RUBENS
Martyre de saint Liévin.
MUSÉE DE BRUXELLES
* 411. — Martyre de saint Liévin (salle X).
A gauche, le Saint est à genoux, vêtu d'une aube blanche et d'une dalmatique à fond rouge et broderies dorées ; il lève son visage meurtri, à gauche, vers deux anges qui portent une palme et une couronne. Près de lui, trois bourreaux, dont l'un au premier plan, le torse nu, tenant dans sa main droite un croc sur lequel il s'appuie, lui saisit la barbe de la main gauche; l'autre, au second plan, en vêtement rouge, tient un couteau entre les dents. Le troisième, en vêtement noir et rouge, de trois quarts tourné vers la droite, présente la langue qu'il vient d'arracher au martyr avec des tenailles à un chien qui se dresse ; un enfant à droite, dans le coin, indique ce lambeau sanglant à un second chien. Au premier plan, à droite, un soldat, appuyé sur une lance, en pourpoint gris, couvert d'une armure, s'enfuit épouvanté, en levant le bras gauche vers le ciel où apparaissent deux anges armés de foudres; au second plan, un cheval, en se cabrant, désarçonne son cavalier, et deux soldats sont frappés d'épouvante. Fond de paysage.
H., 4,50; L., 3,35. T. — Fig. pL gr. nat. — Gravé par Cor. van Caukerken et P. Spruyt. — Le premier plan est entièrement de la main de Rubens; le second plan, vraisemblablement exécuté par un élève, a été retouché par le maître. Les animaux sont attribués à Paul de Vos. — Ce tableau, peint vers 1635, pour le maître-autel de l'église des Jésuites, «-i Gand, fut acheté 11,200 florins, en 1177, par M. Pallier, pour le compte de Louis XVI et faisait partie du premier envoi do Paris, en 1802. Il existe une esquisse (H., 0,83; L., 0,58), autrefois à M. Crabbe et que possède M. R. Kann, à Paris, et un' dessin qui parut, en 1748, à Paris, dans la vente Godefroy. — « Ici, Rubens a voulu tempérer l'horreur de l'action par les charmes du ton. Il a mis une évidente recherche de formes gracieuses dans la représentation do cette scène tragique : le cheval qui se cabre, les chieus qui s'élancent, la tache rouge du bonnet élégant du bourreau qui tient le saint par la barbe, les anges voltigeant joyeusement dans le ciel, la lumière qui inonde le paysage dans le fond; tout cela est animé, vivant, pétillant, et fait contraste avec l'angoissG et la souffrance du personnage. Que l'on songe à ce que serait devenue cette scène sous le pinceau d'un maître espagnol, et l'on se fera une idée de la manière dont Rubens, par la légèreté de la touche et par lé ruissellement de la lumière, sait faire oublier en partie l'horreur du spectacle, sans en diminuer la force dramatique. » (Max RoosES, II, 320.)