DOC. IX
Le Cardinal Secrétaire d*Etat,
au Nonce Apostolique à Bruxelles.
16 juin 1880.
Monseigneur,
J'ai reçu régulièrement les dépêches n*»* 677-680-681, en date des 10, il et 12 du mois courant, dans lesquelles Voti*e Seigneurie
me donne connaissance de la communication £aite à M. Frère- Orban, conformément à mon télégramme du 9 et des entretiens que vous avez eus avec lui, soit en cette circonstance, soit les jours suivants.
Je ne puis pas m'empôcher de décerner à Votre Seigneurie les éloges qui lui reviennent pour l'attitude grave et digne qu'Eue a constamment observée en de telles occasions et pour le langage qu'Eue a employé vis-à-vis de M. le Ministre, en parfaite correspondance avec les instructions que je lui avais transmises.
Elle a bien justement combattu les deux principaux motifs dont il étayait la détermination brusquement prise par lui de rappeler le ministre résident à Rome ; motifs qui, comme je le lui ai montré dans ma dépêche précédente, ne se soutiennent en aucune manière. Le Saint-Siège n'a rien à se reprocher : ni infidélité dans la publication faite, ni acte double et déloyal. Il a conscience de la délicatesse qu'il a mise à repousser toute participation aux communications faites à la presse, et affirme hautement que sa conduite, dans ces longues négociations, fut toujours uniforme, toujours conséquente avec ses principes et son devoir apostolique. 11 lui a paru ensuite que c*est un procédé réellement injustifiable de la part d un gouvernement de lancer des accusations très graves, et, sans attendre la réponse, de rompre brusquement les relations. Du reste, Votre Seigneurie se maintiendra dans la voie qu'elle a suivie et elle usera du môme langage quand il lui arrivera de se rencontrer avec M. Frère-Orban. Et puisque vous m'annoncez que vous avez reçu ma réponse à la dépêche adressée par le Ministre des Affaires étrangères, le 18 mai, au Baron d'Anethan, vous aurez pu y relever des déclarations franches et loyales faites par moi sur l'attitude observée par le Saint-Siège dans les différentes phases de la négociation, et j'espère que vous n'aurez pas manqué de les faire remarquer à M. le Ministre. Si ensuite, malgré ces déclarations, il persiste dans la décision
prise, je lerai tenir à Votre Seigneurie les instructions nécessaires et qu'Eue m*a réclamées dans sa dernière dépôche.
En attendant, etc.