Mort de la Vierge
Sur un lit recouvert d'une draperie bleue, la Vierge est étendue, vêtue d'une robe bleue, les mains jointes, entourée des disciples ; à gauche, saint Pierre, vêtu d'un surplis blanc et d'une dalmatique verte, présente à la Vierge un cierge allumé que vient de lui donner un autre disciple. Au ciel, Jésus, dans une gloire, vêtu d'une robe bleue et d'un manteau rouge retenu par un fermail et dont deux anges soutiennent les pans.
H., 1,45; L , 1,10. B — Fig. pet. nat. — Provient de l'abbaye des Dunes. — Gravé par Gauchart dans V Histoire des peintres. — On trouve d'assez nombreuses répliques de ce panneau, dont l'une à Bruges même, dans l'église Saint-Sauveur, l'autre au musée de Valenciennes. La plupart sont attribuées à Jean Schorel, comme l'a été longtemps ce tableau même. La multiplicité de ces reproductions ou imitations prouve combien la composition originale fut célèbre et populaire, — « Ce qui frappe dans ce tableau, peint à l'huile sur un fond blanc, c'est le sentiment répandu sur les figures; l'expression du visage de la Vierge, qui entrevoit le ciel, est surtout remarquable. » (W.-H.-J. Weale, p. 58.)
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HOPITAL SAINT-JEAN
En fart' Notre-Dame, à l'ouest.
Les tableaux sont réunis dans l'ancienne salle du Chapitre j ils sont tous de la main de Mcmling, qui « s'y montre sous toutes les faces, sous les aspects les plus multiples : puissant et superbe dans ses grandes figures de saints et de donateurs du Mariage mystique, touchant et ému dans les pittoresques panneaux de VAiluration des Mages, béat, ingénu et charmant dans les miniatures à l'huile de la Cluisse de sainte Ursule, enfin mâle et vivant dans l'admirable Portrait de Xieuuenlioven ». (Walters, Peint, (lam., 90.)
* 2. — Châsse de sainte Ursule.
Cette châsse, où sont reDfermées les reliques de la sainte, est un petit (•diûce gothique en bois mesurant 0,S6 de hauteur sur 0,91 de longueur. Sur chacune de ses deux grandes faces sont encastrés trois tableaux de 0,51 de liauteur, si'-parés par du petites colonnes soutenant un arc cin(rc; sur chacune des deux autres faces est un tableau de 0,33 de largeur, dans un arc ogival. Sur la toiture, de chaque côté, trois médaillons, deux petits et un grand. — C'est sur les six panneaux des faces que Meoiling a représenté les épisodes principaux de la irgende de sainte Ursule. — On sait que cette sainte, fille de Théonate, un des sept reiis d'Anicleterre convertis au christianisme, née en 220, ayant été demandée en mariage, à l'âge de seize ans, par Conan, fils du roi païen Agrippinus, pour éviter cette union, quitta sa patrie, accompaf;riée d'une suite nombreuse. Elle s'arrêta d'abord à Cologne, où Dieu lui apparut et lui ordonna de se rendre u Rome. — Le pape Cyriaque l'y reçut avec grande pompe et annonça à la princesse que Dieu lui enjoignait de se joindre à elle et de l'accompagner dans ses voyages — la troui)e reprit liientôt la route qu'elle avait déjà parcourue ; — mais, à son arrivée à Cologne, oii les chrétiens étaient l'objet (le persécutions', les pèlerins, assaillis par des soldats de l'empereur Julien Maximien, furent mis à mort en l'an 237. La légende de sainte Ursule a été fréquemment traitée par les peintres du xvc siècle. Les deux suites d'épisodes de cette légende les plus connues et les plus intéressantes à comparer avec les peintures de Meœling sont les tableaux du musée de Cologne et les célèbres compositions de "Vittore Carpaccio à l'Académie des beaux-arts, de Venise.
1° Arrivée à Cologne. — Au milieu, .sainte Ursule, en corsage bleu, surcot blanc et jupe violette à bordure d'hermine, ses cheveux nattés relevés sur les oreilles, de profil tournée vers la droite, descend d'une nef. Elle est re^ue sur le quai par plusieurs de ses compagnes; l'une, la reine des Urbiens, Sigilandis, en robe bleue et coiffe noire, lui prend la niiiin droite; une autre, en robe violette et coiffe bleue, tient un petit coffret, deux autres portent la traîne de son manteau. Sur la nef, des matelots avec les bagages des voyageurs. Au fond, la porte de la ville dont les édifices, la cathédrale, les églises Saint-Sé vérin, Saint-Cunibert,
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Saint-Pierre et Saint-Paul, et la Beyen-Thurm se profilent à l'horizon ; à droite, dans une maison, on aperçoit, assise à une fenêtre, la sainte plongée dans la méditation. Un ange lui apparaît et lui annonce sa mission.
2° Arrivée de sainte Ursule à Bâle. — Contre le quai, sont arrêtées deux nefs, vues par la poupe; de l'une d'elles, à droite, descend sainte- Ursule que soutiennent ses compagnes ; au premier plan, deux marins carguent les voiles. Dans l'autre nef, la suite de la sainte. Au fond, la porte de la ville; des édifices à l'horizon ; à droite, divers personnages sur une route qui monte vers la droite.
3^ Arrivée à Rome. — Sur les degrés du porche, devant une église romane, au milieu, le pape, coiffé de la tiare, revêtu d'une dalmatique rouge et or retenue par une agrafe, suivi de son clergé, tourné de trois quarts vers la gauche, bénit sainte Ursule, agenouillée devant lui; derrière elle, ses compagnes et quelques assistants. Auprès du pape, un prêtre, vêtu de rouge, élève un crucifix. A droite, au premier plan, sous un portique, des religieux baptisent par immersion des néophytes, et au second plan, sainte Ursule reçoit la communion, prosternée devant un autel. Au fond, à gauche, une rue terminée par une porte où se déroule la suite de la princesse; à l'horizon, la campagne.
4" r./iibariiuéijient à Bâle. — Au milieu, dans une nef, le pape, revêtu de ses habits pontificaux et entouré de deux cardinaux, d'un évôque et de cinq autres personnages, fait le geste de la bénédiction; à sa droite, sur l'avant de la nef, sainte Ursule et ses compagnes en prière. Au second plan, à gauche, le pape, suivi de son clergé, passe d'une nef dans une autre ; au fond, sainte Ursule et sa suite sortent de la ville dont les fortifications se profilent à l'horizon, et à droite, sur le fleuve, une barque vogue, toutes voiles déployées; au premier plan, à gauche, dans un canot conduit par deux matelots, des saintes se dirigent vers la nef principale.
5*^ Massacre des Vierges. — Au premier plan, à gauche, sur le rivage, deux archers, l'un de profil, l'autre de dos, tournés vers la droite, transpercent de leurs flèches les Vierges, groupées dans des attitudes d'effroi sur les avants do deux embarcations, presque toutes en prière, les yeux au ciel ; au milieu d'elles, dans la barque la plus proche, le pape et des fidèles; dans la plas éloignée, sainte Ursule, debout, reçoit dans ses bras une de ses compagnes, qu'un soldat vient de frapper de son épée; un autre soldat s'avance, en brandissant un bâton. Au fond, les églises de Cologne.
6*^ Mort de sainte Ursule. — Ce panneau est la suite du précédent; à l'arrière-plan se voient, en effet, les soldats qui dirigent leurs flèches à gauche, dans la direction des Vierges; au premier plan, sur la gauche.
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sainte Ursule, vue de face, lève la main droite comme pour écarter la flèche que s'apprête à lancer contre elle un archer cuirassé, debout, de profil à droite. Entre la Sainte et l'archer, deux seigneurs cuirassés, dont l'un est vêtu d'un manteau rouge et coiffé d'un turban blanc; derrière, plusieurs soldats et autres assistants devant des tentes en toile blanche. l)evant la Sainte, un petit chien; à l'horizon, la cathédrale de Cologne.
Parmi les personnages qui assistent au martyre, on remarque un laïque en houppelande rouge à col de fourrure et une femme, coiffée d'un petit hennin avec un léger voile blanc, — évidemment des portraits, — qui joignent les mains avec ferveur.
Sur l'une des petites faces de la châsse, — Sainte Ursule dans une chapelle gothique. — I)el»out, vue de face, en robe verte, corsage d'hermine, jupe violette doublée d'hermine, une couronne de pierreries sur sa chevelure blonde qui tombe en boucles sur ses épaules, une flèche dans sa main droite. Klle abrite dix saintes sous les plis de son manteau rouge, retenu au cou par un ruban noir l't fixé par deux agrafes enrichies de perles.
Sur l'autre face. — Jjt Vier(je et l'Enfant Jésus. — Dans une chapelle, la Vierge, debout, en roi)e verte et manteau rouge, sa chevelure blonde retenue par un ruban noir auquel est fixé sur le front un joyau enrichi de perles, tournée de trois (}uart,s vers la gauche, porte sur son bras droit l'Enfant Jésus tout nu, auquel elle offre une j)omme (ju'il prend de la main gauch(\ tenant une fleur delà droite; au premier plan, de chaque côté, une religieuse agenouillée en prière, dans le costume des sœurs hospitalières, robe noire, manteau blanc, pèlerine à capuchon noir.
Sur la toiture. — Dans les quatre petits médaillons, des anges musiciens, le j)reinier jouant du luth, le second du psaltérion, le troisième de l'orgue, le (juatrième de la viole.
Dans les deux médaillons plus grands: sainte Ursule debout, tenant une flèche, entourée de ses compagnes; 2" sainte Ursule, couronnée par Dieu le Père, en robe rouge et manteau blanc, coiffé d'une tiare, les pieds posés sur un globe terrestre, et le Christ en robe grise, manteau rouge, une croix dans la main droite; au ciel, le Saint-Esprit.
La châsso de sainte Ursule fut placée solenaellement à l'hôpital, le 24 octobre 1489; mais, comme le remarque M. A.-J. Wautbks {Memling, p. 4S\ il est curieux que ce soit la seule des œuvres faites pour l'établissement qui ne soit ni datée, ni signéo, et qui ne porte ni marcjuc ni inscription quelconques. — * La Châsse de sainle Ursule est la plus charmante, non seulement des a'uvres du maître, mais probablement de toutes les peintures existantes. C'est un véritable roman en peinture, car ces miniatures se distinguent par cette abondance de détails et cette lenteur d'actions qui caractérisent la narration romanesque. L'iLUvre est attachante comme un récit, et il semble, à mesure qu'on la regarde, que les sens puissent être transposés, et qu'il soit possible d'entendre, aussi bien
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que de voir, par les yeux. Quelle exactitude minutieuse dès les premières scènes, j'allais dire dès les premiers chapitres ! La légion des vierges s'embarque avec Ursule ; Memling n'a omis aucun des détails d'un départ. Les petites demoiselles allemandes et flamandes convenablement costumées pour le voyage, marchent en troupe d'un pas grave, sans précipitation ni lenteur, leurs petits sacs et leurs petits nécessaires à la main, pendant que de robustes commissionnaires portent leurs petites malles et les déposent sur le vaisseau. Cette exactitude continue jusqu'à la scène suprême du martyre, avec la gracilité touchante des vieux légendaires et des vieux poètes épiques; mais, de même qu'entre les parties d'un drame musical on place souvent une mélodie rêveuse pour reposer l'âme d'une émotion trop continue, Memling a séparé en deux parties l'histoire de sainte Ursule par les deux miniatures qui décorent les deux bouts de la châsse. Dans la première, qui est comme l'ouverture chargée de mettre l'âme des spectateurs a i ton de la légende qu'il voulait peindre, il a placé la Vierge, protectrice naturelle d'Ursule et de ses compagnes. Dans la seconde, introduction logique à l'épisode du martyre des vierges, il a montré Ursule debout et telle que la reine du royaume de la pudeur, abritant ses compagnes sous son manteau, comme une couvée d'oiseaux réservés aux campagnes du ciel. J'ai dit que Memling était plutôt adorable que grand, pourtant il a touché à la grandeur au moins une fois, et c'est dans cette miniature qui, venant après les premières scènes de la légende, change brusquement leS émotions du spectateur, et, de gai qu'il était, le dispose au sérieux et aux sentiments qui ne permettent pas de sourire. » (E. Montégut^ p. 165-lGS.)