttt Siège vis-à-vis du Gouvernement du Roi, puisque, en présence a du conflit relatif à l'enseignement, aucun acte public n'a été « posé. »
tt 11 y a dans cette réserve, que j'apprécie, une double mesure de prudence. Il n'est pas douteux, d'une part, qu'une intervention conforme aux vues du clergé aurait pour effet, dans les circonstances actuelles, de surexciter les esprits à ce point, que le maintien de la Légation auprès du Vatican serait immédiate* ment rendu impossible; et, d'autre part, l'approbation donnée à une opposition absolument injustifiable dans le caractère qu'elle revêt et la forme irritante et passionnée sous laquelle elle se produit dans les mandements épiscopaux, ne reposerait
que sur une appréciation fausse du projet du Gouvernement du
Roi.
. (c Je ne veux pas négliger l'occasion qui m*est offerte de jusû-
fier cette assertion.
a On ne peut se placer au point de vue de Tidéal de TÉgliae en cette matière, pour juger sainement le projet de réformd âe notre loi sur renseignement primaire.
a Cet idéal n*est d ailleurs réalisé nulle part aujourd'hui, mè dans les pays les plus catholiques.
(c Nos principes constitutionnels peuvent seuls servir de à nos lois.
a De même que dans tous les pays où règne la liberté cultes, récole publique en Belgique doit être accessible élèves des diverses communions religieuses.
a 11 ne peut donc exister dans Técole aucun enseignemeDi^ dogmatique spécial.
a Deux systèmes se trouvent alors en présence : Tua excl*^^ tout enseignement religieux d un culte particulier dans Fécale * Tautre met le local de Técole à la disposition des pères de fiimill-^ et des ministres des cultes, pour que les enfants y reçoivent » ^ des heures déterminées, renseignement religieux de la confî9^ sion à laquelle ils appartiennent.
ce Le premier système est pratiqué et fermement mainte ^^^ aux États-Unis et en Irlande, malgré les attaques dont il a Tobjet; le second est en vigueur en Hollande depuis bien trois quarts de siècle, et après des épreuves et des discussi9 solennelles dans les Chambres en 1857 et en 1878, il a résii^'^' à toutes les attaques dirigées contre lui par les partisans écoles confessionnelles.
(c Lorsque le premier système fut introduit en Irlande, chefs du culie catholique dans ce pays se divisèrent : les i^^^^ Tapprouvaient, les autres le condamnaient. Grégoire XVI se pj
nonça en faveur de ceux qui prêtaient leurs concours à l'école mixte en déclarant qu'il était préférable qu'aucun enseignement religieux ne fût mêlé à renseignement séculier.
« Je n'ignore pas que, plus tard, le Pape Pie IX a exprimé un sentiment différent sur ces écoles ainsi que sur celles des États- Unis. Toujours est-il que, même dans ces conditions, aucun principe essentiel ne semblait atteint, puisque le Chef de l'Église a pu varier dans l'appréciation du système des écoles mixtes.
« Le régime pratiqué en Hollande, avec le concours et l'approbation des catholiques, n'a pas, à ma connaissance, été condamné par le Vatican.
ce Si l'on examine attentivement le principe fondamental de la loi de 1842, on est obligé de reconnaître qu'il est également celui de l'école mixte.
« La loi exige que l'école soit accessible aux en&nts des divers cultes. Elle prescrit par cela même que l'enseignement séculier ne sera ni catholique, ni protestant, ni: juif ; mais elle décide que le seul enseignement religieux donné dans l'école sera celui « du culte professé par la majorité des élèves. »
« Les enfants qui n'appartiennent pas à la communion reli- « gieuse en majorité dans l'école sont dispensés d'assister à cet « enseignement. » (Art. 6 de la loi du 23 septembre 1842).
<c Ainsi, la loi est formelle : lorsque la majorité des élèves appartient à la religion catholique, la religion catholique est seule enseignée dans l'école; lorsque la majorité appartient à la religion protestante, la religion protestante seule est enseignée.
« Cet enseignement se donne séparément, la minorité est dispensée d'y assister, et, dès lors, l'enseignement séculier, qui est commun à tous, ne peut plus avoir un caractère dogmatique particulier.
<c L*école devient-elle par cela impie et perverse? L'atmosphère de récole cesse-t-elle â*être morale ^t religieuse? L'instruction
est-elle par là séparée de Téducation? I^a foi des enfants est^elle mise en péril dès que la leçon de religion n*est pas donnée pen* dant la classe et comme matière de classe?
« S*il en était ainsi, on aurait prononcé la condamnation du principe fondamental de la loi de 1843.
a Que fait, à ce point de vue, le projet de revision de la loi de 1842?
<c II maintient le système de l'école mixte, de Técole neutre, de l'école sécularisée, et il applique, quant à renseignement religieux, le système qui est en vigueur et en honneur en Hollande.
c( 11 ne veut plus, ce qui n'est pas en harmonie avec nos institutions constitulionnelles, que la religion de la majorité soit seule enseignée dans l'école; il veut pour la minorité, qu'elle soit catholique, juive ou protestante, selon les cas qui peuvent se présenter, les mômes droits que ceux que l'on attribue à la majo^ rite.
a En conséquence, ce projet dispose comme il suit quant k l'enseignement religieux :
« Art. 4. L'enseignement religieux est laissé au soin des « familles et des ministres des différents cultes.
« Un local dans l'école est mis à la disposition des ministres « des cultes pour y donner, soit avant, soit après l'heure des « classes, l'enseignement religieux aux en&nts de leur commu- « nion fréquentant l'école. »
« Cette disposition était à peine publiée qu'on Usait dans les journaux catholiques ce qui suit :
« Une protestation éplsoopale.
a La protestation suivante contre le projet de loi qui chasse de « VécoU 1$ priire, U religiùn et Dieu^ a été lue dimancba da
« haut de la chaire dans toutes les églises de Namur. » {Gazette de Liège, du jeudi 30 janvier 1879.)
- a Ainsi, déclarer que renseignement religieux est laissé au soin des familles et des ministres des divers cultes, mettre un local dans recelé à la disposition des ministres des cultes pour donner cet enseignement religieux, c*est chasser de Técole le prêtre, la religion et Dieu !
« Et maintenant voici Tacte épiscopal :
« Le projet de loi dont la lettre de NN. SS. les Evêques vous a « entretonus, depuis quinze jours, a été déposé et publié dans « nos Chambres législatives. Il dépasse toutes nos craintes, a Malheureusement, il n'est que trop vrai que renseignement de « la religion y est effacé du programme du Gouvernement, que « les instituteurs et les institutrices ne devront plus enseigner le a catéchisme à vos enfants.
a Par une concession dérisoire, on pourra prêter le local « de récole au prêtre, à une heure impossible, tout au matin, a ou après que les enfants auront été fatigués par de longues « heures de classe. Cela suffira pour leur Êiire prendre en a dégoût la leçon de catéchisme, et l'abstention de tout ena seignement religieux par l'instituteur achèvera d'inspirer aux fç écoliers l'indifférence, puis le mépris pour l'étude de la « religion. »
a Ce document affirme que les instituteurs et les institutrices n'enseigneront plus le catéchisme aux enfants, tandis que TExposé des motifs de la loi, qui explique et commente l'article 4 du projet de loi, s'exprime ainsi :
<c La loi garantit aux prêtres de toutes les Eglises qu'ils seront « admis dans l'école pour y donner l'enseignement- aux enfants a de leurs communions respectives.
a Si cependant aucun membre du clergé ne vient donner l'en- « seignement à l'école, des répétitions pourront être nécessaires
68t-ell6 par là séparée de Téducation? I^a foi des enfants est^elle mise en péril dès que la leçon de religion n*est pas donnée pen* dant la classe et comme matière de classe?
(c S*il en était ainsi, on aurait prononcé la condamnation du principe fondamental de la loi de 1843.
a Que &it, à ce point de vue, le projet de revision de la loi de 1842?
« Il maintient le système de Técole mixte, de Téoole neutre, de Técole sécularisée, et il applique, quant à renseignement religieux, le système qui est en vigueur et en honneur en Hollande.
c( Il ne veut plus, ce qui n'est pas en harmonie avec nos institutions constitutionnelles, que la religion de la majorité soit seule enseignée dans Técole; il veut pour la minorité, qu'elle soit catholique, juive ou protestante, selon les cas qui peuvent se présenter, les mêmes droits que ceux que l'on attribue à la majo^ rite.
o En conséquence, ce projet dispose comme il suit quant k l'enseignement religieux :
« Art. 4. L'enseignement religieux est laissé au soin des « familles et des ministres des différents cultes.
« Un local dans l'école est mis à la disposition des ministres « des cultes pour y donner, soit avant, soit après l'heure des « classes, renseignement religieux aux en&nts de leur commu- « nion fréquentant l'école. »
« Cette disposition était à peine publiée qu'on Usait dans les journaux catholiques ce qui suit :
« Une proteatation éplsoopale.
a La protestation suivante contre le projet de loi qui chasse de « VécoU U prêtre^ U relinion et Dieu, a été lue dimanche da
« haut de la chaire dans toutes les églises de Namur. » {Gazette de Liège, du jeudi 30 janvier 1879.)
- « Ainsi, déclarer que renseignement religieux est laissé au soin des familles et des ministres des divers cultes, mettre un local dans l'école à la disposition des ministres des cultes pour donner cet enseignement religieux» c'est chasser de l'école le prêtre, la religion et Dieu!
« Et maintenant voici l'acte épiscopal :
« Le projet de loi dont la lettre de NN. SS. les Evêques vous a « entretenus, depuis quinze jours, a été déposé et publié dans « nos Chambres législatives. Il dépasse toutes nos craintes, a Malheureusement, il n'est que trop vrai que l'enseignement de « la religion y est effacé du programme du Gouvernement, que « les instituteurs et les institutrices ne devront plus enseigner le a catéchisme à vos enfants.
a Par une concession dérisoire, on pourra prêter le local « de l'école au prêtre, à une heure impossible, tout au matin, a ou après que les enfants auront été fetigués par de longues « heures de classe. Gela suffira pour leur faire prendre en a dégoût la leçon de catéchisme, et l'abstention de tout enci seignement religieux par Tinstituteur achèvera d'inspirer aux fc écoliers l'indifférence, puis le mépris pour l'étude de la « religion. »
a Ge document affirme que les instituteurs et les institutrices n'enseigneront plus le catéchisme aux en&nts, tandis que l'Exposé des motifs de la loi, qui explique et commente l'article 4 du projet de loi, s'exprime ainsi :
« La loi garantit aux prêtres de toutes les Eglises qu'ils seront « admis dans l'école pour y donner l'enseignement* aux enfants a de leurs communions respectives.
a Si cependant aucun membre du clergé ne vient donner l'en- « seignement à l'école, des répétitions pourront être nécessaires
« pour graver dans la mémoire des enfants renseignement reli- « gieux prescrit par le culte auquel ils appartiennent
« L'instituteur pourra s'acquitter de ce soin. Mais il ne peut y « être contraint, il faut son assentiment volontaire; 8*il refuse <K son aide, une personne apte sera chargée de faire réciter les « leçons aux enfants conformément au vœu des pères de fi* « mille. y>
(c Une lettre pastorale et mandement de carême collectif des Evêques belges, qui vient d*être publiée, dénonce, dans des termes non moins violents, le projet du Gouvernement à Tanimadversion des populations.
« On y lit : fc Le Gouvernement cherche encore à dissimuler ses « desseins en prenant l'engagement de mettre à la disposition da <c clergé Tune des salles de l'école communale pour y donner, « soit avant, soit après l'heure des classes, renseignement reli- « gieux aux enfants catholiques fréquentant Técole. Le Gouver- « nement n*a pu s*abuser au point de croire que vos Evoques se « prêteraient à faire réussir cette supercherie ; mais il espère par « cette offre, toute dérisoire qu'elle est, vous donner le change « sur la malignité de son entreprise et vous persuader qu*dld (c n'exclut pas d'une manière absolue l'enseignement religieux c( de l'école primaire communale. Mais vous n'êtes pas assex « simples pour vous laisser ainsi tromper. »
« Or, un seul fait suffira pour faire juger la convenance et la loyauté de la protestation épiscopale et du mandement des Evêques.
<c Au mois d'août 1846, les Evêques belges ont indiqué le mode de l'enseignement religieux dans les écoles soumises au régime de la loi de 1842 (circulaire adressée aux curés le 15 août 1846 avec le règlement). Le règlement qu*ils ont ait k ce sujet dispose, en son article 7 : i<Des deux demi-heures consa- « crées tous les jours à renseignement de la rdigian et de la tno-
ce rale^ Tune peut être employée à reciter la leçon de la semaine, (c Tautre à répéter les leçons déjà apprises.
(c Chaque jour les eniEants apprennent par cœur quelques (c demandes et réponses du catéchisme. »
c( Le Ministre de l'Intérieur de Tépoque, M. de Theux, catholique fervent et le chef incontesté du parti catholique» adressa, de son côté, sous la même date du 15 août 1846, une circulaire aux inspecteurs provinciaux de renseignement primaire, concernant Texécution du règlement général des écoles. Les mesures avaient été évidemment concertées entre le Gouvernement et les Evô ques.
a Cette circulaire porte textuellement :
a En donnant la leçon de religion au commencement de la classe ce le matin et à la fin de la classe de Paprès-midi^ l'on rend plus ce jEacile la prescription légale qui veut que les enfants qui n'apce partiennent pas à la communion de la majorité soient dispensés et d'assister aux exercices religieux : les élèves de cette catégoce rie pourront n'entrer en classe, le matin, qu'après la première ce demi-heure, et t après-midi, ils pourront quitter Vécole une demi- « heure avant leurs condisciples. »
ee Et c'est en présence de ces dispositions qu'un prêtre, un Evêque, ne craint pas de faire proclamer du haut de la chaire de vérité que le projet de loi, que l'on attaque avec une passion que l'on peut justement dire aveugle, offre ce une concession dérisoire <e en mettant le local de l'école à la disposition du prêtre à une ce heure impossible, tout au matin ou après que les enfants auront <x été fatigués par les longues heures de classe, et que cela suffira ce pour leur faire prendre en dégoût la leçon de catéchisme ! »
ce Et le projet de loi ne fait que reproduire, sous ce rapport, les mesures concertées avec les Evêques dès 1846!
a Et tous les Evêques ensemble annoncent aux fidèles ce que
a mettre à la disposition du clergé Tune des salles de l'école
c( communale, pour y donner, soit avant, soit après thewre des <c classes, renseignement religieux aux enfants », n*est qu'une manœuvre pratiquée par le Gouvernement» pour dissimuler ses desseins, « mais que ce Gouvernement n*a pu s'abuser b ce point c( de croire que les Evéques se prêteraient à faire réussir cbttb ce supercherie! »
« C*est pourtant à Taide de pareils moyens qu'on cherche à égarer les populations en affirmant que l'on chasse la religion de l'école et qu'on établit des écoles sans Dieu.
« Si en laissant donner la leçon de religion au commencement de la classe du matin et à la fin de la classe de l'après-midi, afin de rendre plus facile la prescription légale qui veut que les enfants qui n'appartiennent pas à la communion de la majorité soient dispensés d'assister aux exercices religieux, on fonde c( des écoles sans Dieu », c'est, en vérité, à la loi de 1842 qu'il faudrait faire remonter cette imputation.
ce 11 est trop évident qu'elle ne s'applique pas mieux au projet de loi qu'à la loi même qu'il s'agit de réformer, et si je pouvais consentir à employer le langage des mandements épiscopaux, je dirais que cette accusation a inepte et mensongère » ne sert qu'à cacher « une supercherie », destinée à abuser de la crédulité des fidèles. Mais le Gouvernement ne veut pas avoir recours, même en état de légitime défense, à de tels procédés de discussion.
a Certes, il est permis de préférer la loi de 1842 à celle qui est en projet ; il est légitime de la défendre avec vigueur ; on comprendrait certaine exagération dans les attaques contre les innovations proposées; mais l'attitude violente des Evêques et du clergé, excitant les populations à une sorte de révolte par les moyens que je viens de faire connaître, contre le projet d'introduire dans notre législation un principe qui est en pleine vigueur depuis très longtemps dans un pays voisin, sans avoir suscité la désapprobation du Chef de la catholicité, une telle attitude crée
une situation sur la gi*avité de laquelle on chercherait vainement à fermer les yeux.
<c J y ai appelé la sérieuse attention du Nonce apostolique, à qui j*ai signalé les faits que je viens d'énoncer, et comme il importe que cette situation soit exactement connue au Vatican, puisque, si elle ne se modifiait pas, il en résulterait des difficultés insurmontables pour nos relations avec le Saint-Siège, je vons invite. Monsieur le Chargé d'affaires, à lire cette dépêche au Secrétaire d*Etat de Sa Sainteté et à lui en laisser copie, s*il le le désire.
a Agréez, etc. »
On remarquera peut-être que cette dépêche a fourni les éléments de la circulaire fameuse qui a valu tant d*injures et tant d*outrages à mon honorable ami, M. le Ministre de Tlntérieur, et qui contient également les éléments du placard, non moins fameux, qui a soulevé les colères de Topposition. Tout y est. Eh bien, ce qui a produit un effet si considérable sur Toppo* sition, ce qui aurait causé bien des déboires à mon honorable ami, s*il avait pu être le moins du monde ému des attaques de Topposition, cette dépêche n*a pas fait du tout le même effet au Vatican.
Voici le compte que notre Ministre me rend de cette communication à la date du 17 mars 1879 :
ce J*ai eu Thonneur, conformément à vos ordres, de donner lecture au Secrétaire d*Etat de Sa Sainteté de la dépêche du 26 février et de lui en laisser copie.
a La lecture de cette pièce a paru causer une très vive impression au Cardinal Nina, qui s'est récrié à l'idée de devoir intervenir auprès de l'Episcopat.
a Les Evêques, a-t-il dit, sont indépendants, ce n'est que dans a des cas exceptionnels et dans les circonstances les plus graves « que le Pape leur adresse des observations. Il n'y a donc pas
OlO
c( lieu d'intervenir lorsqu'il s*agii d'actes collectifs de TEpiscopat (c et que ces actes ont pour but de s'opposer à une loi projetée (c dont les conséquences seraient fâcheuses pour l'influence de « l'Eglise.
« Nous avons déjà donné au Gouvernement royal une grande « preuve de notre désir de ne pas aggraver le conflit en ne « venant pas en aide aux Evoques ; mais paraître désapprouver, « même indirectement et quant à la forme, quelque regrettable (€ que puisse être cette forme, la ligne de conduite des prélats (( belges, nous ne le pouvons pas.
« Cela est impossible : exprimez-vous ainsi auprès de Son « Excellence M. le Ministre des Affaires étrangères. »
« Fallait-il, Monsieur le Ministre, se décourager en entendant ce langage? N'était- il pas plutôt indiqué, après avoir présenté an Secrétaire d'Etat de Sa Sainteté des observations calmes, de le prier de réfléchir, surtout de relire, d'étudier même attentivement votre dépêche, et de formuler enfin une réponse plus favorable, plus en harmonie avec l'intérêt de la Belgique et avec l'intérêt du Saint-Siège?
(( Vous ne désapprouverez pas, je l'espère, une conduite qui s'est inspirée, dans cette circonstance, de votre propre modération.
(C En effet, dans une nouvelle entrevue, gr&ce peut-être un peu à ces réflexions, mais grâce surtout aux conseils du Saint- Père sous les yeux duquel la dépèche a été placée, le Secrétaire d'Etat de Sa Sainteté est revenu de sa première impression, et a reconnu la nécessité d'une action du Saint-Siège, ayant pour but de calmer les esprits et d'inspirer des sentiments de modération.
« Le Cardinal Nina n'a pas caché que cette détermination, due à la sagesse de Léon XIII, venait non seulement des arguments que vous avez fait valoir, mais encore de la forme sous
laquelle ces arguments ont été présentés, une forme qui a mis singulièrement en relief Tobjet principal de la dépêche.
<c Le Cardinal n'a pas encore décidé du mode qu*il compte employer pour agir sur TEpiscopat, mais je présume qu il aura recours au Nonce apostolique, et j*ai même lieu de croire que Monseigneur Vannutelli sera chargé de vous informer de sa démarche auprès des prélats.
« Enfin, le Secrétaire d*Etat de Sa Sainteté désire le secret absolu sur Faction du Saint-Siège auprès des Evoques, et en m'exprimant ce désir, Son Eminence a dit : « Je crois cette recommandation aujourd'hui inutile, car « j*ai été très satisfait « de la manière dont les pièces ont été communiquées par (c M. le Ministre des Affaires étrangères et des termes de la « réponse de Son Excellence à une récente interpellation. »
« Je vous prie d'agréer, etc. »
Cette intervention du Pape, qui le fait sortir de la réserve observée jusque-là, est digne d*étre remarquée. Ainsi que le £siisait observer, bientôt après, le Cardinal Nina, comme le constate une dépêche du SO avril 1879, « le Saint-Siège prouvait ses bonnes dispositions non seulement en s*abstenant de s'associer aux manifestations des Evêques, mais aussi en donnant des conseils de calme et de modération ».
Le Saint-Siège avait pris la résolution de donner des instructions aux Evêques pour l'exécution de la loi si elle venait à être votée par les Chambres. Je ne sais si les Evêques pressentaient ces instructions; mais, par une précipitation inexplicable, la loi, à peine votée par le Sénat, était suivie d'un nouveau mandement collectif de TEpiscopat. 11 semble que l'on voulait être engagé. L'annonce de l'envoi des instructions arrivait au représentant du Saint-Siège à Bruxelles, par dépêche télégraphique, le jour même où paraissait le mandement des Evêques. Je ne
manquai pas de foire ressortir tout ce que ce mandement avait dexorbitant.
Je fis remarquer que le changement de législation n'avait pas radicalement modifié les écoles ; que ces écoles restaient, soos plusieurs rapports, ce qu'elles étaient auparavant; qu'elles avaieat les mêmes maîtres, sortis presque tous ou en grande majorité des écoles épiscopaies; que ce qui était bon la veille dans de pareilles conditions ne pouvait devenir détestable le lendemain; qu'il y avait à distinguer entre écoles et écoles; et dans une entrevue avec le Nonce, je fis remarquer combien il était déraisonnable de proscrire toutes les écoles en masse, au lieu de réserver les rigueurs pour celles dans lesquelles on viendrait à constater des actes contraires aux principes religieux, si l'on se refusait ou si l'on ne parvenait pas à les faire cesser...
M. Tesch. — C'est une excommunication préventive.
M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Tout était mauvais d'avance, sans avoir constaté s'il y avait un acte dont on pût se plaindre dans l'école. J ai discuté, du reste, au fond, le mandement dans une dépêche développée à la date du !•' juillet.
Je reçus, le 8 juillet, une réponse ainsi conçue :
« Monsieur le Ministre,
« J*ai donné connaissance au Cardinal Nina du contenu de la dépêche que vous avez bien voulu m'adresser, sous la date du 1*' de ce mois, n"* 296S/34 d'ordre. Conformément à votre désir et à vos instructions, je lui ai laissé copie de ce document Immédiatement après avoir reçu cette communication, Son Eminence m'a annoncé que le moyen suggéré par vous dans le but de diminuer Tintensité de l'opposition que rencontre la loi sur l'instruction primaire avait obtenu l'approbation du Pape. Avec l'autorisation de Sa Sainteté, des instructions très sages ool
été transmises en Belgique afin de tempérer dans Texécution la rigueur des dispositions du dernier mandement. Son Eminence a de sérieuses raisons de croire que cet appel à Tesprit de modération des Evêques n*aura pas été bit en vain. C*est par des instructions de l*Episcopat au clergé que les intentions du Souverain Pontife pourront être réalisées.
<c Toutefois, dans le but d*assurer un heureux résultat à cette démarche, il est désirable qu'un secret absolu soit gardé. Le Cardinal Nina espère que vous voudrez bien, pour le moment du motnir, considérer cette communication comme tout à fait confidentielle. Son Eminence m*a dit qu*Elle était heureuse de satisfaire encore au désir du Gouvernement et de contribuer à Tapaisement des esprits en Belgique.
a Quant aux différents points de la dépêche précitée, ils seront examinés attentivement par Son Eminence, notamment en ce qui concerne le système scolaire des Pays-Bas et de Tlrlande; le Cardinal Nina a demandé à ce sujet un rapport à la Propagande. Cet examen, du reste, perdra de son importance pratique si, comme tout le fait prévoir, la démarche foite auprès de TEpiscopat est couronnée de succès...
« Agréez, etc.
« B** d*Anethan. »
Je répondis en ces termes à Tannonce de lenvoi de ces instructions, le 15 juillet 1879 :
« J*espère que ces instructions répondront complètement à nos vues communes et qu'elles seront adoptées sans restriction par les Evêques.
ce Dans le but d'assurer un résultat heureux à la démarche décidée par Sa Sainteté, le Cardinal Secrétaire d'Etat demande un
secret absolu sur cette intervention et désire» a pour le moment « du moins, que la communication qui m'est faite à cet égard soit « considérée comme tout à fait confidentielle. »
« Inutile de dire que je m'incline devant cette recommandation. Mais Son Eminence est trop pénétrée des nécessités de la politique dans les États modernes et du régime de publicité sous lequel nous vivons, pour ne pas reconnaître toutes les difficultés» les doutes et les défiances qui naissent du silence que je suis tenu de garder.
(X Aucun changement ne se révèle aux yeux de ceux qui attendent les effets que Ton a fait espérer de la conservation d'une Légation belge auprès du Vatican. A juger par les actes les plus apparents, il semble, au contraire, que le mal auquel on pensait porter remède se soit aggravé. Les Evoques ont été plus violents que jamais, et la presse catholique, qui s'inspire des mandements et les commente, est arrivée au paroxysme de Tinjure et de l'outrage contre le Gouvernement.
« Bravant toutes les convenances, et pour mieux montrer, sans doute, son mépris pour la Constitution, qui consacre le principe de l'irresponsabilité royale, cette presse sans frein et sans pudeur met le Roi personnellement en cause et le désigne à la haifie et au mépris des catholiques, pour avoir sanctionné la loi sur l'enseignement primaire. Les journaux catholiques sont unanimes dans ce sentiment; il n'y a entre eux que des degrés dans l'expression, je veux dire dans l'ignominie. Je vous envoie une série d'articles qui vous permettront, Monsieur le Baron, de faire apprécier à quels excès honteux peut descendre une presse qui se dit instituée pour défendre la religion, la morale et les principes conservateurs.
« Or, cette presse déclare en toutes circonstances qu'elle est absolument soumise aux Evoques, prête à se taire ou à parler, selon qu'ils l'ordonneront.
« La croyance générale est que ces déclarations sont conformes à la vérité. Je n'ai pas à rechercher jusqu'à quel point elles sont exactes ; mais, non démenties, corroborées, au contraire, par la constante harmonie entre les vues et l'attitude de cette presse et celles du clergé, le public doit admettre leur exactitude. Je constate, quant à moi, les faits tels qu'ils apparaissent aux yeux de tous, et je signale le danger de Timpression désastreuse qu'ils produisent dans le pays.
ce Si des actes non équivoques ne viennent pas éclairer les populations sur les intentions réelles du clergé quant aux écoles, et faire tomber, par cela même, toutes les suppositions .qui se déduisent naturellement du genre d'opposition de la presse catholique; si le secret recommandé n'a d'autre résultat que de paraître cacher des déceptions, on peut redouter une réaction fatale à nos relations avec le Saint-Siège et l'avortement de tout espoir de pacifier les esprits.
« Veuillez, Monsieur le Baron, lire cette dépêche à Son Eminence le Cardinal Nina et lui en laisser copie, s'il en exprime le désir. »
Ces attaques inconstitutionnelles ont été blâmées et n'ont plus été reproduites.
Le Cardinal Secrétaire d'Etat n'a pas cessé. Messieurs, dans de nombreuses entrevues ultérieures, d'exprimer l'espérance que les conseils du Pape seraient suivis. Il en existe des preuves multipliées dans la correspondance, et notamment dans une dépêche du 22 juillet 1879 :
a Le Cardinal, m'écrivait-on, a insisté de nouveau sur la difficulté de calmer subitement un des partis engagés dans une lutte ardente.
« Le bon vouloir du Saint-Siège, ajoutait-il, ne peut être douteux ; il faut un peu de patience pour attendre que les sages conseils du Saint-Père exercent leur légitime ii)fluence sur l'esprit des catholiques vivement surexcités.
ce Le Cardinal a la confiance que ce feit se produira, et que le résultat sera d'autant plus prompt que le Gouvernement du Roi mettra plus de modération dans ses actes. »
Connaissant Tesprit qui anime notre Épiscopat, nous n'avions pas une confiance extrême dans les espérances du Secrétaire d*Etat, et nous exprimions ce sentiment dans une dépêche du 24 juillet 1879; la date est bonne à retenir, pour montrer que nous n'avons pas eu de déception. En efiet, les journaux ébruitaient, bientôt après, les résolutions attribuées aux Evêques.
Elles étaient inspirées par un esprit fort opposé à celui qui aurait dû exister après les conseils du Pape. Ce n'était pas seulement parmi les laïques qu'il y avait de l'étonnement, pour ne rien dire de plus, quand arrivèrent les révélations des journaux.
Le 34 août 1879, M. le Baron d'Anethan m'écrivait :
« Je me suis empressé de communiquer au Cardinal Nina la version que donnent les journaux des résolutions arrêtées par les Evêques belges dans leur dernière réunion. Je lui ai hii observer que ces résolutions étaient absolument contraires à celles qu*il attendait après les instructions envoyées au Nonce.
a Le Secrétaire d'Etat de Sa Sainteté m'a répondu qu'il ignorait si les informations de la presse étaient fondées et qu'il ne pouvait se prononcer avant d'être exactement renseigné à cet égard.
ce J'ai tenu à vous faire connaître que je n'ai pas manqué de signaler à l'attention du Cardinal Nina J'attitude des autorités ecclésiastiques vis-à-vis de l'enseignement officiel.
« Plusieurs prêtres m'ont exprimé des doutes au sujet de la réalité de la décision attribuée à l*Episcopat ; ils n'en admettent pas la possibilité et ne pourraient se l'expliquer que si les établissements primaires, au lieu d'être neutres, étaient ouvertement hostiles aux dogmes catholiques. »
On semblait n'y pas croire au Vatican; on se refusait à y croire*
Le 26 août 4879, le Baron d*Anethan m'écrivait :
« Le Cardinal Nina, bien que n'ayant pas encore reçu de rapport officiel au sujet du résultat de la dernière réunion des Evoques de Belgique, était en mesure de m*assurer que la résolution attribuée à ces hauts dignitaires ecclésiastiques avait été rapportée par les journaux d*une manière complètement inexacte.
« Son Éminence a ajouté que, dès le début de cette question, le Saint-Siège s'était empressé de faire parvenir aux Evêques des conseils de modération et de leur recommander tous les égar Js possibles envers les autorités constituées, surtout à l'occasion des mesures que le devoir de leur ministère pastoral pourrait les obliger de prescrire. Le Secrétaire d'Etat ne doute pas de la prudence de l'Episcopat belge, et paraît plein de confiance dans l'accueil que recevront les conseils de Sa Sainteté de la part des Prélats auxquels le Saint-Siège a confié la direction spirituelle de notre pays. »
Messieurs, les instructions définitives, les instructions enfin connues n'ont pas, vous le savez, réalisé les espérances du Vatican, qui se trouvent exprimées dans la correspondance dont je viens de mettre quelques feuilles détachées sous vos yeux. Cependant, la presse épiscopale, la presse catholique n'a pas cessé d'affirmer que les Evéques étaient en par&ite harmonie avec le Souverain Pontife.
Cette thèse. Messieurs, repose sur une équivoque qu'il importe de dissiper. Je constate d'abord, comme un point historique hors de toute contestation, que deux Papes, Grégoire XVI et Pie IX, ont varié au sujet des écoles mixtes ou neutres dlrlande et des États-Unis. Le premier les a admises, le second les a condamnées.
' 11 n'est pas démontré jusqu'à présent, et ma correspondance met ce point en relief, que la dernière doctrine en vertu de
laquelle la condamnation a été prononcée s'applique aussi aux écoles qui, comme celles de Hollande, d*Autriche, d'Italie et les nôtres, n'excluent pas l'enseignement religieux. Mais il serait absurde de contester que l'idéal de l'Eglise catholique, comme celui de toutes les Eglises, soit l'école confessionnelle.
Les Evêques peuvent donc affirmer en toute vérité, et sans crainte d'être contredits, que sous le rapport dogmatique ils sont en parfaite communion d'idées avec le Souverain Pontife. Lorsqu'ils combattent, qu'ils réprouvent, qu'ils répudient l'école non confessionnelle, ils le font comme le Pape le ferait.
Personne ne songe, parmi nous, à opposer, sous le rapport do dogme, le Pape aux Evêques. A ce point de vue, il y a pleine harmonie entre eux, c'est entendu ; mais la question n'est pas là. Encore une fois, nous ne faisons pas de la théologie, mais bien de la politique. La question est de savoir pourquoi ce qui s'est fait en Hollande, en Autriche, en Italie, à Rome même» sous les yeux du Pape, ne peut se faire ici, sans que le clergé ait recours à ces mesures extrêmes qui n'ont pas été pratiquées ailleurs.
Serait-ce parce que le clergé jouit, ici, d'une position privilégiée, exceptionnelle, unique dans le monde, et faudrait-il que les excès auxquels le clergé se livre ici servissent d'avertissement aux autres peuples de ne pas donner au clergé catholique la liberté comme en Belgique? (Inteii^ption,)
Quoi qu'il en soit de cet aperçu, qui a sa place duns notre correspondance, la question est de savoir si le Chef de la catholi* cité était d'avis de faire ici ce qui n'avait pas été fait par lui-même à Rome; la question est de savoir s'il n'a pas donné des conseils, des instructions, des avis qui ne sont pas du tout en harmonie avec les moyens que le clergé a appliqués contre les écoles décrétées par la loi.
Voilà la question : elle est purement politique.
Nous ne nous occupons pas des dogmes : nous ne sommes
pas des théologiens ; nous ne traitons que des questions politiques.
Je viens d*analyser la correspondance que j*ai échangée à ce sujet; j*ai plutôt affaibli qu'accentué les déclarations réitérées qui m'ont été faites de la part du Vatican.
En admettant que la doctrine des Evoques soit correcte, les conclusions qu'ils en tirent sont inopportunes et excessives. Elles sont contraires aux conseils de calme, de prudence et de modération qui ont été donnés par le Pape; elles ne sont pas en harmonie avec les instructions que les Evoques ont reçues, et il n*est pas douteux — voilà ce qui est capital dans notre situation — il n*est pas douteux qu une autre solution serait intervenue si les conseils du Pape avaient été suivis.
En un mot, Messieurs, les Evéques n*ont pas tenu compte des avis, des conseils du Pape, et ils doivent être envisagés comme ayant agi, suivant leur strict droit peut-être, mais uniquement sous leur propre responsabilité.
Cette appréciation juste et ferme, qui se déduit nécessairement des déclarations officielles qui nous ont été faites, est expressément confirmée par le Vatican lui-même.
Voici la dépêche que M. le Baron d'Anethan m'a écrite à la date du 5 octobre 4879 :
a Le Cardinal Nina ne m'a pas caché le regret qu'éprouve le Saint-Père de la lutte engagée entre TEpiscopat et le Gouvernement du Roi, au sujet de l'exécution de la loi sur l'enseignement primaire.
« Sous le rapport de la doctrine, m'a dit Son Eminence, la a lettre des prélats belges est parfaitement correcte; mais les <c conclusions tirées de principes justes peuvent être conduites et d'une manière inopportune et parfois aussi poussées trop loin; (£ il me paraît que c'est le cas ici.
ce Son Eminence ne peut, du reste, que manifester « ses regrets,
« ettr le Saint-Siëge a fait tout ce qui dépendait de lui en recom- (€ mandant, à plusieurs reprises, le calme, la prudence et la mo- « dération, d Le Cardinal eût désiré une autre solution, « qui se « serait produite, j*en ai la conviction, m'a dit Son Eminence, ce si les conseils du Pape avaient été suivis. (Mouvements,)
ce Du reste, a ajouté le Cardinal Nina, les Evêques ont agi dans ce la limite de leur droit strict et sous leur propre responsabilité. »
« Sa Sainteté ne peut ni blâmer, ni désavouer les principes sur lesquels ils se basent. Elle peut seulement engager l*Episcopat belge à n*appliquer « qu avec une extrême réserve les ce instructions contenues dans la lettre collective du 1^' septem- <c bre. Le Gouvernement du Roi, de son côté, a dit Son Eminence, « en empêchant que les écoles ne prennent une direction anticaa tholique et en veillant à ce que renseignement qui y sera ce donné ne blesse pas la conscience des fidèles, contribuera à a améliorer la situation ».
Nous n'avons pas dit autre chose, ni plus, ni moins.
La réponse du 17 octobre 1879, dont il a été donné lecture et copie au Cardinal Secrétaire d'Etat, constate que les déclarations que je viens devons relire sont bien textuelles, et qu'elles expriment la pensée qui résulte de toute la correspondance.
Voici ma réponse :
ce Monsieur le baron,
ce Les déclarations que vous reproduisez entre guillemets, dans votre dépêche du 5 de ce mois, pour marquer qu'elles sont textuelles, ne contiennent rien qui ne se retrouve dans les déclarations antérieures, ou qu'on ne puisse déduire nécessairement des communications qui m'ont été faites.
ce Néanmoins, elles ont l'avantage de présenter un résumé de la situation Mi par le Vatican lui-même et qui aura toute sa valeur lorsqu'il sera publié.
« Je n'ai pas cessé de faire remarquer, chaque fois que Toccasion s'en est présentée, que je pouvais bien garder le silence — et je Tai strictement observé — aussi longtemps que des pourparlers étaient engagés, qu*un échange de vues se poursuivait, mais qu'il n'était pas en mon pouvoir de soustraire à la connaissance des Chambres, dans les circonstances actuelles surtout, les correspondances relatives à une affaire terminée.
« Des explications complètes et catégoriques seront d'autant plus indispensables pour les Chambres, que les journaux catholiques, considérés par le public comme les organes des Evéques, dénaturent l'attitude gardée par le Souverain Pontife à propos de la loi sur l'enseignement et que, dans ce moment même, ils publient comme une vérité ce qui suit : « Le correspondant « bruxellois de la Germania annonce de bonne source que le Saintce Père a vivement approuvé tattitude énergique prise par l'Episcopat contre la loi de malheur. »
c< La publication des pièces restituera aux choses leur véritable caractère.
tt Je remarque que M. le Cardinal Nina continue à énoncer que <c sous le rapport de la doctrine, la lettre des Prélats belges est « parfaitement correcte ».
« Dans mes dépêches antérieures, et spécialement dans celle du 1^' juillet dernier, dont vous avez laissé copie à Son Eminence, j'ai envisagé celte assertion, non au point de vue dogmatique, qui n'est pas de ma compétence, mais sous son aspect historique, et je crois avoir démontré que l'on ne peut appliquer à notre loi la doctrine que l'on invoque. Je n'ai pas été contredit. Vous m'écriviez seulement, le 8 juillet, « que les différents points de ma <c dépêche (du 1^' juillet) seraient examinés attentivement par « Son Eminence, notamment en ce qui concerne le système scotf laire des Pays-Bas et de l'Irlande, et que le Cardinal Nina avait (( demandé à ce sujet un rapport à la Propagande. Cet examen.
a du reste, disait-on, perdra de son importance pratiqae, «, « comme tout le fait prévoir, la démarche &ite auprès de llpis- « copat est couronnée de succès. »
« Cette espérance a été trompée et le rapport de la propagande ne paraît pas avoir été fait.
tt Pour répondre à la dernière observation du Cardinal Secrétaire d*État de Sa Sainteté, je ne puis que me référer à mesexpli* cations antérieures sur le caractère de Técole organisée par la loi nouvelle qui règle renseignement primaire. La loi serait vidés dans une de ses prescriptions les plus formelles si rensôgoement donné dans ces écoles pouvait jamais blesser la consdeoee ; des élèves qui y sont admis. Elles ne sauraient dès lors éuo | anticatholiques. Elles ont pour but de foire enseigner aux eoboti j les sciences élémentaires, et non de permettre aux instituteors ^ de se livrer à des propagandes religieuses ou philosophiques. Les craintes que Ton pourrait manifester à cet égard seraient d*autant plus chimériques que la loi laisse renseignemeat religieux aux soins des familles et des ministres des cultes. Il J a là toute garantie contre les abus qui pourraient se commettre dans des cas particuliers, et un moyen efficace pour les faits réprimer.
« Il serait inutile d'insister davantage sur ces considérations. Le sujet me parait maintenant épuisé. Mais je n*ai pas voulu qn'nii doute pût subsister sur nos intentions, et c'est pourquoi je vous invite à donner lecture de cette dépêche à Son Eminence le Ca^ dinal Nina, et à lui en laisser copie s'il le désire. »
Pourquoi, dira-t-on peut-être, des avis, des instructioas, des conseils, et point d'ordres?
On commencerait ainsi par supposer que le Pape considère les Evêques comme des fonctionnaires. Savons-nous et avons-nous le droit de rechercher comment ils envisagent les uns et les autres leur situation au point de vue du droit canonique? Nous
ne sommes pas juges des pouvoirs du Pape, ni de la manière dont il entend les exercer.
On ne doit pas oublier d'ailleurs qu*il ne s'agit pas ici entre nous de pacte, de traité, de concordat; le Pape est libre, comme nous sommes libres. II a fait ce qu'il a trouvé bon, jusle et raisonnable; nous n'avons rien promis en retour; rien ne nous a été demandé. Nous avons aujourd'hui la même liberté que nous avions lorsque nous avons écrit la première lettre de cette correspondance.
Les résultats apportés dans de telles conditions ne sont-ils pas assez considérables? Ah! sans doute, si tout ce qui s'est passé avait été destiné à rester dans un domaine en quelque sorte mystérieux, si nous n'avions à apporter ici que de vagues assurances de bonnes intentions, que les actes seraient venus démentir, on pourrait n'attacher que peu d'importance aux communications du Gouvernement. Mais nous avons autre chose que de vagues assurances : nous avons des actes et très significatifs.
De plus, la publicité inévitable, annoncée dès l'origine de la correspondance et acceptée, vient jeter une lumière éclatante sur la situation et exercera une influence qui, incontestablement, se fera sentir ultérieurement.
Les catholiques sont constitués juges de cette situation. S'ils ont connu un Pape ardent, belliqueux, condamnant toutes les institutions modernes, ils ont en £sice d'eux aujourd'hui un Pape qui cherche à pacifier les esprits.
II serait injuste de ne pas tenir compte des difficultés qu'il rencontre, des efforts louables qu'il a faits dans l'intérêt de la paix. Si le clergé, agissant d'ailleurs, dit-on, suivant son strict droit — je ne le sais pas, je ne le recherche pas — si le clergé, agissant sous sa propre responsabilité, continue à se montrer excessif, il en subira les conséquences.
Et jusqu'où, Messieurs, l'excès n'a-t-il pas été poussé?
Une jeune institutriee 6*est présentée à la confession pour obtenir labsolution avant de contracter mariage; son curé lui i refusé Tabsolution parce qu'elle ne voulait pas s'engager à oe plus enseigner la religion, c'est-à-dire, pour sortir d'une équi' voque, à faire réciter le catéchisme aux petits en&nts.
M. Tesoh. — On a été plus loin que cela.
M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Gi refus d'absolution était, aux yeux de cette jeune femme^ le rehi de la marier à l'église. Elle fit un recours au Pape, disant qu'elle était catholique fervente, qu'elle appartenait à une famille catholique, que les parents de son fiancé sont des catholiques, qu'ili demandent tous h foire bénir ce mariage par l'Eglise.
Dans ce recours, elle expose sa situation, et dit enfin qu'elle ne peut renoncer à faire réciter simplement, littéralement, le catéchisme à de petits enfants, comme elle le ferait s'il s'agittiit de ses propres enfants.
Une tierce personne me pria de faire parvenir ce recours, fjf consentis; je fis remarquer, en l'envoyant, que, comme il s'agissait là d'une aiïaire purement religieuse, je n'avais pas à y int^ venir en ma qualité officielle, mais que je me bornais k constate^ les faits. Je demandais si les lois de l'Eglise autorisaient de pareils actes ; je disais que je ne voulais pas le rechercher, nuis qu'il me semblait avoir lu souvent qu'on avait fait un titre d'hoa* neur à des laïques, élevés plus tard au i^ng de saints, d'avoir accompli le devoir pieux d'enseigner le catéchisme aux petite enfants. Je me demandais encore si ce recours au Pape serait infructueux. Je l'ignore, disais-je; mais ce que je sais, c'est que de pareils actes soulèvent ici l'indignation générale. (Très Mesl à gauche.)
Bientôt après, je fus informé que, sur ce recours de Tinstilu* triée auprès du Pape, le Cardinal Secrétaire d'Etat avait écrit k TEvéque de Liège pour lui dire que le Pape dé^ii^ait que lou oélé-
bràt le mariage de cette institutrice, que d autœs cas semblables pourraient se présenter et qu'il en résulterait des inconvénients. Rien ne s'est fiait. J'ai lu depuis, dans une polémique soulevée à propos de cet acte, qu'après avoir contesté l'ordre ou l'invitation du Pape, car la presse cléricale ne recule devant aucune affirmation, quelque téméraire qu'elle soit, si elle peut surtout, en cas de démenti, le cacher sous une équivoque; j'ai donc lu qu*on a fait entendre que le refus d^absolution n*entratnait pas le refus de mariage, autre équivoque de casuiste, et qu'on aurait pu célébrer ce mariage dans la sacristie ou au presbytère {rires à gattche)^ sous prétexte qu'on navait plus affaire qu'à une libre-penseuse, comme disent les journaux bien inspirés et bien pensants.
Vous comprenez. Messieurs, que je ne m'arrête pas à ces subtilités, à de pareilles échappatoires. Le bon sens du public en fait justice, et nous savons, au surplus, jusqu'où va l'excès de l'esprit de résistance dans l'Episcopat. En voulez-vous un autre exemple?
Au mois de mai 1878, Thonorable M. Malou entretenait la Chambre d'actes également excessifs et analogues à celui que je signale, émanés de M. l'Evoque de Tournai. Celui-ci avait mis en interdit une école à Soignies. « Nous avons, disait l'honorable M. Malou, fait retirer cette mesure par la voie diplomatique. » Mon honorable ami, M. Bara, Tinterrompit en disant : « Et à Tournai? »
a Le cas n'est pas identique, répondit Thonorable M. Malou. Cependant, nous avons cru qu'il était de notre devoir de faire la même démarche pour que l'acte de TEvêque, mettant en interdit l'école de Tournai, fût retiré, et nous espérons réussir. »
La correspondance, en effet, constate que la démarche a été faite, et que l'Evéque a été averti. Elle constate aussi que M. l'Evéque de Tournai écrivit au Pape pour se défendre d'avoir outre-passé son droit. Néanmoins — c'est toujours la corres-
pondance qui le constate, la correspondance de mes prédécesseurs, bien entendu — S. S. Léon XIII maintint sa première appréciation, et, en la disant connaître, le Cardinal Franclii disait c( que TEvéque devait finir par céder aux observations du Saint-Père ». L*Evéque a résisté. A Theure présente, Tinterditest maintenu. Les enfants qui fréquentent cette école ne peuvent pas faire leur première communion, ne reçoivent pas d'absolution; les parents sont molestés de ce chef. Il faut qu*on trouve quelque moyen d'échapper à ces ordonnances épiscopales. Et cependant, la correspondance constate que le Pape est intervenu, qa il a exprimé ses intentions et qu'il y a persisté après avoir enteoda les explications de TEvêque. Rien n y a fait.
L'Evéque de Tournai a montré, dès le début de son épiscopat, le rôle qu'il entendait jouer dans les aiTaires publiques. II a fidminé alors son édit fameux donné « hors la porte Flaminienne », qui intimait à un Ministre d'Etat, à un ancien Ministre, au chef du parti catholique au Sénat, d'avoir à cesser d'empiéter sur les droits de l'Eglise en s'occupant d'un projet de loi sur les cimetières sans la permission de son supérieur ecclésiastiqoe, — preuve, sans doute, de la liberté que les évéques entendeot laisser aux laïques, même aux Ministres du Roi, s'ils sont catholiques. — M. l'Evéque de Tournai semble avoir imprégné l'Epi* scopat tout entier de son esprit.
Les revendications politiques du premier mandement, le programme politique que cet acte renferme, et qu'il s'agit d'imposer à la droite parlementaire, sont conçus dans le même esprit qoe l'édit donné « hors la porte Flaminienne d.
Les instructions prescrites par les Evéques au sujet de l'exécution de la loi sur l'enseignement primaire s'inspirent au même esprit, et ne sont que des applications des solutions in^ branlablement maintenues à Tournai, malgré les avis do Soot^ rain Pontife.
11 faut reconnattre, toutefois, Messieurs, que tout ce qui se passe au sujet des écoles primaires n*a absolument rien de neuf pour nous, en ce qui touche les revendications ëpiscopales.
Les prétentions qui se révèlent de nouveau traversent notre histoire depuis cinquante ans.
La liberté de l'enseignement n*a pas suffi au clergé ; après ravoir obtenue, il a revendiqué la direction des écoles publiques à tous les degrés : universités, athénées, écoles moyennes, tous ces établissements ont été frappés des mêmes anathèmes que les écoles primaires aujourd'hui.
La loi de i843 n*a pas suffi ; — on feit un roman au sujet de cette loi, — il a fallu la travestir et, dans l'exécution, l'altérer dans son texte et dans son esprit pour transformer les écoles en écoles confessionnelles, en les répudiant, d'ailleurs, partout où l'on pouvait y substituer des écoles du clergé.
On l'a méconnue, on l'a répudiée chaque fois qu'on a pu le &ire.
Une notice historique qui se trouve jointe à l'une de mes dépêches donne, à ce sujet, des preuves irrécusables. La prétention qui trouve son expression dans ces mots c< TEtat hors de l'école » n'a rien de nouveau, comme le rappelle cette correspondance; mais ce qui est nouveau, ce senties moyens employés aujourd'hui sur la plus vaste échelle pour donner sanction à ces prétentions. Or, si, comme on l'affirme, on parle au nom d'un dogme, si c'est un dogme que l'on veut faire respecter, si c'est le droit divin devant lequel il faut s'incliner, ce dogme est aussi vrai pour les universités, pour les athénées et pour les écoles moyennes que pour les écoles primaires! Il faut excommunier tout le monde ou personne ! Mais négliger le corps professoral des universités, des écoles moyennes et des athénées, et toute la bourgeoisie qui envoie ses enfants dans ces établissements, parce qu'on sait qu'on braverait les menaces, pour s'attaquer à
de pauvres instituteurs primaires, pour aller troubler les familles du peuple, sur lesquelles on espère exercer plus d*empire, il y a là une situation à propos de laquelle nous avons le droit de faire des réserves au nom de la morale ! {Applaudissements à gauche.)
Mais, Messieurs, tous ces efforts prodigieux, ee déchaînement des passions comme on n*en vit jamais, ces interdits lancés par l'Episoopat, le refus des sacrements, les oppressions, les violences du clergé, soutenues, encouragées par tout le parti catholique, qui espère en tirer profit, à quoi tout cela aboutit-il ? On a eu certainement pleine liberté, je veux dire pleine licence, d*agir comme on Ta voulu. On a abusé de toutes les influences spiri? tuellea, morales, matérielles et territoriales; rien n*a été négligé. On a*est imaginé que Ton avait la puissance de remuer le pays jusqu* au fond de ses entrailles !
Or, au milieu de la grande effervescence que Ton croyait soulever, un siège de député devient vacant dans un arrondissement pr^que exclusivement rural. On va là sans doute trouver un vengeur, un candidat qui se présentera fièremeqt la bannière levée contre la loi sur renseignement primaire.
Hélas ! on n'ose paraître à visage découvert ! On est obligé de prendre un masque, tant on redoute un échec ai Ton civouait son dessein, et Ion prend un candidat qui se déguise en candidat d4 Tagriculture.
11 faut essayer d'arriver subrepticementj sournoisement» à surprendre les électeurs, et, la victoire ainsi glorieusement obtenue, à s'écrier ensuite que la loi venait d'être condamnée et flétrie.
On n'ose pas aff'ronter la discussion sur le terrain politique ! Eh bien, ce candidat de l'agriculture est battu à une majorité considérable. Une nouvelle élection se présente bientôt après dans le même arrondissement. Cette fois il s'agit d'un siège sénatorial.
Le précédent sénateur de cet arrondissement a voté contre la ki sur l'enseignement primaire ; il donne sa démission pour ce nodf. Le parti catholique n'a pas môme un candidat à opposer ao candidat libéral pour cette élection ! Et voilà comment le sentiment du pays répond à ses vœux I Une troisième élection a lieu, cette fois dans un collège électoral où la majorité appartient au parti catholique, qui y possède toutes les influences. Les libéraux, depuis un grand nombre d années, y sont battus avec 150, 200 voix de minorité. En juin 1878, par exception, par un retour de fortune, le parti libéral reconquiert une partie du terrain ; son candidat est élu à une voix de majo* rite ; c est dire que la lutte y est bien difficile pour les libéraux. Cette fois, les catholiques, comptant sur le succès de leurs Bianœuvres au sujet de la loi sur l'enseignement primaire, conçoivent les plus grandes espérances.
Toutes les passions, toutes les colères et tous les intérêts sont Chaînés contre les auteurs de la loi sur renseignement prii>iaire; nos amis affrontent le scrutin dans les conditions les plus défavorables, et vous ne retrouvez pas vos anciennes majestés de 200 voix, ni même de 150 voix ; vous obtenez 75 voix teulement, malgré l'appui que vous pensiez trouver dans la prétendue impopularité de la loi. (Très bien! à gauche. Bruit à iraUe.)
Eh, certains de vos journaux mêmes ont considéré cette victoire comme un échec ! Avec une pareille inlervention du clergé lans la lutte, ils attendaient 1,000 voix de majorité. {Inter- 'upiion,)
Le pays jugera, dans quelques mois, la situation ; il vous dira :iientôt s'il est avec vous et s'il vous suit dans la campagne que rous avez entreprise. {Bruit à droite.) Mais nous constatons, dès maintenant, que vous avez cherché à agiter le pays et qu'il ne vous a pas suivi ! {Interruption,)
Lorsqu'on examine les faits ailleurs que dans les bulletins de victoire de la presse catholique, on s*apercoit bien vite qu*oa.A feit beaucoup de bruit, qu'il y a eu beaucoup d'agitation dans certaines sphères, mais là seulement, et que le pays est d'aillean fort calme et ne suit pas les agitateurs. (Interruption).
Eh ! Messieurs, souvenez-vous donc de la grande provocation que vous avez faite à une résistance que vous nommiez légale, sous prétexte que le Gouvernement violait la loi en voulant &ire afficher un placard dans les communes. On craignait la lumière, et Ton ne voulait pas laisser lire ce qui est écrit dans l'article 4 de la loi et dans l'Exposé des motifs ! {Interruption.) On redoutait que la vérité ne fût apportée dans les campagnes et l'on voulait faire une grande et imposante manifestation. On y fait appel en effet dans le Parlement; du haut de la tribune nationale on excite ce à la résistance légale ». Le clergé vous seconde; la presse catholique vous prête un appui énergique. Qu'avons-nous vu? Quels furent les résultats de cette belle entreprise?
Nous comptons, en Belgique, 3,575 bourgmestres, et il en est jusqu'à vingt-quatre qui ont suivi l'opposition. (fliTart^^ à gauche). Oui, vingt-quatre bourgmestres récalcitrants ont été dénoncés au Département de l'Intérieur ! (Rires.) Il y en a vingt-quatre, ni plus ni moins, parmi lesquels se trouvent cinq membres de Topposition, les plus ardents, et qui avaient essayé d'attirer leur parti dans cette belle entreprise quelque peu anarchique, et dont le bon sens du pays a fait justice.
Mais la pierre de touche devait être la mise à exécution de la loi. Voilà ce qui était capital ; on avait prédit ce qui arriverait, et l'on comptait sur un immense succès.
Avoir avec soi tous les Evéques, tous les curés, tous les vicaires, un grand parti politique faisant un effort formidable comme on n'en vit jamais : n'était-ce pas la garantie d'un éclatant succès ?
Voyons donc ce qui est arrivé.
On comptait, au 1^ janvier 1879, 4,376 écoles primaires communales. Le nombre des écoles désertées au i5 octobre dernier se réduit à i68 ! {Hilarité à gauche. Bruit à droite)
M. Tblbaut. — Combien les autres écoles comptent-elles d'élèves?
M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Nous allons le voir. Soyez tranquilles. Nous voulons la vérité tout entière; elle ne peut que nous profiter et éclairer le pays.
Le clergé possédait avant la loi un grand nombre d'écoles, dont plusieurs étaient adoptées et qui, depuis lors, ont cessé d'être subventionnées par les autorités publiques. Vous aviez donc là déjà toute une organisation à imposer aux fidèles.
Mais il fallait encore &ire appel à d'autres sacrifices.
Les Evéquesont décrété la création d'un grand nombre d'écoles nouvelles ; ils ont chargé des comités d'en organiser par diocèses et par paroisses, car il n'est plus question de royaume, de provinces et de communes.
On a daigné admettre des laïques influents, des membres des Chambres, à faire partie des comités épiscopaux. Ce sont les évéques qui dirigent ; les autres exécutent.
Quel a été le résultat de cette grande campagne? Qu'a-t-on obtenu, alors qu'on disposait, pour faire déserter les écoles oflicielles, d'influences de toute espèce?
Eh bien, on a abouti, et encore est-ce bien momentané, à réduire, dans des proportions très diverses, suivant les provinces, mais à réduire d'un tiers, dans l'ensemble, le nombre des enfants qui fréquentaient les écoles officielles. (Dénégations à droite.)
Je dois dire, puisqu'on réclame, et pour être exact, moins d'un tiers. {Hilarité à gauche.)
Voilà, Messieurs, ce que nous constatons. Et quels moyens
ont été employés! quelles pressions! quelles violenees! quel! menaces de refus de sacrements ! On ne vit jamais de tels un tel abus des influences religieuses ajoutées à toutes les au influences ; et quels sacrifices ont été imposés !
Cette situation. Messieurs, ne se maintiendra piia. Li| viQlencA^i^:» ne dure pas; mais les sacrifices au delà de certaines limites nm durent pas non plus.
Gela est impossible. G*est impossible, parce que, dans aucoi pays, les forces individuelles ne peuvent suffire à faire face aur besoins de renseignement du peuple. Il &ut le concours de les forces sociales.
Nous avons employé, depuis trente ans, cent millions k k
construction et à Tameublement d*écoles, et il reste beaucoup^^i
faire; il faudra continuer à dépenser des millions pour la co: ji-
struction d*écoles nouvelles.
La dépense annuelle des écoles érigées dans le pays, à char^B» des communes, des provinces et de TÉtat est actuellement ^ci« 16 à 17 millions de francs. Eh bien, supposons pour un ins^^-H^ que vous vous contentiez de la moitié, et supposons que ve agissiez beaucoup plus économiquement, parce que vous pre drez pour écoles des granges et autres locaux plus ou moi favorables h la santé des élèves. Mais supposons que vous £aisaL tout cela et que vous ne dépensiez que la moitié de ce que d^ pense TËtal, soit 8 à 9 millions. Qui donc vous les donner^vî {Interruption) Vous avez aujourd'hui, sous Tinfluence de passie^^^ excitées, de pressions qui ont été employées, des prédicatio:^^ qui ont eu lieu, des exagérations de toute nature qui ont ^ ^ débitées, vous avez incontestablement un bon nombre de pe^ ^ sonnes qui ont fait des sacrifices. Mais les continuer, mais I répéter, c'est autre chose. Cela ne sera pas. Vous en êtes avertis. Diminuez votre luxe, vous dit-on. Pourquoi ces robes — ^* soie? Les robes de bure suflisent. Pourquoi ces demeures son^^P'
- MB —
tueuses» ces chevaux, ces équipages? ils sont inutiles. Donnez le prix de ce luxe pour sauver les ftmes des en&nts. II fiaut tout sacrifier pour que l'enseignement soit dans les mains du clergé.
Eh bien, j'attends les résultats de votre entreprise. (InterruptUm.) Bientôt, parmi vous, les gens sensés diront aux fanatiques qulls ont dans leur village un magnifique bâtiment d'école, un instituteur modèle, qui est aimé et respecté, et qu'il y a folie à proscrire cette école et ce mattre, dont l'enseignement n'est point hostile au sentiment religieux des familles. (Approbation à 9omeke.)
Messieurs, il y a un dernier moyen de contrôle pour apprécier les résultats qu'ont pu produire sur l'esprit des populations tous 1^ moyens d'influence que j'ai caractérisés tantôt. Nous allons ^oir l'action que l'on a réussi à exercer sur les classes de la Société où l'on espérait assurément avoir le plus d'empire. Les Instituteurs primaires se recrutent au sein du peuple. Voyons ce ^Qi est arrivé pour les écoles normales. Elles ont été mises en interdit. On est frappé de toutes sortes d'anathèmes si on les fréquente ou si l'on y coopère.
Voyons ce qui en est de nos écoles normales.
Au i" juillet 1879, la population de tous les établissements normaux du royaume, les écoles normales de l'Etat et les écoles normales agréées, s'élevait à 3,200 élèves; le plus grand nombre de ces élèves, et de beaucoup, étaient dans les écoles agréées, les écoles normales épiscopales.
Les écoles normales de l'Etat comptaient, à cette date du l" juillet, 796 élèves instituteurs et 117 élèves institutrices.
Les écoles normales épiscopales ont cessé d'être agréées.
A la date du 15 novembre, les deux écoles normales de l'Etat, les six sections normales et les six écoles normales agréées soumises au régime de la nouvelle loi, comptaient ensemble 2,554 élèves. Si Ton tient compte des examens d'admission qui
vont avoir lieu, en février, à Jodoigne et à Hasselt pour les insti — tuteurs, à Anvers et à Hasselt pour les institutrices, et dans les— quels il y aura au moins i50 admissions, on peut dire quau 31 décembre prochain la population des écoles normales sera de 2,700 élèves.
Il y a quelque chose de non moins remarquable. Les écoles épiscopales et les écoles normales agréées, qui étaient sous l'in-
fluence du clergé, au nombre de 20, avaient une population d 1,428 élèves; ceux-là on pouvait les retenir facilement; d moyens d'action pouvaient s'exercer sur eux avec sécurité; bien, de ces 1,428 élèves, 611 sont entrés dans les écoles nor maies de TEtat (1). {Rires à gauche.)
Que conclure de cet exposé et de ces faits? C'est qu'il faut renoncer à une exagération que rien ne justifie. On peut préférer d écoles confessionnelles aux écoles qui ne le sont pas. D'un point de vue, dont je ne veux méconnaître ni la grandeur, ni W mérite, on peut considérer les écoles confessionnelles comm ofirant des avantages sociaux. Mais ces écoles ont, de nos jou un très grand défaut, c'est que, en tant qu'écoles officielles, ell sont mortes à peu près partout; organisées par les publics, il n'en existe presque plus dans les États modernes, écoles confessionnelles sont dans le domaine de la liberté; il fau^-^^t les y laisser. Mais dans notre domaine officiel, dans le domain :tf^^ de l'Etat et sous l'empire des institutions qui nous régissein:^ "^^ comme elles régissent d'autres peuples, parmi les plus civilisés^^^^* il est impossible d'admettre comme écoles publiques d'autre^i^"*^
(i) H y avait en outre: i"^ 5i0 élèves instituteurs fréquentant les écol^-V^l^ laïques, au nombre de cinq, qui ont renoncé à Fagréation. De ces 340 élèver^^ ^f 243 ont passé dans les écoles soumises au régime de la nouvelle lof ^=^^'* 2<* 519 élèves normalistes, dont 50 instituteurs et 469 institutrices fr('qacntir ^T^"^ des écoles normales qui n*ont pas renoncé à l'adoption. Ces écoles sont ^ '" nombre de sept : une pour les garçons et six pour les filles, y compris Vécoic^^^ole normale d'élèves institutrices à Gand, qui vient d'être transforma en éeaz^^-^^ normale de TÉUt.
écoles que celles qui sont ouvertes aux enfants de tous les cultes. La liberté et partant l'égalité des cultes l'exigent ainsi.
Messieurs, on aura beau déclamer contre ces écoles, on ne persuadera à personne que des écoles qui sont en pleine vigueur depuis tantôt cent ans, depuis soixante-quinze ans, dans des pays comme les Etats-Unis, comme la Hollande, comme l'Irlande, qui existent aussi en Angleterre, en Italie, en Autriche, et, dans quelques-uns de ces pays, sans les tempéraments que consacre la loi que nous avons faite, soient des écoles à ce point détestables que l'on puisse voir continuer l'exagération d'opposition que nous avons vue se manifester dans ce pays.
Lorsqu'on y aura réfléchi, lorsque le pays aura vu fonctionner cette loi, lorsqu'il aura vu que ces écoles ne sont pas instituées dans des vues de propagande antireligieuse, on reconnaîtra que la réforme que nous avons faite, que l'opinion publique réclamait depuis si longtemps, était dictée par une nécessité, résultant des principes de liberté religieuse introduits dans le monde moderne, et qu'elle constitue un véritable bienfait. {Applaudissements prolongés,)
M. Malou. — Je n'ai pas à communiquer à la Chambre un dossier aussi volumineux, aussi intéressant parfois, que le dossier remis et commenté à la séance d*hier.
Mon intention n'est pas non plus, ainsi que je l'ai dit, d*entrer au fond de ce débat. Seulement, avant que les pièces aient été distribuées et avant que nous ayons pu juger de la situation vraie d'après ces documents dans leur ensemble, il m'a paru nécessaire de soumettre à la Chambre et au pays quelques observations sur le discours de l'honorable chef du Cabinet.
Messieurs, un fait m'a frappé en premier lieu. Il est d'usage, dans un grand nombre de pays parlementaires, de publier un livre jaune, bleu ou vert, contenant les documents relatif soit à toutes les négociations ou échanges de vues que le Gouvernement
a eues avec les pays étrangers, soit à quelques-unes de ces rel tions. Mais l*usage est aussi — et il est fondé sur la raison, su ^ l'intérêt commun — de publier d'abord ce livre et d'engager W débat lorsque toutes les pièces du procès ont été soumises ^ ceux qui doivent prendre part à la discussion.
Je regrette que, cette fois et lorsqu'il s'agit d'un premier livi je ne sais de quelle couleur, on ait dérogé à cet usage généralfL^; il en résulte que l'une des parties connaît les pièces qui n'ont été communiquées à l'autre et que dès lors le débat ne peut avoi un résultat complet.
Quelle peut être la raison de cette dérogation à un usage m ti juste, si naturel et que l'on pratique dans toutes les affaires ^ même dans les discussions judiciaires ? A-t-on voulu produire SL.^r ur Topinion un efl'et momentané? J'ai peine à le croire; l'opinion in^ne s'égare pas; elle peut douter, hésiter un instant, mais ce seraa^sait un bien mauvais calcul de croire que l'on peut ainsi produire uc^ ne impression durable; on produirait, au contraire, si ropiniod^oo s'était momentanément égarée, une réaction dans un sens coib' ^û' traire à celui qu'on voulait obtenir.
A-t-on voulu tenter une diversion? Faut-il croire que Im^Mïes Ministres, pour emprunter l'expression de Molière, ont chercl^-^
A jeter sur autrui quelques traits partagés De ce blâme public dont ils sont trop chargés?
{Rires.)
Cette idée-là, encore une fois, ne peut pas réussir; nous n.^^® pouvons pas admettre qu'on retourne les bancs et que ceux q peuvent être les accusés se transforment en accusateui*s ; nousn pouvons pas admettre que les Chambres belges, qui ont le droi d'accuser les Ministres, se transforment en conciles pour juge les Ëvéques ; vous ne pouvez pas dénaturer la situation, vous pouvez pas retourner les banc? ; c'est vous, c'est vous seuls qui
aurez à répondre devant la Chambre de votre politique et des résultats qu'elle a produits.
M. Bara, Ministre de la Justice. — Et vos amis aussi.
M. Malon. — Peut-être Thonorable Ministre des Affaires étrangères, dans cette situation, s'imagine-t-il qu'il pourra nous échapper en ballon comme M. Gambetta s'est échappé de Paris. {Rires à droite; protestations à gauche) Nous resserrerons nos lignes autour de lui et nous espérons bien l'y enserrer comme, dans le cours de cette même campagne, l'Empereur a été cerné à Sedan. Nous reproduirons en toute occasion nos griefs,... je me trompe, les griefs légitimes de l'opinion publique contre la politique du Cabinet.
Qu'est-ce donc que le discours que vous avez entendu? Ce n'est autre chose qu'un long acte d'accusation contre les Evêques. Cela se rattache-t-il nécessairement à l'objet du débat? Nous pensons que l'objet du débat était de justifier le maintien de la Légation de Rome. Or, le maintien de la Légation de Rome pouvait se justifier par des raisons d'un homme d'Etat, sans qu'il fût nécessaire d'y rattacher toute cette polémique sur l'exécution de la loi du 1*' juillet 1879.
Quoi qu'il en soit, la situation étant donnée, examinons sommairement les trois points que l'honorable Ministre a discutés dans la séance d'hier. En premier lieu, je traiterai la question constitutionnelle. A l'origine, cette question était l'unique objet des négociations ou, si l'on veut, de l'échange de vues. Et le résultat qu'on désirait a été immédiatement acquis. Le résultat était d'obtenir une déclaration par laquelle le Saint-Siège ferait connaître qu'il n'approuvait point les attaques contre nos institutions^
Il y a même plus : ce résultat était acquis avant l'avènement du ministère actuel. Je ne puis pas me rappeler si la lettre était officieuse ou officielle; mais, ce que je crois, c'est que Sa Saiu-
a euf /, ^rai^ des premiers mois de son pontit-
tioD ^^^ Lêoa >'^^^'„J*^/// les mêmes déclarations,
l'ii ^tf/. ^^^^^ ^/^ ^ià^'^^* ^^ ™®® souvenirs sont fidèles, quil oe
d' /■ ^'^'^ '^,/ /dutistence honorable des catholiques dans h
î ^ï^^P*]^^)^ n'acceptaient point loyalement et franchemeal
a^^^ ^'^ ^^^^^^ alors, nous Tavons dit tous les jours; j^citlioliques, dans toutes les assemblées belges, depuis le
^^, n'ont cessé de vous le répéter. Oui, nous avons ton-
•^is A^ sincèrement, loyalement constitutionnels. (Protestatim
^fguehe: approbation à droite.)
A'ous avons maintenu toute la Constitution; et il n*y a pour
nous rien de changé. Il ne peut y avoir rien de changé. Seule-
nient, il est démontré que lorsque nous le disions, lorsque vous
nous combattiez, nous étions dans le vrai et que vous n*y étiez
pas. {Très bien! à droite.)
Je dois me féliciter pourtant de ce que ces déclarations nous aient été faites. Rappelez-vous, Messieurs, tous nos débats : combien de fois, combien de centaines de fois, lorsque nous protestions de notre attachement sincère à nos institutions, nous a?eivous opposé ce fameux dilemne : Ou vous n'êtes pas catholiques; ou vous n'êtes pas constitutionnels. C'est un grand bien que cette partie-là de nos débats politiques ait disparu et disparu à jamais. Nous avons assez, nous n'avons que trop de dissentiments; mais, du moins, désormais cette cause-là ne peut plus exister. (Approbation à droite.)
Je le constate avec plaisir; mais je ne puis point reconnaître, comme l'honorable Ministre nous l'a dit hier, qu'il nous ait affranchis d'un joug bien pénible. Non! nous n'avons jamais porté le joug, nous n'avons jamais hésité ni douté; nous savions que nous étions dans le vrai, que nous pouvions demeurer sincèrement constitutionnels et sincèrement catholiques, et nous avons agi d'après cette conviction. {Très bien! à droite.)
L'honorable Ministre a examiné un second point, ce qui s'est passé au sujet des fêtes de 1880. Je ne m'y arrêterai pas longtemps; c'est une question très secondaire dans le débat actuel. Tout d*aboixl, je dois foire remarquer à l'honorable Ministre que nulle part on n'a trouvé un refus du clergé de participer à ces fêtes. Son concours lui a été demandé; son concours est même donné dans une certaine mesure pour que l'art religieux, qui, il faut bien le dire, est une de nos gloires nationales, soit représenté à l'Exposition de 1880; j'espère que ce concours s'étendra, et je le désire très sincèrement.
Je vais plus loin et je désire également que le programme, tel qu'il a été arrêté sous notre administration, s'exécute quant à la solennité religieuse, parce qu'il &ut que la Belgique témoigne toujours publiquement devant le monde entier qu elle considère sa foi, sa religion comme une des conditions essentielles de son existence. (Très bien ! à droite,)
On m'a rappelé ce que, non pas la sténographie, mais un compte rendu m'a foit dire à Dinant; je n'en suis nullement embarrassé. Oui, Messieurs, à l'origine, lorsque nous nous sommes trouvés en présence de votre projet de loi sur l'enseignement primaire, nous avons été tous saisis d'une tristesse profonde; oui, nous avons tous cru et nous croyons encore aujourd'hui que celte loi, si elle durait, — et j'espère qu'elle ne durera pas, — menaçait d'ébranler, de détruire cette base essentielle de toute nationalité et surtout de la Belgique, le sentiment religieux. Et sous l'empire de cette tristesse nous avons pu dire que nous noue abstiendrions des fêtes ou que nous y paraîtrions en habits de deuil.
Aujourd'hui les faits ont changé. Le pays a parlé, nous avons
vu se manifester son activité, son énergie et, croyez-le bien, aux
fêtes de 1880, nous ne viendrons pas en vaincus ; mais vous,
peut-être, vous aurez le droit de prendre le deuil de l'instruction
primaire surveillée ou dirigée par FEtat. {Très bien! à droiie. Rires à gauche.)
Jaborde immédiatement, après avoir touché ces deux poitt^s qui sont secondaires, la question principale, celle qui concencm^ la loi du !«' juillet 1879.
L*honorable Ministre nous a dit, hier, une chose très vrai« Le Gouvernement, comme tout Gouvernement raisonnable, doit se proposer de pacifier les esprits. Le but d*un Gouvwc^ement n*est pas la guerre, mais la paix.
Que n'a-t-on dit cette parole, exprimé cette pensée et qu^ n« Ta-t-on suivie avant de présenter la loi du 1^ juillet 1879! II était bien plus facile alors de ne pas agiter les esprits qu*il a* facile de les apaiser aujourd'hui. Et lorsque nous entendons paroles, n*avons-nous pas le droit de dire qu*en présence et de la loi, et de Texécution qu'on s'efforce d'y donner, ce n'est pas un axiome de gouvernement qu'on propose : c'est une amère ironie qu'on lance à l'opposition.
A DROITE : Très bien !
M. Malon. — Enfin, soit ! Après avoir jeté dans le pays ce ferment de discorde, après avoir alarmé toutes les consdesMi après avoir froissé une grande partie du pays, on croit néeessaire d'apaiser les esprits, on éprouve ce besoin, on expriM cette tardive mais bonne pensée.
Pour apaiser les esprits, notre Gouvernement se met k éGbieger des vues avec la cour de Rome.
C'est bien là l'objet dont on nous a entretenus dans la séanea d'hier.
Le Gouvernement répète sur tous les tons : Je renconM contre cette loi une opposition formidable, excessive, désagréable, mais délivrez-moi donc de cela ! Aidez-moi afin que cettB opposition soit plus douce ou qu'elle n'existe plus.
Evidemment, le Gouvernement n'a pu faire des démaroto
dans ce but qu'avec Tespoir d obtenir une condamnation de Fopposition qu'on foisait à la loi. Sans cela, il n'y avait aucune raison de négocier, ou plutôt d*échanger des vues.
Or, voyons ce qui se passe sous ce rapport.
Lorsqu'on résume l'impression générale qui résulte des documents produits et qui, je pense, ne sera pas détruite par les documents à lire et à produire ultérieurement, on voit clairement qu'il existe un accord entre le Saint-Siège et les Evoques et les catholiques belges sur les points essentiels.
Il s*agit en effet ici de deux questions principales : le principe de la loi et le but que Ton doit atteindre en la combattant.
Sur le principe de la loi, a-t-on obtenu une condamnation de la conduite des catholiques belges?
Point du tout.
L'honorable Ministre lui-même nous Ta avoué. Il est naturel, a-t-il dit, que le Saint-Père préfère les écoles confessionnelles; il est naturel qu'il condamne les écoles neutres ou mixtes : tous les cultes doivent condamner les écoles neutres ou mixtes.
Nous n'avons pas dit autre chose dans les débats de la session dernière.
Et que résulte-t-il de cet aveu qu'on nous fait aujourd'hui? 11 en résulte, Messieurs, que vous avez voté une loi qui froisse tous ceux qui pratiquent un culte positif quelconque, et que vous avez fait cette loi uniquement pour ceux qui n ont aucune espèce de culte. {Vive approbation à droite. — Protestations à gauche.)
Nous vous remercions donc d'avoir bien voulu faire cet aveu, dégagé de toute espèce d'artifice diplomatique ou autre. {Rires à droite.)
Ainsi il est avéré, il est avoué par vous-même qu'en principe le Saint-Père, le Chef auguste de toute la grande famille catholique, condamne le principe de votre loi, et, s'il condamne le principe de votre loi, il fait plus encore : il approuve nécessai-
rement et logiquement tous les efforts qui sont faits pour h rendre stérile, pour prévenir les maux qu'elle produirait si ?oo8 parveniez à l'exécuter.
Or, voici un phénomène étrange.
On fait un très long exposé pour établir qu'il y a dissentiment, division entre le Saint-Siège et repiscopat, qu'il y a des divergences radicales; et l'on doit constater ensuite qu'il existe ud accord parfait pour condamner la loi du 1" juillet 4879, pour approuver tout ce qui peut, dans la pratique, neutraliser les effets de cette loi.
Voilà, ce me semble, le dissentiment déjà bien circonscrit et réduit dans ses véritables limites.
Lorsqu on analyse ce qui nous a été dit, il n'y a tout au plus qu'un dissentiment de pure forme sur un ou deux points sans importance aucune.
11 y a, dit-on, dans les mandements épiscopaux quelques expressions peut-être un peu vives. Les lettres épiscopal^ auraient dû être d'un style moins agressif; les mesures qui ont été prises récemment ne sont peut-être pas opportunes; on aurait peut-être pu en prendre d'autres.
Mafs il me semble que si cela est, ce n*est presque rien, oUi du moins, bien peu de chose; et cependant, c'est cela, etriefl que cela que vous avez obtenu dans vos pourparlers au sujet de la loi du 1*' juillet, et vous ne pouviez obtenir davantage. U ^ évident, et vous Tavez reconnu vous-même, que vous ne poo* viez obtenir Tapprobation du principe de la loi ni la condamna* tion des actes de ceux qui la combattent pour en neutraliser les effets.
Une première observation se place ici. Si je disais à M. le Ministre des Affaires étrangères : 11 y a, dans l'exposé que vous avez fait, trois ou quatre expressions qui me plaisent médiocrement, il me répondrait : Je vous remercie. Puisque vous &e
trouvez à reprendre dans mon exposé que trois ou quatre expressions qui vous paraissent un peu trop vives ou peu en situation, il s'ensuit que vous ne blâmez pas le fond de mon exposé; qu'au contraire, il vous parait excellent, très bien fait.
Or, Thonorable Ministre triomphe précisément de ce qu'il a reçu une pareille réponse lorsqu'il a réclamé contre les mandements épiscopaux.
Je ne suis pas du tout surpris qu'il ait reçu la réponse qui lui a été donnée. Oui, il y a peut-être là une certaine vivacité de formes que Ton ne peut approuver dans les usages diplomatiques. Si le Cardinal Nina n'avait pas tenu à être excessivement poli, il pouvait répondre d'une tout autre manière et très péremptoire. 11 pouvait vous dire : Messieurs, vous vous plaignez de deux ou trois expressions un peu vives qui se trouvent dans un mandement. Mais si je prends vos discours, si, choisissant parmi des centaines de discours, je prends le discours de Liège sur Yanogance sacerdotale; si je prends l'un des discours de l'honorable Ministre de la Justice et des Cultes, dans lequel il éreinte les Evéques et le Pape; si je prends le discours : A bas la calotte! ou le discours d'Anvers, à jamais célèbre, mais il y a là-dedans bien autre chose, dix fois, cent fois plus que ces quelques termes qui vous ont si fort offusqués.
Dans un pays de libre parole, il est vraiment étrange de voir un gouvernement mettre ainsi sa diplomatie en mouvement pour quelques expressions qu'il trouve un peu vives dans quelques lettres pastorales. Je vous rappelle à ce propos un mot bien connu et qui est applicable ici, je pense : a J'aime trop la liberté quand elle me sert, pour m'en plaindre quand elle me gène. »
Eh bien. Messieurs les Ministres, je vous engage à méditer ce mot-là.
Des conseils de modération ont été donnés, mais il résulte de
Texposé même de Thonorable Ministre que ces conseils étaient donnés des deux côtés et que Sa Sainteté disait : « Noos conseillons aux Ëvéques la modération si, de votre côté, vous ne bites pas des choses qui froissent la conscience des catholiques. » Or, vous prenez fort bien les conseils qui s'adressent aux Evoques, mais vous faites peu profit de celui qui vous a été donné en même temps, et c'est une lacune. {Rires à droite.)
Les récentes mesures sont inopportunes.
11 y a ici une observation bien simple. S*il y a une &ute codh mise, vous avez grand tort de vous en plaindre, puisque vonseo profiterez. 11 est évident que lorsque nous sommes en goerre (et nous y sommes, vous Tavez voulu, vous Tavez déclaré, voas la foites), le succès de la campagne, c*est Napoléon qui Ta dit, est à celui qui commet le moins de foutes. Ne faites donc pas tant de bruit si une faute a été commise ; c*est à votre proft^ qu'elle l'a été, si tant est qu'elle existe.
On part ici d'une hypothèse impossible. On suppose que, dic^^ des affaires humaines, où le concours de milliers de volont6^ d'intelligences est nécessaire, il puisse y avoir non seulemea *« comme je le disais tantôt, un accord unanime, sur le but, nn^^ que cet accord puisse exister aussi sur toutes les mesures d'ex^^ cution et sur toutes les mesures d'application.
Gela n'a jamais été et ne sera jamais, et cela n'a pas existr^ notamment pour vous. Si vous aviez été immédiatement d'accord sur le choix des mesures à prendre, nous n'aurions pas vu cett^ grande polémique sur la solution radicale et sur l'autre solutioa^ nous n'aurions pas vu, lorsque le principe avait été annoncé dans le discours du trône, la loi déposée seulement deux mois plus tard, parce qu'on avait à s'entendre sur les meilleures mesures k prendre.
Le même phénomène se produit encore dans la discusnoa. Est-ce que dans la discussion la loi a été acceptée avec un
égal enthousiasme par toutes les nuances de la gauche? Evidemment non !
Plusieurs, beaucoup même se sont résignés; beaucoup ont dit : Nous faisons un sacrifice en acceptant telle solution, et l'on a démontré publiquement, à Tévidence, qu'il y avait, lorsque tant d'hommes devaient concourir à adopter une solution quelconque, qu'il y avait des sacrifices réciproques et qu'il y en avait beaucoup qui n'approuvaient pas absolument tout ce qui se faisait dans la direction et dans la conduite de cette affaire. Le moment n'est pas venu des discussions approfondies sur l'exécution de la loi. Mais je vous prédis et je ne crains pas de me tromper, que nous assisterons une troisième fois au même phénomène.
Je ne m'imagine pas que tout le monde trouvera que la loi du 1*' juillet 1879 a été faite pour que rien ne soit changé; je ne m'imagine pas que tout le monde trouvera que la loi de 1879 a été faite pour que le Ministre de l'Instruction publique fasse donner la leçon de catéchisme dans les écoles communales et fasse replacer d'office des emblèmes religieux dont il avait déclaré que le maintien ou la suppression appartenait exclusivement à l'autorité communale. Si vous n'êtes pas d'opinion unanime sur tous les détails d'exécution de votre plan de campagne, de quel droit nous reprochez-vous de n'avoir pas cette unanimité dans l'exécution du nôtre?
Gonteste-t-on le droit? C'est impossible, et cela pour une raison bien simple; c'est que le droit d'exclure d'une société quelle qu'elle soit est de l'essence de toute société. Est-ce que les francs- maçons ne l'exercent pas? Toute la question est de savoir si l'on exerce un droit à propos, si l'on en use d'une manière trop large, mal habile.
Mais cette appréciation ne concerne que les membres mêmes de cette société.
Et de quel droit viendrais-je dire par exemple à la loge : Vous avez eu tort d'exclure un tel?
M. Goblet d'Alviella. — Les loges ne sont pas payées par l'Etat.
M. Malon. ~ Je suis charmé de Tinterruption, bien qu'elle fesse quelque peu dérailler le débat. Les loges ne sont pas rétribuées par l'Etat, mais le clergé est rétribué par l'Etat, parce qu'on lui a pris ses biens. {Oh! oh! à gauche. Très bien! à droite.) On n'a rien confisqué des biens des loges, mais le jour où une révolution quelconque l'aura fait, je serai le premier à dire qu'il faut donner un traitement aux vénérables du 33"^ ou du 43"^ degré. {HilarUé.)
L'interruption de l'honorable M. Goblet était encore à côté de la question pour un autre motif.
Je cherchais à établir que le droit d'exclure d'une société ou d'y maintenir quelqu'un dépend de la société elle-même. Gela est-il contestable?
M. Tesoh. — Quelle est cette société? Ce sont les six Evéques. M. Wa^seige. — Vous êtes Evoque de tant de sociétés, vous, monsieur Tesch! que je m'étonne de votre interruption. M. le président. — Pas de colloques, messieurs ! M. Malon. — Ges interruptions ne me déplaisent pas; mais elles font sortir de la question.
Dans cet ordre d'idées, nous avons tous un droit d'appréciation complet et complètement libre.
M. Tesch. — ÎQui?
M. Malon. — Mais, encore une fois, cela ne regarde que nous seuls.
M. Tesch. — Ainsi, les Evéques sont maîtres de feire tout ce qu'ils veulent?
M. Malon. — Messieurs, je ne veux point, pour le moment actuel, tâchant d'abréger ces observations, je ne veux pas dis^
cuter les législations étrangères dont rhonorable Ministre des Affaires étrangèi*es a parlé. Les écoles confessionnelles, dit-il, ont un grand défout, elles meurent partout, et, parmi les nations où elles sont mortes, l'honorable ministre cite notamment TAngleterre. Or, il est un phénomène connu de tous ceux qui s'occupent de ces questions ; de jour en jour les écoles confessionnelles prennent en Angleterre un développement de plus en plus grand.
M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Pas du tout ; c'est une plaisanterie !
M. Malon. — Dans la discussion générale, nous avons indi* que comme le résultat probable, prévu, pour ainsi dire, de la loi nouvelle, l'introduction en Belgique du régime anglais dans un avenir prochain.
J'ai tort de dire le régime anglais. C'était la première idée qui a surgi en Belgique après 1830, lorsqu'on s'est occupé de l'instruction primaire. La commission qu'on avait nommée en 1831 concluait à l'adoption du système anglais, c'est-à-dire le régime de la liberté subsidiée équitablement, impartialement, suivant les services qu'on rendait à ce grand intérêt de la diffusion de l'enseignement populaire.
Telle était l'idée primitive au lendemain de 1830; nous l'avons indiquée dans les débats antérieurs comme étant Tidéal, le but auquel nous désirions voir arriver notre législation.
Vous en disiez hier l'éloge. Voulez-vous la réaliser? Puisque c'est là un exemple que vous trouvez bon à imiter, mais suivez-le ! Pourquoi, si cela était bon, pourquoi si la législation anglaise mérite vos éloges, pourquoi avez-vous foit la loi du 1^^ juillet 1879, et pourquoi, quand vous en voyez vous-même les effets, pourquoi ne proposez-vous pas ce système? Vous auriez un appui, peut-être compromettant, mais considérable, à droite.
Vous voulez pacifier les esprits !
Voilà un moyen bien simple : prenez le système anglais»
Y a-t-ii une objection? Je n'en vois pas. Vous aves fiiit Fâop de ce systèn^e, pourquoi ne le réalisez-vous pas?
Je n'espère, du reste» pas voir cet appel entendu et exaucé.
Voyons maintenant quelle est la conclusion que l'hoQonble Blinistre a tirée de ces longs développements?
L'honorable Ministre espère que l'influence des paroles do Saint-Père se fera sentir sur les dispositions des catholiques, M si le clergé continue son opposition, il en subira la responsabilité. Tous les catholiques ont la plus grande déférence pour les conseils du Saint-Père, et ils les suivront comme ils les eomprennent. {Bruit à gauche.)
Plusieurs membres a gauche : Ah ! ah !
M. Goomans. — Peut-être faudrait-il les comprendre pir II bouche de M. Frère. (Rires.)
M. Malou. — Ce n'est pas une réticence que je veux ftire; je veux être très franc. (Bruit et rires à gauche.)
Le Saint-Père désapprouve complètement la loi du i*" juiltet 1879, et, comme conséquence de cette réprobation, il apfdaudit, il encourage tous les efforts que feront les catholiques pour user largement, énergiquement de leurs libertés constitutionnelles, afin de neutraliser, de détruire les effets de votre loi.
Tel est le conseil du Saint-Père. Ce conseil sera suivi comme il l'a été jusqu'ici, et, dans l'avenir, il sera encore énergiquement, efficacement suivi; je vous en donnerai la preuve tout k l'heure.
Nous suivrons toujours les conseils de modération, mais œlt n'empêchera pas une action énergique et persistante, la modération est toujours une grande force en Belgique, et je vous cooseille de méditer cette vérité et de la pratiquer. {Trèê bienl à droite.)
L'honorable Ministre se ferait, après tant d'illusions, une illusion bien grande s'il croyait que son' discours d'hier va changer
quelque chose à la situation créée par la loi du 1~ juillet 1879.
Rien ! absolument rien ! Pas une école de moins pour nous. Pas un élève de plus pour vous !
Voilà quel sera le lendemain, comme a été la veille. {Approbation à droUe.)
Oui, le pays est calme matériellement : les catholiques font des écoles ; mais ils n'ont jamais songé à faire des émeutes. {Bruit à gauche.)
M. Bara, Ministre de la Justice. — Ils ont tenté d*en &ire, ils voudi*aient en faire et n'y peuvent réussir.
M. Malon. — Ils n'ont pas le physique de l'emploi. {HUarité à droite,)
M. Bara, Ministre de la Justice — C'est possible. Mais ils recourent à tous les moyens pour susciter des émeutes.
M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — N'oubliez pas que les catholiques se vantent d'avoir fait la révolution sous Joseph II et sous Guillaume I"', et affirment qu'ils ont fait la révolution de 1830. {Approbation à gauche.)
M. Maloa. - Oui ! lorsqull y a eu dans le pays un mouvement national comme au temps de Joseph II, comme en 1830; oui, les catholiques ont toujours été au premier rang comme élément national! Oui, ils ont toujours concouru aux révolutions qui ont servi au peuple belge à accomplir ses destinées; mais ils n'ont pas foit de mesquines émeutes {Bruit à gauche)..., de mesquines et pitoyables émeutes qui déshonorent nos institutions. {Vifs applaudissements à droite.)
Tandis que vous, si vous comparez, si vous confondez 1830 avec 1871, je vous plains, et l'histoire ne vous suivra pas. {Nouveaux applaudissements à droite.)
Je disais donc, quand on ma jeté cette interruption inconsidérée, que le pays est calme, matériellement calme. Mais vous ne pouvea pas dire qu'il est moralement calme. Non, vous y avez
jeté un ferment de discorde, une cause de plus de dissentiments profonds, de dissentiments d'autant plus redoutables, qu'ils s'attaquent à ce que Fhomme a de plus cher, à sa conscience, qui est d'un prix bien plus inestimable que tous les biens matériels.
Vous ne croyez pas que tel ou tel discours, vous ne croyez pas que l'envoi de vos commissaires, que vos circulaires, vous ne croyez pas qu'il y ait une chose au monde qui puisse entraver, qui puisse arrêter ce mouvement. Vous le niez aujourd'hui; vous niez qu'il y eût un vœu exprimé par des pères de famille et vous disiez : C'est un pitoyable avoitement! Aujourd'hui encore, sous une autre forme, revient la même idée. Elle revient dans un moment où l'évidence des faits est là, où elle vous serre de près, où vous même n'auriez pas fait ce discours, si vous pensiez qu'il n'y a absolument aucun mouvement sérieux de l'opinion publique.
En effet, est-il possible que la Chambre et le pays ne soient pas frappés de cette étrange contradiction? L'honorable Ministre, pendant une heure entière, nous expose les doléances, les réclamations qu'il a faites pour calmer l'opposition que rencontre la loi. Et puis, quelle est sa conclusion? C'est que toutes ces tentatives de résistance ne sont absolument rien. Mais alors pourquoi tout cela, s'il n'y a rien? Et s'il n'y a rien, pourquoi avez-vous fait toutes ces réclamations? Pourquoi avez-vous été dire à Rome : Il y a une opposition excessive, dangereuse. Qu'on la calme donc; qu'on nous délivre donc de cette opposition !
Et puis l'on ajoute immédiatement : 11 n'y a rien; vous n'avez réussi en rien.
Je ne comprends pas; ou je m'égare, ou la péroraison du discours de l'honorable Ministre mange le corps même du discours.
Messieurs, nous avions prévu, ce n'était pas bien difficite, qu'on chercherait à dissimuler les pertes de l'enseignement officiel.
L'honorable Ministre des Affaires étrangères disait un jour, et c'est un de ses meilleurs mots : Gouverner, c'est prévoir. Aujour-
d'hui nous ne demandons pas que le Gouvernement veuille bien prévoir, nous demandons seulement qu'il daigne voir, qu'il daigne voir ce qui est réellement dans le pays. Ce n'est pas là une exigence immodérée. Nous avions donc prévu qu'on chercherait de toutes les manières à atténuer, à dissimuler la lésion profonde qui a été portée à l'enseignement officiel. Il y a des moyens extrêmement simples; on les emploie, nous en avons même eu l'aveu public; l'un de ces moyens, c'est, lorsque l'école est déserte ou à peu près, d'appeler à l'école primaire tout ce que Ton peut réunir de gamins, qui par leur âge appartiennent à l'école gardienne, et même des bébés. Gela s'est ûiit, cela se pratique aujourd'hui pour masquer l'échec.
Il y a eu mieux que cela; nous avons reçu l'autre jour une circulaire dans laquelle on dit qu'il faut reproduire la liste de présence de ceux qui étaient inscrits l'année antérieure. Voilà un moyen souverain dépeupler les écoles... sur le papier!
On constatera comme présents tous ceux qui étaient présents Tannée dernière. {Rires à droite.)
Ce n'est pas plus malin que cela, c'est d'une simplicité extrême et je ne m'étonnerais pas, d'après les instances faites de divers côtés, je le sais personnellement, que l'on reproduisit tous ceux qui fréquentaient l'école en 1878-1879 et que ceci ne vînt pour quelque chose dans la population des écoles qu'on nous a indiquée.
Nous avons donc, dans la prévision de ce qui commence déjà à se produire, cherché à nous procurer aussi des renseignements exacts et ausisi complets que possible : cela était non seulement utile mais indispensable.
L'honorable Ministre nous disait hier : Voyez donc à quoi vous aboutissez; vous n'avez fait déserter que 168 écoles sur 4,000 et autant à la date du 1""' octobre. Gela n'est vraiment pas de la statistique sérieuse, et je m'étonne que l'honorable Ministre l'ait produite. Tout le monde sait que la loi est du 1""' juillet 1879 ;
ainsi» nous avons eu trois mois pour faire nos écoles. Aussi, la plupart des écoles catholiques, le 1"^ octobre, n'étaient pas prêtes ; la plupart de celles qui existent aujourd'hui ont été ouvertes dans le courant du mois.
Tout le monde sait qu'il y en a des centaines en construction et qui s'ouvriront successivement de mois en mois, et l'on vient nous dire, avec un grand aplomb : Vous avez rendu désertes, le 1*' octobre, 168 écoles sur 4,000 et autant!
D*abord ce n'est pas là du tout la question. La question est de savoir, non pas si nous avons réduit à zéro le ohiffre de certaines écoles, mais si l'enseignement officiel, dans son acception générale, dans plus de la moitié du pays, n'est pas dès à présent détruit par votre faute ; qu'il y ait dans certaines écoles 2« 3, 10 élèves même et que dans les nôtres il y en ait, àoôtédeœlles-là, des centaines, soutiendrez- vous que votre loi a réusai? Non, nous soutiendrons que nous l'avons parfoitement démolie* Cette date, du reste, est d'autant plus singulière que, s'il faut en croire les journaux, M. le Ministre de llnstruction publique, qui parait ne pas partager tout à fait cette grande confiance, ni professer ce grand optimisme, aurait fait un nouveau relevé à la date du l""' novembre. Si cela est, je ne l'affirme pas, pourquoi ne p9S nous la donner plus tôt que le 1^' octobre?
M. Von Hnmbeeck, Ministre de l'instruction pvilique, — Parce que je ne l'ai pas. II n'est pas fini.
M. Malou. — C'est une erreur des journaux. J'ai eu tort de croire à la lettre moulée. Mais, enfin, cette statistique peut se faire ; il est désirable qu'elle se fasse.
M. Van Hnmbeeck, Ministre de Vinstruction puiflique. — Et vous n'aurez pas à vous en féliciter.
M. Malon. — Je n'aurai pas à m*en féliciter? C'est ce que nous verrons.
M. Bara, Ministre de la justice. — Vous vous félicitez de parti pris.
M. Maloo. — Nous avons choisi pour nos renseignements la date du 30 octobre, et pour quelques provinces (car il y a encore des provinces et même des communes en Belgique), on a, de préfiârance, adopté le 4 novembre. Ce sont deux dates tellement rapprochées qu'elles peuvent se confondre.
Mes renseignements ne sont pas complets; pour quelques provinces il manque un certain nombre de communes et j'attends QDCore les renseignements pour des provinces entières.
Cependant, Messieurs, en attendant que nous les ayons, et ÎMpère que nous les aurons tous avant la discussion approfondie pour laquelle nous nous donnons rendez-vous, je crois qu'il sera
)k)q de vous donner une petite primeur statistique, quelques
diifres, quelques fiiits, quelques pages détachées du chapitre de ''Aat actuel des choses.
J'ai complètes les provinces d'Anvers, de la Flandre occidentale ^ de la Flandre orientale. {ExdamatiotiM à gauche.)
Si personne n'interrompt, je ne puis répondre à personne.
Je dis que j'ai complètes la province d'Anvers, les deux Flan- ^>^t un peu moins complets le Brabant, le Luxembourg et la P^vince de Namur; et j'attends les renseignements pour les trois autres provinces : le Limbourg, la province de Liège et le Hainaut. Ces deux dernières sont celles où le développement catholique a ^ le moins développé.
M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Très peu.
M. Bara, Ministre de la Justice. — C'est pour cela qu'on n'en parle pas.
M. Wœste. — Les autres font aussi partie du pays.
M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Comme le Hainaut, le Brabant et la province de Liège.
M. Maloa. — Je n'ai pas les moyens que possède l'administration pour me procurer les renseignements que je recueille. 11 n*est donc pas étonnant que je ne les aie pas encore; mais, n'en
doutez pas, vous les aurez tous et vous pourrez en raisonner tool à votre aise, je veux vous donner un à-compte uniquement pour vous montrer quelles illusions vous vous faites.
J*ai réduit les chiffres en proportion pour cent, comme Thonorable Ministre des ÂiTaires étrangères Ta fait lui-même.
Dans la province d*Ânvers, Tarrondissement d'Anvers, moins deux communes rurales qui me manquent, donne une proportion de 71 9/iO aux écoles catholiques et de 28 i/10 aux écoles officielles.
M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Nous ne sommes pas d*accord. {Interruption.)
M. Malou. — Jen suis convaincu.
M. Frère Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Noos avons de très grandes raisons de nous défier de votre statistique.
M. Malou. — Je sais bien que nous ne serons pas d'accord. On contestera mes chifl'res; eh bien, je dis dès à présent et pour lors, comme on s'exprime au palais, que si nous ne sommes pas d'accord sur ces chiffres, je proposerai formellement à la Chambre de faire ce que la Chambre des communes a feit tant de fois eo Angleterre, c'est-à-dire, nommer une commission d'enquête.
M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Adopté! (Applaudissements.) Nous ferons une enquête parlementaire! (Vift approbation.)
M. Malou. — Je proposerai formellement, si l'on n'est pas d'accord sur les chiffres, de nommer une commission parlementaire qui fera une enquête, comme la Chambre des communes en fait, pour constater l'état déplorable dans lequel vous avez mis renseignement officiel dans la plus grande partie du pays! {Très bien ! à droite. Oh ! oh ! à gauche.)
Ne vous arrêtez donc pas, en présence de cette proposition que j'annonce, à contester chacun des chiffres que je produis; je les produits de bonne foi, parce que je les crois exacts, parce que
je les ai recueillis pour la plupart moi-même dans des données relatives à chaque commune ; s'il y a des erreurs, je serai le premier à les reconnaître, mais j*afBrme que dans leur ensemble ils sont sincères et exacts.
Voilà donc pour le premier arrondissement, et de plus, les catholiques ont la majorité, une majorité très respectable dans la ville d'Anvers. Malines, moins quatre communes rurales et qui ne peuvent guère influencer le résultat général, Malines donne pour les écoles catholiques 77 et 7/10 contre 22 et 3/10; Turnhout 90 2/10 contre 9 8/10, et la province d'Anvers tout entière donne 77 2/10 contre 22 8/10.
M. Orts. — Quels étaient les chiffres des écoles libres catholiques avant le 1®' juillet 1879, avant la loi?
M. Jacobs. — Les chiffres actuels suffisent pour constater la situation.
M. Bara, Ministre de la Justice. — Qu'avez-vous enlevé aux écoles publiques? Voilà la question. {Bruit à droite. — Oui, oui^ à gauche.)
M. le Président. — Messieurs, les interruptions dégénèrent presque toujours en conversations et souvent les conversations dégénèrent en..., je préfère ne pas le dire.
Veuillez donc ne plus interrompre.
M. Malou. — Monsieur le Président, je vais tâcher de répondre en deux mots à toutes les interruptions.
On me demande ce qu'il y avait avant le 1^' juillet 1879? Il y avait accord entre les deux forces sociales pour répandre, pour propager les bienfaits de l'enseignement populaire.
M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Il y avait lutte, il n'y avait pas accord.
M. Malou. — Pourquoi donc toujours m'inlerrompre sur les choses les plus évidentes? Voulez-vous éterniser la discussion?
Je répète ce que je disais : Sous lempire de la loi de 1842, il