LE JARDIN BOTANIQUE DE BRUXELLES
M. Ed. Bureau vient de publier, à la suite de la visite que les botanistes français ont faite l’année dernière en Belgique, un rapport sur le Jardin botanique de Bruxelles. (Bull. de la Soc. de bot. de France, 1873, XX, p. LxIx).
Ce rapport est exact et judicieux ; nous n'avons rien à y reprendre,
si ce n'est quel'initiative prise par Spring pour l'acquisition de l’herbier de Martius est passée sous silence.
A la fin se trouve une note ajoutée au moment de l'impression, où il est fait allusion à un conflit qui s’est élevé au sein du Conseil d’administration du Jardin botanique de l'Etat, entre M. Du Mortier d’un côté, et tous ses collègues de l’autre. Nous n’avons rien publié sur ce débat que le gouvernement a cherché à apaiser en demandant l'avis d'une commission composée de MM. Kickx, Martens et Morren.
Nous devons sortir aujourd’hui de notre réserve, parce que les renseignements qui ont été fournis à M. Bureau sont incomplets et de nature à égarer l'opinion,
Voici cette note :
& Ce rapport est un simple exposé de l’état du Jardin botanique de Bruxelles, au moment de la visite que lui fit la Société Botanique de France en juillet 1473. La nature même d’un tel écrit ne nous permettait pas d’y faire mention du débat qui a surgi, quelque temps avant notre session, dans la Commission administrative de cet établissement, et qui continue encore en s’accentuant de plus en plus. Nous ne pouvons cependant laisser ignorer aux lecteurs du Bulletin que le Jardin botanique de Bruxelles traverse en ce moment une crise tout à fait analogue à celle que le Jardin royal de Kew (près Londres) a surmontée au grand profit de la science, grâce à l’énergie du docteur J. D. Hooker. Dans l’établissement belge, ce conflit s’est engagé au sujet de l’école de botanique, que les amateurs d’horticulture voudraient déplacer pour embellir le Jardin, et que les botanistes, M. Du Mortier en tête, tiennent à maintenir à la place d'honneur et à agrandir le plus possible. Nous apprécions hautement la valeur et nous respectons la conviction des hommes qui soutiennent l’une et l’autre opinion ; mais, bien que nous n’ayons pas à prendre part à ce différend, nous ne pouvons nous empêcher de former des vœux pour une issue favorable à la science que la Société Botanique de France s’est donné pour mission de protéger et de développer. Nous connaissons et nous admirons la large place que l’horticulture occupe en Belgique; mais nous verrions avec regret les tendances horticoles s’introduire dans la direction d’un établissement qui doit être uniquemeut consacré à l’étude, et qui se trouverait ainsi détourné de son but et bientôt complétement dénaturé. Un jardin botanique n’est pas fait pour être beau, mais pour être utile et instructif. Avant tout, c'est un musée; trèsaccessoirement, un lieu de promenade. Y appeler la foule des indifférents et des oisifs est chose sans importance; y attirer au contraire les travailleurs sérieux, c’est contribuer au développement intellectuel du pays. Que le Jardin botanique de Bruxelles se couvre de parterres, de kiosques et de pelouses, il deviendra simplement un square, et la Belgique n’y gagnera rien; mais qu’il
étende (sans la déplacer) son école de plantes vivantes, qu’il augmente son herbier, qu’il complète sa bibliothèque, et, par ces moyens bien simples, il deviendra promptement l’émule des grands établissements du même genre dont la France et l’Angleterre sont fières à bon droit. Espérons que le Gouvernement belge, éclairé par ce qui s’est passé à Kew, tiendra à honneur de conserver intacte la belle institution dont le monde savant lui est redevable, et dont les progrès rapides présagent un brillant avenir. »
Il n'est personne, ni dans le Conseil d'administration, ni dans la Commission spéciale, qui ne souscrive des deux mains aux considérations générales énoncées par M. Bureau : ce sont des vérités de sens commun qui s'imposent par l'évidence. |
Tout le monde est animé de la ferme volonté d’approprier le Jardin botanique de Bruxelles au but pour lequel il a été fondé et pour lequel la nation belge a voulu le maintenir. Ce Jardin doit être pour la botanique ce que ie Musée d'histoire naturelle est pour les sciences zoologiques et géologiques.
Nous avons applaudi à l’acte par lequel le gouvernement et le parlement belges ont fait l'acquisition de ce Jardin, il y a quelques années, dès l'instant où il à été question du morcellement possible de ce bel établissement. La ville de Bruxelles s’est associée à cette intervention de l'État en faveur des sciences. Dans cette occasion, la Belgique a montré qu'elle connaissait les devoirs d’une nation envers les sciences et elle n’a pas hésité à les remplir.
On sait la part considérable qui a été prise par M. Du Mortier dans cette occurrence et nous avons naguère pris l'initiative d’une manifestation, qui à été unanime, pour témoigner à ce savant la reconnaissance des botanistes belges. Notre témoignage ne sera donc pas suspect.
Or, autant il y avait lieu de se féliciter de l’acquisition du Jardin botanique de Bruxelles, autant nous déplorons la situation dans laquelle il se trouve; elle est si grave qu'elle menace peut-être son existence scientifique et son autonomie. Cependant, ni l'appui du gouvernement, ni le concours de l'administration publique, n'ont fait défaut au nouvel établissement. Mais son organisation est défectueuse, et des obstacles d’une ténacité déplorable paralysent le zèle de ceux qui s'intéressent au Jardin.
Le Jardin botanique de Bruxelles n’a pas jusqu'ici répondu à
l'attente de la nation et aux espérances des savants. Et cependant, il est convenablement doté et le personnel ne lui fait pas défaut. Il ne lui manque ni l’argent, ni les bras, ni une tête, mais l’unité de vues n'existe plus au sein du Conseil d'administration et cette situation anarchique menace de se prolonger trop longtemps.
Quant à détourner le Jardin botanique de Bruxelles de sa destination scientifique, personne n’y songe, mais le Conseil d'administration désire depuis longtemps y introduire de nombreuses et utiles améliorations. Il a été frappé du déplorable état dans lequel se trouve ce labyrinthe incohérent, sans valeur scientifique et de mauvais goût, qu'on décore du nom d’Ecole de botanique, qui se trouve en face des grandes serres et qui dépare l’admirable panorama dont on jouit du haut du Boulevard botanique. Il à reconnu que cette prétendue Ecole est mal disposée, mal composée et que le terrain, le plus mauvais du jardin, est complétement épuisé par les effets d’une longue culture. Il a étudié la question, et, à l’unanimité, il à reconnu qu'il y avait lieu de modifier l'aménagement cultural du Jardin, mais sans rien changer, ni aux nivellements, ni aux grandes lignes du plan.
Au moment de mettre la main à l’œuvre et sans cause connue, une opposition formidable s’est manifestée de la part du président du Conseil : elle a grandi et les choses en sont venues à ce point que les deux partis ont offert leur démission au Gouvernement. Celui-ci, fort embarrassé, a demandé l'avis des professeurs de botanique des universités de Gand, de Liége et de Louvain, et ces Messieurs, tout en s’efforcant de concilier les divergences de vue, ont, sans hésitation et à l'unanimité, donné raison au Conseil d'administration.
Mais il paraît que leur avis n’est pas accepté par tout le monde et c'est ainsi que le conflit vient inopinément au jour, à la fin du rapport de M. Bureau.
La vérité est que, dans la disposition actuelle, les trois quarts du terrain du Jardin botanique sont gaspillés et que l’Ecole de botanique systématique occupe l'emplacement le plus défavorable et le plus disgracieux.
Dans le projet de la Commission, rien ne serait changé à la dispotion générale du Jardin dont les terrassements et les grandes lignes sont religieusement conservées, mais le terrain tout entier serait
consacré à l'Ecole de botanique. L'Ecole systématique trouverait place
sur les terrains les plus fertiles du jardin et les mieux disposés pour le recevoir. En face des serres, au lieu du gâteau que le goût réprouve et que la science répudie, on aurait un jardin sobre de lignes et de bon goût qui servirait de piédestal au monument et qui embellirait singulièrement le panorama du jardin.
La question de l’horticulture n’a rien à voir ici, et l’invoquer, c’est chercher à s’obscurcir la vue des choses.
Il convient que le Jardin botanique de Bruxelles s'inspire pour son organisation scientifique, pour l’orgueil du pays et pour le bien de la science, des modèles qui existent à Paris, à Berlin, à Vienne, à St Pétersbourg, à Florence, à Munich, à Dublin, à Edimbourg et surtout à Kew (Londres). Il faut que les végétaux vivant en plein air et dans les serres, la bibliothèque, les herbiers, les collections technologiques, les microscopes et les laboratoires se complètent les uns les autres et constituent une installation scientifique où tous les travailleurs, les savants jeunes et vieux, belges et étrangers, trouvent les éléments d'étude et de perfectionnement. On a parlé de Kew, mais c'est nous qui l'avons invoqué et qui nous sommes associé à son savant et énergique défenseur, quand le British Museum a manifesté l'intention d'accaparer ses collections et qu'un ministre, peu au courant des exigeances de la science, a voulu dépouiller le premier établissement botanique du monde de ses richesses scientifiques et le détourner de la destination essentielle pour y introduire des pratiques de jardinage. Il n’est pas question de cela à Bruxelles.
Si jamais on veut toucher à l'intégrité scientifique du Jardin de Bruxelles, si une Société d’horticulture cherche à s’y insinuer, si une École de jardinage essaye de s'y établir, si la squaromanie venait à l'atteindre, M. Du Mortier nous trouverait près de lui, au premier rang pour défendre le patrimoine commun de tous les botanistes belges.
Aujourd'hui il ne s’agit pas de cela. Il n’y a rien à défendre, parce que rien n'est attaqué, et personne n’a besoin de chercher des alliances à l'étranger. Ep. MOoRREN.
NOTES SUR L'ALIMENTATION ET LA RESPIRATION DES PLANTES DANS LES ÉTATS DE SANTÉ ET DE MALADIE,
EXTRAITES D'UN MÉMOIRE SUR LA GLYCOGÉNÈSE DANS LE RÈGNE VÉGÉTAL DE M. ÉEmize MER,
Garde-général des forêts, à Chaumont en Bassigny.
La Société botanique de France a publié, il y a quelques mois (Bull. Soc. bot. de France, t. XX, 1873, p. 161) ur remarquable mémoire de M. Mer sur la formation du sucre (la glycose) et de la fécule (matière amylacée) dans les plantes. Ce problème, difficile à résoudre est d’une haute importance scientifique et de plus, dans maints passages de son mémoire, M. Mer touche à des questions fort intéressantes pour les personnes qui cultivent et qui aiment à se rendre compte des phénomènes physiologiques qui se passent dans les plantes auxquelles elles donnent leurs soins et leurs peines. Nous avons extrait ces passages du savant ouvrage de M. Mer : peut-être y aura-t-il un peu de décousu dans ces notes, mais nous avons préféré laisser la parole à l’auteur, qui la manie bien, plutôt que de masquer son œuvre, que nous n’aurions en aucun cas pu reproduire entièrement, sous la forme analytique.
Une feuille qui a atteint son développement ne peut continuer à vivre qu’à la condition de former de l’amidon ou de la glycose, car les matières nutritives ne lui arrivent d’ailleurs (graines, bulbes ou autres feuilles) que quand elle est encore en voie de croissance. Par suite, en soumettant cette feuille à une lumière dont l'intensité est trop faible pour produire suffisamment de matériaux nutritifs, elle doit infailliblement périr, et d'autant plus vite que la température est plus élevée. L’amidon et la glycose disparaissent d’abord. Le grain de chlorophylle se dégrade ensuite. Si la plante contient encore des substances nourricières, elles sont uniquement destinées à entretenir la végétation des jeunes organes. L'expérience démontre en effet que, quand des feuilles élevées soit à la lumière diffuse, soit à l'obscurité, ont atteint le développement qu'elles ne sauraient dépasser dans ces milieux, la glycose cesse de leur arriver et les stomates perdent leur amidon. Quand donc on transporte à l’obscurité ou à la lumière diffuse une feuille ayant vécu jusqu'alors à la lumière directe et ayant dépassé le développement qu'elle aurait atteint dans ces milieux, sans cependant être parvenu à celui qu'elle
aurait acquis à la lumière directe, si elle y avait été maintenue, on comprend que son accroissement soit arrêté et que, les matériaux nutritifs cessant de lui arriver, elle consomme ceux qu’elle a formés et ne tarde pas à se flétrir.
Cela explique aussi que de jeunes bourgeons peuvent végéter à l’aisselle de feuilles fanées. .
Les feuilles de Pegonia conservées dans les appartements à une chaleur insuffisante se fanent sur les bords. Cela tient à ce que toutes ces feuilles, ne pouvant créer que de trop faibles quantités de matières hydrocarbonées, vivent principalement aux dépens de celles qui leur parviennent des bulbes ou des rhizomes. Or, ces matières venant elles-mêmes en quantité insuffisante pour alimenter la totalité du limbe, il arrive que les parties les plus éloignées du pétiole sont moins nourries que celles qui en sont plus proches.
Les feuilles âgées d'un même rameau jaunissent et tombent à l’automne avant les feuilles plus jeunes : celles qui appartiennent aux pousses du printemps sont déjà fanées alors que celles des pousses d'août sont encore vertes.
Des effets analogues se produisent par la dessication. Qu'on cesse d’arroser une plante, et l’on ne tardera pas à voir les feuilles inférieures jaunir les premières, en commençant par la portion du limbe la plus âgée. Il en est de même des entre-nœuds ; ceux qui sont inférieurs se flétrissent avant les autres. |
Le motif en est bien simple. On sait, par les expériences de M. Dehérain, que les jeunes feuilles ont un pouvoir d’évaporation bien supérieur à celui des feuilles plus âgées. Après que les racines auront soustrait à la terre toute l’eau qu’elles sont susceptibles de lui prendre, les entre-nœuds supérieurs l’enlèveront à leur tour aux entre-nœuds inférieurs, qui ne tarderont pas alors à se dessécher. Cela est tellement vrai, que si l'on a supprimé auparavant le bourgeon terminal, les entre-nœuds supérieurs se dessèchent les premiers : n'attirant plus l’eau qui se trouvait dans les autres, étant d’ailleurs plus minces et d'un tissu moins consistant, ils doivent évidemment se flétrir plus facilement. |
J’ai obtenu des résultats semblables en inondant la terre dans laquelle plongeaient les racines de diverses plantes. Les feuilles les
plus âgées jaunissent bientôt et dépérissent. Cet effet est probablement dù à ce que les racines pourrissent et deviennent incapables d’absorber : elles se trouvent alors dans le même cas que si elles étaient privées d’eau.
Tous ces phénomènes de coloration et de décoloration s’expliquent par des faits de nutrition. Les tissus verts se décolorent et seflétrissent dès qu'ils ne sont plus alimentés. Aussi les feuilles grasses, contenant de grandes provisions de sucs nutritifs, perdent-elles difñcilement leur teinte. J’ai conservé vertes, pendant tout un hiver, des boutures d’Aloës, faites au mois d'octobre et qui n'avaient pas encore émis de nouvelles racines. L’extrémité des feuilles était fanée, mais le restedu limbes’était maintenu turgescent et renfermait une grande quantité de glycose.
Une observatien, due à M. Risse, met en évidence la destruction de la chlorophylle. Des plantes vigoureuses ayant été placées dans des solutions complètement privées de fer, on vit bientôt des lignes d’un blanc jaunâtre apparaître sur quelques-unes de ces feuilles. Quinze jours après, toutes étaient panachées. Ce fait ne peut s’expliquer que si les grains de chlorophylle se sont décomposés et n'ont pu se reconstituer, faute de fer.
En résumé, si la chlorophylle met plus de temps à disparaitre d’un jeune organe que d’un organe plus âgé, cela tient à ce que le premier est constamment traversé par un courant de matières nutritives et que sa respiration s'effectue en partie à leurs dépens, tandis que, faute d'aliments suffisants, celle de l'organe âgé s'opère principale-. ment au détriment de tous les matériaux qu'il contient : amidon, protoplasma, chlorophylle, ete. La désagrégation du grain de chlorophylle est peut-être facilitée par celle de l'amidon, quand il en renferme ; mais la cause première réside toujours dans une insuffisance de nutrition. |
Ce phénomène est tout à fait du même ordre que celui qui se passe dans les animaux privés de nourriture. Ils respirent aux dépens de leur substance, ce qui amène leur amaigrissement.
Longtemps on à cru que cette consommation des tissus avait lieu seulement par l’abstinence, et que, dans l’état normal, les animaux
entretenaient uniquement leur combustion aux dépens des aliments
appelés, par ce motif, respiratoires. On est revenu de ces idées trop absolues et maintenant on admet que, même à l’état normal, la respiration s'effectue en partie au détriment des tissus.
L’amidon, se forme dans la chlorophylle des feuilles sous l’influence de la lumière. En général, le grain d’amidon a besoin, pour se constituer, d’une lumière plus intense que le grain de chlorophylle. Ce besoin varie, du reste, selon les plantes. J'ai fait à ce sujet les expériences suivantes :
1° Au mois de septembre dernier, ayant élevé des Pois et des Haricots sur une terrasse ne recevant que de la lumière diffuse, je n’ai trouvé d’amidon que dans les stomates de leurs feuilles.
2° Le 18 septembre, j'ai cueilli des feuilles de Charme : d’abord en plein massif, puis sur une lisière exposée au soleil. La chlorophylle des premières a mis moins de temps à se dissoudre dans l'alcool que
celles des secondes et seulement quelques-uns de leurs stomates ren-
fermaient de l'amidon, tandis que le parenchyme des feuilles situées au soleil était rempli de grains amylacés. On comprend dès lors pourquoi bien des plantes, et les branches basses des arbres meurent sous un couvert trop épais.
5° Au mois d'octobre, des feuilles rougies de Sumac, de Vignevierge n'avaient plus d'amidon que dans leurs stomates et autour de quelques nervures.
8° Des feuilles de Pin, Cèdre, Thuja, Cyprès, Camellia, Buis, Lierre, Poa annua, examinées depuis décembre jusqu’en mars, ne renfermaicnt pas d'amidon, mais seulement de la glycose. Au mois d'août j'y ai rencontré ces deux substances en grande abondance.
10° J'ai trouvé en décembre et janvier beaucoup d’amidon dans les feuilles de Lycopodes, Sélaginelles et différentes Fougères élevées en chambre, et dans celles du Fusain du Japon végétant en pleine terre. J'en ai rencontré, quoique également en moindre quantité, dans les feuilles du Barbula muralis. Aussi ces diverses plantes peuvent-elles croitre en hiver.
11° Je n'ai pas trouvé d’amidon, même dans les stomates, sur des
feuilles de rosier cueillies le 22 décembre dans uu jardin, tandis qu’à la même époque des feuilles de Petunia en renfermaient beaucoup.
D'après tout ce qui précède, on voit que la glycogénèse joue un rôle essentiel dans la nutrition végétale. Il est intéressant de rechercher quels sont les rapports de cette fonction avec la fonction analogue chez les animaux. Dans les deux règnes nous trouvons comme liquide nutritif, circulant à travers les éléments anatomiques, et destiné soit à leur combustion respiratoire, soit à leur régénération, la glycose qui peut se déposer dans certains tissus à l’état de granules amylacés. Dans les deux règnes, il y a un organe spécial chargé de l'élaboration de la matière glycogène : le foie et la feuille. À côté de cette matière glycogène et inclus dans les mêmes cellules, il y a des ferments qui la transforment en glycose : c'est sous cette forme qu’elle est entraînée dans l'organisme. La diminution de la glycose ou de la matière glycogène est toujours un signe infaillible de dépérissement, signe qui précède souvent tous les autres. On en a une preuve dans le fait suivant : J'élevais cet hiver deux pieds de Péeris placés dans les mêmes conditions, rien dans leur aspect extérieur n'indiquait une différence dans leur constitution. Un jour je constatai que les frondes de l’un d’eux étaient un peu moins riches en amidon que celles de l’autre. Cette différence s'accentua les jours suivants ; elles ne tarderent pas à jaunir et à se dessécher ; en même temps les jeunes frondes ne se développaient qu'imparfaitement. L'autre pied continuait à être vigoureux. Par la diminution de l'amidon, j'avais ainsi été averti du dépérissement prochain de cette Fougère.
Quand les animaux meurent rapidement, le foie contient beaucoup de matière glycogène. M. Claude Bernard en a trouvé dans le foie des suppliciés, mais il n’en rencontrait plus dans le foie d'hommes morts de maladie. Une feuille tuée brusquement renferme de l’amidon, et n’en renferme plus si elle meurt lentement. Le sang d'un animal malade ne contient plus que des traces de glycose, et si l'on ne trouve pas de matière glycogène dans son foie, c'est parce quelle ne se produit plus qu'en très-petite quantité, par suite de la diminution de l’activité vitale, et que cette petite quantité se convertit immédiatement en sucre. De même des plantes en mauvais état de végétation
ne possèdent que très-peu de glycose et souvent peu d'amidon. Enfin,
chez les animaux et les plantes près de mourir, le sucre disparaît
presque toujours, et l'on peut dire, surtout pour ces dernières, que la mort ne survient que parce que l’organisme ne contient plus de sucre. Les végétaux vivaces possèdent des tissus où l’amidon reste accumulé pendant la saison du repos, pour contribuer ensuite au développement des jeunes rameaux. Il n’y a pas chez les animaux une semblable période de stagnation (1). Cette différence ne doit tenir qu’à l'influence de la température. Dans les climats où la végétation ne s'arrête jamais, les tissus de réserve ne renferment probablement que fort peu de matière amylacée, cette dernière étant toujours en circulation comme chez les animaux.
Dans les deux règnes, la matière amylacée s’accumule dans les organes destinés à la première nutrition. D'un côté, ce sont les graines, les tubercules, les bulbes, de l’autre, ce sont les cotylédons placentaires (rongeurs), la surface interne de l'amnios (ruminants), les parois de la membrane vitelline (oiseaux).
Les tissus végétaux détachés de l'organisme perdent peu à peu leur amidon et leur glycose. Dans les tissus animaux, cette disparition est bien plus rapide. Dans les deux cas, elle se fait plus promptement en été qu'en hiver. Au bout de quelques heures, quand il fait chaud, le sang a perdu toute sa glycose; aussi, quand on se propose d’y rechercher ce corps, doit-on le faire tout de suite ou conserver, aussitôt après l'extraction, le sang dans l’acide phénique. Pendant la germination, l’amidon se montre dans les tiges, dans les pétioles, dans les nervures, avant d’apparaître dans le parenchyme même de la feuille qui doit plus tard être le principal lieu de formation de cette substance. De même, dans le développement du fœtus, la matière glycogène apparaît dans les poumons, les muscles, etc., avant de se montrer dans le foie.
Quand on fait passer un courant par la veine porte, il sort par la veine sus-hépatique, après avoir traversé le réseau des capillaires du foie, et il emporte ainsi toute la matière sucrée de cet organe. C’est
(1) Il faut en excepter les animaux hihernants, mais leur activité respiratoire est bien plus grande, pendant l’hiver, que celle des végétaux, car c’est précisément pendant ce temps de repos que la matière glycogène accumulée dans certains de leurs tissus est eonsommée.
ce qu’on nomme le lavage du foie. Si l'on abandonne ensuite ce foie dépouillé de son sucre à une douce chaleur, la matière glycogène qui
est restée dans les cellules hépatiques refait de la glycose qu'on retrouve dans les tissus de cet organe au bout de quelques heures.
‘ J'ai voulu répéter cette expérience sur une feuille. Seulement une difficulté se présente tout d’abord : on ne peut arriver à débarrasser complétement le parenchyme de la feuille de la glycose qu'il contient. Si on la laisse dans l’eau pendant un jour, par exemple, on constate qu'au bout de ce temps, elle renferme beaucoup plus de glycose qu'une feuille découpée préalablement en minces sections et maintenue dans l’eau pendant le mêmetemps. La seconde feuille a donc abandonné à l’eau une bien plus grande quantité de sucre que la première. En faisant des sections très-fines, on peut enlever au tissu la plus grande quantité de son sucre, mais jusqu’à présent je n’ai pu arriver à l'en dépouiller complétement, ainsi qu'on le fait pour le foie. Si l’on prolongeait trop longtemps cette macération, on enlèverait non-seulement toute la glycose, mais encore l'amidon, qui aurait le temps de se convertir alors entièrement en sucre. Or, il faut enlever l’un sans l’autre. L'expérience ne peut donc avoir toute la netteté que présente le lavage du foie. Cependant, si, après avoir retiré de l’eau ces sections de feuilles, on les maintient humides pendant quelques jours, on constate que la quantité de glycose qu’elles contiennent a augmenté aux dépens de l’amidon.
On voit donc quels rapports intimes existent entre les glycogénèses animale et végétale. L'étude de cette question est, sous certains rapports, plus avancée dans le règne végétal. Ainsi on sait que le grain d’amidon se forme dans le grain de chlorophylle sous l'influence de la lumière, on connait de même son mode de disparition. On ignore, au contraire, comment se développe la matière glycogène du foie. IL est même fort difficile d'en distinguer les granules, surtout dans les animaux supérieurs. On sait, indirectement il est vrai, mais d'une manière presque certaine, que l’amidon et la glycose ont deux rôles dans le règne végétal : l°ils servent à larespiration ; 2° ils se transforment en cellulose et concourent à la formation des tissus. On n'est pas encore aussi avancé sur le rôle du sucre dans les ani- maux. Il sert évidemment àla production de la chaleur animale, mais se fixe-t-il
dans les tissus, et quelle transformation y subit-11? C'estce qu'on ignore.