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DISTRIBUTION DES VÉGÉTAUX A LA SURFACE DE L'EMPIRE BRÉSILIEN

PAR M. EMMANUEL Laais,

Directeur de l’Observatoire impérial de Rio-de-Janetiro.

(Chapitre détaché de l'ouvrage intitulé : CuimarTs, GÉOLOGIE, FAUNE ET GÉOGRAPHIE BOTANIQUE DU BRÉSIL, Paris 1872).

1. Flore des régions sèches de l’intérieur, montagnes, campos et plateaux.

Dans le chapitre précédent, nous avons parlé des différences entre la flore des divers points du Brésil, dues soit aux lieux d’origine même des espèces, soit aux divers climats équatoriaux, tropicaux ou extratropicaux. Mais des différences bien plus notables, bien plus frappantes à première vue, sont déterminées par l'humidité relative des divers climats et la répartition des pluies, et il y à à cet égard deux climats généraux, celui de l'intérieur, où, comme nous l'avons expliqué, existe

une longue saison sèche et sans pluies, et celui des côtes, où les

pluies, plus fréquentes dans une saison variable suivant la région, existent toutefois à toute époque de l’année. De là deux flores générales distinctes : celle de l'intérieur, caractérisée par les champs découverts ou campos ; celle de la côte, au contraire, remarquable par le grand développement de la végétation forestière. La constitution du sol se joint à la répartition des pluies pour marquer encore plus profondément cette différence, car la zone côtière, entre le bord du plateau central et la mer, est formée surtout par les gneiss décomposés, et l’intérieur du pays par les roches métamorphiques et les grès du plateau continental. La région centrale est donc moins argileuse, plus quartzeuse que la zone côtière. Elle est même parfois calcaire, moins riche en sources, et constituée précisément par des terrains dans un état physique propre à se dessécher plus facilement. Partout où, dans l’intérieur, des montagnes de gneiss très-décomposé se présentent de nouveau, les forêts reparaissent, au moins dans les vallées, avec un caractère se rapprochant de celui de la côte. J’ai toutefois signalé les différences de la zone de gneiss de l’intérieur de Bahia. Ici le caractère de la végétation est mixte : elle est composée de lambeaux de forêts près des eaux, et de ces petits bois nains dont la sécheresse fait tomber les feuilles, et appelés suivant les localités Serrados ou Carascos, lesquels sont formés d'espèces identiques à celles de la région intérieure, et constituent avec les campos une des formes de la végétation du grand plateau continental.

En somme, la végétation de l'intérieur se compose de campos divisibles en grands pâturages renfermant très-peu d’arbustes et parfois aucun, appelés dans le pays Campos abertos, Champs ouverts, et en caatingas, champs remplis d’arbustes disséminés, isolés les uns des autres, lesquels prédominent dans les vallées des régions hautes et montagneuses. Ceux-ci se font voir aussi sur tous Les lieux élevés des grands campos de l’intérieur, quand ils ne sont pas remplacés par les carascos ou serrados, c'est-à-dire par une végétation ligneuse et serrée, composée d’arbustes, au milieu desquels s’élève de loin en loin un arbre plus grand et isolé. Des bandes étroites couvertes de grands arbres existent généralement sur les bords des rivières, quand les marges sont argileuses et non sablonneuses. Elles y forment des bois touffus, et parfois s’élargissent et constituent des lambeaux de

forêts épaisses appelées Mattos fechados, bois fermés, ou même Mattos

nu. pe +

virgems, forêts vierges, comme les grandes forêts de la côte. Ces mattos fechados se montrent aussi sur les points où, comme je l’ai dit, les gneiss réapparaissent et où le sol frais et humide et aussi la vapeur des rivières suffisent à entretenir la verdure et la végétation pendant la saison sèche.- Mais ils sont beaucoup plus rares dans l'intérieur que les mattos abertos, mélange de bouquets de grands arbres et de petits lambeaux de campos et de serrados. Enfin, il faut aussi mentionner la flore alpine et spéciale aux pics et sommets très-élevés des montagnes de 1300 ou 1400 à 1800 mètres, comme la Serra da Piedade, de l'Itacolumi, etc. Cette flore se compose particulièrement d'Amaryllis, de Vellosias, de Fuchsias, d'Ericacées de la tribu des Vacciniées, et surtout du genre Gay-Lussacia de Kunth, de Gesnériacées, surtout des genres Besleria de Plumier, Gesneria et Episcia de Martius, quelques Eriocaulon, des Orchidées, notamment du genre Epidendrum, lequel affectionne les montagnes, des Erythroxylon, une assez grande variété de Mélastomacées d’un aspect spécial, de petite taille, à feuilles épaisses et très-garnies de poils, quelques Acacia, des Convolvulus et des Asclépiades et surtout beaucoup de Broméliacées, de Mousses et de Lichens, en somme une végétation toujours en grande partie parasite et vivant sur les rochers.

À des niveaux plus bas, entre 800 et 1200 mètres, se montrent les Caatingas, dans les régions montagneuses. Elles occupent surtout de petits plateaux et des versants de montagnes. En avançant vers le nord où le terrain s’abaisse, et en s’éloignant de la côte, on en trouve à des niveaux plus bas encore, parce que la végétation forestière de la bande littorale et qui occupait encore particulièrement les régions élevées, disparait de plus en plus.

Ici les genres Cordia, Kielmeyera, Laplacea, Strychnos, Solanum, Erythroxylon, Styrax, Byrsonima, Heteropteris, etc., se montrent, comme la famille des Lythrariées, largement représentés avec quelques Acacias nains, et la belle famille. des Vochysiacées spéciale à ces régions, mais dont quelques espèces apparaissent aussi dans les serrados non exposés à de trop grandes sécheresses et dans les lieux bas. Ces arbustes sont intéressants, parce que plusieurs espèces fournissent une gomme qui m'a paru très-semblable à la gomme arabique, très-claire et dont on pourrait tirer parti. Leur feuillage

verticillé, grand et d’un vert sombre, en fait, conjointement avec

leurs fleurs, un des ornements de ces régions. La Sulvertia convallariodora St.-Hil., remarquable par ses belles fleurs blanches odorantes, appartient à cette famille, mais ne s'étend guère au sud du 18° degré de latitude. Les genres Vochysia et Qualea, surtout le premier, sont beaucoup plus répandus et abondants en espèces. Le genre d'irrégularité de la fleur des Vochysias est bien différent de tous les autres types de fleurs irrégulières, et réunit ce groupe de végétaux en une famille très-naturelle, spéciale à l'Amérique du Sud, surtout aux contrées de l’intérieur. Je dois toutefois relever, au sujet des Vochysias, une erreur de Martius, d’après lequel leurs étamines ont quatre loges. Probablement, conformément à son habitude, comme il est facile de s’en convaincre en lisant ses écrits, il a étudié cette fleur d’après les spécimens desséchés dans l’herbier et souvent altérés, dans lesquels il a cru distinguer quatre loges. Il est facile de reconnaître, en étudiant ces étamines sur le vif, la présence de deux loges complètes seulement, comme dans celles de la plupart des végétaux.

J'ai trouvé, aux environs de Sabara, dans la direction de la Serra da Piedade, un Vochysia non décrit et assez voisin, dans la forme de ses feuilles, du Vockysia elliptica. Mais il diffère de ce dernier par son calice et ses ovaires entièrement glabres, au lieu d’être abondamment couverts de poils et par ses verticilles de feuilles. Ceux-ci, au lieu d’être constamment de quatre feuilles, sont seulement de trois le plus souvent, plus rarement et partiellement de quatre. En outre, ses feuilles ont une dimension supérieure à celle du Vochysia elliptica. Je lui ai donné le nom de Vochysia Cuiabensis, à cause du peu de distance entre le point où je l'ai trouvé et la mine de Cuiaba. La saison de sa floraison est aussi différente de celle du Vochysia elliptica et plus précoce. Les indications précédentes, avec la comparaison avec le Vochysia elliptica, suffisent pour le faire distinguer.

Quelques plantes grimpantes, dans les Bignoniacées, les Convolvulacées, les Dilléniacées, genre Davilla, et les Malpighiacées, existent aussi dans les Caatingas, dont elles enlacent parfois les arbrisseaux. Aux genres et familles déjà nommés, il faut encore joindre une grande variété dans d’autres genres et familles, mais toujours d’arbustes nains, notamment des Mélastomacées (car cette famille existe partout au Brésil, sauf dans les serrados tres-secs du côté du nord), quelques Pisonia, Vitex, genre dans lequel j'ai remarqué une belle

espèce à fleurs violacées, non décrite, dont je parlerai ailleurs dans la narration de mes voyages, le Zafoensia Pacari, une Magnoliacée, le Talauma ovata St.-Hil., des Anona, Gomphia, Schinus, Bauhinia, Hymenaea, Hancornia. Au nord du 18° et 19° degré de latitude, on y trouve le Cochlospermum insigne lequel se montre aussi dans les serranos et les campos.

Cette espèce est mal classée par les botanistes dans les Ternstræmiacées dont elle s'éloigne tout à fait, pour offrir l’aspect complet d’une Bombacée dans les plus petits détails, sauf dans les étamines non soudées à la base en cinq faisceaux, et dans la division des anthères en quatre loges. Ce dernier caractère l'éloigne autant des Ternstræmiacées que des Bombacées. Relativement aux filets staminaux non soudés à la base, j'ai à faire remarquer que la fleur en s’ouvrant présente ses nombreuses étamines en cinq faisceaux distincts, lesquels s’étalent plus tard quand elle est totalement ouverte. Mais j'ai même vu, dans mon dernier voyage, un cas tératologique de soudure légère des faisceaux à la base. Maintenant le fruit et la graine sont identiques à ceux des Bombacées, et le fruit renferme un coton semblable à celui de ceux-ci, caractère manquant dans les Ternstræmiacées. Les feuilles sont digitées et tout à fait comme des feuilles de Bombax. L'écorce fournit aussi comme ceux-ci un fil extrémement résistant. Après tout, cet arbuste est seulement une légère déviation, par les étamines, du type des Bombax, déviation rapprochant un peu ces derniers des Ternstrœmiacées, si on tient compte de l'absence de soudure des filets, mais en s’éloignant en même temps par les quatre loges des anthères. Je considère donc le Cochlospermum insigne comme une Bombacée. C’est un arbuste nain avec une racine pivotante trèsvolumineuse, d’odeur de térébenthine. Quelques Bombax, notamment le Bombazx lomentosum et hexaphyllum de Velloso, se rencontrent dans les caatingas comme dans les campos. IL en est de même du Cariocar brasiliense, connu sous le nom de pequi ou piqui, lequel domine les autres végétaux de ces régions par sa taille, et constitue à lui seul un type spécial, pouvant être regardé comme une famille à part. Enfin, je ne dois pas oublier de mentionner le genre Hyptis, abondant dans tout le Brésil.

Une espèce particulièrement importante à signaler est un Ana-

cardium, regardé comme nain, d’où on lui a donné le nom de kwmile.

Il est en effet bien différent de l’Anacardium occidentale, le Cajuero des Brésiliens, appelé Acajou à pommes aux Antilles, et si abondant dans les forêts du littoral du nord du Brésil, où, à lui seul, il constitue de grands bois. Il ne faut pas confondre ce dernier avec l’arbre fournissant le bois d’Acajou. Il est d'assez grande taille et a un tronc élevé au-dessus du sol. L’Axnacardium humile, semblable à lui par la fleur et le fruit, sauf la petitesse de ce dernier, ne s'élève point au contraire au-dessus du sol, et, à première vue, on peut le prendre pour un petit arbrisseau tout à fait nain, de 50 centimètres environ de hauteur. Mais, si on remarque sa distribution sur le sol, on voit une multitude de pieds rapprochés les uns des autres, occupant une surface plus ou moins circulaire de plusieurs mètres de diamètre. Si on creuse, on voit alors comment tous ces petits arbrisseaux, distincts en apparence, sont unis sous le sol, et forment les extrémités des branches d’un grand arbre souterrain, en se rattachant à une certaine profondeur à un tronc unique, lequel descend profondément dans le sol. M. Renault, à Barbacena, m'a dit avoir fait creuser à plus de 6 mètres de profondeur pour obtenir un de ces troncs. Évidemment, en présence de cette particularité, il n'y a pas lieu de donner le nom de kumile, mais plutôt celui de subterraneum à V'Anacardium en question. Cette espèce n’est pas au reste la seule chez laquelle on trouve ce caractère. Il se montre dans d’autres espèces de la famille des Malpighiacées et des Légumineuses, notamment des genres Byrsonima et Andira. L'existence des arbres souterrains est favorisée par la décomposition superficielle des roches, dont j'ai parlé en traitant de la géologie. Ils existent dans les régions de gneiss surtout, ou d’autres roches métamorphiques trèes-profondément décomposées et transformées en argile à de grandes profondeurs. Les grands arbres souterrains, à tige verticale cachée dans le sol, sont une des particularités les plus curieuses de la flore de ces régions.

Sans atteindre à ce degré, chez la plupart des végétaux, le développement souterrain est très-remarquable dans toutes les plantes et arbres de la région des campos et des caatingas. Les racines de la plupart des arbustes sont toujours excessivement volumineuses comme dans les végétaux de ces régions, et cela contribue puissamment à leur faire supporter la saison sèche. Ce fait est certainement

le point le plus caractéristique de la flore des campos. Au point de

vue pratique et de la culture, cette particularité indique aussi sur quelle nature de plantes on doit surtout faire porter le choix, dans ces régions, pour les nouvelles cultures à y introduire.

La végétation des campos élevés de la région de Barbacena à Ouro- Branco diffère un peu de celle des campos situés plus au nord dans le bassin du San-Francisco. Rabougrie sur les plateaux, elle se montre toutefois, dans certaines vallées, avec des caractères se rapprochant de ceux de la région des forêts, car elle participe encore davantage aussi du climat marin, et la sécheresse n’y égale pas celle du nord, du moins la saison sèche y est plus courte. L’aridité de certains plateaux tient beaucoup à la nature du sol plus quartzeux que dans les localités où les forêts tendent à s'établir. Sur ces plateaux dominent, avec les Graminées, des Byrsonima, des Trembleya, des Lavoisieria, des Cambessedesia, surtout le Cambessedesia esjora var. ilicifolia DC. excessivement commun, et quelques autres Mélastomacées naines à grandes feuilles, des Baccharis, Vernonia, quelques Vacciniées, Gentianées, Eriocaulon, Croton, etc. Dès que l’aridité devient moindre, le nombre des espèces et des familles se multiplie considérablement par l’addition de beaucoup d’autres des régions de forêts, et ils’y mêle des végétaux spéciaux à ces plateaux élevés, comme le Calyptrantes aromatica; une belle Labiée arborescente à fleurs bleues, l’'Æriope macrostachya de Martius ; une autre Magnoliacée, le Drymis granatensis, celle-ci dans les campos humides ; des Justicia, Salvia, etc. Puis, dans les lambeaux de forêts proprement dites, réapparaissent avec des espèces de la région côtière, les bambous, les fougères arborescentes des genres Alsophila, Cyathea, puis des espèces spéciales à ces régions, surtout dans les Mélastomacées, Myrtacées et dans les genres Petrea, Echites, Cestrum, Exostema Casearia, Palicurea et beaucoup de Protéacées. La splendide Bignoniacée grimpante, Pignonia venusta à fleurs orangé, s’y montre abondante, comme aussi à l’état rabougri dans les campos. Mais, où la forêt tend à revenir, dominent d’autres magnifiques Bignoniacées du genre Tecoma, comme la belle espèce à fleurs jaunes, abondante à Rio-de-Janeiro et connue dans le pays sous le nom d’Ipé ou Pao d’arco, T'ecoma Tpe, distincte toutefois du Pao d'arco à fleurs roses, lequel vit abondamment plus au nord et est le T'ecoma ochracea ou obtusata DC., car ces deux espèces me paraissent établies sur des

différences résultant du polymorphisme d’une espèce unique. Je citerai au sujet du polymorphisme, comme autre exemple remarquable dans ces régions, les Myrsine ferruginea et umbraculifera, le dernier surtout. Ils s’y montrent fréquents comme dans les forêts de Rio-de-Janeiro.

Dans les campos et lieux découverts, selon qu’ils sont plus ou moins secs ou humides, se font voir des Pœphalantus, Tournefortia, Polygala, Turnera, Cuphæa, Polygonium, Phyllanthus, Jussiæa, etc. Mais en quittant le plateau de Barbacena pour descendre dans le val du San-Francisco, et après avoir traversé des régions mélées de campos et de forêts jusqu’au delà de Sabara, on voit les campos abertos, les caatingas et les serrados s'’isoler davantage les uns des autres. Les champs ouverts occupés par les graminées sont émaillés par diverses Acanthacées, notamment le Æwellia formosa, par quelques Verbénacées, des Echites, des Polygala, parfois des Salvia, quelques Iridées, Composées et Borraginées de la section des Héliotropiées formant des gazons.

Plus au nord, ces dernières constituent même, presque à elles seules, des champs spéciaux et ouverts où elles remplacent les Graminées dans les vastes plaines sablonneuses des marges du San-Francisco, et elles y constituent d'excellents pâturages pour engraisser le bétail, et dont, vers la fin des pluies, en mars et avril, leurs fleurs rendent la surface entièrement jaune d’or sur des lieues d’étendue. Là où existent de petits lacs, sur les rives du fleuve, au milieu de ces champs d’'Héliotropiées au nord du 12° degré de latitude, apparaissent sur leurs bords des bouquets et des bois du magnifique palmier à feuilles flabelliformes, Copernicia cerifera, si remarquable par les restes des bases des pétioles à la partie inférieure de son tronc, et dont les spires tournent indifféremment à droite ou à gauche suivant les sujets; par l'absence, au contraire, de ces bases de feuilles à la partie supérieure de la tige et l'abondance du feuillage donnant à la tête de ces beaux palmiers l'apparence d’une sphère parfaite. D’autres fois, ces mêmes palmiers se trouvent aussi répandus dans des sortes de serrados formés par plusieurs espèces d'Acacias peu élevés, à peine de la hauteur d'homme, et parmi lesquels se fait remarquer, dans les terrains sablonneux, l’Acacia jurema rabougri. Ils dominent alors par leurs magnifiques sphères cette végétation basse s'étendant au-

dessous d'eux, et forment la partie supérieure de la forêt, entrecoupée toutefois de vastes éclaircies permettant d'en juger mieux l’admirable effet. Les localités offrant cet aspect sont appelées dans le pays Lagadicos.

Au milieu des champs couverts de Graminées, mais dans des terrains argileux, et jusqu’à des latitudes beaucoup plus méridionales, le 18 ou 19° degré, c’est un autre Palmier, de grande taille également, à feuilles flabelliformes, le Mauritia vinifera ou Burity qui recherche le bord des eaux, mais spécialement le bord des eaux pures et courantes, les marges des ruisseaux limpides, dont il ombrage les rives par ses vastes parasols, car sa cime ne présente pas l’aspect d'une sphère comme celles du Copernicia cerifera. D'autres Palmiers, mais nains, se montrent dans les campos, comme le Cocos campestris de Martius, le Cocos capitata, même des Attalea compta, ordinairement rabougris; mais ces divers Palmiers ne sont point dans les champs ouverts, mais bien dans les serrados et les caatingas. Les Graminées arborescentes disparaissent totalement des campos, et à peu près complétement des serrados du sud, comme de ceux du nord. Les Cecropia, si abondants dans la région des forêts, se montrent encore dans tous les campos de Minas-Geraes mêélés d'arbres, et abondentsur les bords des rivières des mêmes régions. Ils disparaissent seulement dans les serrados secs du nord, dans l’intérieur des provinces de Bahia et de Pernambuco, par exemple, au nord du 12° ou 14° degré de latitude où apparaissent alors les grands Cactus arborescents.

Ces serrados du nord sont surtout composés par des arbrisseaux du genre Acacia, lequel domine, et auquel se mélent les Inga, Cassia, le Geoffroya inermis, mais ce dernier dans les lieux pas trop secs, diverses Rhamnées et surtout deux Térébinthacées dominant par leur taille la majeure partie de cette végétation au milieu de laquelle elles sont disséminées, l’Imburana (Pursera leptophlocos de Martius) et l’Imbuzeiro (Spondeas venulosa, du même auteur). À ces derniers, il faut joindre le PBombazx hexaphyllum, le Chorisia ventricosa et quelques autres Bombacées. Mais les végétaux les plus remarquables sont les Cactées, notamment celles du genre Cereus, devenant ici de grands arbres rameux, surtout le Mandacuru, lequel me paraït identique au Jamacaru de Pison, Cereus jamacaru DC., d'ailleurs très-mal décrit. Le Mandacuru à comme lui de grandes fleurs blanches, c'est d’ailleurs

le seul ayant de gros fruits rouges de la taille indiquée; la tige a cinq fortes côtes, rarement quatre; elle se montre ramifiée et arrive à la taille d'un grand arbre. Quand il a atteint sa plus grande dimension, le tronc offre jusqu’à 30 centimètres de diamètre et au-delà à la base, où alors il se montre rond et dépourvu d’épines, ce qui n’a pas lieu dans la jeunesse du végétal. Il y a deux rangs d’épines, par aréole, neuf rayonnantes, au rang inférieur, quatre à l’intérieur. De ces neuf épines du rang inférieur, les huit supérieures sont petites, la neuvième en bas est très-longue et doit même être regardée plus exactement comme appartenant au deuxième rang. Les aiguillons centraux sont longs d'environ 3 centimètres. Il existe un poil ras et grisâtre à la naissance des épines. Une multitude d’autres Cactus apparaissent dans ces régions: plusieurs du genre Cereus sont confondus sous le nom de Xique-Xique, quelques-uns d’entre eux sont très-grands, d'autres appartiennent aux genres Opuntia, Ripsalis, d’autres à la section des Cierges serpentins, etc., puis aux Melocactus. Un autre caractère non moins remarquable est l'abondance des Broméliacées épineuses, couvrant le sol et ayant pour cette raison recu des Indiens le nom de Curua à chaque pas, nom appliqué non pas à une seule, mais à plusieurs espèces formant ainsi une sorte de tapis sur le sol. D’autres sont à très-longues feuilles, et le Bromelia karatas apparait très-abondant sur les troncs. Un certain nombre de plantes grimpantes surtout parmi les Smilax, Convolvulacées et les Apocynées enlacent çà et là les arbustes dont les feuilles sont entièrement tombées dans la saison sans pluies, sauf dans le voisinage des ruisseaux. Les serrados se montrent surtout avec ce caractère dans la grande région sèche et calcaire du Sertaô de Bahia où les sources sont si peu nombreuses. Après avoir traversé cette région, tout en rencontrant les mêmes espèces, on en voit en outre quelques autres, notamment le Cocos coronata Mart., appelé dans le pays Sicuri ou Manicuri, puis peu à peu quelques végétaux, entres autres les Bougainvillea, plus spéciaux à la région des gneiss de la côte, où apparaît l’Af{alea Junifera aussitôt que reviennent les forêts.

Les serrados des régions non exposées aux très-erandes sécheresses accidentelles, et où en même temps les sources sont plus nombreuses, comme ceux de Minas-Geraes plus au sud, sont différemment com-

posés. Il sont surtout formés par des plantes des régions forestières |

— 3Ô1 — des bords des fleuves, mêlées à une partie des plantes des catingas, et les tapis de Broméliacées et les Cactus gigantesques disparaissent. On ne voit plus guère de cette dernière famille que des Ripsalis assez rares d’ailleurs, et des Melocactus et des Pereskia dans les régions rocailleuses. Les feuilles tombent dans les Serrados de Minas-Geraes, comme dans ceux du Sertaô de Bahia, mais moins longtemps, et il y a toujours un certain nombre d'espèces conservant les leurs. Les Serrados se montrent abondants aussi dans les régions où le calcaire domine, et même parfois les collines calcaires sont couvertes de bois assez élevés, mais perdant beaucoup leurs feuilles. Il en est de même pour les régions de schistes calcarifères, mais à un moindre degré, et enfin on voit beaucoup de Serrados dans des régions de grès. Dans les bois au milieu desquels est souvent située l’entrée des cavernes, j'ai pu observer des fougères en assez grand nombre sur les rochers, surtout des Adiantum, et aussi des plantes de la famille des Gesnériacées, des genres Gesneria et Gloxinia, et une multitude de Broméliacées et d’Orchidées parasites. Les Serrados se transforment en forêts sur les bords des rivières surtout. Dans les forêts se voient un Schinus gigantesque, précieux par la qualité de son bois rouge, dur, pesant, arbre spécial à ces régions et appelé Aroeira, des Lychnophora, une grande abondance de Bignonias, les uns arborescents, les autres grimpants, et parmi ces derniers une espèce remarquable par ses abondantes fleurs jaunes et appelée Caraïba, me paraissant être le Tecoma Caraïba de De Candolle qui lui donne toutefois des corolles blanches, mais avec un point d’interrogation, des Nectandra, une multitude de Myrtacées des genres Eugenia, Aulomyrcia, Myrcia, etc. d’Apocynées, d'Ingas, quelquesunes à belles fleurs rouges, d’Acacias, parmi lesquels s’en trouvent à feuilles sensibles, d'Anonacées, de Simaroubées, de Troplaris, de Rumex, de Combretum, d'Euphorbiacées, l’Aristolochia labiosa, avec des fleurs de 30 centim., des Plumbago, des Attalea, Bactris et autres Palmiers, des Aroïdées et surtout des Malpighiacées et Sapindacées, etc. Dans les eaux de ces mêmes régions se montrent des Hydrocharis et quelques Nymphéacées, d’ailleurs rares, et, sur leurs bords, des Hydrocotyles, des Pontederia, etc.; enfin, sur les rochers des rapides comme à Pirapora, une abondante végétation de Podos-

témacées.

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