L. Cardinal Nina
DOC. X et XI.
i* Dépèche da 28 juin i880 du Ministre des Affaires étrangères an Nonce apostolique. (Voy. page 429.)
2« Lettre du 29 juin 1880 du Nonce apostolique au Ministre des Aflaires étrangères. (Voy. page 442.)
Le Ministre des Affaires étrangères,
aux Agents diplomatiques belges à l'étranger.
Bruxelles, le 17 juiUet 1880.
Monsieur le Ministre,
La Secrétairerie d*Etat du Saint-Siège a publié, sous la date du 10 juillet, un recueil de documents précédé d'un mémoire où elle résume à son point de vue les négociations qui ont abouti à la rupture des relations diplomatiques entre le gouvernement du Roi et le Vatican. Cet exposé n'est, dans sa plus grande partie, qu'une édition nouvelle de là dépêche du cardinal Nina du 8 juin dernier ; il est, sous ce rapport, réfuté d'avance par mes dépêches du 18 mai et du 29 juin. Je me borne, en conséquence» à me référer purement et simplement à ces deux derniers document», et je laisse à Topinion publique, qui s*est prononcée dans toute l'Europe avec une unanimité remarquable, le soin déjuger si les nouvelles explications du Saint-Siège sont de nature à disculper la diplomatie vaticane des justes reproches qui lui ont été fidts.
A côté des considérations qui sont de simples redites, le
mémoire du Saint-Siège apporte toutefois deux documents nouveaux qui comportent quelques observations de ma part. Ma réponse sera brève et catégorique.
Le Secrétaire d'Etat du Saint-Père, dans le but de prouver que le Saint-Siège n'a jamais varié dans ses appréciations sur la loi relative à renseignement primaire» publie trois fragments de lettres adressées, à diverses époques, par Léon XIII h Sa Majesté. Ces lettres contiennent des témoignages de sympathie pour les Evéques belges en guerre avec le gouvernement de leur pays, et elles engagent le Roi à provoquer le reirait spontané, d'une loi <( qui ne répondait à aucun besoin réel ».
Je ne sais si des révélations de cette nature sont capables de servir la cause du Saint-Siège ; elles tendraient à montrer qu'à côté de la correspondance diplomatique et de la correspondance ecclésiastique, on avait conçu l'idée d'une troisième, se rései*vant de l'utiliser selon les besoins des circonstances. Mais je ne suivrai pas le cardinal Nina sur ce terrain ; les principes constitutionnels, les plus simples égards envers la personne royale suffiraient pour me l'interdire. Au Vatican, de pareils scrupules sont inconnus ; on ignore, comme de parti pris, les conditions les plus élémentaires du régime parlementaire. Faut- il s'en étonner quand on voit le premier ministre du Pape traiter de folle illusion {foUe lusinga l) et repousser comme un outrage inqualifiable l'hypothèse que, peut-être, au début de son pontificat, Léon XIII, continuant à s'inspirer des idées qui semblaient le diriger au sujet de la question constitutionnelle, aurait voulu préparer une solution semblable de la question scolaire ! Alors que les anathèmes accumulés par les Papes contre les libertés modernes n*avaient pas empêché le Pontife actuel de prescrire aux catholiques belges « d'aimer et de défendre » une Constitution qui les consacre toutes, qu'y aurait-il donc eu d'exorbitant à penser qu'il aurait pu enjoindre au clergé belge, non pas même
« d'aimer ni de défendre » les écoles neutres, mais d'en tolérer l'existence en Belgique sous les mêmes conditions qu'il les tolère en Angleterre, en Hollande, en Autriche et jusqu'à Rome même? Mais on ne Toubliera plus désormais : « nourrir la confiance que ce le Pontife régnant en viendrait à se rapprocher de certaines « théories erronées, professées par quel^s Etats modernes », cest un révc et une vaine chimère.
L'avenir dira de quel côté se trouvent les folles illusions ; en attendant, on se demandera plus que jamais à quel titre l'Eglise catholique, qui ne cesse de protester contre les principes mêmes sur lesquels reposent aujourd'hui tous les Etats, prétend encore entretenir avec eux des rapports diplomatiques.
J'arrive au second fait. La Secrétairerie d'Etat publie aujourd'hui une dépêche du 11 novembre 1879, dépêche officiellement retirée, pour infirmer l'autorité de la lettre qui me fut adressée le 5 octobre par M. le baron d'Anethan et combattre los conclusions que j'ai déduites de l'ensemble de la correspondance et de cette pièce en particulier. Trois points sont ici à considérer.
l"" Le cardinal Nina déclare que la dépêche du 5 octobre « ne rendait pas fidèlement les idées exprimées par lui à M. le ministre {baron d'Anethan), ainsi que le cardinal le lui avait fait plusieurs fois expressément remarquer ».
Cette assertion, absolument gratuite, remplace, pour expliquer ou atténuer la dépêche du 5 octobre, l'allégation que j'ai détruite au sujet de prétendus « l'ecours remis de la part du Gouvernement et notamment de celui de l'institutrice de Visé ». (Dépêche du 28 juin 1880.)
Toutes les dépêches dont se compose le dossier de YA^hange
de vues, et spécialement celle du 5 octobre, ont été soumises, avant leur publication, aux agents du Saint-Siège, qui en ont reconnu la parfeite exactitude. Ma dépêche du 17 octobre 1879 constate même que les passages entre guillemets de la lettre du
5 octobre sont textuels. Au surplus, M. le baron d*Anethan, mis ici personnellement en cause, a cru devoir s'en expliquer ce jour môme. Voici la lettre qu*il m'adresse :
Bruxelles, le 17 juillet 1880.
(1 Monsieur le Ministre,
« Le mémorandum du Saint-Siège contient une phrase sur laquelle il est de mon devoir de vous donner des explications.
« La minute de la dépêche du 5 octobre a été, avant de vous être expédiée, revue par Mgr Jacobini, que le cardinal Nina avait délégué ù cet effet.
ce Après avoir comervé pendant qtmtre jours ée projet de dépêche, Mgr Jacobini me le restitua en m*indiquant plusieurs modifications dont j*eus soin de tenir compte dans la dépêche qui vous fut adressée.
a 11 est fiacile, du reste, de se convaincre, par la tournure de plusieurs phrases, quelles sont traduites de Titalien; elles Font été, en effet, d*après le texte rectificatif qui m*a été communiqué (1).
La dépêche du 5 octobre a donc été revue et remaniée par un délégué du Vatican, avant de vous être envoyée. Lorsqu'il fut question de la publication des documents, je ne manquai pas,
(1) Le texte soumis à Mgr Jacobini portait : Sous le rapport de la doctrine, m*a dit Son Eminence, le document est parfaitement correct ; mais les conclusions tirées de principes justes peuvent être inopportunes et poussées trop loin. Le texte modifié est..., mais les conclusions tirées de principes justes peuvent être conduites d*une manière inopportune et peiU-élre aussi poussées trop loin.
Le paragraphe flnal a été également modifié : « Le gouvernement du Roi, a ajouté Son Eminence, en empêctiant que les écoles ne prennent une direction anticathollque et en veillant à ce que renseignement qui y sera donné ne blesse en rien la conscience des fldèles, contribuera à apaiser ce regrettable conflit. »
Je fus invité à substituer à ces derniers mots ceux-ci : u A améliorer la situa* tion. »
conformément à mes instructions» de m*entendre avec le cardinal Nina au sujet de la revision que pourrait demander le Saint-Siège. Mgr Jacobini fut chargé de ce travail et vint à deux reprises chez moi pour examiner le dossier de l'échange de vues.
« Ce prélat rendit compte de cet examen au cardinal Nina. Son Eminence me pria de lui confier plusieurs dépèches qu'elle tenait à relire, et m'exprima le désir, en me les restituant, d'introduire certaines modifications dans ma dépêche du 5 octobre(l).
« Vous vous rappellerez, Monsieur le Ministre, que je m'empressai de vous faire part du désir de Son Eminence, et que vous me répondîtes en me chargeant de l'informer que la correspondance serait soumise à l'examen de Mgr le Nonce, qui proposerait les rectifications demandées par le cardinal Nina. La publication des pièces m'a prouvé qu'il avait été £ait droit à la demande du Saint-Siège.
« Il résulte de ce que je viens d'avoir l'honneur de vous exposer que le texte de mes dépèches ne peut donner lieu ï aucune observation fondée.
K Après la publication de la correspondance au sujet de laquelle je me suis expliqué dans cette lettre, le cardinal Secrétaire d*Etat a fait porter la discussion sur l'interprétation que l'on donnait à l'échange de vues, mais Son Eminence ne m'a jamais parlé de rinfidélité de mes dépèches : Elle ne l'eût pas pu, du reste, après la triple revision dont elles avaient été l'objet.
(1) Le texte de la dépêche portait : « C*est lé cas ici », le cardinal Nina désira que Ton y substituât les mots : « Il me parait que c^esi le cas id. n
Plus loin :
« Son Eminence ne peut, du reste, que manifester ses regrets, car le Saint-Siége a fait tout ce qui dépendait de lui en recommandant, à plusieurs reprises, le calme, la prudence et la modération. 11 eût désiré, etc., ete. > Le Secrétaire d'Etat demanda qu'au lieu de : « Il » se rapportant au Saint-Si^ on mit : « le cardinal ». {Notes annexées à ta lettre du Ifaran d'AnethùM.)
ce Les souvenirs de Son Eminence Vont mal servie en cette circonstance.
ce Je crois avoir agi avec une extrême loyauté; je Tai moi-même poussée jusqu'au scrupule, car jamais je n'ai rendu compte d'un entretien avec k cardinal Secrétaire d'Etat sans avoir préalablement soumis la minute de mes dépêches au prélat que le cardinal avait chargé de ce soin.
ce Je ne crains aucun démenti sur ce point.
ce Agréez, Monsieur le Ministre, Texpression respectueuse de ma plus haute considération.
ce B®' d'Anethan. »
Je n'ai pas une ligne à ajouter à ce document. Tout le monde jugera de quel côté se trouvent, en cette circonstance, l'honnêteté et la loyauté, du côté du Secrétaire d'Etat, qui inculpe l'agent accrédité auprès de lui ce de n'avoir pas fidèlement rendu les idées qu'il a exprimées », ajoutant ec qu'il le lui a &it observer expressément plusieurs fois », ou du côté du diplomate, qui, après avoir si dignement et si honorablement accompli sa mission, est obligé de se défendre contre une telle accusation.
2® Taborde l'incident de la dépêche retirée. Elle vit le jour sous le prétexte que Son Eminence le cardinal Nina avait été averti que j'entendais foire usage de la correspondance particulière du baron d'Anethan. On verra tout à Fheure ce qui advint de ce moyen. Celui qu'on y a substitué dans le mémoire ne vaut guère mieux.
Six semaines s'étaient écoulées depuis la dépêche du 5 octobre; la lettre adressée le 4 novembre par le Pape à Sa Majesté et dans laquelle il La sollicitait de faire retirer une loi votée et promulguée, n'avait pas, sans doute, eu le résultat qu'on en attendait. Le Saint-Siège, qui dans l'intervalle avait secrètement encouragé les Evoques dans leur opposition, prononça alors le premier les
mots de malentendu et i^équivoque et chercha éventuellemeot il ménager sa retraite.
Tel fut l*objet de la dépêche qui me fiit communiquée le 14 novembre 1879 par le Nonce.
C'est ce dignitaire lui-même qui, dans un télégramme do 14 novembre au cardinal Nina, exprima le jugement que jeporUi sur cet acte :
(( J ai lu à M. Frëre-Orban la dépêche du 11 courant et lui en ai donné copie : Timpression produite est désastreuse. // perri$ie à qualifier ce document comme étant en eontradietian avec les ditiêrations officielles antérieures. A moins que la dépêche ne soit retirée, au moins provisoirement, il est décidé à annoncer mardi au Parlement la rupture complète des rapports diplomatiques. Télégraphiez si je dois provisoirement retirer la dépêche. »
De mon côté, je télégraphiai à M. le baron d*Anethan ce qui suit : « Une note du cardinal, dont le Nonce vient de m*entretenir, dit que, d'après une conversation qu'il a eue avec vous, j'entends faire usage de votre correspondance particulière. Cela est contraire à la vérité. Demandez des explications. Si la note est maintenue, le retrait de la Légation est inévitable. Cbttb note
EST OPPOSÉS AUX DÉCLARATIONS FAITES ET DONNERAIT LIEU A ONE ACCU- SATION DE DUPLICITÉ. Réponse immédiate. »
Ce télégramme fut communiqué au cardinal Nina ; le mémorandum le constate (§ IX), et, après son entrevue avec le Secrétaire d'Etat de Sa Sainteté, le baron d'Anethan m'adressa, le même jour, une dépêche télégraphique ainsi conçue : « L'assertion sur mon langage, concernant la publication de la correspondance particulière, est absolument fausse. Le cardinal le reconnaît. La note sera retirée, éventuellement rectifiée. »
Le lendemain, 15 novembre, le Nonce me redemanda la dépêche en me priant de considérer sa communication « comn NON AVENUE ». En la lui renvoyant, je lui écrivis : <c J'espère que
Ton réussira k faire disparaître toute cause de malentendu ou d*équivoque, et le mieux sera de renoncer a faire quoi que ce son
QUI PÛT AVOIR MÊME LA SIMPLE APPARENCE D*UNE CONTRADICTION AVEC LES DÉCLARATIONS CONSIGNÉES DANS LA CORRESPONDANCE OFFICIELLE. »
Ces mots se rapportaient à Tintention manifestée par le Nonce d'un remaniement de la dépêche du 11 novembre et qu*il avait exprimée par le terme : « provisoirement » qui figure dans son télégramme du 14. 11 ne fut plus question, en efl'et, de cette pièce.
Le sens de ces actes est clair et précis. Le Saint-Siège sait parfaitement la signification qu'attache le Gouvernement belge aux déclarations qui lui ont été remises. Effrayé des conséquences qui peuvent en résulter, il s'eflbrce de les reprendre. Je lui notifie que je considère cette démarche comme la rétractation de tout ce qui s'est fait jusque-là, comme devant entraîner alors ce qui s'est fait depuis, la rupture des rapports diplomatiques. Le Saint-Siège retire sa dépêche du 11 novembre et maintient ainsi celle du 5 octobre.
Entre tous gouvernements quelconques, il ne subsistait rien dès ce moment de la dépêche du 11 novembre; elle était absolument, suivant l'expression du Nonce, « non avenue ». Pas du tout, écrit aujourd'hui le cardinal Nina ; le Ministre des Affaires étrangères n'en connaissait pas moins le contenu ! Voilà une façon de négo* cier dont, à coup sûr, il n'existe pas d'exemple et qui caractérise à merveille la diplomatie du Vatican. Mais ce n'était pas assez de battre en retraite avec cette restriction mentale ; on se réservait — la Secrétairerie d'Etat le confesse ingénument aujourd'hui — de faire par une voie détournée et souterraine ce qu'on n'avait pas eu le courage de faire publiquement, officiellement. La dépêche du 11 novembre, retirée vis*à-vis du Gouvernement du Roi, fut donnée en thème à la presse catholique, avec laquelle le Vatican répudiait toute solidarité, et à l'Archevêque de Malines, qui fut autorisé
par là à publier la déclaration du 1^ décembre 1879. «c Si dans ce moment de passions politiques — ainsi s'exprime le mémorandum du Secrétaire d*Etat — le Saint-Siège crut devoir se taire* la presse catholique de Rome et de Belgique ne se tut pas; elle protesta contre les conclusions formulées dans le discours ministériel. Plusieurs des plus vaillants députés catholiques flrent noblement entendre leurs voix dans Fenceinte parlementaire... Vint ensuite la déclaration pleine d'autorité du Cardinal-Archevêque de Malines» qui confirma avec énergie qu'il n'existait aucun désaccord entre le Pape et les Evoques. » Le Saint-Si^ se taisait donc» mais il faisait parler les autres ; c'était l'autre façon {altri modi, § IX du mémorandum) qu'il avait découvert pour faire venir la lettre du il novembre à sa destination. D resta six mois dans cette attitude équivoque, et quand enfin on publia la lettre approbative adressée le 2 avril dernier au Ga^ dinal Dechamps par le Pape, il ne craignit pas de protester encore, dans sa dépêche du 13 juin, que cette publication avait eu lieu malgré lui et sans son aveu !
Je n'examinerai pas de plus près ces trames savantes que le mémorandum du 10 juillet s'attache à mettre en pleine évidence pour justifier la Curie du reproche de duplicité.
3'^ Le troisième point qu'il me reste à examiner concerne les conclusions illégitimes que j'aurais déduites de Véehange de vues. Ce point a déjà été traité amplement dans mes dépèches antérieures et je pourrais me borner à m'y référer; mais les docaments que publie le Saint-Siège lui-même sont, à cet égard, la réfutation la plus éclatante de sa thèse. Après l'accueil que j'ai fût à la dépêche du 11 novembre, de quel droit peut-il affirmer qa'il ignorait le sens que j'attachais à la correspondance diplomatique et les conclusions que j'en tirais? Il n'avait qu'à maintenir c^ dépêche pour empêcher ces conclusions de se produire; il Ta retirée et il se plaint qu'il n'en a plus été tenu compte! Quelto
étaient, au surplus, ces conclusions? Le.discours du 18 novembre 1879 était un simple recueil de dépêches, dont le langage était assez concluant par elles-mêmes pour qu'il fût inutile d*y ajouter aucun commentaire. Ces conclusions, contre lesquelles on proteste si amèrement aujourd'hui, c'est l'opinion publique qui les a déduites, c'est la presse catholique surtout qui, pour échapper à l'effet produit par la correspondance officielle, s'est empressée de dire qu'il y en avait une autre et qu'on la ferait connaître. Le Saint-Siège protesta alors que son langage avait été partout le même. Il convient aujourd'hui que la contre-lettre existait et qu'il en a été fait usage : c'était la dépêche du 11 novembre officiellement annulée vis-à-vis du Gouvernement belge, secrètement maintenue vis-à-vis du clergé.
Cette diplomatie est jugée par elle-même. Elle a repris et développé, dans les notes du 3 mai, du 8 et du 13 juin 1880, la dépêche retirée du 11 novembre 1879. Le Secrétaire d'Etat de Sa Sainteté savait donc d*avance que le Gouvernement du Roi devait y appliquer les mêmes qualifications qu'à celle-ci et en déduire les mêmes conséquences. De telles relations, dépourvues de toute sincérité de la part du Vatican, ne pouvaient être maintenues; en notifiant leur rupture au Nonce apostolique, il ne restait qu'à lui offrir des passeports, afin qu'il fût assuré de jouir jusqu'à son départ des immunités diplomatiques.
Notre résolution était à peine communiquée au Vatican, elle était à la veille d*être confirmée au Nonce« lorsque la presse publia des documents inattendus, donnant une preuve nouvelle et désastreuse pour la Curie romaine, que le Gouvernement du Roi avait justement apprécié ce que lui prescrivaient son honneur et sa dignité. Des lettres émanées du Primat de Belgique et de l'un de nos Evêques défunt, qui vous ont été communiquées par ma dépêche du 3 de ce mois, établissent à toute évidence que le Nonce, contrairement aux devoirs élémentaires de sa charge
et aux plus simples principes du droit des gens, collaboraii ï des manifestes politiques contenant des attaques directes contre le Gouvernement près duquel il était accrédité, bit qui, suivant les traditions diplomatiques les plus certaines, aurait autorisé b loi enjoindre de quitter immédiatement le pays; elles prouvent qoe de tels actes s'accomplissaient au moment oix 1 on prétendait, k Rome, être étranger aux résolutions des Evoques belges; ellsB montrent enfin que le Pape et son Secrétaire d*Etat approuvaieot et louaient, mais dans le secret le plus absolu (aiêoïumenieâegrM)^ les mesures que Ton déclarait au Gouvernement du Roi ne pu connaître et n'avoir pu prévenir !
Voilà les faits qu'il foudra effacer de l'histoire pour procurer quelque valeur et crédit au mémorandum du iO juillet.
Vous voudrez bien, Monsieur le Ministre, vous pénétrer des
considérations qui précèdent et en foire usage dans les entretiens
que vous pourrez avoir sur cette affaire.
Agréez, etc.
Frèrb-Orban.