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LE HENNÉ DES ÉGYPTIENS

LAWSONIA ALBA, LiNNÉ : variétés INERMIS ET SPECIOSA LINNé.

On cultive en Egypte deux variétés bien distinctes de Henné: 1° Le Æenné épineux (Larwsonia spinosa) diffère de l'inermis par son

feuillage beaucoup plus fin et par ses ramifications très-épineuses. |

Celui-ci est employé pour faire des clôtures autour des jardins, et pour ses fleurs parfumées, avec lesquelles on prépare une eau distillée odoriférante. Le Henné est une des fleurs de prédilection des Égyptiens. Ils en ornent leurs appartements pendant toute la durée de la floraison.

2° Le Henné sans épines (Lamwsonia inermis) à le feuillage beaucoup

plus grand que le premier et ses rameaux ne sont point épineux ; on

le multiplie de boutures et on en plante de grandes surfaces sous bois à mi-ombre ; très-rapprochées les unes des autres, on coupe ses tiges vertes, plusieurs fois par an, puis on les effeuille, et les feuilles une

fois séchées se réduisent en poussière pour étre livrées au commerce

sous le nom de poudre de Henné. Les plantes qui ont été ainsi coupées

à dix centimètres du sol, repoussent bientôt de nouveaux bourgeons qui sont coupés comme les premiers, à la faucille, et les souches produisent ainsi plusieurs récoltes annuellement pendant plusieurs années successives. |

La culture du Henné est facile et pourrait avoir lieu, croyonsnous, dans le midi de la France et de l'Italie. La variété 2nermis est celle employée comme plante tinctoriale en Egypte. Pour obtenir des fleurs du Henné, on ne taille point l’arbrisseau ; on le laisse se développer jusqu’à deux ou trois mètres de hauteur, et il fleurit dès la seconde année; mais, pour en obtenir le principe colorant, on le plante ou on le sème très-dru, pour en faucher les bourgeons dès qu’ils ont atteint un mètre de hauteur. |

Le Henné est en usage chez les Égyptiens depuis la plus haute antiquité. Les feuilles étaient employées comme médicament et comme cosmétique. |

Les auteurs anciens mentionnent les propriétés astringentes et le pouvoir tinctorial du Henné.

Dioscoride désigna le Henné sous le nom de Cyprus ou Troëne

d'Égypte et le décrivait comme suit : « Le Cyprus ou Ligustrum est un arbre qui porte autour de ses rameaux des feuilles ayant quelque ressemblance avec celles de l’Olivier, mais plus longues, plus molles et plus vertes. Ses fleurs sont blanches, en grappes recouvertes de duvet et odorantes. Son fruit est noir et ressemble au fruit du Sureau.

Le nom de Cyprus que portait cet arbre dans l'antiquité, provient sans doute de ce que les Grecs tiraient le Henné de l’île de Chypre, les Cypriotes ayant alors monopolisé le commerce de cette matière colorante.

Pline dit que le Cyprus des Égyptiens est un arbre à feuilles de Zizyphus et à semences de Coriandre, à fleurs blanches et odorantes; le plus estimé et aussi le plus cher vient de Canope sur les bords du Nil; le second d'Ascalon en Judée, et le troisième pour la suavité de son odeur de l’île de Chypre. »

Prosper Alpin dit « que les malades se procurent beaucoup de soulagement en respirant les fleurs du Ligustrum et en se les appliquant sur le front. Les Maures, qui connaissaient cette propriété, en faisaient un fréquent usage, au point qu'on ne rencontre chez eux aucun malade qui ne se procure du soulagement en respirant cette fleur. Le même auteur dit que les naturels de l'Égypte préparent avec les feuilles, une poudre appelée Archenda: les femmes s’en servent, dit-il, pour ajouter à l'agrément de leur parure en se teignant les pieds et les mains en orangé. Si nos femmes, dit-il, connaissaient ce secret pour se dorer les cheveux elles n'auraient pas de meilleur moyen à employer. Elles ne s’exposeralent plus la tête aux ardeurs du soleil et ne se tortureraient plus de mille autres facons pour obtenir ce résultat. »

Olivier dit que le Henné des Égyptiens (4acoper des Hébreux) fournit des fleurs d’une odeur pénétrante, et qu'on obtient par la distillation une eau aromatique employée dans les bains et comme parfum dans les cérémonies religieuses telles que le mariage, la circoncision et aussi dans les fêtes du Courban-Beiram. Les Hébreux avaient contracté l’usage de répandre les fleurs du Henné dans les habillements des nouveaux mariés.

Saint Jérôme mentionne le Cyprus comme un des aromates les plus exquis. On dit aussi que Salomon le chanta dans ses cantiques.

Les anciens Égyptiens se servaient du Henné pour parfumer leurs pommades et les huiles pour s'oindre le corps afin de lui donner de la

souplesse. Ils employaient aussi le Henné dans leurs embaumements et on en a retrouvé des rameaux fleuris dans les caisses des momies.

Avicenne compare les propriétés du Henné à celles du sang-dragon. « Ses feuilles, dit-il, possèdent la même propriété curative pour les ulcères que le sang-dragon : la décoction de ses feuilles est employée contre les inflammations et les brûlures par le feu et contre les ulcères de la bouche. »

Forskal, dans sa Flore d'Égypte, cite les propriétés médicales et tinctoriales du Henné; les feuilles sont desséchées et réduites en poudre fine. On arrive à ce résultat en les mélant avec du sable qui les divise plus facilement. Cette poudre sert à l'usage de la teinture et est pour cela l'objet d'un grand commerce. Elle sert à teindre les ongles et les mains, ainsi que les cheveux, en rouge. Quelques vieillards s'en servent pour brunir leur barbe grise. Certaines femmes s'en teignent les pieds. Pour teindre les mains avec cette matière, on l'emploie en pâte qu’on applique pendant la nuit. Après ce laps de temps on lave la partie teinte, puis on l’oint avec de l'huile pour lui donner plus d'éclat. Si on veut que la couleur soit plus brune, on y ajoute de la pulpe de glands non mürs. »

Bellonnias dit que les produits de cet arbrisseau étaient l’objet d’un grand commerce parmi les Turcs, qu'ils en chargeaient des navires à Alexandrie pour Constantinople où la vente en était considérable. Les grands seigneurs qui avaient monopolisé ce commerce en retiraient annuellement 18,000 ducats.

Aujourd'hui le port d'Alexandrie exporte encore de grandes quantités de Henné Beledy (Henné égyptien) et d’après la statistique officielle, ce seul port aurait exporté pour l’année copte 1588 (1873) 18,385 quintaux de Henné, d'une valeur officielle de 900,000 piastres, soit plus de 233,000 francs.

Le principe colorant est très-abondant dans les feuilles du Henné

et peut être avantageusement employé à la teinture. Les feuilles qui se réduisent en poudre pour être livrées au commerce, donnent une

belle couleur rouge-orangé, dont le principe colorant est le Lennotanique. Les femmes et les hommes l’emploient encore beaucoup aujourd'hui, pour se teindre la face. palmaire des mains en rougeorangé, les ongles des mains et des pieds. On teint aussi la crinière et la queue des ânes, des chevaux, et enfin le Henné est employé à une foule d’autres usages en Égypte. G. DELCHEVALERIE.

Le CHAT A

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