RÉSUMÉ DE QUELQUES IDÉES GÉNÉRALES
SUR LA CULTURE DES VÉGÉTAUX INFÉRIEURS DANS UN JARDIN BOTANIQUE. PAR M. ERNEST RoOZE.
L'horticulture a résolu le problème de cultiver et de multiplier, soit dans les jardins, soit dans les serres, les plantes qui nous charment par leur aspect ornemental ou leurs formes capricieuses et variées. Mais la science, qui embrasse la totalité des végétaux et qui a besoin de rassembler tous les êtres qu'elle étudie pour les observer à loisir ou les faire connaître à ses adeptes, ne me paraît pas être dotée comme elle devrait l'être de tous ses moyens d'action. En effet, dans aucun jardin botanique on ne semble pas encore avoir entrepris d'essayer, tout au moins de cultiver un certain nombre de types, que l’on pourrait appeler classiques, parmi les plantes inférieures. J'entends par là la culture réglée, méthodique, de ces végétaux infimes, dédaignés ou méconnus par les horticulteurs, mais dont les phénomènes biologiques sont d'un intérêt scientifique important. C’est à ce point de vue que j'émets ici quelques idées dans l'espoir que, dans un temps qui n’est peut-être pas éloigné, de plus autorisés, joignant l'exemple aux préceptes, montreront qu'un jardin botanique digne de ce nom, doit être ouvert à tout ce qui peut intéresser la science dans le règne végétal.
Du reste, la culture des végétaux inférieurs n'offre pas à vrai dire d'aussi grandes difficultés qu’on se l’imaginerait de prime abord. Pour réussir, il ne faut qu'approprier à ces êtres les milieux dont ils ont besoin pour vivre et se propager. Or, non-seulement il existe déjà sur ce sujet de précieux renseignements dans de nombreux mémoires scientifiques, mais on peut aussi fort bien admettre que de nouvelles
et sérieuses tentatives ne tarderaient pas à signaler les espèces les plus susceptibles d’acclimatation.
Les horticulteurs nous ont appris depuis longtemps, par leurs essais si nombreux et si variés, que la première règle à suivre pour acclimater avec succès les végétaux est de leur donner autant que possible l’aération et l'humidité qu’ils trouvent dans leurs stations naturelles. C’est de là que sont sorties ces classifications horticulturales tres-sagaces, de plantes de serre et de plantes de pleine terre. Il sera bon également d’en tenir compte pour la culture des végétaux inférieurs, car il n’est pas difficile d'observer dans la nature que ces végétaux choisissent exclusivement soit des lieux découverts et trèsaérés, soit des ombrages sombres et toujours frais. Ainsi l’on peut dire qu'une forêt est comme une serre toujours humide ; par suite, les plantes qui y foisonnent s’habitueront facilement à nos abris vitrés. Le jardin seul pourra acclimater les végétaux avides de lumière et d'aération continue.
Ce jardin devra présenter tout à la fois des parties très-découvertes et des parties légèrement ombragées. Le côté exposé au Nord sera mis à profit, en l’entourant d'arbustes ou de haies, pour y installer les végétaux délicats qui fuient les rayons trop ardents du soleil : on pourra y établir, au moyen de tranchées profondes, des talus en pente semblables à ceux si richement garnis des chemins creux des vallées ou des bois. Le sol, calcaire ou siliceux, sera modifié là où il sera besoin, de façon que toute plante puisse trouver un substratum approprié, à la place même qu’on croira devoir lui assigner.
Quant aux serres, elles devrorit être très-basses, couvertes de claies mobiles et susceptibles de se diviser en plusieurs compartiments tout à fait indépendants les uns des autres. Il faut, en effet, qu'on puisse faire varier suivant les cultures le degré d'humidité de chacun de ces compartiments, et qu'on puisse séquestrer certains végétaux d’association difficile. On fera bien de faire usage de deux serres ; d’une serre tempérée, pour la généralité des cultures ; d’une serre chaude réservée aux plantes frileuses des climats tropicaux, et de première utilité pour les tentatives de multiplications hivernales ou pour les cultures intensives et forcées.
Enfin, il est utile de faire remarquer qu’il conviendra tout d’abord
de choisir un jardinier intelligent et habile, disposé à donner tous ses soins à ces cultures délicates, et surtout assez bien doué pour apprendre à connaitre et à distinguer les types des végétaux inférieurs qu'il y aura lieu, soit d'élever de semis, soit d'aller récolter au dehors pour les conserver tels qu'on les multiplie.
Ces considérations générales trouveront leur application dans l’apercu détaillé, mais très-sommaire, qui va suivre, des végétaux inférieurs à mettre en culture. Il est utile seulement de faire remarquer ici que l’on devra prendre ses dispositions de facon à obtenir les meilleurs résultats possibles dans la période de l'année plus particulierement consacrée à l'enseignement. Car il ne faut pas oublier qu'il s’agit ici de culture de types scientifiques et non pas d’une simple culture d'amateur. Par conséquent, on devra s’efforcer de régler toute son installation à ce point de vue, en tenant compte, bien entendu, de la très-grande difficulté qu'éprouvent les végétaux à subir un changement quelconque dont les époques fixées par la nature pour l’accomplissement de leurs fonctions biologiques.
L'ordre que je suivrai dans cet aperçu rapide de la culture des végétaux inférieurs sera le suivant : 1° Myxomycètes, Champignons; 20 Algues, Characées, Muscinées, Equisétacées, Filicinées, Rhizocarpées, Sélaginellées.