ACTES DE L'EPISCOPAT
liSBOBST? IT I5?r»rcnO!!fS DES ÉVÊQUES
LETTRE PASTORALE COLLECITV^
da soin de mïkr an sniic i» Tijis^ jOiSSw ^w EiéipiB «K le deroir non seulement de vnta: .nuMijsr la iw ^ nne à h bîealieiireiise fin proinise à •mu ça miintt «a m <ic fc le saheat, mais encore de toos ji^isiitîr .1» 7ii!$es tiC Ses oèistKies sénés sor Toire roote par r^mmmL ^ » tqq:^ es^crttr. SBtoot à rapproche dn combat, h vJix:^ inti*r ie ji l'c ec de îi pnère afin que tous restiez fermes ec wrsefwiflfis je ^or vX il perjêctttioii oMttra i Tépreuve voire iiietioe i J.-C et à sca E^Jae. Or. en présence de la raste coospincoa ^:ix 5 jiirirc coocr? ji nÀ%ioa« et des attentats plas peroicieo^L ritf :v:u$ Iaîs aucnîs qoî se traaient en ce moment contre les à:\>£C5 ie IT^lis^^ pcaTOos-ooGS ce pas laisser échapper on cri vTiùinnie ? P^^aTomS'-iuas ce pas voqs éclairer sur la gravité et reoeoiiue ôes àuxg^îrs qui nKoaceat la Foi <bns notre Belgique toujeurs si auifhèe ait calte et aux croyances catholiques* lofsqifte In» efUhMùs de eeœ Foi méditent ei annoncent des projets
qui ne tendent à rien moins qu*à paralyser la divine mission de l'Eglise, à détruire son influence salutaire dans notre patrie.
Vous avez assisté, N. T. C. F., aux différentes phases de cette longue guerre que les adversaires de notre Religion lui ont déclarée dès les premières années de Tère libératrice qui a restitué à notre pays son rang parmi les nations. Vous les avez vus ces hommes qui s'abritent sous le drapeau de la liberté, vous les avez vus, démentant par leurs actes liberticides, les généreux sentiments dont ils faisaient parade, fouler aux pieds la liberté la plus chère que la Belgique eût reconquise en 1830, la liberté de sa Foi, et s'acharner à ravir à TEglise, les uns après les autres, ses droits les plus essentiels.
La charité catholique fui la première en butte à leurs attaques. Fille du christianisme dont la doctrine et les exemples réapprirent à l'humanité, devenue égoïste et barbare, que la misère et la &iblesse doivent être à ses yeux chose sacrée, la charité avait élevé sur tous les points du pays des asiles pour toutes les souffrances et des refuges pour toutes les infortunes; elle avait suscité pour les desservir des hommes de dévouement et des anges de consolation qui, à chaque époque d*épidémie, de famine ou de guerre fournissent des hécatombes de victimes et en tout temps donnent au monde des exemples d'héroïsme que les païens eux-mêmes sont contraints d'admirer. G*est contre ces bienfaiteurs de l'humanité, vous vous en souvenez, que les ennemis de la religion n'ont pas rougi de lancer leurs calomnies du haut de la tribune, et d'ameuter les passions de la populace, afin de faire prévaloir un système de bienfaisance publique qui enlève à l'Eglise son droit dix-huit fois séculaire de recevoir les aumônes que voudraient lui confier ses enfants et de les appliquer au soulagement de la misère et de la faiblesse dans les asiles ouverts par des congrégations religieuses.
Non contents de l'avoir dépouillée du patrimoine de la charité,
ils ont encore mis la main sur les ressources que la piété da clergé et des fidèles avaient créées dans le but de faciliter le recrutement de la milice sacerdotale ou d'assurer k la jeunesse une instruction scientifique et littéraire en harmonie avec h Foi. Méconnaissant la volonté des fondateurs et violant les clauses des testaments, ils ont porté, malgré les répulsions de la conscience, malgré les répugnances augustes, une loi de confiscation qui permet demplojer, au détriment de la religion, des bourses d'études instituées pour la favoriser. Que de fois des fondations de cette espèce ont été attribuées de préférence à des jeunes gens que Ion savait résolus de s'inscrire comme élèves en des écoles où ils apostasieraient la foi de leurs bienfaiteurs et apprendraient à haïr TEglise aux faveurs de laquelle ils devraient leur profession ?
Pour combattre plus sûrement l'action de l'Eglise, ces mêmes
hommes ont suscité de nouveaux obstacles aux vocations ecclé-
{ siasUques en aggravant la loi sur la milice au point de priver un
grand nombre de clercs du privilège de l'exemption militaire que réclament les sublimes fonctions du sacerdoce, privilège que l'Empire et le gouvernement hollandais lui-même avaient respecté.
Ils ont ensuite voulu pénétrer dans le sanctuaire pour y restreindre davantage encore le peu de pouvoir que le décret impérial du 30 décembre 1809 avait laissé aux Evêques dans l'administration du temporel du culte. Il est vrai qu ils ont été forcés par la réprobation du pays de retirer la plus grande partie de leur projet ; mais là où ils disposaient de l'autorité, ils ont cherché bien des fois à imposer administrativement les prétentions qu'ils n'avaient pu faire consacrer par la loi.
De l'Eglise, ils ont fait invasion dans le cimetière, où reposent les dépouilles mortelles des fidèles décédés dans la paix du Seigneur; et, malgré la loi, ils ont livré à la profanation des champs funéraires consacrés par les prières de l'Eglise et par les cendres
des générations chrétiennes qui y sont ensevelies ; ils ont dénié aux catholiques un droit que tous les siècles et toutes les nations même barbares ont sanctionné, le droit d'avoir un asile inviolable et séparé pour leurs morts.
Restait l'exercice public du culte, qui n'avait encore reçu aucune atteinte sérieuse. Expressément garanti par la Constitution, il devait, semble-t-il, être à l'abri des attaques. Et cependant, vous avez vu dans ces dernières années les ennemis de l'Eglise déchaîner contre les processions leurs hordes perturbatrices ; vous les avez vus pousser le mépris de la liberté du culte jusqu'à faire arrêter par la force armée, au seuil môme de sa cathédrale, un de vos premiers Pasteurs entouré de son chapitre.
Et tandis que l'autorité communale, mettant son pouvoir au service du parti anticatholique, méconnaissait ainsi avec éclat la Constitution nationale et les droits de l'Eglise, quels outrages ne déversaient pas sur la religion les agents de ce parti dans leurs assemblées, dans la presse, dans les manifestations de la rue ? Nos saintes croyances indignement travesties et conspuées — les cérémonies du culte sacrilégemant parodiées sur des tréteaux — le clergé, l'Episcopat, le Souverain Pontife traînés dans la fange des plus odieuses calomnies, — l'autorité de l'Eglise vouée au mépris public, — les congrégations religieuses signalées à la haine et à la proscription, n'est-ce pas le navrant spectacle qui depuis longtemps se déroule sous vos yeux et désole toutes les âmes honnêtes ?
Qu'avions-nous fait nous Evoques, le clergé et vous, N. T. C. F., pour pousser le gouvernement à porter atteinte aux droits de l'Eglise, aux droits religieux de nous tous? Qu'avions-nous fait pour provoquer contre l'Eglise, contre ses ministres, contre tous ceux qui lui appartiennent, cette haine de tout un parti politique, les calomnies et les injures incessantes de ses organes dans la
presse, les outrages et les violences de ses agents dans la rue? Conspirons-nous le renversement de Tordre établi? prêchonsnous le mépris des prérogatives royales? la désobéissance aux dépositaires de Tautorité civile? la rébellion contre les lois politiques qui régissent le pays? Ne vous enseignons-nous pâs au contraire que le pouvoir qui gouverne la société civile vient de Dieu? que vous devez le respecter, lui être soumis, lors même que celui qui Texerce serait à votre égard dur, injuste, persécuteur? Nous avons protesté, il est vrai, et vous Tavez fiait avec nous, contre des lois*et des actes de Tautorité publique attentatoires à vos droits religieux; mais, en protestant contre l'injustice qui vous était faite, nous sommes restés dans les limites de la plus stricte légalité. Ce n*est point nous qui vous avons jamais engagés, ce n*est point vous qui vous êtes laissé jamais entraîner k descendre dans la rue pour demander, loutrage et la menace à la bouche, au Roi et k ses ministres le redressement de nos grie&. Il y a plus : des fanatiques troublent nos pieuses processions par des huées et des sifflets, les dispersent par la violence ou se ruent brutalement sur de paisibles cortèges de pèlerins; ces mêmes hommes, dans des exhibitions d'une ignoble impiété, jettent le ridicule sur les plus augustes mystères de notre sainte religion et livrent à la risée et aux sarcasmes d'une foule abjecte le Pape, les Evêques, des religieux, des religieuses, tout ce qui vous est cher, tout ce que vous vénérez... Qu'avez-vous fait? Dociles aux enseignements de votre Eglise, vous avez contenu votre indignation; vous n'avez pas repoussé la force par la force; vous ne vous êtes pas fait justice à vous-mêmes. Vous avez montré en ces circonstances et en bien d'autres combien sincères et profonds sont dans la conscience des vrais catholiques l'amour de la paix publique, le sentiment de Tordre, le respect de la légalité. Votre conduite, mise en parallèle avec celle de vos adversaires, a prouvé alors comme toujours que le vrai patriotisme et la fidé-
lité aux devoirs civiques sont en raison directe de la fidélité aux croyances et aux devoirs religieux.
C'est ce que reconnaissait l'auguste fondateur de la dynastie nationale, ce prince qui avait à un si haut degré le sentiment de la justice et de Tautorité. Et cependant nos adversaires et même les conseillers de la Couronne nous signalent, et vous avec nous, comme un danger pour la paix du pays et l'existence de ses institutions, à raison de nos croyances catholiques; ils nous accusent de vouloir et de prêcher le renversement de la Constitution ! Faut-il réfuter encore cette accusation, vingt fois déjà réfutée par nous? Faut- il redire encore que les doctrines des Encycliques et du Syllabus, qui sont nos règles, nos croyances et les vôtres, sont vieilles comme TEglise? qu'elles sont reçues universellement par les catholiques de toute nation régie par des institutions analogues aux nôtres? et que nul gouvernement monarchique ou républicain n'y a vu jusqu'ici un danger pour l'ordre établi, ni une raison pour traiter les catholiques en ennemis ou en suspects?
Cette accusation est donc tout à la fois mensongère et inepte. Néanmoins, c'est à cette calomnie, contre laquelle protestent les déclarations formelles de l'Episcopat et la conduite si patriotique du clergé et des fidèles, que nos adversaires, et même les membres du Gouvernement recourent pour motiver les injustifiables attentats qu'ils veulent perpétrer contre l*Eglise! Ah! s'il ne s'agissait dans leurs nouveaux projets que de prérogatives politiques, de l'honneur de siéger dans les conseils de la couronne, de prendre part aux travaux des assemblées législatives, de diriger l'administration des affaires publiques, et d'autres privilèges de ce genre, qu'on nous accuse à tort d'ambitionner, il nous coûterait peu de nous voir enlever le droit d'y prétendre. Nous dirions comme le Prophète au roi d'Assyrie : Munera tua tecum sint^oRex! Prince, réservez à d'autres ces charges et ces dignités.
Mais ce ne sont pas des privilèges, ce ne sont pas des droits que les ennemis de la religion veulent aujourd'hui nous ravir, ce sont les âmes elles-mêmes, les âmes de Tenfiance et de la jeunesse qu'ils prétendent arracher à TEglise. Mettant leur haine antichrétienne au-dessus des intérêts les plus sacrés de la société, de la patrie et de la famille, ils oot résolu de bannir la religion de Fécole, de proscrire de l'éducation populaire Jésus-Christ, notre Dieu et notre Sauveur, Jésus-Christ, le divin éducateur de Thumanité, Jésus-Christ, fauteur et le principe de la vraie civilisation!...
Ah! laissez-nous vous dire d*abord, N. T. C. F., qu*aucufle entreprise ne pouvait faire à vos Pasteurs une blessure, ni plus profonde, ni plus cruelle. Héritiers de la prédilection que Notre- Seigneur témoigna pour Fenfance dans le cours de sa vie mortelle, les Evêques ont toujours éprouvé pour la jeunesse la sollicitude la plus dévouée; toujours ils ont mis au premier rang de leurs devoirs celui de former les jeunes âmes à la vertu et k la science. L'histoire du christianisme, qui nous montre partout l'école à côté de Téglise ou du monastère, n'est que TapplicatioD de cette touchante parole du Sauveur : a Laissez venir àmùila enfants et gardez-vous bien de les éloigner ! Sinite parvulos venire ad me et ne prohibueritis eos. » (Marc. X. 14.) Sans demander aux autres pays, ni aux siècles passés la preuve de ce grand fait, qui est attesté dans les annales de tous les peuples et par les monuments de tous les âges, qu'il nous suffise d'en appeler aux souvenirs plus récents des Belges qui ont assisté au réveil de la patrie en 1830. Alors que tout était désorganisé et que l'instruction populaire agonisait sous l'étreinte de l'oppression, qui donc sauva l'éducation primaire, sinon l'Episcopat aidé du clergé? Par sa généreuse initiative, des écoles s'ouvrirent sur tous les points du pays; le prêtre se fit instituteur là où les maîtres manquaient; les congrégations enseignantes, répondant à l'appel des adminis-
trations locales, 8*étab]irent dans" un grand nombre de centres populeux ; des cours normaux pour la formation des instituteurs furent créés à côté des séminaires ; le clergé fit des sacrifices d'argent afin de pourvoir aux frais d*étude des élèves normalistes, et bientôt, sous Fégide de l'Eglise, l'enseignement primaire refleurit, se perfectionna et prit un élan qui porta rapidement la Belgique au rang d'honneur qu'elle occupe parmi les nations les plus civilisées.
Si, en 1842, époque à laquelle l'Etat prit à sa charge de continuer aux frais du trésor public l'admirable mouvement donné à l'instruction primaire, les Evêques abandonnèrent au Gouvernement une part de la tâche glorieuse qu'ils avaient remplie jusque-là, c'est que l'Etat, reconnaissant la nécessité d'entourer l'éducation d'une atmosphère religieuse, stipula formellement l'intervention du prêtre à l'école, et garantit par une loi l'enseignement de la religion, la dignité et l'efficacité que réclame sa souveraine importance.
Sous l'empire de cette loi, qui donnait à l'éducation populaire la seule base qui puisse assurer la conservation sociale, l'instruction primaire a suivi sa marche progressive ; pendant trente-six ans, elle a produit d*heureux fruits, grâce au dévouement des instituteurs et du clergé, et h l'harmonie qui n'a cessé d'unir leurs efforts ; pendant trente-six ans, elle a satisfait aux légitimes exigences des familles et des consciences et elle a élevé des générations fidèles à Dieu et au Roi, qui ont résisté aux excitations révolutionnaires dont les fureurs ont plus d'une fois menacé le trône et l'autel, et qui résistent aujourd'hui au courant socialiste qui s'avance pour engloutir l'ordre et la propriété. Et c'est en présence d'aussi éminents services rendus à la famille et à la patrie, que Tesprit de parti pousserait l'ingratitude, la déloyauté et rinjustice jusqu'à exiler le prêtre de l'école ! C'est en présence du péril social que court TEurope qu'il voudrait enlever aux
passions démagogiques le firein de la religion, seul capable de les contenir! Ah! nous voulons Fespérer encore : la raison, la justice et lamour de la patrie arrêteront Texécution d'an projet qui, comme nous allons le démontrer, viole à la fois les droits de la religion et de la société, et nest pas moins opposé à la Constitution nationale qu aux intérêts du pays.
I. Parmi les pouvoirs dont N. S. J.-C., le divin Fondateur de la religion, a investi son Eglise, il n*en est pas assurément qu II lui ait conféré avec plus de grandeur et de solennité que celui d*enseigner à toute créature lès vérités du salut. Au moment de remonter vers son Père, faisant appel à la toute-puissance qull a conquise sur Thumanité en la rachetant par Teffusion de son sang, et montrant à ses Apôtres tous les peuples de Tuniv^ et de l'avenir. Il leur adresse cette parole sublime qu*un Dieu seul pouvait prononcer : ce Toute puissance m'a été donnée au Ciel et « sur la terre. Allez donc et enseignez toutes les nations ; apprea nez-leur h garder la doctrine et les préceptes que je vous ai a conGés : » Data est miki omnis potestas in cœlo et in terra : euntes ergo docete omnes gentes... décentes eos sertHure omnia quacumque mandavi vobis, (Math, xiviu, 18 et sqq.)
Vous l'entendez, N. T. C. F., cet ordre vient du Fils de Dieo, de Celui qui a le droit de commander aux Rois et aux sujets, aux nations et aux individus. Par conséquent, ni les particuliers ni les Gouvernements ne peuvent en entraver l'exécution sans faire outrage à la majesté divine dont la souveraine autorité les oblige à faciliter l'accomplissement de ses volontés.
Cet ordre confie la mission de propager la vérité et la morale religieuse, non aux chefs des Etats ni aux princes de la science ou de la politique, mais aux seuls Apôtres et à leurs successeurs, cest-h-dire au Souverain Pontife et aux Evoques. Emanant de la bouche du divin Maître, dont il est écrit que pas une de ses paroles ne passera sans recevoir son exécution, cet ordre constitue
pour les Pasteurs de l'Eglise le droit inaliénable et exclusif d'enseigner aux hommes les mystères de la religion et de les former à la pratique des vertus qui doivent les conduire à leurs éternelles destinées. Car remarquez -le bien, Notre Seigneur ne leur commande pas seulement de publier sa doctrine ou d'enseigner la lettre des vérités et des préceptes de la Foi ; Il leur ordonne, en outre, d apprendre aux hommes à conformer leurs pensées, leurs sentiments et leurs actes à leurs croyances; — Il leur prescrit d'illuminer leurs intelligences des lumières de la révélation et en même temps de fléchir leurs volontés et de façonner leurs cœurs de telle sorte que leurs convictions se traduisent dans tous les actes de la vie intérieure et extérieure ; en d'autres termes, II les charge non seulement de l'instruction, mais encore de l'éducation morale et religieuse de tous les hommes : docentes eos servare omnia, quœcumque mandavi voMs.
C'est donc à l'Eglise seule qu'est dévolue celte haute mission et par conséquent c'est à elle seule qu'il appartient de choisir et d'employer les moyens de l'accomplir : c'est à elle notamment qu'il appartient de déterminer la matière de l'instruction religieuse, le mode de l'enseigner, les précautions à prendre pour en assurer l'efficacité ; c'est à elle qu'il appartient de désigner les aides qui lui sont nécessaires pour remplir cette sublime charge, de leur donner une participation à son autorité doctrinale, de leur prescrire les règles à suivre pour déraciner les vices naissants ou dominants, et pour inculquer des habitudes vertueuses; c'est à elle, en un mot, qu'appartient de droit divin, la direction et la surveillance de l'éducation religieuse de l'humanité, et personne, prêtre ou laïque, ne peut s'immiscer dans ce ministère, s'il n'a reçu d'elle une délégation expresse et s il ne se soumet à son contrôle.
De plus, cet ordre embrasse dans son universalité les hommes de tous les âges et de tous les temps : docete omnes gentes, et ecce
ego vobiseum mm uique ad eonsummatUmem mBcmti. Il impose conséquemment à tous les hommes Tobligation grave de recevoir de FEglise Tinstruction religieuse, et cette obligation les presse dès rinstant où Tesprit est capable de comprendre la vérité, et d'avoir conscience de ses actes, c'est-à-dire, da moment oii l'iotelligence s*ouvre à la pensée et engendre en s'épanouissant la responsabilité personnelle. La mission éducatrice de FEglise s*étend donc à Tenfance et à la jeunesse comme aux autres âges : elle sy rattache même d*une manière toute spéciale puisque les premières années de la vie sont particulièrement consacrées à b formation et au développement de toutes les facultés de Tàme ei ont par là même une influence décisive sur le reste de rexisteoce. Il s'ensuit que lEglise a le droit divin d'intervenir dans recelé, ou se fait l'éducation de l'enfance et de la jeunesse chrétienne, pour imprimer à celte éducation un caractère moral et religieux. Il s ensuit en outre que les parents, dont le premier devoir est d'élever chrétiennement leurs enfauts, sont rigoureusement obligés de procurer à ceux-ci une éducation religieuse. Et comme ils se déchargent partiellement de ce soin sur les écoles publiques ou privées, ils ont le devoir et le droit d'exiger non seulement qu'on y apprenne la religion, sous la direction de l'autorité légitime, mais encore que tout l'enseignement et que toutes les influences scolaires concourent à faire de leurs enfants des fils vertueux, dociles, craignant Dieu, aimant le prochain, soumis à l'autorité de l'Eglise et de TEtat.
Tel est, N. T. G. F., l'origine et telle est la nature du droit de lEglise à l'éducation de la jeunesse dans les écoles. U vient de N. S. J.-C, le souverain Législateur, contre l'autorité duquel la liberté humaine peut se révolter, sans doute, et opposer, pour le malheur des peuples, lobstacle d*une violence brutale ou d*une légalité inique, mais contre laquelle tôt ou tard l'impuissance mortelle doit se briser ; car la parole du Seigneur demeure éte^
nellement : Verbum autem Domini manet in œtemum. (I. Petr. I. 25.)
Et voilà pourquoi les Pasteurs de l'Eglise, à qui Dieu a confié Texécution de ses volontés, ont déployé dans tous les siècles un zèle si ardent pour l'éducation religieuse de l'enfance, et ont couvert le monde d'écoles, de collèges et d'universités où la jeunesse a toujours pu puiser la science vivifiée par le christianisme. Voilà pourquoi, depuis que les Gouvernements ont pris une part plus active à l'organisation de l'enseignement, les Papes et les Evéques n*ont cessé de revendiquer avec courage et persévérance la part qui revient à l'Eglise dans la formation des jeunes générations, et ont condamné comme impie et pervers le système scolaire qui exclut l'enseignement religieux des Ocoles. Car, vous ne l'ignorez pas, N. T. G. F. : les Souverains Pontifes ont, en maintes circonstances, réprouvé ce système, et récemment encore. Pie IX, de grande et sainte mémoire, l'a solennellement proscrit dans son encyclique du 8 décembre 1864, où il condamne formellement la proposition suivante :
€( La bonne constitution de la société civile demande que les écoles populaires ouvertes aux enfants de toutes les classes du peuple, et en général que les établissements publics destinés à l'enseignement des lettres et des sciences et à une éducation plus relevée de la jeunesse, soient entièrement affranchis de l'autorité de l'Eglise, de toute influence modératrice et de toute ingérence de sa part^ et qu'ils soient pleinement soumis aux volontés du pouvoir civil et politique suivant les désirs des gouvernements et le courant des opinions générales de l'époque. »
Voilà pourquoi aussi nous élevons aujourd'hui la voix, afin de prévenir la violation flagrante du plan divin que Notre Seigneur a établi pour l'éducation de l'humanité, et réclamons au nom du droit de l'Eglise, au nom de la conscience, au nom des droits et des devoirs de la jeunesse baptisée et des familles catholiques, le
maintien de la loi de 1842, qui, tout en attribuant & l*Etat une très large part dans la direction et la surveillance des écoles, laisse au moins à l*Eglise, là où elle est exécutée loyalement, une liberté et une autorité suffisantes pour y remplir sa sublime mission.
II. Nous réclamons aussi Tintervention du prêtre et renseignement religieux dans les écoles au nom de la conservalion sociale.
Lie bonheur de la famille et de la société repose essentiellement sur l'observation réciproque des devoirs qui obligent ses membres. De Taveu de tous, Téducation publique doit donc avoir pour résultat de donner h la société non seulement des hommes instruits, mais des hommes de bien qui, par l'accomplissement fidèle de leurs devoirs envers leurs semblables, envers la Emilie et envers l'Etat, concourent à assurer la félicité générale. Elle doit étouffer dans les âmes les germes des passions qui engendrent l'égolsme, l'orgueil, la cupidité, la dégradation, et y foire fleurir les sentiments et les vertus qui distinguent le bon fils, le bon père, le bon citoyen. Elle doit former des enfants dociles, respectueux, qui soient la joie de leurs parents par leur piété filiale et la pureté de leurs mœurs; des époux vertueux qui s'aiment d'un amour constant, se supportent avec patience et s'entr'aident à faire le bien ; des pères et des mères de famille qui mettent autant de soin à cultiver Tàme de leurs enfants qu'à pourvoir à leurs besoins matériels; des citoyens fidèles au Roi et dévouée à la patrie; des maîtres qui sachent commander avec douceur et gouverner avec justice et modération; des domestiques qui servent avec zèle, fidélité et probité ; des magistrats, des négociants, des artisans qui fassent, chacun dans son état et sa pix)fession, une étude particulière des devoirs qu'ils ont à remplir, et s'efforcent de n'en jamais omettre un seul; des riches qui sachent éviter les dangers du luxe et de l'opulence, et faire des
biens de ce monde un usage charitable en les partageant avec leurs frères qui en sont dépourvus ; des pauvres qui, loin de se laisser abattre par Tinfortune, ou égarer par des excitations malsaines, supportent leur condition avec patience et résignation, et cherchent dans le travail une honnête existence.
Voilà les vertus propres à chaque état qui font le solide bonheur de l'homme et de la famille, et qui, en se généralisant, produisent la félicité sociale. Alors la justice et Tordre y régnent, et, par conséquent, le repos et la paix ; la charité en bannit Tégoïsme qui irrite, la cupidité qui rend injuste; la résignation fait taire les convoitises et les suggestions perverses; la soumission assure le respect des lois et la stabilité des gouvernements.
Or, où puisera- t-on ces vertus? Quelle puissance est capable de dompter les passions, d*en comprimer les murmures, et de déterminer la liberté de l'homme à suivre toujours, malgré tous les obstacles, la voix austère du pouvoir si ce n'est la Religion ? la Religion qui place Dieu au-dessus de l'humanité, comme souverain rémunérateur du bien et vengeur incorruptible du mal; la Religion qui lui montre ce Dieu présent partout, scrutant et jugeant tous ses actes, même les plus secrètes pensées et les aspirations les plus silencieuses de son être; la Religion qui éveille et développe en lui la conscience, cette puissance merveilleuse qui trône au plus intime de l'âme, qui préside à tous ses mouvements, les approuve ou les condamne suivant les règles de l'éternelle justice, réprime la fougue des passions, donne à la Volonté la force et l'énergie du bien ; la Religion qui enseigne à Thomme son origine, sa fin dernière, et les devoirs qu'il doit remplir pour atteindre cette fin ; la Religion qui apprend au pauvre à respecter l'ordre providentiel de l'inégalité des conditions et soutient son courage, au milieu des privations et des épreuves de la vie par les espérances de l'éternité.
Si vous ôtez Dieu et la conscience, quelle sanction reste-t-il à
' ils os «ÛÊS^oîaa,
^t^ ^^ TTUsaBEsaf se & ;'iinr. iîf iniL K^cpcM de
^ rtUi^iiL. .:£& ^ s: i^ ^aoKnus a wc^ 10a. e£ toit
«or ar =7!& Ts^hm m ù îûckâ».'« iuQ-
i.=ir. i. ir i";:: :att 11 laasr juscl a Iuc^ iorsf le se &ce pis
^Aiou. ^f:^ x: £ suêêOu sùik & wiinipiifr iulfin i iîiri^fhi-
•5c:»:fir af & fsrrt. ast Tosieexjm^ iiiu» inx^n&s ^i»e ccvies de la Tit I * SUT Jhs. & "flecnoi >•
jie "iiaw-a-^iiiii nuTiiii £ rftlyiffcy xôsc p^s coame le iii-Ui. ;;. ^oune^if.. T ûrauçriçàiif • uQf iî^'cc qi: se dooneen ■ifcsàLir. 1 luif URuK aeiii-Tiiiii». ig«5 JfcjDftjf I- s« est plus sitr>ii.n — Hiif il lanif =œ-:iunjû* «se '^ zx-izdrt de toute ;:.ii^ 'iiâw-ii.'u:!! niTcittf tt rsLçejae; — q^ ce qa "ii huu c'est raf ' lOEiiiâaiieri itf .'itxûf sCis ucc^i* « neûipe*;se; — que la re -'"j:ii i^x: lijiiisr str JeiâB^Tenea: :c*t: eciier. et s'associer
M. :.:.iAj. lifiTii:: c^MLHiê M. Ù,i3« : i Lir^rr^ rehpecse t. iisaii-C à la Chambre des Pairs, fii'-.rnc reL;pe:^c ioû tee nepreseotée d office dans Téducaliûc ûe 1a jc;.&esâe, tooi comme laotonté dvile... Nous oe voo-
Ions pas môler le moins du monde la religion aux choses de la terre ; mais il est question ici de la chose religieuse elle-même. Nous sommes les premiers à vouloir que la religion reste dans le sanctuaire ; mais f école publique est un sanctuaire aussi^ et la religion y est au même titre que dans V église ou dans le temple ».
Aussi bien les événements eux-mêmes s'étaient chargés d'apporter une preuve redoutable à l'enseignement de l'Eglise et de la droite raison sur la nécessité de donner la religion comme base h l'éducation du peuple. Ce n'est pas la première fois, en effet, qu'au nom de l'indépendance civile, on prône l'exclusion du prêtre de l'école et l'instruction purement laïque. La Révolution firançaise, qui s'est souillée de tous les excès et qui a couvert tout un vaste pays de sang et de ruines, a fait l'essai, à la fin du siècle dernier, du système d'éducation que la passion antichrétienne voudrait aujourd'hui appliquer à la Belgique. Elle avait chassé le prêtre de l'école ; elle en avait proscrit l'enseignement religieux ; elle en avait banni le crucifix et tous les emblèmes du christianisme. Et qu*est-il arrivé?... Un grand ministre de Napoléon P' s'est chargé à l'apprendre au monde, dix ans après l'inauguration de ce système. Ayant demandé, sur les ordres de l'Empereur, à tous les Conseils généraux des départements, un rapport sur l'état de l'instruction, de l'éducation et de la moralité publique en France, voici le tableau que le ministre Portalis fit de la situation, du haut de la tribune du Corps législatif, le 15 germinal an X :
« Ecoutons, dit-il, la voix de tous les citoyens honnêtes qui, dans les assemblées départementales, ont exprimé leur vœu sur ce qui se passe depuis dix ans sous leurs yeux :
<c II est temps que les théories se taisent devant les faits. Point d'instruction sans éducation et point d'éducation sans morale et sans religion. Les professeurs ont enseigné dans le désert, parce qu'on a proclamé imprudemment qu'il ne fallait pas parler de reli-
gion dans les écoles. L'instruction est nulle depuis dix ans... Les enfants sont livrés à loisiveté la plus dangereuse, au vagabondage le plus alarmant. Ils sont sans idée de la Divinité, sans notion du juste et de Tinjuste. De là des mœurs farouches et barbares, de là un peuple féroce.
« Si Ton compare ce qu'est Finstruction avec ce qu'elle devrait être, on ne peut s empêcher de gémir sur le sort qui menace les générations présentes et futures. Aussi, concluait le Ministre, toute la France appelle la religion au secours de la morale et delà société ».
Voilà certes, N.T.G.F., une condamation sans appel de l'école sans Dieu. Ce sont les faits eux-mêmes qui ont démontré avec l'évidence de leur elfrayante réalité, qu'elle ne peut produire que des mœurs farouches et barbares, une jeunesse sans principes livrée au vagabondage et à la corruption ; des générations impatientes de tout joug qui mettent la société en péril.
Après une expérience aussi désastreuse, on était en droit de croire que personne ne s'aviserait désormais de renouveler une pareille tentative; mais telle est la force du préjugé, telle est la puissance de la haine antireligieuse, que nous voyons dans notre pays les adversaires de l'Eglise fermer obstinément les yeux aux terribles leçons de l'histoire non moins qu'aux lumières de la raison, et pousser l'aveuglement jusqu'à demander à la Législature l'application à nos écoles primaires de cette éducation athée.
Mais nous osons l'espérer encore : la considération des ruines qu'une telle entreprise accumulerait sur le pays, désarmera leur hostilité et les décidera à renoncer à leur projet. Nous comptons surtout que le bon sens du peuple belge, son attachement à la religion et à la patrie s'affirmeront, dans les limites légales, avec une puissance d'énergie qui préviendra la présentation aux Chambres législatives d'une mesure aussi fatale. Pour achever d'éclairer vos consciences et de réveiller la gêné-
rosité de votre foi, nous livrons à votre méditation, N. T. G. F., la magnifique lettre que le vénéré Pie IX adressa, le 14 juillet 1864, à rArchevéque de Fribourg, lettre qui confirme avec toute Tautorité du Suprême magistère les considérations que nous venons de vous exposer sur la nécessité sociale de l'éducation religieuse dans les écoles :
« Il n'y a pas à douter que la société humaine », disait Pie IX, « n'ait à subir de très graves dommages, lorsque lautorité modératrice de l'Eglise et sa force salutaire sont écartées de l'éducation publique et privée de la jeunesse, qui a tant d'influence sur la prospérité de la Religion et de l'Etat. Par là, en effet, la société perd peu à peu ce véritable esprit chrétien qui seul peut conserver d'une façon stable les fondements de l'ordre et de la tranquillité publique, procurer et régler le véritable et utile progrès de la civilisation et fournir aux hommes les secours dont ils ont besoin pour atteindre leur dernière fin, après leur passage dans cette vie mortelle, c'est-à-dire pour obtenir le salut éternel. Un enseignement qui non seulement ne s'occupe que de la science des choses naturelles et des fins de la société terrestre, mais qui, de plus, s'éloigne des vérités révélées de Dieu, tombe inévitablement sous le joug de l'esprit d'erreur et de mensonge, et une éducation qui prétend former, sans le secours de la doctrine et de la loi morale chrétiennes, les esprits et les cœurs des jeunes gens, d'une nature si tendre et si susceptible d'être tournée au mal, doit nécessairement engendrer une race livrée saiis frein aux mauvaises passions et à t orgueil de sa raison ; et des généî^ations ainsi élevées ne peuvent que préparer aux familles et à VEtat les plus grandes calamités.
ce Mais si ce détestable mode d'enseignement, séparé de la foi catholique et de la puissance de l'Eglise, est une source de maux pour les particuliers et pour la société lorsqu'il s'agit de l'enseignement des lettres et des sciences et de l'éducation que les
classes élevées de la société puisent daos les écoles publiques, qui ne voit que la même méthode produira des résultats beaucoup plus funestes si elle est appliquée aux écoles populaires? G*est surtout dans ces écoles que les enfants du peuple de toutes les conditions doivent être, dès leur plus tendre enfance, soigneusement instruits des mystères et des préceptes de notre sainte religion, et formés avec diligence à la piété, à Tint^ité des mœurs, à la religion et à Thonnéteté de la vie.
ce Dans ces écoles, la doctrine religieuse doit avoir la première place en tout ce qui touche soit l'éducation, soit renseignement, et dominer de telle sorte que les autres connaissances données à la jeunesse y soient considérées comme accessoires. La jeunesse se trouve donc exposée aux plus grands périls loi*sque, dans ces écoles, réducation n*est pas étroitement liée à la doctrine religieuse. Les écoles populaires sont principalement établies en vue de donner au peuple un enseignement religieux, de le porter à la piété et à une discipline morale vraiment chrétienne; c'est pourquoi TEglise a toujours revendiqué le droit de veiller sur ces établissements avec plus de soin encore que sur les autres, et de les entourer de toute sa sollicitude. Le dessein de soustraire les écoles populaires à la puissance de l'Eglise et les tentatives faites pour le réaliser sont donc inspirés par un esprit (f hostilité contre elle et par le désir dC éteindre chez les peuples la lumière divine de notre très sainte foi.
ce L'Eglise, qui a fondé ces écoles avec tant de soin, et les a toujours maintenues avec tant de zèle, les considère comme la meilleure partie de son autorité et du pouvoir ecclésiastique, et toute mesure dont le résultat est d'amener une séparation entre ces écoles et l'Eglise lui cause, ainsi qu'à ces écoles elles-mêmes, le plus grand dommage. Ceux qui prétendent que l'Eglise doit abdiquer ou suspendre son pouvoir modérateur et son action salutaire sur les écoles populaires, lui demandent en réaUté de
violer les commandements de son divin Auteur et de renoncer à Faccomplissement du devoir qui lui a été imposé d*en haut, de veiller au salut de tous les hommes. Dans tous les lieux, dans tous les pays où Ton formerait^ et surtout où Ton exécuterait ce pernicieux dessein de soustraire les écoles à l'autorité de TEglise, et où la jeunesse serait, par suite, misérablement exposée au danger de perdre la foi, ce serait donc très certainement pour t Eglise une obligation rigoureuse, non seulement de faire tous ses efforts et d employer tous les moyens pour procurer à cette jeunesse Vinstruction et ïéducation chrétiennes qui lui sont nécessaires, mais encore ^avertir tous les fidèles et de leur déclarer que Von ne peut en conscience fréquenter de pareilles écoles, instituées contre l'Eglise catholique. »
III. Contraire au droit divin, contraire au droit social, le projet d'exclure des écoles primaires l'enseignement religieux est encore manifestement opposé à l'esprit et à la lettre de notre Constitution nationale.
Que cette mesure contredit à l'esprit de notre Constitution, c'est ce qui ressort à l'évidence d'un fait marquant de notre histoire, dont on essayerait en vain d'infirmer la valeur démonstrative.
En 1842, alors que les membres du Congrès formaient encore la moitié de la représentation nationale, la question de Tinter-vention du prêtre dans les écoles primaires fut longuement discutée dans nos Chambres législatives. L'issue de ces débats fiit l'adoption d'une loi qui reconnaissait à l'Eglise le droit de diriger dans ces écoles l'instruction et l'éducation religieuses. Cette loi eut le rare privilège de réunir l'unanimité des suffrages, à deux voix près. Libéraux et catholiques, membres du Congrès et représentants nouveaux, tous s'accordèrent pour^tatuer que l'instruction primaire devait être morale et religieuse, et que, pour être telle, elle devait être donnée avec la coopération eflScace des mi-
nisires du culte. Si forte était sur ce point la conviction de tous les membres de la Chambre, que M. Lebeau, Tan des chefe du libéi'alisme, ne craignait pas de dire : « Au fond, nous youIods a tous la même chose. Nous voulons que renseignement primaire « soit essentiellement moral et religieux. C*est si évident que « rhomme qui contesterait une semblable proposition mériterait « plutôt un brevet de démence qu'un brevet d'immoralité ».
En demandant aujourd'hui l'abolition de cette loi qui fut ratifiée par l'assentiment des deux partis qui divisent la Belgique, les adversaires de l'Eglise attaquent donc une œuvre dont le caractère constitutionnel a été solennellement reconnu et proclamé par ceux-là mêmes qui ont élaboré et voté les articles de la Constitution ; ils renient les principes unanimement professés alors par le libéralisme, et, par haine de la religion, ils rompent avec leur passé et se mettent en opposition avec l'esprit de notre pacte national.
Aussi, vaincus par l'évidence, sont-ils forcés d'abriter leur projet néfaste sous la prétention que les membres du Congrès et de la Chambre, en 1842, n'ont pas compris l'esprit de la Constitution. Le bon sens suffit pour faire justice d'une affirmation si injurieuse pour toute la représentation nationale de cette époque et pour les auteurs mêmes de la Constitution; et derrière l'absurdité d'une pareille explication, il n'aperçoit qu'un aveu fort mal dissimulé de Tinconstitutionnalité de la mesure antireligieuse qu'ils voudraient imposer au pays.
Et de fait, aucun principe de la Constitution ne légitime ce système impie de l'exclusion de l'enseignement religieux des écoles publiques.
II est complètement inexact d'abord que notre charte nationale mette Dieu hors de l'Etat et hors la loi, comme le prétendent certains adversaires, pour en conclure que le Gouvernement doit se désintéresser de tout ce qui concerne la religion.
La CoûstitutioD, en proclamant la liberté des cultes, en en garantissant Texercice public, en mettant au rang des obligations de la nation celle d*y concourir par le budget des cultes, professe par là même lexistence de Celui qui seul a le droit de recevoir ce culte, et reconnaît Futilité et la nécessité sociale de la religion.
Gonséquemment, en favorisant Faction civilisatrice de l'Eglise, en prêtant son concours au développement de sa légitime influence, l*Etat, loin de se mettre en contradiction avec la Constitution, se conforme au contraire à son esprit, et, de plus, fait acte de sagesse politique. Car — nous venons de le constater à la lumière de la raison et de Texpérience — la religion est la sauvegarde de Tordre social. Et FEtat, en protégeant la religion, travaille à sa propre conservation et à sa prospérité.
Il n'est pas moins illogique de fonder cette exclusion de Fenseignement religieux des écoles publiques sur la neutralité imposée à FEtat vis-à-vis des différents cultes. Cette neutralité dérive uniquement, en effet, de Fégale liberté que la Constitution assure et garantit à toutes les communions religieuses ; et, dès lors, il est manifeste que, loin d'obliger FEtat à entraver ou à paralyser cette liberté, la neutralité lui impose la mission de la protéger et d'en rendre à chaque culte l'exercice possible et facile. Or, que fera la sécularisation des écoles, sinon paralyser et même supprimer, à l'égard de l'enfance et de la jeunesse, le principal exercice de tout culte, à savoir l'enseignement dogmatique et moral de ses adhérents, sans lequel il n'y a ni convictions, ni pratiques, ni culte religieux possible? Garantir au culte catholique la liberté de son exercice, et fermer à ses ministres les portes de l'école où doit se faire l'éducation morale et religieuse de la jeunesse, n'est-ce pas aussi inconséquent — pour éclairer notre pensée par une comparaison — que de décréter la liberté de l'industrie et du commerce, et de fermer ensuite à tous les industriels et à tous
Molles commerçants les ports de mer et les entrepôts publics, soos le prétexte de garder vis-à-vis de tous une parfaite neutralité?
La seule conclusion que Ton puisse tirer de cette neutralité constitutionnelle, c*est que le Gouvernement doit accorder à tous les cultes la même protection et la jouissance des mêmes droits. Et c*est précisément ce que fait la loi organique de rinstruclion primaire actuellement en vigueur, en statuant h son article 6, d'une manière générale et sans distinction de cultes, « que l'en- « seignement de la religion et de la morale sera donné sous la (c direction des ministres du culte professé par la majorité des « élèves de Técole », et que « les enfents qui n*appartienneDt ce pas à la communion religieuse en majorité dans Técole seront c( dispensés d'assister à cet enseignement ».
La proscription de Tinstruction religieuse dans les écoles primaires est encore inconstitutionnelle en ce qu'elle méconilatt le droit sacré des pères de famille sur l'éducation de leurs enfiints et viole la liberté de conscience.
La voix de la religion s'accorde avec celle de la nature pour proclamer que l'éducation des enfants appartient, non à l'Etat, mais à leurs parents, et qu'elle constitue pour ceux-ci un droit en même temps qu'un devoir. Le mattre à l'école n'est que le représentant du père ; il est le mandataire chargé par lui de perfectionner et d'achever la noble tâche de l'éducation de ses enfants ; et pour remplir son mandat, il doit les instruire et les élever de telle sorte qu'ils trouvent à l'école la continuation de l'éducation de la famille. En ouvrant, aux frais de la nation, des écoles publiques pour faciliter l'étude de l'enfant et de la jeunesse, l'Etat est donc obligé de respecter ce droit inhérent à la paternité, et d'organiser ces écoles de manière à permettre à l'instituteur de remplir son honorable mission conformément aux exigences de son mandat.
Or, peut-on niçr de bonne foi que l'éducation de la famille
repose sur la religion, et que le premier vœu du père qui confie son enflant à Técole est de lui voir donner non seulement une instruction solide» mais encore une éducation qui rende son fils vertueux, docile, respectueux, craignant Dieu ; en un mot, une éducation religieuse? Ouvrir aux frais du Trésor public des écoles d'où l'on bannit l'enseignement et l'influence de la religion pour n'apprendre aux enflants que les éléments des lettres et des sciences profanes, c'est donc employer les ressources des pères de Camille h stipendier une instruction que leurs cœurs et leurs consciences réprouvent également; c'est mettre les parents dans l'impossibilité morale de remplir le grave devoir d'élever chrétiennement leurs enflants ; c'est violer leur liberté de conscience dans ce qu'elle a de plus cher et de plus sacré.
La vérité de cette conclusion apparaît plus manifeste encore si l'on considère que l'école neutre ou sécularisée est nécessairement irréligieuse et hostile à TEglise. Car supposé même qu'il soit possible de donner aux en&nts une instruction suffisante sans toucher aux questions religieuses, que doit produire dans ces jeunes intelligences et dans ces jeunes cœurs l'abstention systématique de toute affirmation se rapportant à Dieu, à leurs âmes, à J.-C, à l'Eglise, à leurs immortelles destinées sinon l'indifférence et le mépris pour la religion? Quelle estime pourraient-ils avoir pour une science dont leurs maîtres font §i peu de cas qu'ils la relèguent au rang des choses qui n'ont aucune utilité pour leur instruction et leur éducation? Si Notre-Seigneur a dit des hommes qui ne veulent pas le suivre et marcher sous sa bannière : Celui qui ri est pas avec moi est contre moi, — n'est-il pas clair qu'il faut dire aussi que l'éducation qui n'est pas chrétienne est nécessairement antichrétienne? D'ailleurs, à moins de réduire l'instruction primaire à la lecture, à l'écriture et au calcul, l'enseignement prétenduement neutre est impossible. En effet, le christianisme, qui a changé la face du monde et qui a rempli
tous les siècles , est mêlé à tout* aux sciences comme aux arts, aux lettres comme à Thistoire, de sorte qu'il n'est aucun genre de connaissance dans lequel Télément religieux ne doive intervenir. Aussi l'expérience a démontré que dans les écoles sans Dieu* on n'exclut renseignement de la religion que pour attaquer plus librement TEglise catholique* et qu'au lieu d'y former des dirétiens, on n y forme que des libres-penseurs.
La part que l'Eglise a le droit de réclamer dans l'éducation de de l'enfance au nom de sa mission divine et de la conservation sociale* nous la réclamons donc aussi au nom de la Constitution nationale, qui interdit à l'Etat de se faire le propagateur de Tirreligion, et qui garantit à tous les Belges la liberté de conscience et au culte catholique son libre exercice.
Nous la réclamons dans l'intérêt des âmes* à qui l'on voudrait arracher la foi avec ses bienfaits et ses éternelles récompenses; — dans l'intérêt de famille, où le relâchement religieux aurait pour conséquence inévitable l'affaiblissement de l'obéissance* du respect, de la confiance* de l'amour et des autres vertus qui font le bonheur du foyer; — dans l'intérêt de la société* qui ne peut être efficacement protégée contre les menées du socialisme et les attentats de la révolution que par les sentiments de devoir, de soumission, de résignation, de crainte de Dieu* que la religion seule imprime aux cœurs des peuples; — dans l'intérêt de la patrie enfin, dont le caractère national a toujours été l'attachement à la religion, attachement qu'on ne peut tenter de briser sans provoquer une résistance opiniâtre et invincible* et sans jeter le pays dans le trouble des luttes et des divisions intestines.
Nous avons la confiance qu'en face des conséquences désastreuses de la sécularisation des écoles primaires* les adversaires de l'Eglise feront taire leur passion politique, pour laisser parler le patriotisme et la raison. S'il se rencontre dans leurs rangs des hommes que l'impiété aveugle à ce point qu'ils mettent leur
haine antireligieuse au-dessus des intérêts les plus graves de la famille et du pays, nous ne pouvons croire que les hommes d'ordre, sincèrement dévoués au bien public, veuillent porter devant l'histoire la responsabilité d'avoir préparé la décadence et la ruine de la patrie; nous ne pouvons croire que les hommes de conscience veuillent participer à l'empoisonnement moral de millions d'âmes dont Dieu leur demandera un compte redoutable au jour de ses justices.
Quant à vous, N. T. C. F., vous qui êtes sincèrement attachés à la Religion et qui en appréciez la nécessité et les immenses bienfs^its, vous que le projet de chasser J.-G. de l'école, de la fiamille, de la société, attriste et révolte dans vos plus chères affections, vous vous unirez à vos Pasteurs pour conjurer le Seigneur, qui tient en ses mains les cœurs de tous les hommes et les plie, quand il le veut, à l'exécution de ses desseins, d'éclairer les représentants du pouvoir sur la perversité et l'impiété de ce projet, et sur la gravité de Tobligation qui les presse de préserver la Belgique des suites fatales que son exécution entraînerait inévitablement.
Donné à Malines, le 7 décembre 1878, en la fête de S. Ambroise.
t Victor - Auguste Gard. Dechamps,
Archevêque de Malines.
t Théodore, Evéque de Liège.
t Jean-Joseph, Evéque de Bruges.
t Henri, Evéque de Gand.
t Théodore-Joseph, Evéque de Namur.
t Edmond-Joseph, Evéque de Tournai.
LETTRE PASTORALE COLLECTIVE et mandement de carfime du 31 janvier 1879.
Nos TRÈS CHERS FrÉRES»
Douloureusement émus des paroles prononcées par le Roi à Touverture de la session législative, et alarmés de plus en plus de tout ce qui transpirait des intentions du ministère relativement à la partie dogmatique et éducative de la loi de 1842, — — nous navons pu vous taire notre douleur ni nos craintes, ni vous laisser sans direction à rapproche d*une grande épreuve, ou plutôt d^une persécution du caractère le plus perfide et le plus dangereux. La gravité des circonstances nous faisait un devoir de parler, et de revendiquer les âmes des enhints catholiques, au nom du Fils de Dieu qui les a rachetées de son sang» au nom de l*Ëglise qui est leur mère. Nous vous avons exposé, dans une première lettre pastorale, quelques considérations sur la nécessité de donner une instruction et une éducation morale et religieuse à Tenfance dans Técole, laquelle, dans un pays catholique, doit être la succursale de la famille et de TEglise catholique. Nous avons démontré que la loi de 1842, parfaitement en harmonie avec la Constitution, reconnaît explicitement cette nécessité, et que, loyalement appliquée, elle y satisfait. Elle fonctionne depuis trente-six ans : elle a fait ses preuves. Sous le rapport civil, elle a rempli, elle a surpassé Tattente du législateur ; si elle na pas toujours et partout tenu ses promesses sous le rapport religieux, la faute en est à ceux qui, chargés de l'exécuter, en ont faussé l'esprit. Nous vous avons pressés d'associer vos efforts aux nôtres pour sauvegarder la foi et les mœurs de l'enfance, l'intérêt le
— ÔSB —
plus capital de la famille et de la société, de TEglise et de l'Etat, et pour faire respecter vos droits les plus précieux de citoyens et de catholiques, si iniquement menacés. Enfin, nous vous avons demandé de conjurer le Ciel avec nous d'épargner à notre chère Belgique Tépreuve la plus dangereuse où elle puisse être engagée, — l'application à Tenfence du régime éducatif de l'école sans Dieu ! — et l'affront le plus sensible qu'une nation chrétienne puisse recevoir, — l'apostasie professée en son nom et malgré elle par la loi du pays.
Notre appel a produit sur vos esprits et sur vos cœurs, N. T. G. F., l'effet que nous devions attendre de votre attachement à la religion de vos pères, et de la fermeté traditionnelle des Belges à rencontre de l'oppression de leur foi catholique par le pouvoir civil. Vous nous avez promis le concours de vos efforts et de vos prières. Nous bénissons notre Dieu et Sauveur Jésus-Christ de radmirable dévouement et des généreux desseins qu'il vous inspire. Déjà s'organise partout la résistance légale; déjà de chaque foyer catholique comme du pied des autels s'élèvent vers le Ciel d'ardentes supplications. Continuez, redoublez vos efforts avec l'énergie, mais aussi avec le calme qu'inspire la conscience d'un grand devoir à remplir et d'un droit sacré à revendiquer et à faire prévaloir. Continuez, redoublez vos prières, avec la conviction de la gravité de l'épreuve qui s'annonce, mais aussi avec la ferme espérance non seulement d'obtenir, mais encore de hâter le secours d'en haut, le triomphe de vos droits, la paix et le salut du pays.
Nous vous le répétons aujourd'hui, N. T. C. F., avec plus de raison encore que nous vous le disions, il y a quelques semaines : AGISSEZ ET PRIEZ ! Car le danger approche, il arrive, il est
venu.
Le projet du Gouvernement a vu le jour ; la Chambre des Représentants en est saisie, vous en connaissez les dispositions.
En c« qui coDoeme la religion, ta loi projetée sf l'exclure du programme de l'enseigaerneiit donné aui l'Eut. L'ESsctcxEUEvr religieux, dit-elle à Vartide 4, !
HEXT KELKlErX EST LUSSE AD SOIN DES FAMILLES ET DES UU mVEKS CrLTES.
Nous ne pouvons «xposer ici toutes les conséquent untne cette disposition de Viriicle 4, même au point d< liculier de l'enseignement de l'instituteur et de l'instn enfints ; il nous faudrait pour cela, donner à cette let raie, serrant de mandement de carême, une étendue ' cette raison, elle ne comporte pas. Hais il est une coi que nous devons tous signaler, parce que, à elle s suffit pour bire voir clairement tout ce qu'il y a de tout ce qu'il y a d'insensé dans cette disposition de l'at position intenable préparée à l'instituteur communal < qui sera obligé de s'y conformer, et l'action désastreux cera sur t'ùme de l'enfant l'école soumise au régim
L'existence de Dieu, unique en sa nature, auteur de I existe, conservateur et gouverneur de l'univers et < moral, rémunérateur de la vertu et vengeur du vice, bic de soi une vérité de raison, est néanmoins un objet d ment et de foi, une doctrine religieuse, une croyance, lement pour les eniants, mais encore pour les hwimi général. Ce n'est point la raison ni la philosophie, mai: lianisme qui a rendu aux nations la claire et complèti sance de celte vérité. — Or, ce dogme, c'est-à-dire I des notions qu'il implique, sera exclu, nécessairemi comme toute doctrine religieuse, du programme de 1 ntem primaire communal. L'école primaire communale i en vertu de la loi projetée, UNE ÉCOLE SANS DIEU.
Le projet de loi place cependant la horale en télé de de l'enseignement dans les écoles primaires de l'Eut.
ne vous laisserez pas attirer à ce leurre. Qu'est-ce en elTet que la morale sans Dieu? C'est la morale indépendante de Dieu, c'est-àdire une règle que chacun se fait à soi-même» une règle variable comme la volonté de l'homme, qui, au lieu de dominer l'intérêt individuel, s'y subordonne, et qui, bien loin de réprimer les passions, en légitime les écarts. C'est la morale de ceux qui n'en ont pas. — Sera-ce peut-être dans la morale universelle que l'enseignement de l'Etat puisera la science des devoirs que la loi projetée décrète de donner à l'enfance? — Mais le projet de loi exclut tout d'abord de l'école l'enseignement et la pratique des devoirs de l'homme envers Dieu et même envers la notion de Dieu ! Quelle efficacité aura sur l'esprit et sur le cœur de l'enfant une morale dont on ne lui apprend ni à respecter, ni à aimer, ni même à connaître l'auteur? D'ailleurs cette morale est une loi sans sanction chez un maître qui n'est pas chrétien. En effet, en dehors des solutions fournies par le christianisme, la raison, la philosophie est incapable d'expliquer en quoi consiste la récompense que Dieu destine à la vertu, et quels châtiments il réserve au vice dans la vie future. Bien plus, elle est incapable de déterminer les moyens d'expiation que le coupable doit employer pour apaiser la justice de Dieu, et les conditions auxquelles sa clémence subordonne le pardon; elle porte ainsi l'homme coupable, réduit à sa seule raison, ou à trop présumer ou à désespérer de la clémence divine, double cause de persévérance dans le mal. — Parents chrétiens, est-ce cette morale vaine, inefficace que vous voulez faire enseigner à vos enfants?
Un autre moyen par lequel le Gouvernement cherche à vous leurrer, N. T. C. F. c'est rengagement qu'il prend de mettre à la disposition du clergé l'une des salles de l'école communale, pour y donner, soit avant, soit après l'heure des classes, l'enseignement religieux aux enfants catholiques fréquentant l'école. Le Gouvernement n'a pu s'abuser au point de croire que vos Evéques
se prêteraient à foire réussir cette supercherie ; mais il espère par cette offre, toute dérisoire qu elle est, vous donner le change sur la malignité de son entreprise, et vous persuader qu'il n'exclut pas d'une manière absolue renseignement religieux de l'école primaire communale. Mais vous n'êtes pas assez simples pour vous y laisser tromper. L'école, ce n'est point les quatre mors, le pavé et le plafond d'une salle de classe, c'est l'instituteur donnant sa leçon à ses élèves réunis. La religion enseignée dans l'école, c'est la leçon de religion donnée par l'instituteur ou avec son concours, pendant la classe et comme matière de classe, et sous la direction de l*Eglise. Or, c'est précisément cela que le Gouvernement n'admet pas. Il ne veut pas non seulement que le prêtre catholique donne la leçon de religion pendant la classe et comme matière de classe, mais même que Tinstituteur la donne dans les mêmes conditions. S'il autorise celui-ci, mais sans lui en foire un devoir, k enseigner la religion, c'est k condition d'en donner la leçon avant ou après theure des dassesH! Il est donc manifeste que le Gouvernement, par son projet de loi, entend exclure d'une manière absolue l'enseignement religieux de l'école communale et en bannir Dieu en même temps que le prêtre.
Or, exclure l'enseignement religieux du programme des classes primaires; décréter la suppression pratique de Dieu, et par conséquent, de tout acte de religion dans l'école de l'enfonce, — c'est substituer dans celle-ci une atmosphère d'indifférentisme ou d'irréligion à l'atmosphère religieuse qui, au jugement de tous les hommes d'Etat digneâ de ce nom et de tous les maîtres les plus expérimentés dans l'art d'élever le jeune âge, est nécessaire, indispensable à l'éducation morale que l'enfont doit y puiser. Parlons plus clairement : soumettre Fenfont au régime de l'école sans Dieu, c'est vouloir comprimer, arrêter dès leur premier essor, la foi et le sentiment religieux dans son esprit et
dans son cœur; c'est vouloir y mettre en péril, disons-le, c'est vouloir y détruire la vie chrétienne k ses débuts.
On nous accusera d'exagération. Cependant ce que nous disons ici n'est que l'expression affaiblie du jugement des hommes d'Etat et des maîtres dont nous avons invoqué l'autorité. Nous n'en citerons entre tant d'autres qu'un seul et des moins suspect de complaisance pour l'Eglise : « Les écoles populaires cTune nation, écrit M. V. Cousin, doivent être pénétrées de l'esprit religieux de cette nation. Maintenant le christianisme, sans distinguer ses différentes confessions^ est-il ou n'est-il pas la religion du peuple en France? — // faut bien l'accorder. Or, je demande si on veut respecter la religion du peuple ou LÀ DÉTRUIRE? SI ON ENTRE- , PREND DE DÉTRUIRE LE CHRISTIANISME, alors, j'en conviens, il &ut bien se garder DE LE FAIRE ENSEIGNER DANS LES ÉCOLES DU PEUPLE. Mais si on se propose un tout autre but, il faut bien enseigner aux enfants la religion qui a civilisé leurs pères et dont V esprit libéral a préparé et peut seul soutenir toutes nos grandes institutions modernes. Il faut bien aussi permettre au clergé de remplir son premier devoir, celui de surveiller l'enseignement de la religion. »
Vous l'entendez : Si on entreprend de détruire le christianisme, dit M. Cousin au Ministre de l'instruction publique de son pays, il faut bien se garder de le faire enseigner dans les écoles du peuple ! Ces paroles appliquées à la Belgique définissent parfaitement le caractère, le but et les conséquences du projet de loi. S'il restait quelque doute à cet égard, il suffirait, pour le dissiper, de citer les paroles de l'homme politique dont le projet de loi formule la pensée; celui qui s'est engagé à jeter le catholicisme dans la fosse, nous dit la raison pourquoi lui et les siens se gardent bien de le faire enseigner dans les écoles du peuple.
Nous en avons dit assez, N. T. C. F., pour vous faire comprendre la malignité du projet de loi sur l'enseignement. Si une
loi si aiienutoire aux droits de la religion et des pères de Eamille, si contraire aux intérêts sacrés de Tenfance, au bien des âmes, venait à être votée, de bien graves, de bien pénibles devoirs seraient imposés à vos cbefs spirituels et à vous-mêmes, de grands sacrifices et un dévouement plus grand que jamais nous seraient demandés à tous. Ces sacrifices, il &ut déjà commencer à les faire, afin de n*être pas pris à Timproviste. Quant aux graves règles de conduite que les circonstances nous obligeront de prescrire, nous nous réservons de vous les Ëdre connaître en temps opportun.
Il ne nous reste plus qu*à vous engager, N. T. G. F.« à redoubler vos supplications auprès du Seigneur. Notre espoir est en lai et en lui seul. Cest lui qui tient en ses mains les cœurs des Rois, . et les dispose favorablement envers son peuple; c*est lui qui éclaire les législateurs et leur fait décréter des lois justes; c*est lui qui déjoue et rend vains les projets des ennemis de son Christ. Hâtons par la prière fien-ente et persévérante le secours qu'il a promis à son Eglise, et qui ne tardera pas, si nous savons espérer et demander. Et comme la prière commune est d'une grande efficacité pour fléchir la miséricorde divine. Nous ordonnons :
1*" Que chaque dimanche, dans toutes les églises et chapelles, le prêtre récite, à la fin du prône de chaque Messe, du haut de la chaire de vérité, la prière spéciale suivante destinée à demander au Seigneur la conservation de la Foi dans notre pays et Féloignement de tous les dangers qui la menacent :
Prière.
« Il est donc vi-ai, ô mon Dieu, que les ennemis de votre Nom et les nôtres ont juré la perte de nos âmes rachetées au prix du sang de Jésus-Christ! Eteindre la Foi dans le cœur des Belges, en étouffer le germe dans Tâme des enfants, livrer toute la jeunesse aux mains de maîtres, sinon athées, au moins forcément
indifféreats* soustraire à ses regards le signe sacré de la Rédemption ; écarter ou paralyser l'action du prêtre là où sa mission rend sa présence le plus nécessaire, tels sont les desseins qui se révèlent à nos yeux et qui nous plongent dans une profonde tristesse. Déraciner la Foi du sol de la patrie, ravir à la Belgique son glorieux titre de catholique, arracher à nos populations fidèles et laborieuses les consolations et les espérances de la Religion, y ont-ils pensé? Non, Seigneur, vous ne le permettrez pas!
Appuyés sur vos promesses, confiants dans votre miséricorde. Nous venons vous demander d^avoir pitié de nos âmes. Assistés de Tauguste et immaculée Vierge Marie, Mère de Dieu et Secours des Chrétiens, du glorieux Patriarche Saint Joseph, protecteur de la patrie, des premiers Apôtres de nos contrées. Nous vous disons avec cette pieuse Reine des Livres Saints : « Seigneur, sauvez votre peuple, sauvez les âmes qui vous sont chères! Sauvez la Belgique qui vous aime et veut conserver la Foi de ses pères !
Notre Père qui êtes aux deux... Je vous salue, Marie.... Des écoles sans Dieu et des maîtres sans foi, préservez-nous, Seigneur! Ainsi soit- il. »
â"" Que les Communautés religieuses fassent aux mêmes fins, une demi-heure d'adoration chaque Vendredi, devant le Saint- Sacrement exposé dans le Saint-Ciboire, ainsi qu'une communion extraordinaire un jour de chaque semaine au choix. Donné à MaUnes, le 31 janvier 1879.
t Victor - Auguste Card. Dechamps,
Archevêque de Malines.
t Théodore, Evêque de Liège, t Jean-Joseph, Evêque de Bruges, t Henri, Evêque de Gand.
t Théodore-Joseph, Evêque de Namur.
t Edmond-Joseph, Evêque de Tournai.
Ai