‹ La Belgique horticole (volume 2)Chapitre 48 sur 121 · I. — Myxomycètes · texte numérisé non relu

I. — Myxomycètes

Deux mots sur la culture de ces êtres singuliers qui excitent à juste titre l’étonnement de tous ceux qui les étudient. On pourra obtenir leurs fructifications soit par le semis direct des spores, soit par l'entretien des divers substratums occupés ou envahis par certaines espèces. Pour le semis direct, il faudra avoir grand soin d'employer le substratum exclusivement recherché par l'espèce à cultiver, et de le maintenir fort humide. Les spores, choisies en parfait état de maturité, seront semées à la fois dans l’eau et sur ce substratum, à l'époque ordinaire de l'apparition normale du Myxomycète. Plusieurs Stemonitis, le Didorma diforme, le Badhamia capsulifera, le Didymium serpula, etc. pourront être essayés à ce point de vue. Le second mode de culture consiste à recueillir les substratums (branches mortes, vieilles souches, troncs pourris, feuilles tombées, etc.) portant des indices de l'habitat des Myxomycètes (sclérotiums ,

plasmodiums, vestiges de fructifications, etc.) et de maintenir ces substratums dans une forte humidité. J’ai pu faire revivre de cette manière les espèces suivantes : en automne, Sfemonitis oblonga, Arcyria incarnata, Physarum nutlans; au printemps, Siemonitis oblonga et ferruginea, Arcyria flava et incarnata, Physarum nutans, Lycogula miniata, ete. Nul doute que d’autres essais ne donnent des résultats nouveaux. En été, l’Æ{ralium septicum serait très-probablement d'une propagation facile, au moyen de la tannée maintenue dans une chaude humidité. En somme, je suis tout disposé à croire que des recherches attentives feraient connaître les meilleures méthodes à suivre pour réussir à souhait dans ce genre nouveau de cultures.

Il va sans dire qu'un compartiment spécial de la serre tempérée sera nécessaire, aussi bien pour les semis que pour la propagation et l'entretien de ces Myxomycètes.

IT. — Champignons.

Les espèces appartenant à la classe précédente pouvaient se cultiver pour ainsi dire exclusivement dans la serre. La classe si nombreuse dont 1l est ici question, exigera au contraire des installations trèsdiverses. Plusieurs compartiments de la serre tempérée seront naturellement utilisés; il ne sera pas surprenant même qu’on trouve indispensable de consacrer une petite serre spéciale à l’ensemble des cultures mycologiques. De plus, beaucoup de types exigeront des dispositions toutes particulières : l'emploi de cloches, de châssis, pour condenser l’humidité deviendra par suite de première nécessité. Un assez grand nombre d’autres types, au contraire, pourront se cultiver en plein air : ce sont les parasites des plantes vivantes. Leur réunion dans une partie du jardin pourra se faire méthodiquement, si bien qu'on arrivera à constituer de cette facon une sorte de jardin pathologique qui ne manquerait certainement pas d'intérêt. J’essayerai du moins d'en donner plus loin une idée générale.

Dans cette immense classe de champignons, il ne peut être question ici que très-sommairement des essais de culture de certains types, pris dans les groupes suivants :

Mucédinées et Mucorinées ; Urédinées et Ustilaginées ; Basidiosporées ; Thécasporées ; Chytridinées, Saprolégniées et Péronosporées.

I. — La culture des Mucédinées, comme celle des Mucorinées, con-

sistera dans la généralité des cas à semer les spores des espèces qu’on : veut multiplier, ou à transporter leurs filaments mycéliques sur les substratums nécessaires à leur développement. La qualité du substratum fera tout le succès de ces préparations, qui demanderont pour ainsi dire à étre toujours faites sous cloche, et de plus à être installées loin de toute autre culture, même mycologique. Entre autres espèces | à citer, car le nombre des espèces faciles à cultiver, est assez grand, je nommeraiï ici le Wucor Mucedo, le Phycomyces nitens, les Piptocephalis, etc., ainsi que le curieux Pilobolus crystallinus.

Le Sphaerobolus stellatus qui se développe, en automne, sur le bois pourri, pourra aussi être recueilli en forêt et cultivé dans la serre tempérée.

II. — Les Urédinées, présentant avec les Ustilaginées un intérêt plus marqué au point de vue de l’agriculture, demanderont à être l'objet de soins tout particuliers. On devra mettre à profit les résultats des travaux mycologiques qui, dans ces dernières années, ont fait connaître les circonstances si singulières de la vie de ces parasites, et notamment leur mode de génération alternante. Dans le choix des types qu'il conviendra de faire, il sera donc bon d’accoupler en quelque sorte les plantes nourricières, sur lesquelles le parasite se présente d’ordinaire à deux états différents. Ainsi, on entourera d’une bordure de Graminées rouillées, dont on laissera les chaumes en terre jusqu’à l’année suivante, une Zpine- Vinette, une touffe de Zycopsis arvensis, et un pied de Rhamnus cathartlicus ou frangula, ces Graminées étant envahies, les unes par le Puccinia graminis, les autres par le P. straminis, les troisièmes par le P. coronata. Puis au centre de 3-4 Poiriers, d'autant de pieds d’Aubépines et de Sorbiers, on plantera dans le premier cas une Sabine envahie par le Podisonia Sabine, dans le second un Genévrier commun nourissant le Podisonia clavariaeforme, et dans le troisième un autre Genévrier commun, hôte du Podisonia Juniperinum. On pourra encore cultiver des types de plantes nourricières de certaines espèces des anciens genres Uredo, Puccinia, Æcidium et des genres Uromyces, Phragmidium, Melampsora, etc., en récoltant ces plantes nourricières dans leur jeunesse, quand le parasite est annuel, ou en les conservant le plus longtemps possible quand il est vivace. Ces essais de culture permettront de faire des recherches sur les divers modes de génération alternante de ces

parasites et de découvrir la succession de leurs différentes habitats qui sont encore inconnues pour la plupart d’entre eux.

Les Ustilaginées offriront des exemples analogues de types intéressants à faire connaître au point de vue agricole : la carie (Tilletia caries), le charbon (Ustilago segetum, Maydis, etc.) pourront se cultiver tous les ans par le propre semis de leurs spores sur des espèces appropriées de céréales. Il en sera de même pour l’Uséilago antherarum des Caryophyllées, et l’'Ustilago receplaculorum des Scorzonères.

Toutes ces cultures se feront directement dans le Jardin même, ou bien, commencées dans la serre, elles donneront lieu à des repiquages dans le Jardin.

III. — Basidiosporées comprenant les Trémellinées et les anciens groupes des Hyménomycètes et Gastéromycètes, dont la culture des espèces est entourée des plus sérieuses difficultés. Il est vrai que cette culture n’est encore, on peut le dire, qu’à ses premiers débuts et qu’il est vraiment temps que des recherches consciencieuses, dans les jardins botaniques, fournissent de nouvelles indications à suivre pour obtenir des résultats plus satisfaisants. Quoiqu'il en soit, on pourra toujours conserver sur des sphagnums humides, jusqu’à leur dernière période de développement, les Trémellinées dont on aura recueilli dans les bois des échantillons vivants. Et quant aux Hyménomycètes, il sera également facile d'utiliser le mycélium persistant de l’Agaricus campestris, la Pietra Fungaia; les sclérotes de divers Agarics, les Agarics ou Polypores lignicoles, et surtout les substratums si fertiles en Coprins. Les serres chaude ou froide, les cloches même, seront pour cela tout à fait indispensables.

IV. — Les Thécasporées sont aussi, en général, difficiles à cultiver, parce que leur histoire biologique est encore très-peu connue. Ainsi, n'est-il pas regrettable qu’on ne sache pas encore propager la Morille ? Cependant, on pourra presque obtenir à volonté quelques espèces d'Ascobolus et de Peziza, qui sont coprophiles, en disposant sous cloche des substratums d’origine diverse. De plus, la plupart des Sphéries lignicoles seront d’un entretien et d’une conservation assez faciles. Mais on pourra tirer un grand parti dans le jardin de la culture et de la propagation de l’Ergot des Graminées, en variant les espèces nourricières (Seigle, Froment, Chiendent, Raygrass, Ivraie, etc.). La propagation du parasite par l'infection des stigmates des fleurs est très-aisé

à réaliser. Quant au développement des sphéries sur les Ergots, il

est d'un succès certain. On obtiendra de la sorte sur l’Ergot du seigle, le Claviceps purpurea, et sur l'Ergot du Molinia cœrulea où du Phragmiles communis, le Claviceps microcephala, soït en serre, soit en pleine terre. Les Erysiphés seront aussi très-bien représentés dans le jardin, en été, par le blanc du Rosier (Zrysiphe pannosa) qui est vivace. D'autres espèces pourraient également être essayées, ainsi que le S'phaeria Typhina. Mais je n'oserai rien dire encore de la culture problématique des Tubéracées.

Quant aux Lichens, qu'il devient de jour en jour plus naturel de rattacher au groupe des Thécasporées, et dont la culture paraissait naguère à peu près impossible, la théorie toute récente de leur parasitisme sur des algues conduira certainement à tenter, d’après cette donnée, des expériences nouvelles, qui ne pourront mieux se faire que dans un jardin botanique. Les Lichens sylvicoles seront trèsprobablement encore ceux qui se préteront le mieux à ces expériences, dans la serre tempérée. |

V. — Un groupe très-naturel est constitué par les Chytridinées, les Saprolégniées et les Péronosporées. Les deux premières familles étant composées en partie de champignons aquatiques, exigeront pour ces derniers une culture dans des bocaux destinés à cet effet. Le développement des Acklya prolifera et Saprolegnia feroæ sur les mouches, les poissons ou les amphibies morts est suffisamment connu. D’autres Saprolégniées vivent sur les branches récemment tombées des arbres dans les marais et les étangs. On pourra tenter de les multiplier dans des récipients ad hoc. Les Chytridinées terrestres exigeraient des soins plus difficiles et plus délicats : il suffit de citer les résultats obtenus par MM. de Bary et Woronin sur les Synchytrium. Je me permettrai de citer aussi, parmi les Saprolégniées faciles à cultiver en serre le Cystosiphon pythioides sur le Wolfia arhiza.

Quant aux Péronosporées, il y aura lieu d’en doter le jardin de plusieurs espèces. Ainsi, je recommanderai tout spécialement le Basidiophora antospora sur l'Frigeron canadense; les Cystopus candidus, rouille blanche des Crucifères (le C. Portulacae sur le Portulaca oleracea, et le C. cubicus sur la Scorzonère ne réussira peut-être pas si bien) pourra se propager par des semis de Zoospores sur de jeunes cotylédons. Enfin, les Peronospora (à défaut du P. snfestans,

maladie de la pomme de terre) sont assez nombreux pour qu'un heureux choix permette d’en cultiver quelques-uns.

Je terminerai par une liste des Champignons parasites dont la réunion formerait une sorte d'exposition pathologique où se trouveraient naturellement groupées les principales maladies des végétaux

cultivés, ce qui ne déparerait pas plus un Jardin botanique qu'une école d'agriculture.

URÉDINÉES.

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