GAND
douze apôtres ; derrière eux, les serviteurs de l'Évangile, « prêtres, abbés, évoques et papes, tous imberbes, gros, blêmes et calmes, ne regardant guère, sûrs du fait, adorant en toute béatitude, magnifiques en leurs habits rouges, avec leurs chasubles d'or, leurs mitres d'or, leurs crosses d'or, leurs étolcs tissées d'or, le tout emperlé, chargé de rubis, d'émeraudes, une étincelante bijouterie, jouant sur cette pourpre ardente, qui est le rouge de Van Eyck ». [Id.) Au second plan, au milieu, sur l'autel, l'agneau tourné vers la gauche; de sa gorge jaillit un jet de sang, que recueille un calice ; devant l'autel, deux anges agenouillés agitent des encensoirs; à droite et à gauche, d'autres anges sont en prière et présentent les instruments de la i'assion; à gauche sortent d'un bois les martyrs coitlés de la tiare et revêtus de riches daimatiques, portant dans les mains des palmes ou des croix; à droite, s'avancent des saintes femmes, en robes de nuances adoucies, bleues, roses ou lilas, coillees de fleurs et tc»nant à la main les instruments de leurs supplices et des palmes. « Rien n'est plus oxcjuis (pie l'ellét de ces deux théories lointiiines, fines, précises, toujours vivantes, se détachant par des notes d'azur sur l'austère tenture du bois siicré. » [Id.] A l'horizon, Jérusalem ; au ciel, dans une nuée, au-dessus de l'agneau, le Saint-Esprit.
« Telle est la partie maîtresse de ce colossal triptyque. L'esprit peut s'y arrêter à rinlini, y rêvor à l'infitii, sans trouver le fond de ce qu'il exprime ou de ce qu'il évoque. L'œil de môme peut s'y complaire sans opuiser l'extmordinaire richesse des jouissances qu'il cause, des enseignements qu'il nous donne... Si, comme tout porte à le croire, Jan van Eyrk est l'auteur de celto partie centrale, il faut qu'à la manière de son frère, il joignit, do son propre fonds, plus de vérité dans les visages, plus d'humanité dan» les physionomies, plus de luxe et de réalité minutieuse dans les architectures, les étoffes et les dorures. 11 y introduisit surtout le plein air, la vue des campagnes fleuries, des lointains bleuAtres. En un mot, ce que son frère avait maintenu dans les si)lendeurs du mythe et sur les fonds byzantins, il le fit descendre au niveau des horizons terrestres. » (Fromentin, 424 à Ail.)
Au-dessous de l'Agneau mi/^tique étaient représentés les Tourv\ent» de l'enfer; cette p.-irtie, peinte à la détrempe, fut vite effacée. Restaurée vers 1550 par Jan Schorel et Lancelot Bloondel, elle avait déjà disparu en nsô, lorsque, sur l'ordre de l'empereur Joseph II d'Autriclie. que la nudité des figures d'Adam et d'Eve avait choqué, le public ne fut plus admis à contempler re chef-d'œuvre. Ces deux panneaux furent d'ailleurs, à co moment, disjoints et enfermés d^ns une cave.
Le reste du retable fut transporté à Paris de 1794 à 1815. En 1816, un marchand, M. Nieuwonhuys, usa de subterfuge pour se faire vendre au prix de 6,000 francs les six panneaux formant volets, il les revendit 100,000 francs à M. Solly, de Londres, auquel le roi de Prusse les acheta 400,000 francs. Us ornent maintenant le musée de Berlin. Quant à VAdam et à X'Ève, que possède le musée de Bruxelles, ils furent acquis, en 1860, moyennant le payement d une somme de 50,000 francs, l'exécution d'une copie de ces deux panneaux qui fut confiée à M. Victor Lagye (celui-ci reçut la mission de présenter le» persounaf/es dans un état moins complet de nudité), et le don de la copie des six volets Ten lus en 1816. Cette copie, qui porte la date de 1550, avait été commandée par Philippe II à Michel van Coxcio. Les au res parties de cette copie ont été acquises p*r le musée de Berlin. En résumé, l'ensemble que présente le retable actuellement c nservé à la cathédrale ne contient comme œuvre originale que les quatre peintures du centre.
LA CATHÉDRALE
« Contrairement à l'opinion de Karel Van Mander, qui écrivit (I, p. 30) que ce retable fut commandé par le trente et unième comte de Flandre, Philippe de Charolais, fils du duc Jean de Dijon (Philippe le Bon, duc de Bourgogne, fils de Jean sans Peur), on sait pertinemment que cette œuvre fut exécutée pour un simple particulier. Une inscription, découverte sur le cadre des volets transportés à Berlin, en 1823, et cachée jusqu'alors par une couche de couleur verte, en fait foi :
PiCTOR HUBERTUS E EYCK MAJOR QUO NEMO REPERTUS
Incepit pondus Quod Johannes arte secundus Frater perfecit Judoci Vyd prece fretus Vers V seXta MaI Vos coLLocat acta tVerI.
« Le peintre Hubert van Eyck, le plus grand qui ait existé, commença l'œuvre que son frère Jean, le second dans l'art, a achevée à la prière de Josse Vydt. » Ce donateur Judocus Vydt, seigneur de Parmelen, bourgmestre de Gand, destinait ce tableau à sa chapelle, dans l'église où il avait fait construire son tombeau et celui de sa femme, Elisabeth Borlunt. Commencée, suppose-t-on, vers 1420, cette composition grandiose fut terminée en une dizaine d'années (le chronogramme de l'inscription donne cette date) et mise en place, le 6 mars 1432, en présence d'un public nombreux. Non seulement elle formait par ellemême un ensemble admirable, mais encore, ayant été exécutée pour l'endroit oii elle était exposée, elle s'harmonisait avec tout ce qui l'entourait, avec les tapis, les étoffes de toute nature et les peintures votives qui recouvraient alors les murailles de la cathédrale. « Quand, aux jours de fête, on montrait le retable au public, il apparaissait dans son entier développement. Il y avait alors une telle presse, qu'on pouvait difficilement approcher. Les peintres jeunes et vieux et les amateurs d'art y affluaient, comme, par un jour d'été, les abeilles et les mouches volent par essaim autour des corbeilles de figues ou de raisins. » [K. v. M.)
10^ chapelle :
RubeDS. — La Conversion de saint Bavon.
Au second plan, au bas d'un escalier, à gauche, vu de face, le comte Allowin, — devenu plus tard saint Bavon, — en vêtements noirs, à larges revers de fourrure, distribue son argent que portent, dans des plats, deux enfants, à sa droite, à des pauvres qui se pressent vers lui : une 'emme, vue de dos, en robe grise et fichu blanc, tenant dans ses bras deux petits enfants ; une autre, en robe blanche, allaitant un nouveau-né; un vieillard, appuyé sur une béquille, étendant en avant le bras. A gauche, debout, trois femmes, l'épouse du comte, en robe grenat bordée de fourrure, de profil tournée vers la droite, les yeux au ciel, et ses deux suivantes, dont l'une, coiffée d'un large hennin, regarde avec attendrissement sa maîtresse ; de l'autf e on ne voit que le visage tourné de profil. Au second plan, sur les degrés d'un escalier, saint Bavon, un manteau rouge sur son armure, son bonnet dans la main droite, s'incline devant saint Amand et l'abbé Florbert, qui le reçoivent sous un portique, revêtus de riciies vêtements épiscopaux; derrière eux, des prêtres et des moines. Le comte est accompagné de deux pages, l'un portant son épée, l'autre relevant la traîne de son manteau, et de deux personnages, le premier majestueusement drapé dans un manteau noir,
I autre, dont on ne voit que la tète, coiflfé d'une toque rouge à plumes; à i^auche, au premier plan, en bas, les armes de l'évèque Triest.
H., 1,71 ; L., 2.81. T. — Fijf. gr. nat. — Cmtré par le haut. — Gravé par F. Pilsen et P. Spruyt. — Ce tableau, commandé à Rubens par l'évêque Triest, de Gand, fut exécuté, en 1621, au prix de 600 florins. Transporté en 1794 à Paris, il fut donné en 1811 au musée de Bruxelles. Attribu(': en 1817 au musée de Gand, il fut rendu en 1825 à l'église de Saint-Bavon. — La National Gallery, de Londres, en possède l'esquisse montrée autrefois A l'archiduc Albert et provenant du palais Carrega, de Gênes. Une étude en fut vendue à Paris, en IfSi, à la vente Febvre. Restauré plusieurs fois, en 1648 par Pierre Hais, en 1772 par Albert Fortain, en 1862 par Donselaere. ce tableau, recouvert d'un vernis sombre, a perdu de sa fraîcheur. « Il a dû être un travail supérieur et éclatant, un des plus parfaits dans son genre que Rubens ait produits. La composition, puissamment agencée, est aussi belle que savante. Dans la partie inférieure, le groupe des pauvres est d'un mouvement énergique, et le noble et calme groupe des femmes à mi-hauteur relie la partie inférieure à la partie supérieure. » (M. R"<isks, II, 22.'1.)