EXPÉRIENCES SIMPLES SUR L'ABSORPTION DE L'EAU PAR LES FEUILLES
PAR M. LE D' H. BAILLON, Professeur de botanique à la faculté de médecine de Paris. Note présentée à la Société Linnéenne de Paris.
La question de savoir si les plantes peuvent absorber l’eau par leur feuillage est controversée parmi les physiologistes : comme elle intéresse aussi les horticulteurs, nous nous empressons de faire connaître les expériences simples et ingénieuses de M. Baillor qui semblent la résoudre définitivement par lafir-
mative.
On fait germer des graines de Pois ou de Haricot dans des vases cubiques pleins de terre, ouverts par une seule de leurs six faces, laquelle est tenue supérieure jusqu’au moment où la plante a pris un assez grand développement. L'avantage de cette forme des vases consiste en ce qu'on peut les placer indifféremment sur chacune des cinq faces non ouvertes. S'il s'agit de la Fève, quand la plante a acquis une couple de décimètres de hauteur, on pose le vase sur une des faces latérales, et la plante se coude peu à peu à angle droit, en vertu de la force de direction verticale.
Une fois cette direction acquise pour toute la portion supérieure de la plante, on peut renverser complétement le vase sur une des faces latérales, de façon à ce que la portion coudée de la tige se trouve tout à fait descendante. On ne lui donne cette nouvelle direction qu’au moment où la terre du vase, qu'on a négligé de mouiller, est devenue tellement sèche qu’elle ne peut plus donner aux feuilles de quoi entretenir leur fraicheur. Elles sont tellement flétries qu’en couvrant la plante avec une cloche, même dans une pièce tout à fait obscure, elle ne peut plus reprendre sa turgescence. À ce moment donc, la plante est dans de bonnes conditions pour qu’on puisse juger. si la surface de ses feuilles absorbera directement du liquide. Il n’y a plus, d'une part, cette plénitude des tissus qui empêche forcément l'absorption d’une nouvelle quantité d’eau, et, d'autre part, les plantes choisies sont dans de bonnes conditions pour que la surface des feuilles soit mouillée par le liquide. On reconnaît très-bien, d’après
les caractères optiques, quelles sont les parties des feuilles qui ne se laissent pas mouiller et quelles sont celles que le liquide imbibe.
Lorsque la feuille est réellement mouillée dans quelques-unes de ses parties, on observe alors que l’eau est absorbée de telle facon que la plante reprend toute sa fraicheur, et que, chaque fois qu'elle tend à se faner, on lui rend sa turgescence en mouillant la surface des feuilles. On rétablit de la sorte cette fraicheur un assez grand nombre de fois pour entretenir la verdeur de la plante pendant une couple de mois ; et cela, pendant que la terre où est plongée la racine ne recoit pas d’eau, si bien qu’elle devient tout à fait sèche, dure comme une sorte de stuc, et qu’on à peine à comprendre comment la partie inférieure de la plante n’est pas encore morte à cette époque. On peut encore, au lieu de plonger la portion feuillée des plantes dans une masse d’eau, asperger fréquemment le feuillage à l’aide d’un arrosoir à pomme fixe. Dans cette circonstance, le vase couché est placé dans une situation telle, que la surface de la terre qu’il contient ne recoit aucune goutte d’eau.
La portion feuillée a pu étre aussi couchée sur une éponge qu'on entretenait suffisamment humide. Avec des pois, quand leur tige a acquis un certain degré d’allongement, il n’y a pas besoin de changer la position du vase, parce que la tige est assez flexible pour venir se coucher sur le côté du pot, sur une surface qu'on peut humecter ou qu'on peut arroser à volonté. L’absorption de l’eau se fait aussi, dans les cas précités, quand on couvre les feuilles d'un linge fin qu’on entretient humide.