I. — PARTIE GÉNÉRALE
Les ministres du Roi ont résolu de publier et d'exécuter la nouvelle loi qui a trait à renseignement primaire dans les écoles publiques et qui est déjà sanctionnée. G'est pourquoi nous communiquons les prescriptions et les mesures dont nous vous avons annoncé la publication en temps utile par notre lettre épiscopale du 12 juin dernier, afin que vous éclairiez vos fidèles dans une affaire d*une si grande importance et que vous les instruisiez avec la prudence nécessaire.
Ghers frères ! Depuis longtemps, vous avez compris et reconnu quels projets les ennemis du nom catholique méditent et veulent mettre à exécution ; et vous savez quelles conséquences désas-
ireuses cette loi qai introduit dans les écoles un (
détaché de la foi catholique ei soustrait à la surveillance l'Eglise, aura pour l'âme de la jeunesse, pour l'or^nisal régulière et la prospérité de la Emilie chrétienne, pour le bi être de la Belgique, qui nous est chère par-dessus tout, et mi pour les progrès du pouvoir civil.
Il n'échappe à aucun de vous combien sont difficiles les < constances dans lesquelles vous vous trouvez, vous et tous fidèles croyants en Christ, et vous comprenez comme nous ces circonstances deviennent de jour en jour plus graves. N devons protester de toutes nos forces et résister avec vigueu ces projets ei â ces machinations de nos adversaires, à ces m qui nous envahissent.
Il est du devoir de tout bon catholique de s'eCorcer de tout pouvoir et de toute son énergie d'empêcher que notre sainte i gion, ta loi et les mœurs de la jeunesse, le sentiment catholii de la nation belge ne souffrent aucun dommage par cette loi.
Mais si les laïques et les clercs religieux doivent user de nagemeni, de zèle et de persévérance dans cette lutte et c cette défense de la religion, vous, très honorables frères, i aurez à montrer toujours la plus grande prudence et la grande modération, surtout lorsque du haut de la chaire de rite vous adresserez au peuple un discours relatif à l'enseij ment et à la fréquentation des écoles catholiques, afin que votre bouche ne sorte par inadvertance aucun mot qui soit injure contre les instituteurs publics ou une attaque contre fonctioiuiaii-es, aux lois ou aux droits du pouvoir civil. 4 pourquoi nous vous recommandons avec une insistance l particulière de bien vous garder d'entretenir jamais le pe du haut de la chaire, et les enfants au catéchisme, de cett belge de l'enseignement, ou des ordres ou des actes des fi tionnaires publics; car semblable attaque irréfléchie contre
serviteurs du pouvoir civil ou contre leurs actes, devrait non seulement être regardée le plus souvent stérile, mais nous expo serait au danger de poursuites judiciaires (art. 268 du code pénal). Veillez, par conséquent, et modérez votre langage, afin que votre attitude ne puisse donner lieu à aucun blâme. En général, vous aurez à dire ceci, au sujet de ces écoles : L*immortel Pie IX a écrit au sujet de ces écoles à l'archevêque de Fribourg : a En vérité, un enseignement qui ne comprend que la connaissance des choses naturelles et des mobiles de la vie sociale ici-bas et qui délaisse les vérités révélées doit mener à l'esprit d'erreur et de mensonge, et une éducation qui forme la délicate intelligence des jeunes gens et les cœurs enclin au péché, sans le secours de la religion chrétienne et de renseignement de la morale, doit produire une génération susceptible d'être excitée et stimulée seulement par les mauvaises passions et la simple raison, et qui préparera aux femilles isolées comme à l'Etat les plus grands malheurs. Mais si un semblable enseignement sans liens avec la foi catholique et le pouvoir de l'Eglise, et plein de dangers pour les individus et pour la société, quand cet enseignement se glisse dans la science, dans les disciplines exactes et dans l'éducation des écoles publiques et des instituts destinés aux classes élevées de la société, qui ne voit qu'il en résultera des dangers et des maux plus grands encore quand il passera dans les écoles populaires? Car c'est particulièrement dans ces écoles que tous les enfants de toutes les classes doivent être instruits avec une grande conscience, depuis l'âge le plus tendre, des mystères de notre religion et élevés complètement à la piété, à une conduite honnête, à la religion et à une vie honorable. C'est dans ces écoles surtout que l'enseignement religieux doit occuper la première place, de telle sorte que toutes les autres connaissances inculquées à la jeunesse ne soient que des accessoires. Aussi la jeunesse est-elle exposée aux plus grands
dangers lorsque riDslruction dans ces écolas D'est pas liée inti mement & Tenseigaenieiit de la religion. Or, tes écoles populaire: ont été organisées spécialemeat en vue de l'instnictioa religieu» du peuple ei du développement de la piété et de la morale cbr^ tienne, et c'est pourquoi elles ont toujours avec toute raison ap pelé tous les soins, le zèle et l'attention de l'Eglise.
Aussi tous les eFTorts qui tendent à exclure le pouvoir d l'Eglise de l'école populaire sont-ils inspirés par l'esprit dliosti lité contre l'Eglise et par le projet d'éteindr« chez le peuple l lumière divine de notre sainte foi. L'Eglise, qui a fondé ce écoles, a par conséquent toujours veillé sur elles avec les soin les plus attentifs; elle tes a toujours considérées comme la meil leure partie de son domaine ecclésiastique et de son gouverne meni, et toute séparation d'avec l'Eglise est ainsi aussi nuisibl à l'Eglise même qu'à l'école. Tous ceux qui prétendent à tort qu l'Eglise doit abandonner ou du moins suspendre sa salutaire iii fluence sur les écoles primaires veulent tout simplement la ii tourner de la mission que lui a confiée son fondateur, et d devoir très difficile qu'elle a de faire le salut de tous les homme! devoir qui lui a été imposé par Dieu.
Et certes, partout où le criminel projet de bannir de l'écol l'autorité de l'Eglise a été nourri ou exécuté, et où par cons^ quent la jeunesse est malheureusement exposée à perdre la fo partout l'Eglise doit tout mettre en œuvre et n'épargner aucu elfort pour que la jeunesse reçoive l'enseignement religieux et un éducation chrétienne; elle serait même forcée d'avertir tous l( croyants et de leur faire comprendre que ces écoles ennemies d la religion catholique ne peuvent en conscience être fréquentée:
Les écoles publiques, dont parle le Chef suprême de l'Eglisi sont par conséquent mauvaises en soi, intrinsèquement. Elti sont mauvaises en soi parce que les enfants, en les fréquentaui sont exposés au danger de perdre la foi et la moralité.
La même opinion est exprirnée explicitement et clairement par la congrégation du Saint-Office» dans les instructions sur les écoles publiques qu*elle adressa en 1875 aux évéques réunis des Etats-Unis d'Amérique.
€< L'organisation particulière de ces écoles pour l'enseignement de la jeunesse paraissait également à la sainte congrégation dangereuse en soi et empreinte de l'esprit d'hostilité contre l'Eglise. Les élèves de ces écoles n'apprennent notamment, en l'absence de toute instruction religieuse, ni les principes fondamentaux de la loi» ni les préceptes de l'Eglise; ils sont privés ainsi des connaissances les plus nécessaires à l'homme, et sans lesquelles on ne peut vivre chrétiennement, et l'on y reçoit les enfants db Tftge le plus tendre, même ceux qui ne savent pas encore marcher, qui sont à une période de la vie où la semence du péché prend racine profondément. Quand un âge aussi im* pressionnable grandit sans religion, le mal est immense. Hais si ce danger d'être corrompu ne peut être écarté, ces écoles ne peuvent être fréquentées sans violer la conscience. C'est une règle aussi bien de la loi divine que de la loi naturelle. Car un tel danger doit être à tout prix évité, fût-ce au prix des plus grands sacrifices matériels, fôt-ce au prix de la vie. »
Apprenez aussi à connaître les plaintes et le jugement portés contre ces écoles publiques par les évéques de contrées dans lesquelles ce mode d'éducation des enfants a obtenu force de loi. Les pères du concile provincial de Baltimore^ dans les EJtats-Unis de l'Amérique septentrionale, tenu en Tannée 1866, s'expriment comme suit : N"" 425. C'est pourquoi les Pères de ce concile provincial ne peuvent s*empêcher de reconnaître et de déclarer publiquement que le soin d'élever l'enfance et la jeunesse dans les mœurs chrétiennes est un des privilèges essentiels de leur ministère, et ce d'autant plus que les ennemis actuels de notre religion sont décidés à mettre en œuvre tous les artifices pour cor*
rompre dès l'âge le plus tendre, les cœurs de la jeunesse. — M^" 42. Une expérience ininterrompue a démontré surabondamment combien grands sont les maux et les dangers qui surgissent pour la jeunesse catholique de ces contrées de la fréquentation des écoles publiques. Ce système d'enseignement y est tel que les enfants catholiques doivent nécessairement courir de grands dangers et perdre la foi en même temps que les bonnes mœurs. 11 n*y a pas d'autre cause au grand développement et aux progrès énormes de rindifTérence religieuse dans ce pays et de l'iomioralité par laquelle nous voyons avec une affliction profonde que la jeunesse est dévorée. »
Les évéques de Hollande, où cette méthode d'enseignement si pernicieuse pour la jeunesse est même depuis longtemps en vigueur dans les écoles publiques, n'ont jamais cessé de la répudier et de la combattre. Parmi un grand nombre de documents de ce genre, nous voulons encore vous mettre sous les yeux une lettre écrite aux catholiques, en i866, par l'archevêque Schapmann et les évéques suffragants de Bois-le-Duc, Harlem, Ruremonde et Bréda. 11 y est dit : « Pour qu'une école mérite à tous égards la confiance et l'approbation des catholiques, il ne suffit pas qu'on y respecte, comme on dit, la religion catholique, c'està-dire qu'on permette d'en parler; on doit, en outre, exiger que Técole fasse enseigner et pratiquer la religion catholique. Dans les écoles d'enfants, l'enseignement social ou civique est très étroitement lié à l'enseignement religieux. Le principe religieux doit être proclamé dans le programme, la religion doit y faire toujours sentir son influence. La religion, en effet, touche à tout; les grandes vérités de la foi, la morale de l'Evangile, les fondements de la piété catholique doivent y être exposés, et l'instituteur doit, de son côté, s'attacher à montrer les rapports constants de la religion dans toutes les autres connaissances.
« Que doit-on penser des écoles, d'où sont exclues l'autorité de
l*Eglise et l'influence de la religion, dans lesquelles il y a encore à peine une place pour une certaine morale naturelle, c'est-à-dire dans lesquelles il n'y a ni religion, ni morale? Supposons que l'instituteur ne montre aucune mauvaise volonté, admettons qu'il ne mêle pas à son enseignement, même sans préméditation ou à défaut de connaissances suffisantes, des préceptes ou des principes plus ou moins dangereux, pernicieux ou totalement faux : nous demandons seulement ceci : quelle impression veut-on que l'enfant emporte de l'attitude d'un instituteur qui est obligé, par la loi, de s'abstenir de toute religion ou plutôt de se mettre audessus de toutes les religions, et qui se borne à donner à l'enfant de simples leçons de convenance, et pour le surplus de son enseignement se comporte comme s'il ne s'inquiétait d'aucune religion? »
De cette façon, l'indifiérentisme ou le mépris de la foi catho-^ lique et de la majesté divine se glisse dans le cœur des enfants ; car le proverbe « le mauvais exemple est toujours suivi », qui est vrai pour des personnes d'un âge plus avancé, trouve encore mieux son application chez les enfants. En 1879, les honorables évoques du même pays se sont encore occupés de ces mêmes écoles dans leurs lettres pastorales.
Nous extrayons le passage suivant du mandement du très vénérable M. Schapmann, archevêque d'Utrecht : « Un enfant catholique doit nécessairement recevoir une éducation catholique. Le moyen le plus naturel d'atteindre ce but, c'est l'école catholique. Tous les moyens que la religion offre pour l'éducation ne suffisent pas toujours pour former un jeune homme comme il doit être, tant est grande la perversité de l'âme humaine. Dans une affaire d'une si grande importance on doit choisir la voie la plus sûre. Il faut donc condamner sévèrement les parents qui négligent le moyen mis à leur disposition, notamment celui d'envoyer leurs enfants aux écoles catholiques, et qui,
sous l'un ou l'autre prétexte, donnent la préférence à l'enseign ment neutre.
« Aux yeux de l'Eglise tout enseignement est incomplet et i suffisant, du moment que la religion n'en est pas la règle et point capital. Quand la religion, ses dogmes, les vérités révélé et la loi de Dieu sont bannis de l'école, l'instructioD est doo sei lement défectueuse, mais elle est nuisible. Dans ces écoles, l'e fant est sevré de l'enseignement de la religion révélée de Die en outre, on aflaiblit chez l'enfont, par cet enseignement indiO rent, indéterminé d'une « religion générale », d'uae « mora universelle », le respect des saintes vérités de la foi catholiqu D'ailleurs, si l'Eglise tolère que les parents, placés dans cet triste nécessité par l'absence d'autres établissements d'enseign ment, autorisent leurs enfents k fréquenter une école neutre ' sans Dieu, elle ne renonce nullement à ses principes, elle ne r voque pas la damnation dijnt elle a frappé les écoles neutre Aussi ne vous laissez pas duper par ceux qui prétendent qi l'école sans Dieu n'est pas réprouvée d'une manière absolue p vos supérieurs ecclésiastiques. Nous la réprouvons et la condai nons toujours et partout, comme défectueuse, insuffisante comme manquant de la base essentielle de tonte véritable t struction. »
Les évéques irlandais, dans des réunions tenues à Haynoc en 1866 et à Dublin en i871, ont été unanimes à blâmer et réprouver de telles écoles : « Les évéques renouvellent leur ce damnation contre le système d'éducation dans les écoles primain dans les écoles moyennes et dans les universités parce que < enseignement est hautement dangereux par lui-même pour ta et les mœurs de l'Eglise catholique. Ils déclarent que l'instructii des catholiques, pour tout ce qui concerne la foi et les mŒura, peut être confiée avec sécurité qu'à des catholiques, et seulemt sous le contrôle supérieur de l'Eglise.
« Dans la présente lettre pastorale nous exprimons notre inébranlable conviction que Téducation catholique est absolument nécessaire à l'éducation, à la conservation de la foi et aux bonnes mœurs de notre peuple catholique. D*accord avec le Saint-Siège et avec les évoques de toute la chrétienté, nous renouvelons la réprobation déjà souvent prononcée par nous contre l'école mixte. Nous déclarons de nouveau qu^elle est, par sa nature, hautement dangereuse pour la foi et les mœurs. »
Ces jugements de l'autorité ecclésiastique et bien des déclarations analogues que Ton trouve partout fournissent d'autres arguments encore par lesquels vous pourrez rappeler à vos fidèles, aussi bien du haut de la chaire de vérité que dans les conversations privées, les dangers auxquels les enfants catholiques sont exposés dans les écoles publiques par leur nature môme et par les méthodes qu'on y enseigne; arguments au moyen desquels vous pourrez réfuter ceux qui soutiennent qu'entre la nouvelle loi et l'ancienne il n'y a pas de différence et que les écoles soumises au nouveau régime scolaire peuvent être fréquentées comme autrefois, aussi bien que les écoles catholiques, sans violer la conscience.